lundi, mars 31, 2014

Revue de presse du lundi 31 mars 2014





- Cumul des mandales - JRE - Moral(es) - .



La revue de presse du jour revient sur le remaniement et se demande si la réaffirmation de la priorité à l’éducation contenue dans le discours du président sera confirmée dans les faits. Quel avenir pour la refondation et pour le ministre qui fut porteur de ce projet ? Ce lundi 31 mars était aussi annoncée comme une nouvelle “journée de retrait de l’École” par les obsédés du genre. Ceux ci se livrent à une campagne de calomnie et de propagation de rumeurs indigne. On a bien besoin de morale. C’est le dernier sujet abordé dans cette chronique. Il faut de la morale… mais aussi garder le moral !





Cumul des mandales…
Le deuxième tour des élection municipales a confirmé le premier. Ça a été le cumul des mandales…
Comme on ne pouvait pas annoncer cela mardi (c’est le 1er avril…), il fallait que les annonces se fassent dès ce lundi.
Ce sera donc Manuel Valls qui remplacera Jean-Marc Ayrault comme Premier Ministre. C’est évidemment la principale annonce qui doit être retenue de l’allocution de François Hollande ce lundi soir à 20h. Du texte du discours, outre les considérations économiques (sur lesquelles, il y aurait beaucoup à dire mais ce n’est pas le sujet de cette revue de presse), il faut retenir la réaffirmation de la priorité donnée à l’éducation : “Au Pacte de responsabilité, doit correspondre un pacte de solidarité dont le premier pilier est l’éducation, et la formation de la jeunesse ; le second, c’est la sécurité sociale avec la priorité donnée à la Santé ; et le troisième, c’est le pouvoir d’achat avec une réduction des impôts des Français et une baisse des cotisations payées par les salariés. ”.
Reste à savoir si, dans la configuration qui va conduire à trouver 50 milliards d’économies budgétaires, cette priorité va continuer à se traduire en postes. On peut craindre, en effet, une remise en cause de la promesse des 60 000 postes. C’est une des hypothèses qui conditionnent le maintien de Vincent Peillon au ministère de l’Éducation. Si la promesse est abandonnée, on peut penser que cela sera une justification de plus à son départ. C’est en tout cas le message subliminal que relevait Pascal Bouchard dans Touteduc dès jeudi dernier lorsque Vincent Peillon déclarait dans le cadre d’une conférence internationale : “Si on coupe dans les budgets 'éducation', les conséquences seront terribles ! ”. L’autre considération tient à la réforme des rythmes scolaires. Dans le contexte nouveau créé par les élections municipales et dans la mesure où c’est un des points de fixation, on peut craindre que dans un souci d’apaisement, on atténue et on dénature la réforme. D’autant plus que ce sont les municipalités qui organisent les activités périscolaires qui sont supposer accompagner cette réforme… Le maintien de Vincent Peillon serait alors une gêne et son refus d’aller dans ce sens serait alors justifié. On trouve certaines de ces hypothèses formulées dans un article de Marie-Caroline Missir dans L’Express où la spécialiste de l’éducation essaye de faire des spéculations sur l’avenir…
Le Président de la République a aussi annoncé, dans son bref discours, la formation d’un gouvernement avec “une équipe resserrée, cohérente et soudée”.L’historien Claude Lelièvre plaidait déjà, sur son blog, pour cette solution au début du mois de mars. Un “gouvernement resseré” passerait par un grand pôle regroupant sous la même autorité l’éducation nationale, l’enseignement supérieur et la recherche, la jeunesse et sports. Et peut être même la Culture. Rappelons que c’était le cas du grand ministre que fut Jean Zay. Son action réformatrice à la tête de l’Éducation Nationale ne l’a pas empêché aussi de créer le festival de Cannes… Mais surtout créer un grand ministère incluant la jeunesse et sports qui a la tutelle des associations complémentaires de l’École, pourrait permettre de mieux coordonner les actions autour du temps scolaire et péri-scolaire. Et faire ainsi en sorte que la réforme soit un peu moins “scolaro-centrée”. Enfin, on pourrait souhaiter que le rassemblement avec l’enseignement supérieur permette au futur ministre de reprendre la main sur la formation des enseignants qui lui avait échappé et a été accaparée par les universitaires. On ose à peine espérer que cela aboutisse à un “choc de simplification” tant les structures qui se mettent en place semblent complexes et porteuses de blocages et d’effets pervers. Il n’est pas trop tard… !
Quoi qu’il en soit nous serons fixés assez vite puisque la composition du gouvernement ne saurait tarder. Il ne devrait pas y avoir trop de Valls-hésitations…

JRE
C’est Luc Cédelle qui alertait sur son blog dès dimanche. La « Journée de retrait de l’école » (JRE), organisée au niveau national par Farida Belghoul pour lutter contre « l’abomination » que constitue selon elle et ses partisans la soi-disant « théorie du genre », avait lieu ce lundi 31 mars. Depuis le premier appel, le mouvement s’est radicalisé et utilise des procédés immondes. Ainsi, Une vidéo récemment mise en ligne en témoigne. C’est une mise en accusation publique d’attentat à la pudeur à l’encontre d’une enseignante d’une école maternelle de Joué-les-Tours, par une militante locale des JRE se présentant à visage découvert. Un journal local , ainsi qu’un site spécialisé dans les rumeurs reviennent aussi sur cette information. Et ils montrent, à partir des informations en leur possession, que la manipulation et l’intox sont à l’œuvre et que la rumeur semble infondée. Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose…
Louise Tourret sur Slate.fr revient, elle aussi, sur cette affaire. Elle nous apprend que d’après La Nouvelle République, des plaintes sont en cours, contre l’école du côté de l’association et pour dénonciation calomnieuse du côté des services administratifs de l’Education nationale (Dasen). Le maire de la commune, Philippe Le Breton, accuse quant à lui JRE de manipulation et de diffamation, tandis que le syndicat Sud évoque l’idée inquiétante de lynchage public d’enseignant. Elle pose aussi le problème central : “Une seule et bonne question se pose maintenant à l’école, en tant qu’institution mais aussi sur le terrain, établissement par établissement. Comment parler aux parents? Comment montrer que le dialogue est possible quand un problème (et généralement ce sont des problèmes de bagarres, de devoirs, de punition) se pose? La bonne réponse se situera dans la capacité aux acteurs de l’école de montrer que la porte est ouverte aux parents lorsque ceux-ci s’interrogent ou s’inquiètent. Et de ce côté-là il y a encore du boulot.
C’est ce que nous écrivions également dans le Bloc-Notes du 2 février dernier : “Face à cette situation sans précédent, un seul mot d’ordre s’impose pour les pédagogues : Contre la défiance, s’il faut de la vigilance il faut surtout (re)construire la confiance

Moral(es)
La presse est toute entière consacrée au résultat des élections et au remaniement. Malgré tout, on trouve quelques informations qui méritent notre attention. Et notamment sur l’enseignement de la morale.
Libération et Le Figaro nous informent que vient de se créer une Fédération nationale de l'enseignement musulman (Fnem), en partenariat avec l'Union des organisations islamiques de France (UOIF). Une première dans le paysage de l'enseignement privé français, où manquait jusqu'alors un représentant des établissements musulmans, aux côtés du Secrétariat général à l'enseignement catholique (9000 établissements sous contrat avec l'État, soit 2 millions d'élèves), du Fonds social juif unifié (286 établissements juifs, soit 32.000 élèves), des protestants et des laïques. Outre l'établissement Averroès à Lille, cette fédération compte trois autres membres fondateurs, le collège Ibn-Khaldoun, ouvert en 2009 dans les quartiers nord de Marseille, le collège Éducation & Savoir, créé en 2008 à Vitry-sur-Seine, et l'École La Plume, à Grenoble. Parmi ses objectifs premiers, la fédération réfléchit à l'élaboration d'un cours d'éthique musulmane commun aux membres de cette fédération.
Dans La Croix on apprend que le Comité national de l’enseignement catholique a voté vendredi 28 mars à l’unanimité un texte portant sur la « formation morale ». Il s’agit d’anticiper l’entrée en vigueur, en 2015, de l’enseignement moral et civique prévu par la loi de refondation de l’école.
La morale semble donc intéresser beaucoup de monde. On peut souhaiter que ce souci de la morale soit encore plus présent en politique. Mais, plus encore, il faut aussi en ce moment garder LE moral….

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot
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dimanche, mars 30, 2014

Bloc Notes de la semaine du 24 au 30 mars 2014





- Statuts - SNES – chant du départ ? - .



Ce bloc notes est consacré à l’actualité de l’éducation. Il n’a donc pas vocation à commenter les résultats électoraux… Même si ça peut démanger ! On évoquera surtout le thème du métier des enseignants avec le vote positif d’une instance de négociation (le CTM) sur la réforme du statut des enseignants du secondaire. Va t-on avancer sur ce dossier ou n’est-ce qu’un trompe l’œil avant des mobilisations ? Nous nous poserons la question du SNES alors que ce syndicat rentre en congrès ce lundi. Et dans le contexte de la défaite aux municipales et d’un remaniement imminent, au delà de l’avenir de Vincent Peillon nous nous interrogerons sur l’avenir de la politique de priorité à l’éducation.



