dimanche, octobre 30, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 24 au 30 octobre 2016



- Violences - Laxisme - Entreprendre – Goujat ?- Butinages .


On aurait pu croire que l’actualité éducative allait avoir du mal à remplir ce bloc notes en cette période de vacances scolaires. Il n’en est rien. La violence qui s’est manifestée avant les congés a continué à occuper la presse. Elle a été l’objet d’une instrumentalisation avec le thème récurrent du “laxisme” mais avec une violence verbale relativement inédite.
On parlera également de l’esprit d’entreprise et on évoquera aussi une accusation de sexisme à propos d’un rapport de jury du Capes. Avant de finir par quelques lectures diverses.


Violences
La France a peur. Au delà d’un certain âge, on est nombreux à se rappeler de cette phrase d'ouverture du journal télévisé de TF1 du 18 février 1976, prononcée par le présentateur Roger Gicquel. Toutes proportions gardées, on a l’impression que la presse d’aujourd’hui utilise le même registre. De nombreux journaux évoquent une montée de la violence contre la police mais aussi contre d’autres institutions telles que les hôpitaux et l’éducation nationale. Même si tout cela s’est heureusement arrêté avec les vacances scolaires, les journaux et autres sites d’information restent sur la lancée de la semaine dernière et récapitulent de nombreux cas de violence dans l’éducation. Cocktails Molotov lancés sur un lycée de Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis) dont le proviseur a été violemment agressé ; élève s'en prenant à son professeur au point de lui casser la mâchoire dans un lycée professionnel de Calais (Pas-de-Calais) ; enseignant passé à tabac en pleine rue à Argenteuil au moment où il ramenait sa classe dans son établissement ; tentative d'étranglement d'un professeur à Lyon, coup de poing contre une prof au lycée international de Colomiers près de Toulouse, etc.
La presse nous apprend que huit jeunes ont été interpellés mardi après les violences qui ont eu lieu devant le lycée professionnel Hélène Boucher à Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis) le 17 octobre dernier. Environ 80 jeunes avaient semé le trouble devant les grilles de l'établissement avec des jets de mortiers et de cocktail Molotov. La proviseure du lycée avait reçu des coups et perdu connaissance. Une enquête du journal Le Monde évoque une « tension particulière » au lycée depuis la rentrée. «Ils s’en sont pris à l’institution, confirme le responsable du pôle adolescents de la ville de Tremblay. Quelque chose a dû se passer au lycée, une chose vécue comme une discrimination. Ce mouvement part de là. »
La sociologue Marie-Duru Bellat sur France Info explique ce phénomène par deux tendances longues : “. La première est d'ordre général sur la jeunesse. On a souvent tendance à dire que ça ne va pas bien. Ce qui se traduit par des problèmes d'intégration de nombreux jeunes, notamment chez ceux qui sont peu instruits. La seconde est liée à la stratégie pour lutter contre l'échec scolaire. On garde les jeunes longtemps à l'école, dans les filières générales, même lorsqu'ils sont en situation d'échec. Cela nourrit des ambitions et crée des désillusions. Quand vous vous sentez nul pendant dix ans, cela peut poser des problèmes.” Et elle conclue cette interview ainsi “ce que ces événements disent, c'est qu'il faut plus de mixité sociale. C'est en brassant les élèves qui posent problème avec ceux qui souhaitent travailler que les classes pourront s'autocontrôler. ”. Pour le sociologue Sébastien Roché dans Le Point, ces violences ne sont pas inédites et s’inscrivent même dans un schéma ancien : “Ces établissements sont tous situés dans des zones sensibles avec des tensions structurelles qu'on connaît depuis plus de trente ans. Ces violences nouvelles révèlent des tensions classiques, malheureusement anciennes.
Dans ce genre de situation où les médias (et les politiques) mettent le projecteur sur un phénomène on sait bien qu’il est toujours difficile de faire la part des choses et de déterminer s’il s’agit bien d’une amplification de celui-ci ou juste une présentation qui fait porter l’attention sur un aspect qui n’est pas forcément plus important mais qui va faire système et créer un sentiment de peur voire d’imitation et de contagion.
Mais quoi qu’il en soit, il n’en reste pas moins que face à des actes graves, les sanctions sont indispensables. Poser des limites et faire respecter un cadre fait partie de l’éducation. Et encore une fois, il faut malheureusement le rappeler : analyser, expliquer, n’est pas excuser...