Statuts
Le Jeudi 27 mars se tenait le CTM (comité technique ministériel) sur le statut des enseignants du second degré. Cette instance rassemble les syndicats représentatifs et avait à se prononcer sur le projet issu des négociations qui avaient eu lieu en amont avec ces mêmes organisations. Le projet a été adopté, le SGEN-CFDT (une voix) et le SE-UNSA se sont prononcé pour, la FSU (6 voix) s'est abstenue, sauf le SNUEP (enseignement professionnel, une voix) qui a voté contre ainsi que la CGT, SUD et FO (une voix chacune).
Ce nouveau texte, qui s’appliquera à partir de la rentrée 2015, remplace les très célèbres décrets de 1950, qui ne définissent le métier d’enseignant du secondaire qu’aux seules heures de cours (dix-huit heures par semaine pour un certifié, quinze heures pour un agrégé). Le texte fait la liste des autres missions des enseignants. Il remplace aussi le système des “décharges horaires” par un nouveau régime de pondération qui s’appliquera également aux enseignants de l’éducation prioritaire et leur permettra d’avoir moins d’heure de cours. En revanche les heures des professeurs de classes préparatoires ont été sorties de la négociation à la suite du mouvement social d’il y a quelques mois.
Il y a bien sûr plusieurs manières d’analyser ce vote. D’abord, il y a ceux qui se réjouissent. Les syndicats dits “réformistes” qui ont voté pour considèrent que c’est une évolution majeure voire “historique” et qu’on assiste à l’ “enterrement” des décrets de 50. On retrouve cette analyse dans la presse qui y voit une victoire pour Vincent Peillon qui aurait réussi cette négociation sans mettre les enseignants dans la rue (pour l’instant). Les syndicats protestataires et/ou conservateurs critiquent ce projet qui serait la porte ouverte à un alourdissement de la charge de travail. On notera que le texte a été adopté grâce à l’abstention du SNES, le syndicat majoritaire du second degré. Celui-ci a participé activement aux négociations mais préfère adopter cette position qui envoie un signal ambivalent à ses adhérents : « Vous voyez on a obtenu des avancées, mais c'était pas suffisant ! ». Car il semble bien qu’il y a un décalage entre la direction du SNES et une partie de sa base beaucoup plus critique à l’égard du texte qu’ils jugent “dangereux”. Et en période de congrès syndical, et avant des élections professionnelles qui auront lieu à l’automne prochain, il importe d’être prudent.
Si pour l’instant, le projet ne déclenche pas de mouvement social, on voit quand même fleurir sur les murs des salles des profs des appels à se mobiliser. D’autant plus que certains ne se privent pas de jeter de l’huile sur le feu… C’est le cas avec une “tribune” de Jean-Paul Brighelli dans Le Point . Intitulée “le (dernier) mauvais coup de Vincent Peillon“, cette expression du polygraphe néo-conservateur rassemble en un même texte de nombreux présupposés et parti-pris et en développant une analyse catastrophiste. Il base l’essentiel de sa thèse sur un risque d’une augmentation du temps de travail fondé sur une redéfinition du nombre d'heures annuelles alors que ce n'est pas sur la table. Ce qui est dans la négociation c'est en revanche une évolution des missions des enseignants et la reconnaissance de tâches aujourd'hui déjà effectuées mais qui ne sont pas payées ni reconnues. Et il est sûr que c'est surtout cela qui choque la conception très traditionaliste du métier des fans de Brighelli qui ne cessent de transférer ce texte. Cela a amené à quelques mises au point utiles dans la presse syndicale ou sur les réseaux sociaux.

SNES
Le congrès du SNES aura lieu à Marseille du 31 mars au 4 avril. Comme nous le disions plus haut, c’est une période qui n’est pas forcément propice aux positions modérées. Mais plutôt aux surenchères internes et aux positionnements des tendances. C’est donc dans ce contexte qu’il faut analyser l’abstention au CTM.
Phénomène de mise à l’agenda, le congrès est l’occasion de lire plusieurs articles sur ce syndicat. Dans le Monde, Aurélie Collas s'interroge sur le pouvoir réel et fantasmé de ce syndicat dans l'éducation nationale. Il est vrai que le syndicat est très largement majoritaire dans la profession. Mais, comme le montre un autre article du même journal une bonne partie des adhésions se fait dans une logique « assurantielle » car le syndicat, à tort ou à raison, est réputé avoir la main sur la gestion des carrières. On sait aussi que s’ils sont capables de se rassembler sur la défense de certains intérêts et en particulier l’attachement à l’identité disciplinaire, les adhérents sont aussi dans des attitudes très différentes vis-à-vis de la conception du métier et de la pédagogie. Une hétérogénéité ou des clivages ? Il serait en tout cas trop facile de réduire ce syndicat “attrape-tout” à une seule ligne conservatrice.
S’il apparaît souvent comme hostile a priori aux réformes, on s’aperçoit aussi que, dans les faits, une bonne partie est passée et après avoir engendré des protestations, les dispositifs décriés sont ensuite investis voire même défendus par les enseignants de terrain…

Le chant du départ ?
Suspens : celui qui a bougé le décret de 1950 sans mettre les profs dans la rue laissera-t-il sa place?
Certes, cette question semble un peu secondaire dans le contexte de la défaite sévère de la gauche aux municipales. Mais elle se pose évidemment avec la perspective plus que probable d’un remaniement ministériel.
"Si on coupe dans les budgets 'éducation', les conséquences seront terribles !" C’est Vincent Peillon qui dit cela. Mais dans le cadre d’un discours d’ouverture cette semaine d’une conférence internationale sur "l'enjeu des langues" pour la réussite de l'éducation en Afrique. Mais sa phrase prend un sens particulier dans le contexte du remaniement. C'est presque une façon de justifier son départ si, comme cela se murmure, la promesse des 60 000 postes était remise en question...
Au delà de la personne du ministre c’est bien sûr la question de la continuité de la politique qui est posée. C’est ce qu’exprime un communiqué du CAPE (collectif des associations partenaires de l’école) titré “Refonder l’école : non au renoncement, oui à l’ambition éducative ! ”. Cet extrait résume l’inquiétude : “L’histoire récente témoigne que de grandes ambitions peuvent être abandonnées par des ruptures dans le suivi d’une politique nationale pour l’école, des changements de ministres, alors qu’il faudrait au contraire élargir l’ambition refondatrice à l’ensemble des politiques éducatives, en regroupant sous un même ministère l’Éducation nationale, l’Enseignement supérieur et la recherche, la Jeunesse et l’Éducation populaire.”. Et les associations du CAPE (dont le CRAP-Cahiers Pédagogiques) concluent “Nous appelons tous les responsables politiques, locaux et nationaux, à ne pas mettre en péril cette indispensable continuité de la refondation par un renoncement trop prompt face aux conservatismes et aux replis, qui menacerait l’avenir d’une éducation commune, laïque, démocratique et soucieuse d’égalité et de justice.
Avec la victoire de la droite aux élections municipales, le risque est grand que la réforme des rythmes soit passée par pertes et profits à coup de dérogations et d’aménagements qui en fassent perdre le sens. Si un(e) prochain(e) ministre est nommé(e), on peut craindre que sa politique soit surtout destinée à ne fâcher personne…
Et le débat sur l’avenir de l’École attendra les prochains résultats de la prochaine enquête PISA, publiés en 2017…

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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mardi, mars 25, 2014

École et innovation : je t’aime moi non plus…



L’innovation est un mot qui va revenir très souvent dans l’actualité éducative des prochaines semaines. Bientôt se tiendra la Journée de l’innovation organisée par le Ministère où seront remis les grands prix de l’innovation. Un peu plus tard, une manifestation concurrente organisée par le Café pédagogique mettra à l’honneur les enseignants innovants. À la fin de l’année scolaire, le Conseil National de l’Innovation et de la Réussite Éducative installé il y a un an et demi par la ministre de la réussite éducative et présidé par Didier Lapeyronnie rendra son rapport et ses préconisations pour favoriser l’innovation. Je suis membre de ce conseil, j’ai aussi été membre du jury du Grand Prix de l’innovation. Mais je vais tenter ici un exercice délicat en essayant de faire un pas de côté pour livrer quelques réflexions strictement personnelles sur ce que m’inspire cette question de l’innovation.


Innover, mot piégé…
L’innovation est un mot aux multiples sens et qui entretient la confusion. Etant professeur de Sciences Économiques et Sociales, mon approche du concept est d’abord liée aux disciplines de référence de ma discipline : l’économie et la sociologie. En économie, on apprend tout d’abord aux élèves à distinguer l’invention de l’innovation. Cette dernière suppose la généralisation et l’application au domaine de la production commerciale d’une technique nouvelle ou d’un produit nouveau. Sans rentrer dans le détail, on distingue également plusieurs formes d’innovations : des innovations de procédé et des innovations de produit, des innovations majeures et des innovations incrémentales... Mais quel qu'en soit le type, une innovation réussie suppose la diffusion. 
En sociologie, on montre que très souvent l’innovation est une forme de déviance. L’innovateur va aller à l’encontre des codes, des normes du moment, pour proposer autre chose.
L'innovation  serait donc une déviation. On retrouve cette idée chez Edgar Morin et notamment dans une  interview par Maryline Baumard dans Le Monde  (le 25 octobre 2013) ou il répond ainsi à la question « Comment faire changer l'école ? » “ Il faut sans cesse s'appuyer sur une avant-garde agissante. Il n'existe jamais de consensus préalable à l'innovation. On n'avance pas à partir d'une opinion moyenne qui est, non pas démocratique, mais médiocratique ; on avance à partir d'une passion créatrice. Toute innovation transformatrice est d'abord une déviance. ”.
Or, dans l’éducation nationale, nous sommes dans un apparent paradoxe. L’innovation est encouragée par l’institution elle même. On trouve dans chaque académie des “conseillers recherche-développement, innovation et expérimentation” (CARDIE). Au sein de la Degesco, c’est une DRDIE qui coordonne leurs actions. Par ailleurs, dans le référentiel qui guide la formation des enseignants (2013) la compétence 14 « S'engager dans une démarche individuelle et collective de développement professionnel» insiste sur la nécessité pour les enseignants de développer des « démarches d'innovation pédagogique visant à l'amélioration des pratiques.» Cette injonction à l’innovation était déjà présente dans les “10 compétences” (2007 et 2010) qui ont précédé ce référentiel.
Innover deviendrait alors une norme ? L’innovateur serait alors un conformiste ? Comment expliquer ce paradoxe ?