Laxisme
Avec la médiatisation de ces évènements, la tentation est grande pour ceux qui cherchent à instrumentaliser ces actes de violences, symboles selon eux du «laxisme» du gouvernement et de la dégradation des conditions de travail des enseignants.
Une information va particulièrement accentuer le sentiment d’abandon ressenti par certains enseignants. Elle est relatée par France3 Nord-Pas de Calais. L’article intitulé “Harcèlement scolaire à Condé-sur-l'Escaut : des profs sanctionnés, un député choqué” nous informe que des enseignants du Lycée du Pays de Condé à Condé sur l'Escaut s'étaient mis en grève, pour dénoncer des faits de harcèlement scolaire, dont un élève de seconde se plaignait. Sept élèves ont été mis en cause dans cette affaire, parmi lesquels trois principaux protagonistes qui sont aujourd'hui mis en examen, et qui ont été exclus de l'établissement à l'issue d'un conseil de discipline. Mais l'affaire n'en est pas restée là, côté enseignants, puisque l'on apprend que des professeurs qui s'étaient mis en grève le 3 octobre, en soutien au lycéen harcelé, ont été l’objet d’une retenue sur salaire. Ce qui indigne le député maire (PCF) de Saint-Amand Alain Bocquet qui le dénonce dans un courrier adressé en début de semaine à la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem. Cette affaire ajoutée aux autres a pu constituer la goutte d’eau qui fait déborder le vase de l’exaspération dans un contexte de forte crispation.
Face aux violences scolaires, l'Education Nationale fait le choix des bourreaux ”Une tribune sur le Huffngton Post de Fatiha Boudjahlat circule en ce moment sur les réseaux sociaux. Elle entonne le refrain du “laxisme” qui serait dominant aujourd'hui et selon elle "fait le choix des bourreaux". Elle s'en prend aux CPE qui seraient les principaux instruments de ce laxisme avec l'“idéologie libérale-libertaire des pédagogistes”. Cette enseignante dans la région de Toulouse est secrétaire nationale à l'éducation du MRC. Elle a aussi donné une interview à Jean-Paul Brighelli dans Le Point où elle reprend la même argumentation et s'en prend nommément à plusieurs personnes (Éric Debarbieux, Laurence De Cock, Grégory Chambat,...) coupables selon elle d’être des “pédagogistes baignés dans leur idéologie méprisante, compassionnelle et misérabiliste” et d’inverser le “rôle de la victime et de l'agresseur ”. On peut citer aussi la conclusion de cette interview : “On ne peut plus parler de sauvageons, mais de barbares. Créés de toute pièce par la philanthropie misérabiliste des élus, des hauts fonctionnaires et des pédagogistes. Une fausse générosité aux frais de la société et au prix de la réussite du plus grand nombre.
Depuis la publication de cette tribune et cette interview le ton est encore monté. Le fait de l’avoir citée dans ma veille sur Facebook me vaut d’être associé, moi aussi, aux “pédagogistes” honnis par cette dame qui continue ses invectives sur les réseaux sociaux. “Bourreaux aujourd’hui ... après les “assassins de l’École il y a quinze jours, on voit que le champ sémantique reste le même et que l’escalade verbale continue. On est très loin de l’argumentation et même de la raison avec cette fabrication d’un monstre coupable de tous les maux de l’école et de la société que serait le “pédagogiste” et des attaques contre les personnes. Et on ressort de cet épisode avec un goût très amer et la désagréable impression qu’on a franchi encore un cran dans ce que je n’ose plus appeler un “débat” sur l’école…
Pour ne pas en rester sur ce sentiment, il faut aller lire sur ce sujet le très bon billet de Guillaume Caron sur son blog : “Où se cache le laxisme ? . Tout le texte est évidemment à lire mais on peut mettre en exergue ce passage : “Le premier des laxismes, c’est justement de considérer ces questions de violence, de climat scolaire et d’autorité comme une question simple… et donc d’en profiter pour asséner des discours simplistes (voir populistes). Là se niche bien un laxisme intellectuel et professionnel qui ne manque pas, au passage, de trouver des boucs émissaires plutôt que de tenter de trouver des solutions. Agir ainsi, c’est aussi cloisonner les acteurs de l’éducation des enfants (opposer les profs et les parents, les profs et les chefs d’établissement, les profs et les animateurs périscolaires…). Se contenter d’affirmer qu’il “faut restaurer l’autorité” ou “rendre l’autorité aux enseignants”, c’est précisément faire preuve de laxisme dans l’action au profit d’une exigence de façade. ” Et notre ami conclut ainsi “ Pour finir, s’il y a bien un laxisme qui ronge l’école, c’est celui qui consiste à laisser des élèves sur le bord du chemin. Et là encore, les facteurs sont multiples et les discours simplistes sont contre productifs. Mais là se nichent les germes d’une part de la violence quotidienne. Dire cela, ce n’est en rien nier certains problèmes du quotidien des profs et des éducateurs. Dire cela ce n’est pas non plus évacuer les questions d’autorité. Au contraire, il faut en parler mais en professionnels, au risque de se voir confisquer le sujet par des gens dont l’intention n’est en rien la réussite de tous les élèves…