Les rebelles ne sont pas ceux qu’on croit !
Dans les médias et les représentations on assimile souvent l’enseignant innovant à un “rebelle” qui va lutter contre une administration forcément hostile et conservatrice. Or, innover ça peut être tout simplement vraiment appliquer les textes ! 
La déviance se situe alors plus par rapport à un conformisme ambiant, à une culture professionnelle et des normes non écrites qu’à des textes. Innover, nous le savons bien aux Cahiers Pédagogiques, c’est peut-être d’abord utiliser les marges de manœuvre disponibles et évoluer dans les interstices des textes et des procédures.
Innover c’est donc aussi  “s’autoriser”, car les barrières sont bien souvent celles de nos propres routines et nos représentations.
On notera au passage que cette question de la posture pollue le débat sur les méthodes pédagogiques et l’opposition “Pédagogues/Républicains”. Pendant longtemps en effet, les innovateurs luttaient contre l’institution. On a bien sûr en tête le cas de Célestin Freinet obligé de quitter l’Éducation Nationale et de fonder sa propre école pour mener à bien son projet. Or, aujourd’hui, alors que l’encadrement du ministère s’est emparé du vocabulaire de la pédagogie et de la thématique de l’innovation, on assiste à un renversement idéologique. Ce sont les supposés “républicains” qui se donnent la posture du rebelle face au "système" alors qu’ils ne sont que des conservateurs et des conformistes…


Comment un Mammouth peut-il innover ?
Si l’Éducation Nationale développe un discours sur l’innovation et cherche à la promouvoir, on peut cependant s’interroger sur la capacité d’un système bureaucratique et centralisé à produire de l’innovation. Cette injonction risque de n’être qu’un discours creux et incantatoire si cela ne se traduit pas dans des actes et dans des structures favorables.
De nombreux sociologues ont étudié la bureaucratie et ont montré comment ce système se reproduisait et était créateur de routines et d’inertie peu propices au changement. Dans le cas de l’ Éducation nationale, on soulignera plus particulièrement trois aspects qui y contribuent.
• Des statuts rigides et cloisonnés rendent plus difficile la conscience collective. PE, PLC, certifiés, agrégés, AE, CPE, Perdir, IA-IPR, IEN, … L’Éducation Nationale, c’est la manufacture des sigles ! Et les statuts qui sont derrière sont associés à des avantages, des obligations et des périmètres spécifiques. Tout cela aboutit à des méfiances réciproques voire à la “guerre” des uns contre les autres. Et les périmètres se transforment trop souvent en territoires. Comment dans un tel contexte créer les conditions de l’innovation ?
• Le rôle des cadres intermédiaires dans l’Éducation Nationale est ambigu. Leur formation (distincte de celle des enseignants) les conduit à développer des compétences managériales. Cette formation passe souvent aussi par un processus d’acculturation où ils oublient leur passé enseignant et leur fait confondre quelquefois “leadership” avec autoritarisme. Mais surtout, la logique bureaucratique à l’œuvre conduit bien trop souvent ces personnels à produire de la procédure pour se convaincre d’exister… On retrouve là, les logiques de territoire évoquées plus haut. C’est aussi lié à la confusion entre deux fonctions qui sont les fonctions d’animation d’une part et les fonctions d’évaluation (individuelle) d’autre part. L’une pollue l’autre… Et on aboutit ainsi à des effets pervers: comportements infantilisants, clientélisme, contrôle a priori, paperasserie, conformisme…
• Un système déconcentré mais pas décentralisé. Certes, on n’est plus au temps où le ministre pouvait se vanter de savoir ce que faisaient tous les instituteurs de France en même temps à la même heure ! Mais le système reste cependant construit sur une logique très hiérarchique (“top down” ) et les recteurs sont autant de “petits” ministres dans leur région. Le système reste très jacobin et marqué par une forte hiérarchie. Il génère des effets indésirables : force d’inertie, faible adaptabilité aux situations locales, lourdeur des contrôles… Il contribue ainsi à l’infantilisation et la déresponsabilisation des acteurs et est donc peu propice à l’innovation.
Sans considérer qu’il faut en faire des modèles, on pourrait s’inspirer de certaines des réformes menées dans d’autres pays.  Passer d’une logique “top-down” (du haut vers le bas) à une logique “bottom-up” (du bas vers le haut) signifierait qu’on donne plus d’autonomie locale aux établissements pour qu’ils puissent innover et proposer des solutions pédagogiques plus adaptées aux contextes locaux. Pour éviter les dérives et la rupture de l’égalité républicaine, il faudrait alors que les missions assignées à l’École et à chaque niveau soient plus claires. Qu’on ait donc un système plus ferme sur les finalités et plus souple sur les procédures.
Pour cela, il faut passer d’un contrôle a priori à un contrôle a posteriori et faire évoluer le rôle des fonctions d’encadrement. Cela suppose une dissociation des fonctions d’animation et d’évaluation de l'inspection. Une évaluation qui pourrait d’ailleurs être plus collective qu’individuelle.
Bien sûr, dans cette administration centralisée et homogène, on trouve malgré tout des “îlots” d’innovation : des classes où se sont regroupés quelques pédagogues, des établissements secondaires publics innovants (regroupés au sein de la Fespi)… Mais le problème de ces structures est de dépasser l’“entre-soi” et de parvenir à infuser dans l’enseignement classique. Sinon, on court le risque de n’être, au final, que des alibis justifiant par ailleurs l’inertie du système.


Peut-on se former à l’innovation ?
Dans quelle mesure la manière dont les enseignants sont formés peut-elle favoriser la  résistance au changement ou au contraire l’innovation ?
L’enjeu est d’abord de construire une identité professionnelle qui permette de dépasser la seule référence disciplinaire (dans le 2nd degré) et d’offrir une vision plus large du métier. En somme, construire une “culture commune” qui soit à la base d’un travail collectif On pourra me dire que, justement, la formation initiale est en train d’être rénovée et de devenir plus professionnalisante. Mais, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’exprimer, les inquiétudes demeurent. La construction des ESPÉ ne semble pas, pour l’instant, à la hauteur des enjeux.
Y a t-il des compétences à construire pour favoriser la capacité à innover ? On peut évoquer brièvement quelques pistes :
  •       le travail en équipe ça s’apprend. Et les techniques d’animation de groupe sont indispensables pour construire des projets collectifs
  •       le partenariat aussi, on peut s’y former. La plupart des projets innovants sont des dispositifs qui impliquent des intervenants extérieurs. La relation avec les parents est également une des clés de la réussite de bien des projets. Une formation initiale de qualité devrait donner des outils pour penser et agir dans cette direction.
  •      L’analyse de pratiques est aussi un levier du développement professionnel. Elle permet d’installer dès les débuts dans le métier une posture réflexive indispensable. Tout comme l’écriture professionnelle qui fait partie intégrante de cette compétence.
  •      Se mettre dans une logique de recherche et d'expérimentation, formuler des hypothèses,  produire soi même des travaux de recherche est indispensable. Et si nous étions tous, au sens plein du terme, des “enseignants-chercheurs” ? Car finalement, un collègue innovant ce serait d’abord un enseignant qui considère que rien n’est jamais acquis et qui est capable de se remettre en question.
Mais au delà de la formation initiale, la condition majeure du changement et de l’amélioration des pratiques  est surtout celle de la formation continue. Comment peut-on considérer qu’on est formé une fois pour toutes ? Feriez vous confiance à un médecin qui n’aurait jamais eu l’occasion de se former à de nouvelles techniques ?
Une occasion a été ratée dans les annonces du débat du quinquennat et dans les négociations sur le métier. On aurait pu instituer une obligation de formation pour les enseignants sous forme d’un droit opposable. Cela aurait été un levier important pour enclencher une dynamique mobilisant à la fois l’éducation nationale elle même et en particulier les ESPÉ mais aussi les mouvements pédagogiques qui auraient pu ainsi contribuer à cette évolution indispensable.


Peut-on innover en respectant les programmes ?
Nous évoquions plus haut le poids des procédures et la contrainte des nombreux textes produits par le mammouth. Parmi ceux ci figurent bien sûr les programmes d’enseignement. Ceux-ci sont pléthoriques et comme si ça ne suffisait pas s’accompagnent bien souvent d’instructions complémentaires qui les alourdissent encore. Et les corps d’inspection sont les garants de leur stricte application. Cela limite la capacité à innover même si nous savons bien que c’est le talent de chaque enseignant que de trouver des dispositifs et des supports qui lui sont propres et qui répondent aux besoins de ses élèves.
La  loi de refondation a institué un Conseil Supérieur des Programmes (CSP). On peut espérer que la fabrication de ces futurs programmes aille vraiment vers une logique curriculaire, c’est-à-dire une logique qui enferme moins dans des procédures et des indications strictes et qui donne de la souplesse aux enseignants pour mettre en œuvre des objectifs clairs. Comme cela se fait dans bien d’autres pays.  Pour favoriser l’innovation, il faut aller vers  un système moins rigide sur les modalités et plus ferme sur les finalités. Et qui ne laisse personne sur le bord de la route.


Et le numérique dans tout ça ?
Aujourd’hui, pas un discours sur la pédagogie et sur l’évolution de l’École sans un couplet sur le numérique. Il est vrai que les technologies de l’information et de la communication ont changé notre vie quotidienne et qu’on peut penser que ces innovations vont aussi changer l’École et les manières d’apprendre. Ils ont en effet des potentialités énormes. Ils donnent accès à des informations et des connaissances illimitées (reste à les transformer en savoirs…). Les outils numériques peuvent agir sur la motivation des élèves, leur concentration, leur participation en classe. Ce sont donc potentiellement des outils de lutte contre l'ennui à l'école et au final contre l'échec scolaire. Ils sont aussi le ferment d’une évolution des pratiques enseignantes. Les Tice peuvent permettre que les enseignants  ne travaillent plus de manière isolée, mais mutualisent leurs ressources et collaborent pour la préparation de leur cours. Le numérique peut enfin favoriser l’apprentissage personnalisé, actif et coopératif…
Mais le numérique peut à l'inverse renforcer l’individualisme et l’aspect répétitif des apprentissages. Il peut être l’instrument d’une pédagogie encore plus magistrale et frontale. Et l’usage effréné du numérique peut même, à terme, être générateur d’ennui et de démotivation.
Il faut donc se garder d’une illusion d’optique dans laquelle tombent trop facilement nos décideurs. Celle de croire qu’à lui seul un outil, aussi performant soit-il, va révolutionner l’enseignement. Certes, le numérique est au cœur d’une révolution de la production et de la consommation dans tous les domaines et il modifie considérablement la manière dont circule l’information et notre rapport aux connaissances. Mais pour l'enseignement cette transformation passe d’abord par une réflexion sur les usages et donc une formation. Ce n’est pas la technologie qui, dans l’école,  est intrinsèquement innovante, c’est la réflexion pédagogique qui l’accompagne.
Car il faut dire que l’illusion d’optique est renforcée par un deuxième phénomène. Ce sont en effet les enseignants les plus innovants au départ qui se sont emparés des outils numériques pour en explorer les possibilités. Mais ce ne sont pas forcément les outils qui les ont transformés !


Seul ou à plusieurs ?
Nous sommes encore confrontés à une vision très “libérale” de l’exercice du métier d’enseignant qui a du mal à se définir autrement que dans l’espace intime de la classe.
Il est tentant d’inscrire l’innovation dans le cadre de la “liberté pédagogique” individuelle.  Pendant longtemps ce droit était surtout revendiqué par  les pionniers de la transformation de l'école. Il était difficile d’enseigner autrement que les autres alors qu’on était isolé et qu’on subissait la pression conservatrice de la hiérarchie. A cette époque la question de la liberté pédagogique ne se posait donc pas pour les tenants d’une école traditionnelle. Elle ne se posait que pour la minorité qui voulait changer l'école. Mais aujourd’hui, le message est brouillé et c’est plutôt dans le camp des “conservateurs” que le thème de la liberté pédagogique a été repris. La liberté pédagogique est ainsi devenue l’alibi des conservateurs et « la liberté de faire comme avant » (P. Frackowiak).
On voit donc que la notion de “liberté pédagogique” est au final un concept ambigu. La loi dit d’ailleurs qu’ « elle s’exerce dans le respect des programmes et des instructions du ministre et dans le cadre du projet d’école ou d’établissement. ».  Si l’innovation a besoin de liberté, elle a aussi besoin d’une dimension collective pour durer et se développer.  Pour dépasser cette ambigüité, on préféra donc la notion d’autonomie. Celle-ci  ne peut se confondre avec la liberté illusoire de celui qui, refermant la porte de sa classe, croit qu’il n’a de comptes à rendre à personne.
Car, si une part irréductible du métier reste individuelle, on sait aussi que ce qui fait l’efficacité et la durabilité de l’action réside dans l’action collective d’une équipe, d’un établissement. Pour cela, il faut que les enseignants se redonnent collectivement une expertise et un pouvoir d’agir sur les structures, les contenus enseignés, les modalités d’évaluation, etc. En somme passer d’une logique “top down” à une logique “bottom-up”…
Même s’il faut louer et encourager les “enseignants innovants”, il donc est tout aussi important de mettre en évidence et d’analyser la dimension collective et institutionnelle qui permet aux projets de se développer et de se diffuser. Car ce qui fait le succès d’une innovation c’est sa diffusion et sa pérennisation. Finalement, tout comme pour les innovations dans le monde économique, lorsqu’elle se massifie et devient une pratique nouvelle et généralisée.   Un enseignant innovant c’est bien, une équipe innovante c’est encore mieux !


La diffusion de l’innovation
L’École fait des réformes, la médecine fait des progrès”, cette métaphore de Philippe Meirieu  nous interpelle sur la manière d’évoluer. Pour progresser, la médecine s’appuie sur les savoirs partagés la diffusion et la capitalisation des innovations. Or, dans l’éducation nationale, malgré des progrès dans la mutualisation des supports de cours il y a encore une réelle difficulté à diffuser les innovations et à analyser et évaluer les dispositifs mis en place. Y compris au sein d’un même établissement où il est quelquefois difficile de savoir ce que fait son collègue et de donner de la cohérence à l’ensemble.
L’enjeu de la circulation de l’information et de la recherche est essentiel. Il permet de lever les résistances en montrant la « faisabilité » des dispositifs à ceux qui en doutent. En obligeant les enseignants à écrire sur leurs pratiques, il permet de mieux les formaliser et d’enclencher un retour réflexif. Enfin, l’apport de la recherche permet évidemment de nourrir la réflexion des praticiens. Et vice-versa.
Toute ressemblance avec une revue comme les Cahiers Pédagogiques n’est absolument pas fortuite ! Celle-ci est née en 1945 comme un “bulletin de liaison” des enseignants des classes nouvelles issues du plan Langevin-Wallon dans une logique de mutualisation. Et dès le départ, il s’est agi de combiner les récits de pratiques et les apports de la recherche . C’est ce que reconnaît d’ailleurs l'Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (AÉRES) en nous qualifiant du beau qualificatif d’ « interface ». Il ne s’agit pas ici de faire de l’autopromotion pour les Cahiers Pédagogiques (quoique…) mais bien d’insister sur une dimension essentielle qui est d’ailleurs assumée par d’autres rares médias et mouvements. 
L’innovation ce n’est  pas seulement une question de “savoir-faire” mais aussi une question de “faire savoir” !


Difficultés
L’innovation pédagogique se heurte à une série de freins qu’on peut rapidement énumérer.
Tout d’abord, le discours pédagogique de l’innovation est  souvent vécu comme culpabilisateur par bon nombre de collègues. Parce qu’il conduit  à mettre en avant des individus (on a même une “héroïsation” de l'innovant)  ou des équipes dans un métier marqué par une culture égalitaire. Et que la critique implicite des méthodes pédagogiques qu’il contient peut être ressentie comme une remise en cause personnelle.
Les innovations se heurtent aussi à des résistances forgées dans des valeurs respectables mais aux effets pervers. L’égalité républicaine peut conduire à un égalitarisme interdisant les expérimentations et à un jacobinisme rejetant l’autonomie des établissements. On a vu également que l’institution elle-même pouvait être un facteur de blocage.
Enfin, les difficultés peuvent être dans les pratiques des enseignants innovateurs eux-mêmes. On peut tomber dans le piège de l’immodestie et dans la conviction d’avoir trouvé LA solution. Et au final recréer une nouvelle routine. Or, on le sait bien en matière de pédagogie, si l’on peut avoir des convictions on ne peut pas avoir de certitudes. Il faut sans cesse se remettre en question dans un travail du quotidien.



Le discours emphatique et incantatoire sur l’“innovation” peut être analysé comme le symptôme d’une institution qui peine à se transformer et qui accepte mal les écarts à la norme. Si l’on en parle tant, s’il y a besoin d’une “journée de l’innovation” c’est peut-être parce qu’elle est absente…
Si l’esprit d’initiative était la règle, si la pédagogie ordinaire était fondée sur le travail d’équipe, l'expérimentation et la recherche permanente, si les programmes et l’organisation du temps laissaient plus de marges de manœuvre, si l’on faisait un peu plus confiance aux enseignants, si on leur donnait un peu plus de pouvoir d’agir, … ce serait tous les jours la journée de l’innovation !




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Philippe Watrelot


samedi, mars 22, 2014

Bloc Notes de la semaine du 17 au 23 mars 2014





- Remaniement et après ?– Lettre au futur ministre – quart d’heure warholien - .