Entreprendre
Dans un texte paru sur le site The Conversation, la sociologue Lucie Tanguy se livre à une analyse critique des dispositifs de découverte de l'entreprise tels que les créations de "mini-entreprises" par l'intermédiaire d'une association comme “entreprendre pour apprendre" . Selon elle, “laisser aux entreprises la liberté de concevoir un cursus d’enseignement enfreint le principe de laïcité à l’école.” et elle considère que “La philosophie entrepreunariale repose sur une autre conception [que la formation du citoyen NDLR] : la responsabilité de soi, de sa réussite comme de ses échecs. Elle relativise la connaissance et l’arrime aux situations dans lesquelles elle peut être mobilisée. Dans un cas la pédagogie est, en principe, un moyen de faire accéder tous les jeunes aux connaissances nécessaires et à la culture dans une société donnée à un moment donné, dans l’autre, les inégalités de départ sont entérinées pour conduire les jeunes apprenants vers des places qui leur sont présentées comme accessibles.
Cette tribune sans concession de Lucie Tanguy a suscité quelques réactions et en particulier celle de Laurent Fillion sur son blog qui estime que la chercheuse “aurait dû aller sur le terrain voir ce qui se fait vraiment plutôt que d’enquêter à partir des documents écrits et de rester sur ses a priori. ” Après avoir relevé plusieurs approximations dans l’analyse, et avant de raconter l’effet sur ses élèves de ce type de projet, il ajoute : “J’entends déjà ceux qui adorent jouer les avant-garde du prolétariat derrière leur écran crier au grand complot du capitalisme mangeur d’hommes, de la marchandisation et de l’uberisation de l’école comme le fait sur la fin Lucie Tanguy. Dans les faits, on en est bien loin …”.
Le débat est en effet complexe et, là aussi, il est souvent difficile de dépasser les a priori et les représentations. Rappelons qu’en 2005, le premier socle commun de compétences et de connaissances, comportait sept “piliers”. Ils étaient inspirés d’une proposition du conseil de l’Europe qui proposait huit “compétences clés”. On notera que la huitième compétence a disparu dans la transcription française, il s’agissait d’“apprendre à apprendre”, ce n’est pas innocent mais ce n’est pas notre sujet. Une autre compétence européenne a changé de nom. En effet, l’“esprit d’entreprise” (entrepreneurship) de la liste européenne est devenu “Autonomie et initiative” dans le socle français. Trop polémique… Pour beaucoup d’enseignants, l’idée même de préparer les élèves au monde du travail leur apparait comme indigne et antinomique de leur mission de transmission de la culture. Et le mot d’entreprise et même d’entrepreneuriat est tabou.
On peut toutefois partager une bonne partie des critiques de Lucie Tanguy. Quand on est comme moi, professeur de sciences économiques et sociales, on voit l'importance de l'influence des lobbys patronaux sur la connaissance de l'entreprise et cet objectif quasi-idéologique de faire "aimer" l'entreprise. Or, pour moi l'enseignement n'est pas une question d'émotions mais de connaissances. J'œuvre pour que mes élèves aient une meilleure connaissance des mécanismes économiques et sociaux et notamment de l'entreprise mais je ne suis pas là pour leur faire "aimer", comme je le disais déjà il y a quelques années sur mon blog ce n'est pas un savoir ni même une compétence.
En revanche, l'“entrepreneuriat" doit-il être un mot tabou ? Peut-on développer l'esprit d'entreprise ou plutôt d'entreprendre dans le cadre de l’École ? On peut d’abord rappeler que cet “esprit” là ne se réalise pas uniquement dans le cadre des entreprises privées mais aussi dans l'ESS et l'engagement associatif. Mais comment ? Certainement pas par de l'endoctrinement et pas uniquement par une accumulation de connaissances sur le sujet. L'esprit d'entreprendre est surtout une affaire de compétences et de savoirs-être. Dans le billet de blog que j'ai cité, je joignais un texte de Philippe Frémeaux qui le dit bien mieux que je ne pourrais l’écrire : «Si l'école française à un problème avec la transmission de l'envie d'entreprendre, ce n'est pas en ajoutant une discipline supplémentaire qu'on va le résoudre. L'enjeu est plus profond et tient d'abord aux valeurs et aux méthodes que l'école française a trop longtemps portées et porte trop souvent encore : la soumission à l'autorité, la transmission de haut en bas de savoirs incontestables, la faible valorisation de l'initiative, l'absence de travail collectif. Si l'on veut que l'école encourage l'esprit d'entreprise, il faut au contraire qu'elle valorise et développe l'autonomie des élèves, leur prise d'initiative, leur sens critique, aussi bien individuellement qu'en groupe, car l'entreprise qui réussit n'est pas seulement une aventure individuelle mais le fruit d'un projet collectif. »