Un bloc notes qui revient sur les rumeurs de remaniement et ses effets pervers. Tout est mis au ralenti et on peut s’inquiéter de cet attentisme alors qu’il est indispensable de réenclencher la dynamique. S’il y a un(e) nouveau ministre, quelle devrait être sa lettre de mission ? On se risque à esquisser quelques pistes. On poursuit la réflexion sur le coup de projecteur mis sur un collègue et on essaye d’analyser les ingrédients d’un débat “médiatique” en matière d’éducation .





Remaniement et après…
Peillon, porté disparu des écrans radars depuis deux semaines ! ”. Voilà un des tweets qui circulait ces derniers jours. Et il est vrai que le ministre était peu présent dans les médias, même s’il faut signaler une émission sur France Culture enregistrée le mardi . Que fait le ministre ? Lionel Jeanjeau dans la revue de presse de vendredi nous donne la réponse : il fait campagne. Vincent Peillon est candidat pour les Élections Européennes dans le Sud-Est et il a décidé de descendre le Rhône en péniche dans le cadre de cette campagne. On pourrait se dire que cette « vacance » du pouvoir n’est pas si grave car le Cabinet et l’administration assurent la continuité. Et qu’il n’est pas rare qu’un ministre fasse campagne. Mais c’est surtout la perspective d’un remaniement qui aujourd’hui “gèle” l’action politique. On gère les affaire courantes. "On ne peut pas dire qu'on s'emmerde, on a des réunions de préparation de rentrée, mais clairement on a le sentiment que les grandes réformes sont derrière nous", confie un haut fonctionnaire anonyme à L’Express . Au cabinet on proteste "Le ministre ne se présente pas aux européennes dans le but de quitter son ministère. Et en plus la décision ne dépend pas de lui!". Mais quoi qu’il en soit on est dans un attentisme qui nuit à la dynamique de ce qu’on n’ose même plus appeler la “refondation”. Les grands chantiers (rythmes, métier, formation, programmes) se sont heurtés à des résistances et on aboutit à des compromis bancals qui, au final, ne satisfont personne. Et cela rajoute à la déception générale. Car c’est au contraire quand tous les dossiers ou presque sont ouverts qu’il faut le plus de volonté politique pour les faire aboutir et éviter qu’ils ne se perdent dans les sables de l’inertie.
De toutes façons comme nous le rappelions plus haut, la décision d’un remaniement appartient au seul président de la République. On lit ici ou là, que, rue de Bellechasse, les cartons ont déjà été commandés et que les membres du cabinet sont en train de se recaser… Et c’est évidemment le temps des rumeurs. Les noms de Benoît Hamon ou de Bertrand Delanoë ont été évoqués. Mais le nom qui circule le plus aujourd’hui est celui de Ségolène Royal. D’après Libération elle pourrait se voir attribuer "Un grand pôle ministériel regroupant l'Education nationale, la Culture, la Jeunesse et les sports". L'équivalent de ce qui avait été proposé à Martine Aubry en 2012, avant que la Première secrétaire de l'époque ne refuse l'offre de François Hollande. Cette rumeur provoque des réactions assez vives. Il faut rappeler qu’elle fut “ministre de l’enseignement scolaire” sous l’autorité de Claude Allègre à la fin des années 90 en se revendiquant comme la « ministre des parents ». Certains se souviennent aussi de ses déclarations dans une vidéo “off” qui avait beaucoup circulé en 2007 durant la campagne présidentielle où elle faisait des propositions assez radicales sur le temps de travail des enseignants. Au delà de la personnalité du ou de la ministre, la question majeure est celle de la continuité ou non de la politique menée. On se souvient que la semaine dernière nous faisions état de certains indices de remise en cause de la promesse des 60 000 postes. L’austérité peut rattraper l’éducation nationale jusqu’ici épargnée.
Mais surtout, la tentation est forte pour les gouvernants après une période de réforme ayant entrainé des protestations de “calmer le jeu”. On se souvient de Jack Lang, nommé ministre après l’épisode Allègre et déclarant à son cabinet “j’ai été nommé pour pisser sur les braises… ”.

Quelle lettre de mission ?
Rêvons un peu…
S’il y avait à définir la lettre de mission du prochain ministre quel qu’il soit, ce serait de conserver en tête le constat de Pisa que l’École Française est une des plus inégalitaires et de vraiment chercher à construire une école plus juste et plus efficace. Donner plus d’autonomie aux établissements et aux équipes et desserrer la contrainte administrative serait alors un des axes de l’action. Tout comme la nécessité de faire évoluer le statut des fonctions d’encadrement et repenser l’évaluation des enseignants est incontournable pour lutter contre la force d’inertie. Profiter du regroupement de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur pour faire un véritable “choc de simplification” dans le dispositif de formation illisible qui se met en place est aussi essentiel. Tout comme le lien avec la jeunesse et sports et la culture pourrait permettre d’envisager enfin le temps de l’enfant et ses activités de manière globale. Et bien sûr, penser les contenus enseignés en envisageant d’abord ce que les élèves apprennent, les dispositifs à mettre en oeuvre et les moyens de l’évaluer, ce qui suppose aussi une réflexion sur la continuité entre les différents niveaux d’enseignement à commencer par le lien entre le primaire et le collège.
Voilà de quoi occuper un(e) ministre !

Quart d’heure warholien
La journaliste Louise Tourret publiait le 18 mars dernier sur Slate.fr un portrait d’un jeune enseignant de SES à Drancy, Jérémie Fontanieu, qu’elle avait déjà invité avec ses élèves dans Rue des Écoles , l’émission qu’elle anime sur France Culture. C’est la lecture d’un portrait réalisé par Monique Royer sur le site des Cahiers Pédagogiques qui a déclenché tout cet intérêt mais aussi une controverse sur les méthodes de ce collègue. Les deux articles comme l’interview radio décrivent un dispositif fondé sur un rythme de travail très soutenu avec un envoi de SMS aux parents si les résultats chutent. On a par ailleurs une gestion de classe assez stricte combinée à la construction d’une cohésion collective par le biais de week-end d’intégration et autres sorties. Certaines réactions ont été très vives soit dans l’adhésion soit dans le rejet. Louise Tourret définit ce jeune collègue comme un “professeur à l’ancienne” qui “réinvente l’exigence”. Lionel Jeanjeau, un des chroniqueurs de la revue de presse, sur son blog, s’interrogePédagogue et réac ? une combinaison incompatible ” et il pointe une “contradiction entre ses objectifs et ses méthodes . ”. D’autres réactions s’étonnent même qu’un tel portrait ait pu être publié dans les Cahiers Pédagogiques
Jérémie est-il "old school" ? Il est un peu réducteur, de considérer Jérémie comme une version "rap" et vingt et unième siècle des hussards noirs de la République du 19e. je ne sais pas si ceux-ci organisaient des week-end d'intégration et des sorties avec les élèves et avaient une telle proximité. Je ne pense pas non plus que l' "exigence" ait disparue chez les enseignants d'aujourd'hui. Bien au contraire. Si Jérémie est "old school" sur ce point, on est alors nombreux à l'être !  La question est plutôt de savoir si l' "exigence" est seulement une valeur du passé. Et de se demander pourquoi dans les représentations de la presse et de l’opinion, il en est ainsi. Il nous faut réfuter l'opposition souvent entretenue par les médias (et reprise par Louise Tourret) qui consiste à opposer des pédagogues/laxistes à des prétendus "républicains" rigoureux et exigeants. En fait, iI n'y a pas plus exigeant que les méthodes actives et le travail des pédagogues qui ne se contentent pas de la récitation pour croire que les élèves ont compris mais construisent des situations pour que les élèves s'emparent des concepts et les utilisent dans des tâches complexes.
Est-ce une méthode originale ? Plusieurs travaux récents ont montré que ce qui faisait la réussite des élèves des milieux populaires, des "rescapés" de la mobilité sociale, c'était la position des parents face à l'École. En gros, faire alliance avec les parents est un élément important de la réussite et de nombreux dispositifs vont dans ce sens. De même, on a montré l'importance des rituels d'intégration dans la construction de l'identité scolaire. Trop d'élèves sont "de passage" à l'École pour qu'on ne travaille pas sur la nécessité de les intégrer et d'en faire un lieu qu'ils puissent s'approprier. Tout cela est travaillé à de nombreux endroits. Au final, on peut dire qu'il n'y a pas de "méthode" et de nouveauté particulière mais une conjonction d’intuitions, et juste un prof qui, malgré tout, se pose des questions et a un enthousiasme qui doit être valorisé (à condition que cela ne serve pas à construire de fausses oppositions).
S’il y a débat, on peut finalement s’en réjouir. Car ce qui est au cœur de la pédagogie, ce sont les questionnements, les doutes, l'ouvrage cent fois remis sur le métier...c'est peut-être là qu'est le vrai clivage. En matière de pédagogie, on peut avoir des convictions mais pas de certitudes. Tout ce qui suscite du débat (et c'est le cas ici) est utile pour la réflexion pédagogique. Et c’est finalement une des missions des Cahiers Pédagogiques
Pour finir, il faut s’interroger aussi sur les raisons de cet emballement médiatique. Nous avons publié grâce à Monique Royer un grand nombre de portraits, tous plus intéressants les uns que les autres et qui montrent la diversité des situations de ceux qui cherchent à avoir une "idée positive de l'École". Pourquoi celui-ci a t-il retenu l'attention ? Ca mérite qu'on y réfléchisse.
Quand on pose la question à la journaliste, celle-ci nous répond que cela a à voir avec la jeunesse du personnage et aussi le titre donné par Monique Royer à son portrait “Quand Kery James rencontre Pierre Bourdieu”. Jeunesse, alliance de références classiques et de modernité, attitude en apparence paradoxale… voilà de quoi attirer en effet l’attention des médias. Et puis c’est la possibilité de questionner une nouvelle fois les dichotomies souvent rabâchées : pédagogues/républicains, exigence/renoncement, modernité/tradition, innovant/conservateur, rebelle/conformiste… 
Le cocktail est prêt à être servi et il est séduisant. On peut penser (craindre ?) que l’aventure médiatique de ce jeune collègue ne s’arrêtera pas là. Mais on sait aussi que le quart d’heure warholien qui gouverne la société du spectacle est cruel. Espérons qu’il saura y conserver les deux ingrédients qui permettent au pédagogue de progresser et de durer : le doute constructif et surtout l’enthousiasme…

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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dimanche, mars 16, 2014

Bloc-Notes de la semaine du 10 au 16 mars 2014





- Signes religieux à l’école - parapluies - refondation – petit coin - .



Le 15 mars 2004, était promulguée la loi interdisant les signes religieux ostentatoires. Ce bloc notes est l’occasion de revenir sur les dix ans d’application de cette règle. D’autant plus que des tentatives de relancer le débat (pétitions) ont vu le jour à cette occasion. Nous nous interrogerons aussi sur la propension de la bureaucratie à sortir le parapluie et à faire ainsi le jeu des extrémistes. On reviendra aussi sur le suivi de la refondation et du débat à propos de l’école commune. Avant d’aller faire un tour au petit coin…
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Signes religieux à l’École
Le 15 mars 2004, la loi interdisant les signes religieux ostentatoires était promulguée au journal officiel. Comme le rappellent plusieurs médias , à l’occasion de cet anniversaire, avant d’en arriver à ce texte, les débats auront été longs, vifs et enflammés. Depuis, même si le texte est entré dans les mœurs, les polémiques sur la liberté de culte et la laicité à la française ne cessent de ressurgir périodiquement. Et c’est le cas de nouveau aujourd’hui.
Tout à commencé en 1989 dans un collège de Creil dans le département de l'Oise ; ce jour-là, trois adolescentes sont exclues pour port du voile. l'époque, le Conseil d'Etat tranche : les signes religieux ne sont pas incompatibles avec la laïcité. Cinq ans plus tard, une circulaire du ministre de l'Education de l'époque, François Bayrou, interdit les signes religieux et ravive en même temps les braises. Neuf ans plus tard en 2003, le président Jacques Chirac confie la question au médiateur de la République, Bernard Stasi qui va présider une commission sur ce sujet. Elle se prononce en faveur d'une loi. C’est celle-ci dont on fête aujourd’hui les dix ans. Les débats se sont plus ou moins éteints durant toute cette période. Ou plutôt, ils se sont déplacés puisque on a vu poser la question des signes religieux dans des espaces de travail (crèche “babyloup”) et dans l’espace public (Loi du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public). Il faut signaler aussi la circulaire de mars 2012 sur l'accompagnement des sorties scolaires qui empêche les mamans voilées d'accompagner les élèves lors des sorties scolaires. Ensuite le rapport de la Mission sur l’enseignement de la morale laïque, commandité par le Ministre de l’éducation nationale, et remis en avril 2013. Ce rapport déplorait « une évolution qui, depuis la loi du 15 mars 2004 a vu insensiblement glisser la laïcité du côté des devoirs des élèves», et non de la garantie de leurs droits. Récemment un rapport sur l’intégration remis au Premier Ministre en novembre 2013 allait plus loin en proposant de revenir sur la loi de 2004. A l’occasion de cette date symbolique, le débat semble de nouveau repartir. Survivra t-il aux deux ou trois jours du buzz médiatique, c’est une autre histoire…
 Lionel Jeanjeau l'évoquait dans la revue de presse du vendredi 14/03 , Jean Baubérot, spécialiste de la laïcité (ancien membre de la commission Stasi s’étant abstenu) est interrogé pour faire le bilan de cette loi. On pourra lire une longue tribune sur Médiapart et une interview dans 20 minutes. Selon lui la loi de 2004 a été source de discriminations et d’exclusion. Ancienne médiatrice de l’éducation nationale et elle aussi membre de la commission Stasi, Hanifa Cherifi revient dans La Croix sur les tensions qui préexistaient au vote de la loi de 2004 sur les signes religieux. Et à ses yeux, contrairement aux craintes exprimées par certains dont Jean Baubérot, le texte a permis l’intégration scolaire des jeunes filles voilées et a apaisé la situation. Elle répond aussi à une question sur ces vêtements portés par certaines jeunes filles (robe ou jupe ample, gants) ou jeunes garçons (djellaba) dans les établissements scolaires ? Faut-il les interdire aussi ? “Assimiler ces tenues à des signes religieux serait contraire à la loi, et aller jusqu’à l’exclusion serait contre-productif à mon avis. Chez les jeunes, détourner la loi est quasiment systématique à un certain âge. Et puis, il suffit de se poster devant un collège ou un lycée pour voir que les tenues sont aujourd’hui des plus diverses… Je pense que nous avons progressé dans la compréhension de ces signes distinctifs, qui répondent avant tout à une logique identitaire. Dans les pays d’origine de ces jeunes comme chez une partie des musulmans de France, on voit bien que la dimension religieuse a pris depuis quelques années une place prépondérante dans l’appartenance identitaire, quitte à absorber toutes les autres composantes qu’elles soient linguistiques, culturelles, ethniques, etc. Mais je vois des enseignants faire un travail très intéressant, en classe, pour redonner sa juste place à la religion…
Dans une tribune publiée sur Mediapart des enseignants et des enseignantes estiment que la loi n'a eu aucun des effets vertueux défendus par le législateur et qu'elle a détérioré leurs conditions d'enseignement en accentuant les inégalités sociales. « Bien loin de faire respecter la laïcité au sein de nos établissements, la loi du 15 mars 2004 a déformé l'esprit et la lettre de la loi de 1905. » Ils poursuivent leur questionnement : “Cette loi a-t-elle fait reculer ce qu'on appelle le « communautarisme » ? A-t-elle favorisé l'accès des jeunes femmes à l'enseignement public ? A-t-elle permis aux enseignants de se faire entendre dans le débat public ?Ces dix années d'exercice de la loi du 15 mars 2004 n'ont pas fait reculer le « repli sur soi », le « communautarisme ». Les débats qu'a suscités la loi ont donné lieu à des amalgames et, en définitive, pointé du doigt les musulmans. Comment prévenir alors la tentation de l'entre-soi, quand le débat public se cabre sur une communauté ?”. Ils demandent l’abrogation de cette loi et proposent une pétition pour soutenir cette demande. On trouvera un autre texte collectif sur le site du NouvelObs proposant une autre pétition demandant elle aussi l’abrogation.
On ne va pas gloser longtemps sur ce sujet ultra-sensible. On voit bien les arguments qui risquent de s’échanger. D’un côté ceux qui considèrent que la laïcité et l’intégration sont préservées par cette loi et qu’elle a pu apaiser les sources potentielles de conflit. D’un autre côté ceux qui pensent que la loi a ouvert la voie à une série de mesures discriminantes à l’égard d’une communauté spécifique et qu’elle peut être plus facteur d’exclusion que d’intégration. Ce sont aussi des conceptions culturelles et sociétales qui se confrontent. Dans le contexte politique du moment et les surenchères qui l’accompagnent, le gouvernement ne souhaite pas, semble t-il, raviver un tel débat. On l’a bien vu avec l’enterrement du rapport de novembre 2013. Reste à savoir si ce débat relancé à l’occasion de cette date anniversaire va se poursuivre ou au contraire s’éteindre, couvert par le bruit médiatique.