Goujat ?
Sur le site de Rue89, on apprend que le dernier rapport de jury du CAPES de lettres n’est pas passé inaperçu. Quelques lignes dans l’introduction faite par le président du jury suscitent la colère d’un nombre croissant de professeurs qui lui reprochent son sexisme. Le président du jury, Patrick Laudet, universitaire, Inspecteur Général fait le constat de la dégradation du métier mais se félicite entre autres de l’augmentation du nombre de candidats, et particulièrement de candidats masculins au CAPES de Lettres. Il écrit « La proportion des garçons au CAPES de lettres, celle des candidats et plus encore celle des reçus, s’améliore significativement, ce qui est un symptôme d’attractivité nouvelle pour le métier de professeur de Lettres. Enseigner les lettres n’est pas une spécificité féminine et nos élèves ont besoin de l’expérimenter au quotidien. Ils y gagneront incontestablement, les garçons entre autres, et la présence accrue d’hommes pour enseigner les Lettres contribuera à affiner l’image parfois dégradée qu’ils ont de la discipline. Pour qui est légitimement soucieux de parité, c’est là une tendance vraiment encourageante. »
C’est ce passage qui a suscité un texte et une pétition pour demander le retrait de ces remarques et l’engagement d’une réflexion sur la parité dans l’Education Nationale. Il faut souligner que cette affaire n’est pas sans rappeler l’indignation qui avait suivi des propos assez comparables d’Antoine Compagnon en 2014 .
On peut reconnaitre une réelle maladresse (voire un impensé) dans ce texte. Ce qui a irrité de nombreux collègues c’est qu’elle laisse entendre une causalité simpliste ou la présence féminine dans l'enseignement contribuerait à dégrader l'image de la discipline. La question me semble t-il, que l’on peut se poser est de se demander si la remarque du président du jury relève du constat sociologique ou du jugement. Et si la solution qu'il préconise est la seule ou s'il en existe d'autres.
L’analyse des évolutions de la société nous montre en effet que certains métiers ont vu leur prestige diminuer. L’enseignement en fait partie. C’est un fait sociale que la féminisation d'un métier s'accompagne d'une perte de prestige dudit métier dans la société (patriarcale, marquée par les stéréotypes, etc.). Mais il serait réducteur de l’expliquer par le seul phénomène de la féminisation et dans un lien unique de causalité. Il faut d’abord prendre en compte la massification. A la suite de l’effort de scolarisation et de l’accueil des générations du baby-boom, dans les années 70-80, les effectifs d’enseignants ont considérablement augmenté et cela s’est fait aussi par un apport féminin important. La massification couplée à la hausse du niveau de qualification de la population conduit à la perte de prestige à laquelle s’ajoute des rémunérations qui stagnent. Dans ce contexte, plutôt qu’une causalité, il faudrait parler d’interaction : les femmes vont occuper des emplois moins prestigieux et moins rémunérés et la féminisation joue aussi dans la perte de prestige. D'autre part, il faut aussi souligner que dans une société qui reste très patriarcale, les métiers très féminisés correspondent aussi à une transposition dans le monde professionnel des stéréotypes traditionnels : la femme qui soigne, la femme qui accueille, la femme qui s'occupe des enfants...
Il faut évidemment déplorer cette situation. Aller vers plus de mixité dans les recrutement des concours est évidemment une des solutions mais on ne peut faire l’économie (sans jeux de mots…) de la question des rémunérations des enseignants dans l’amélioration du prestige et donc de l’attractivité de ce métier. Et sans parler du fait que, y compris dans la fonction publique et dans l’enseignement, plus on s’élève dans la hiérarchie, plus la proportion de femmes se réduit... La parité, même dans l’EN, ce n’est pas gagné...
On pourra compléter la réflexion par un article paru dans The Conversation qui relate une étude publiée dans la revue Science qui montre qu’à niveau égal, les femmes bénéficient d’évaluations plus favorables lors des recrutements dans les disciplines où elles sont sous-représentées. On pourra aussi consulter un article de la chercheuse Marlaine Cacouault-Bitaud dans la revue Travail, genre et sociétés qui tente de répondre de manière bien plus argumentée et scientifique à la question posée plus haut “La feminisation d’une profession est-elle le signe d’une baisse de prestige ?