Parapluie et autocensure
Comme le soulignait la revue de presse de vendredi, alors que la question du “genre” a quitté les premiers titres des médias, nous devons constater que le travail de sape et le “terrorisme” des milieux réactionnaires et obscurantistes continue à produire ses effets. Ici un spectacle est annulé par crainte des réactions des parents, ailleurs c’est un livre sur la bande dessinée qui est déconseillé à l’achat pour les documentalistes. Les exemples sont nombreux et nul doute qu’ils ne sont pas tous relevés par les médias.
Car c’est justement parce que tout cela est insidieux et relève d’une censure ou d’une auto-censure plus que d’une pression explicite. En d’autres termes c’est plus la crainte des réactions que les éventuelles protestations elles-mêmes qui provoque ces annulations. On trouve là à l’œuvre toute la logique bureaucratique avec sa logique de déresponsabilisation. “Surtout pas de vagues…” semble être le mot d’ordre d’une certaine hiérarchie intermédiaire qui applique le principe du “parapluie”. Comme c’est souvent la même posture qui est adoptée face à l’innovation et à tout changement, on ne peut qu’être inquiet sur la capacité du système éducatif à se “refonder” ou plus simplement à se réformer…

Actualité de la refondation
Le Ministre a nommé cette semaine quatre membres du comité de suivi de la loi d'orientation et de programmation pour la refondation de l'école de la République :Mme Béatrice Gille, rectrice de l'académie de Nancy-Metz ; M. Khaled Bouabdallah, président de l'université de Saint-Etienne ; Mme Viviane Bouysse, inspectrice générale de l'éducation nationale et M. Alain Bouvier, ancien recteur d'académie. Cette instance de douze membres au total, prévue par la loi de refondation ne sera complète qu’avec la nomination de députés et sénateurs selon les règles de la parité. Ce comité est « chargé de l'évaluation de l'application de cette loi » et « formule toute proposition ou recommandation relative à son application et à sa mise en œuvre ». Un rapport devra être élaboré et remis au Parlement chaque année.
On se souvient que la semaine dernière c’est la note du think tank Terra Nova l’école commune qui avait fait l’actualité et suscité des débats. Les médias avaient surtout insisté sur la dimension provocatrice et polémique de la note qui évoquait le rôle du SNES dans les blocages. Le syndicat vient de donner une réponse à cette interpellation qu’on peut lire sur son site . Elle tient en deux pages. De la première qui est essentiellement polémique, on retiendra surtout la phrase suivante en forme de rappel d’un supposé rapport de forces: "Il est vrai que lorsque l’on n’est pas en capacité de représenter vraiment les personnels enseignants du second degré et que l’on ne sait pas construire un rapport de force avec eux, la seule possibilité est le lobbying…dont tout le monde reconnaît les vertus démocratiques…" Et le syndicat majoritaire de poursuivre en reprochant aux auteurs de la note de Terra Nova de mettre en avant de “vieilles recettes et de “vieilles méthodes”. La deuxième page développe des arguments. En particulier celui qui réfute “la conception d’une scolarité obligatoire réduite à un bloc école-collège structuré par un socle conçu dans une vision utilitariste des savoirs coupe le collège du lycée et installe de fait un tri à l’intérieur du collège entre ceux qui auront vocation à poursuivre dans le bloc bac-3/bac+3 et les autres” et défend la proposition d’une scolarité obligatoire jusqu’à dix-huit ans. Les auteurs de ce communiqué concluent ainsi : "Au lieu de désigner le collège, les professeurs qui y enseignent et le SNES-FSU coupables de tous les maux du système éducatif et de raviver une querelle récurrente que les débats de la refondation ont essayé de dépasser, il serait plus pertinent de travailler aux articulations CM2/6ème et 3ème/2nde dans le respect du développement des élèves, des enjeux de formation, et des différentes cultures professionnelles.".
On est bien loin de l’apparent consensus qui avait prévalu dans le bilan de la concertation en 2012. Et on voit bien avec ces échanges tout comme avec la question des rythmes scolaires qui est devenue un enjeu politique, que l’on est loin de la dynamique de la “refondation” du début. La tâche est rude pour faire avancer les réformes pour ce ministre, ou son successeur…

Petit coin
Voilà un sujet qui peut sembler déplacé voire anecdotique, mais qui est en fait un révélateur d’un certain nombre de lacunes et de tensions du système. Heureusement, il a été traité avec sérieux par la presse (même si on n’a pas échappé à quelques jeux de mots)
Selon un rapport publié le 11 mars par l’Observatoire national de la sécurité et de l’accessibilité des établissements d’enseignement (ONS) , les élèves évitent d’utiliser les toilettes dans un tiers des collèges et lycées. Près de la moitié d’entre eux (42 %) se plaignent du manque de papier, 32 % des odeurs, 23 % de la propreté et 12 % du manque d’intimité des installations. L’ONS souligne que plus de 60 % des établissements se limitent à un seul nettoyage quotidien. Les toilettes des garçons sont aussi le lieu de bagarres et d’agressions, notamment au collège (21 % des établissements), ainsi que de consommation de drogues et d’alcool (10 % des lycées). Alors que, selon les urologues, un enfant doit uriner cinq à six fois par jour, les spécialistes mettent en avant les problèmes de santé générés par cette situation.
Tout cela ne doit pas en effet être pris à la légère. Alors qu’on parle beaucoup du “climat scolaire”, ces lacunes sont le révélateur d’une centration sur les apprentissages qui fait oublier que la vie à l’École ne se limite pas aux seuls quatre murs de la classe. Et ces questions doivent être l’affaire de tous et pas seulement dévolues au personnel d’entretien. On voit aussi que la violence et les dégradations sont souvent présentes et engendrent un climat d’insécurité qui, là non plus, n’est pas propice aux apprentissages.
Pour alimenter la réflexion, je propose de retrouver un billet de Sébastien Rome paru dans Les Cahiers Pédagogiques (une excellente revue, je vous la conseille) consacré à ce sujet et qui se terminait ainsi “À l’école, tout est prétexte à apprendre et à grandir, alors, disons-le tout net : « Entrez, dans les toilettes aussi il y a de la pédagogie » !”. Et vous noterez que je n’ai fait aucun jeu de mots…

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot
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samedi, mars 08, 2014

Bloc-Notes de la semaine du 3 au 9 mars 2014





- École commune – Réformistes et provocateurs – Peut-on encore lire le Point ? – mal aimés - .



Le bloc notes de cette semaine est assez fourni. Une bonne part des commentaires portera sur les propositions formulées par le think tank Terra Nova pour une “école commune” et les nombreuses réactions que cela a suscité. On peut donc être à la fois traité de “réformistes” et de “provocateurs”…
On évoquera brièvement la couverture indigne du Point de cette semaine sur l’École. Et on reviendra aussi sur une “enquête” sur l’attractivité du métier enseignant qui a beaucoup circulé dans les réseaux sociaux. Un peu de désintox s’impose…





École commune
Le sujet a déjà été commenté dans la revue de presse de jeudi et celle de vendredi , mais si l’on fait le bilan de la semaine, ce sont les propositions du think tank Terra Nova qui constituent l’essentiel de l’actualité éducative.
Cette note a fait l’objet de nombreux articles et commentaires. Mais la plupart se focalisent sur des aspects polémiques et c’est peut-être au détriment du cœur de la proposition. On notera toutefois l’article très factuel du Monde ou celui de l’Express . L’un comme l’autre insistent sur la proposition centrale de création d’une école commune. Louise Tourret sur Slate.fr analyse aussi ce projet et en propose une mise en perspective historique et comparatiste tout à fait intéressante.
L'étude ne recommande pas de fondre école et collège dans une même structure mais de mettre en place des "réseaux écoles-collège" constituant des unités d’enseignement et "un pilotage intégré et dynamique du développement des conseils des réseaux écoles-collège". Ecole et collège seraient confiés "à la même collectivité" territoriale. C’est ce qui était évoqué dans les travaux préparatoires de la “refondation” sous le nom d‘“école du socle”. Réalistes, les auteurs de cette note préconisent, d’ailleurs , de s'appuyer sur les possibilités offertes par la loi de refondation pour construire cette structure. L’idée principale de la note est de lutter contre les inégalités. Le rapport affirme que le « manque de progressivité » et le « défaut de cohérence » entre primaire et collège sont « parmi les causes majeures de l’échec des élèves ». Les auteurs préconisent des mesures touchant le recrutement autant que les pratiques : formation pédagogique commune dans les toutes nouvelles écoles supérieures du professorat et de l’éducation (Espé), stages de formation continue conjoints, travail en commun en CM1-CM2-6e (cycle 3), élaboration commune des contenus des enseignements dans le cadre d’un « fonctionnement curriculaire nouveau»...
Mais la mesure la plus commentée est la proposition de fusionner le corps de professeur des écoles et celui de professeur certifié". L’étude évoque des enseignants du primaire et du secondaire qui « se connaissent mal, se jalousent souvent et parfois se dénigrent, crispés sur des identités professionnelles qu'on pourrait croire dépassées (la polyvalence des instituteurs vers la spécialisation disciplinaire des enseignants de collège) alors qu’ils exercent le même métier devant les mêmes élèves ».
Une autre analyse de la proposition de Terra Nova par le journal Les Échos. Le quotidien économique titre son article sur deux petites phrases, glissées dans une étude de 26 pages : “Terra Nova doute de l’intérêt des 60.000 postes dans l’éducation nationale ”. On peut lire en effet : “Sans efficacité sur l’amélioration de notre système éducatif,[ce choix] réduit considérablement les marges de manœuvre budgétaires, alors que la formation continue, aujourd'hui réduite à peau de chagrin, concerne potentiellement plus de 700.000 enseignants ”, écrivent les auteurs de l’étude. Il faudrait « utiliser ces moyens pour financer le plan de formation continue et des dispositifs pédagogiques dans les écoles et les établissements », confie aux « Echos » Claire Krepper, membre du syndicat SE-UNSA, qui a contribué à l’étude..

Réformistes et provocateurs
Evidemment, certaines des propositions font vivement réagir.
D’abord parce qu’elles s’attaquent à des éléments constitutifs de l’identité professionnelle comme le rapport à la discipline d’enseignement pour les enseignants du secondaire. Louise Tourret sur Slate.fr rappelle que le rapport consécutif à la concertation pour la Refondation de l’école de la République recommandait par exemple de multiplier les postes d’enseignants bi-matière, par exemple français/histoire, maths/SVT, les deux premières années du collège. Mais par crainte des réactions de la profession et des syndicats, cette proposition n’a pas été retenue dans le texte de loi.
Le Casé Pédagogique , tout en nuances titre “Terra Nova : Une provocation pour le Snes ” . Le think tank recommande en effet dans ce rapport de «ne plus survaloriser la puissance du SNES», en «cessant notamment d'en faire le partenaire privilégié du ministère» et de «ne pas identifier la FSU à ce seul syndicat». Il faut «davantage s'appuyer sur les syndicats, associations et fédérations de parents favorables à cette réforme.» Le discours ne va cependant pas au bout de la provocation et n’est pas aussi “violent” que le disent certains commentateurs : «Il faut aussi rassurer ce grand syndicat représentatif et lui donner des gages sur le maintien des institutions (écoles et collèges) qui marquent formellement l'existence d'un premier et d'un second degrés, ainsi que sur la continuité collège-lycée général et technologique».
Le SNES s’exprime sur le site du Café pédagogique par la voix d’un de ses co-secrétaires généraux. Pour Roland Hubert, l'étude n'est qu'un épisode supplémentaire d'une histoire vieille de 40 ans. Selon lui, les enseignants ne veulent pas de l'école commune. Là où notre collègue a raison, c’est qu’en effet, derrière cette question de l’école commune on retrouve des enjeux déjà au cœur de la constitution du collège dans les années 70. Fallait-il construire un collège dans la continuité de l’école primaire (avec moins d’enseignants) ou l’inscrire dans une sorte de préparation au lycée (avec les mêmes disciplines qu’au niveau supérieur) ? Et avec déjà une problématique qui était celle de la monovalence ou de la bivalence. Les PEGC étaient des enseignants, souvent issus du primaire, qui enseignaient deux disciplines. Ce corps aujourd’hui quasi-disparu qui fut créé dans cette logique de continuité a engendré un problème de champ de syndicalisation. Fallait-il les syndiquer au SNI (syndicat national des instituteurs) ou au SNES (second degré) ? Deux syndicats membres de la puissante FEN de l’époque. L’arbitrage fut fait en faveur du second degré et d’un collège se calant tant au niveau des personnels que des programmes sur le lycée. Et au détriment d’une continuité École/ collège qu’on retrouve aujourd’hui au cœur de la problématique de l’école du socle. Et qui reste d’une brulante actualité.
Autre dimension polémique, celle de la critique implicite de la promesse des 60 000 postes. C’est le journal Les Échos qui choisit de titrer Terra nova doute de l’intérêt des 60 000 postes dans l’Éducation Nationale”. Comme souvent le titre introduit un biais journalistique destiné à insister sur la dimension polémique. Car, comme le dit la journaliste elle-même, il s'agit d'une phrase dans un rapport de 27 pages.
Comme nous l’avons souligné nous même à plusieurs reprises, la promesse des 60 000 postes a pu être un élément important dans la campagne électorale surtout après la saignée sarkozyste mais elle a eu aussi pour effet de réduire la marge de manœuvre. En d'autres termes, il n'y a plus rien d'autre à négocier... Cette promesse de créations de postes sans contrepartie négociée sur la modification du statut et des conditions de travail, n'est pas sans faire penser à la stratégie Jospin de 1988 au moment de la revalorisation. Mais, cela dit, cette remise en question de cette promesse présentée ainsi peut aussi être vécue comme une provocation.
Peut-on être “réformiste” et “provocateur” ? apparemment oui…. Puisque ces deux qualificatifs pourtant contradictoires sont appliqués aux auteurs et au think tank lui-même. Ce n’est pas le moindre des paradoxes. Mais la question est aussi stratégique. A quelle condition peut-on faire évoluer le débat et éventuellement faire triompher ses idées ? S’il est nécessaire dans le cadre d’une négociation de demander beaucoup pour obtenir forcément moins, il faut prendre garde aussi à ne pas braquer les autres interlocuteurs avec des chiffons rouges et des adjectifs disqualifiants qui risquent de fermer toutes possibilités d’évolution. D’autant plus dans un contexte où le traitement journalistique va accentuer les différences et construire du conflit binaire là où il faudrait de la nuance. La voie est étroite…

Peut-on encore lire le Point ?
École : l’enquête qui fait mal” c’est le gros titre sur la couverture du magazine Le Point de cette semaine . Et les sous-titres sont de la même farine : “Peut-on encore confier nos enfants à l’Éducation Nationale ”, “le J’accuse d’Alain Finkielkraut ” ou encore “les solutions qui marchent ”. Grand chelem. On croyait le discours des déclinologues de l’École en retrait, il revient en force avec ce magazine. Et les mensonges et caricatures ne manquent pas.
Le principal sous-titre (“Peut-on encore confier nos enfants à l’Éducation Nationale ”) est particulièrement indigne et détestable car il ravive une posture de défiance à l’égard de cette institution déjà attaquée récemment par le boycott des “journées de retrait“ des extrémistes refusant les ABCD de l’Égalité.
Faut-il pour autant dire que tout va bien ? Évidemment non. Le discours sur l’École est difficile à tenir et se situe toujours sur une ligne de crête. D’un côté, la moindre critique du système est vécue par beaucoup de ceux qui y travaillent comme une remise en cause personnelle. De l’autre des pseudo-spécialistes qui prospèrent sur une déploration nostalgique et mythifiée d’une École d’autrefois. Entre les deux, il est difficile de tenir un discours critique et nuancé sur les insuffisances de notre système éducatif et sur ses nécessaires évolutions.

Mal aimés…
Cette semaine, les médias ont relayé une étude qui a vite fait le tour du web éducatif. Intitulée « Ces métiers dont personne ne veut », l’étude de Jobintree.com affiche le métier d’enseignant en tête de ceux n’ayant « pas la côte ». Cette étude a d’abord été relayée par un article du Figaro
Le premier à réagir à cette supposée enquête fut l’historien Claude Lelièvre sur un de ses blogs relayé ensuite par Emmanuel Davidenkoff . Ils rappellent l’un comme l’autre que le “vivier” de candidats qui s’était fortement asséché durant la période précédente, s’est reconstitué. Il y a eu en moyenne 2,4 présents pour un poste offert au concours externe du Capes (14 865 pour 6135 postes offerts). Si, dans certaines disciplines, le rapport a été singulièrement bas ( et préoccupant), comme en lettres classiques (0,6 présent pour un poste offert !), en allemand (1,2), en éducation musicale (1,3), en mathématiques (1,4), en lettres modernes (1,5), en anglais (1,9) ; le risque d’échouer (et donc la sélectivité) a été foncièrement dominant dans nombre d’autres disciplines : en sciences physiques et chimiques ( 4,5 présents pour un poste offert), en espagnol (5,2), en italien (6,2), en philosophie ( 8,2).
Lucien Marboeuf sur son blog note que l’étude de Jobintree fait… 4 pages en tout et pour tout ! Et encore, dit-il, la 4ème est pour moitié un tract publicitaire à peine déguisé. Et il pose tout comme les deux éditorialistes précédents, la question de la fiabilité de l’échantillon. Car on est là à la limite de l’escroquerie intellectuelle quand on apprend que cette étude se fonde pour établir ses conclusions, sur leur propre site d’annonces et « plus de 75 000 offres d’emploi et plus de 720 000 actes de candidatures effectuées via son site entre octobre et décembre 2013 ». Or, nous rappelle Lucien Marboeuf, toute personne qui veut enseigner sait très bien qu’on devient enseignant essentiellement sur concours !... L’écrasante majorité des postes de professeur sont pourvus par cette voie de recrutement, et il ne viendra pas à l’idée d’un futur prof de chercher un boulot sur un site d’annonces professionnelles . Les candidats potentiels à un poste d’enseignant ne font pas partie de la cible de Jobintree, il ne faut donc pas s’étonner au final de ne pas les retrouver comme candidats.
Cette étude est donc “grotesque” pour reprendre l’expression de notre blogueur. Mais il faut cependant s’interroger sur les raisons pour lesquelles une enquête aussi peu fiable a eu autant d’échos auprès des enseignants. La raison en est simple : elle confirme l’opinion que beaucoup d’entre eux ont déjà de leur métier. Un sentiment de déclassement, l’impression d’être mal-aimés et d’exercer un métier dévalorisé et “empêché” constituent la base d’une déploration permanente et publique. Mais avec beaucoup de contradictions.
Ce que résume Emmanuel Davidenkoff dans sa chronique sur France Info : “La plainte des enseignants sur leurs conditions de travail est réelle, et ancienne – on l'a dit - mais elle s'exprime de manière assez paradoxale. Dans les sondages ou via leurs organisations représentatives, disons quand ils s'expriment collectivement, en tant que corporation, les professeurs mettent en avant les difficultés du métier, le peu d'aide dont ils bénéficient au quotidien. Mais quand vous les interrogez individuellement – et nous le faisons régulièrement ici – le discours est tout autre : vous voyez apparaître un engagement qui reste intense dans le métier, et des rétributions symboliques fortes, à commencer par le plaisir ressenti quand les élèves réussissent, et ce quel que soit leur niveau. Vous avez donc une distorsion importante entre le discours collectif et le discours individuel.”.
C’est sur l’espoir que ce discours individuel soit aussi un discours public (je connais même une revue et un mouvement qui accueillent ce genre de discours…) que nous conclurons cette chronique.

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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