Butinages
Comme à l’habitude, pour finir, quelques lectures glanées ici et là sur les sites d’information et ailleurs.

les enfants c’était mieux avant… Les enfants seraient plus violents, moins bons à l'école, en orthographe, moins respectueux des aînés... Sur Slate.fr, la journaliste Béatrice Kammerer se livre à une savoureuse déconstruction historique et psychologique de tous ces préjugés.

C’est sur le site de France Musique qu’on apprend que la ministre de la Culture a lancé un nouveau dispositif. “Création en cours” - c’est son nom - vise à installer 100 jeunes artistes issus de toutes les disciplines (spectacle vivant, arts plastiques, cinéma, audiovisuel…) en résidence dans les écoles et collèges les plus éloignés de la culture. Il s’appliquera dans les classes du CM1 à la 6e, et son objectif est double : démocratiser la culture et l’éducation artistique tout en favorisant l’insertion professionnelle des jeunes artistes.

Parents, lisez des histoires à vos enfants !” c’est le conseil que nous lance Lucien Marboeuf sur son blog. Il s’appuie sur une étude norvégienne parue il y a presque un an, qui vient confirmer ce que bien d’autres – et nombre d’enseignants – disent déjà : la lecture parent / enfant est décisive dans l’apprentissage de la lecture.

Oui, mais on peut pas tout lire... C’est l’humoriste François Morel dans sa chronique de vendredi 28 octobre sur France Inter , intitulée “Ces livres abominables” qui nous apprend qu’une responsable de la politique éducative de la ville de Paris aurait envoyé un courrier à la direction des affaires scolaires pour qu’on retire des “espaces lecture” deux ouvrages et en particulier le dictionnaire fou du corps de Katy Couprie aux éditions Thierry Magnier. Pudibonderie ? Censure ? Crainte du retour d’une campagne réactionnaire qui s’était déjà intéressée aux livres pour enfants ?
Nous vivons vraiment une drôle d’époque...

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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mercredi, octobre 26, 2016

Révélation !


Révélation : Les “pro-réforme” sont des extraterrestres !


Depuis quelques temps, l’accusation qui courait sur les réseaux sociaux où les enseignants sont très présents était de considérer les “pro-réformes” comme des personnes déconnectées des réalités du terrain et hors des classes. 
Ce qui n’était qu’une rumeur vient d’être confirmée de manière stupéfiante : une grande partie d’entre eux seraient d’origine extra-terrestre. Infiltrés parmi les enseignants français depuis plusieurs générations, leur existence était soupçonnée mais n’avait pu être scientifiquement prouvée jusque là.




Merci les Neurosciences
C’est à l’occasion d’une étude sur les neuro-sciences que le secret a été découvert. Alors que des chercheurs venaient faire une étude sur les élèves d’une classe de collège, les deux enseignants (souvent qualifiés de “pédagogistes”) qui les accompagnaient ont eu leurs cerveaux également observés à leur insu par les scientifiques présents. Et leurs résultats sont formels : « les ondes cérébrales présentent une configuration inédite et qui laissent penser que nous sommes face à une nouvelle espèce étrange » affirme un des chercheurs qui souhaite conserver l’anonymat (en hommage aux premiers accusateurs eux mêmes anonymes sur Twitter). « Ils ne raisonnent pas comme nous et surtout ils envisagent positivement les conséquences de leurs actions pas comme nous le faisons nous mêmes » précise une autre scientifique travaillant pour le MRC (Master de Reconnaissance des Créatures)

Lézards appliqués
Mutation ou espèce venue d’ailleurs ? Selon certains spécialistes les débats ne sont pas tranchés. Mais pour d’autres cela ne fait pas de doute. « Non seulement ils sont hors-sol mais Ils ne sont même pas de notre galaxie » selon un éminent professeur de l’université Al-Bator du Caire. « Ce sont peut-être des lémuriens ou plus vraisemblablement des sortes de grands lézards (ne parle t-on pas d’ailleurs d’écaillés pédagogiques ?)» Le débat reste ouvert entre spécialistes. 
Pour pouvoir y répondre il faudrait mener des études sur un plus grand nombre d’individus. Il semblerait que les dates des 21 et 22 octobre derniers ont pu permettre de mener des tests discrets et nombreux.



[Hommage à Eduk Actus , au Gorafi...]
(et à la série "V" pour les illustrations)

samedi, octobre 22, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 17 au 23 octobre 2016



– Absentéisme – Feignasses ! – Violences – PPCR – Pédagos – Butinages – .

Soulcié dans Télérama
http://tinyurl.com/jt9yopg
« Les enseignants sont toujours absents et en plus ils ne travaillent que six mois par an (même s’ils sont soumis à la violence). En plus, ils vont être mieux payés alors que certains propagent des théories pédagogiques fumeuses ! »Ce pourrait être une manière très orientée de présenter ce bloc notes de l’actualité éducative.
On y parlera en effet de tous ces sujets : de l’“absentéisme” pour rappeler que les mots sont importants, de la manière dont N. Sarkozy voit le travail des enseignants, des actes de violences pour se demander s’il y a une “recrudescence”, de l’accord PPCR et de l’éternel débat sur l’École. Heureusement ce sont les vacances...


“Absentéisme”
Les mots sont importants... Et celui d’“absentéisme” véhicule tant d’implicite qu’il agace les enseignants lorsqu’il est utilisé sans discernement par des médias. On oublie que les profs ne sont pas plus et même moins absents que d’autres professions et qu’un prof qui n'assure pas un cours n'est pas forcément un prof “absent”. Suggestion pour les médias : parler d'«améliorer le système de remplacement» plutôt que d'«absentéisme» c'est déjà mieux si ce n'est pas trop demander...!
Si ce mot a été dans l’actualité, c’est en raison du plan présenté par la Ministre mardi dernier et dont la presse s’est fait largement l’écho. On trouve une annonce de ce plan dans une interview de Najat Vallaud Belkacem sur RTL et une présentation détaillée sur le site du Ministère . D’abord un constat : Si le système de remplacement des enseignants fonctionne bien pour les absences de longue durée, auxquelles une solution est trouvée dans près de 97 % des cas, il est défaillant s’agissant des absences de courte durée. Dans le secondaire, seules 38 % de ces absences de moins de quinze jours sont remplacées. Résultat : chaque année, en moyenne, un collégien ou un lycéen « perd » vingt-neuf heures de cours par an – soit une semaine, sur les trente-six que compte l’année scolaire. Au primaire, ce sont deux jours et demi de classe par an et par écolier qui ne sont pas assurés ; la moyenne dépasse quatre jours dans les académies de Corse, Créteil, Paris et Versailles.
D'ici la rentrée 2017, le ministère va donc créer 5.000 postes en plus pour le vivier de remplaçants qui, actuellement, compte 50.000 personnes. Mais "le jour où certains voudront se remettre à supprimer des postes dans l'Éducation nationale, on sera à nouveau confronté à la difficulté du remplacement”, prévient la ministre sur RTL . Car il faut rappeler que ce vivier de remplaçant a été décimé par la politique précédente.
Les réactions sont mitigées. Pour Le Monde , le Ministère relance “des mesures existantes mais inappliquées”. Ce plan est aussi diversement apprécié par les fédérations de parents d’élèves et par les syndicats. La principale fédération de parents d’élèves, la FCPE, qui monte au créneau régulièrement pour exiger la “continuité du service public d’éducation” se félicite d’avoir été “ entendue. Alors que les syndicats de la FSU déplorent un coup de communication.
Mais au delà des mesures annoncées, c’est l’abus du mot “absentéisme” qui a surtout irrité les enseignants. Pourtant, Najat Vallaud-Belkacem, dès ses premières interventions a voulu combattre les préjugés : "Les enseignants sont moins absents que dans le reste de la fonction publique. Les chiffres en moyenne, c'est 6,6 jours d'absence contre 7,1 pour l'ensemble de la fonction publique", a t-elle assuré au micro de RTL . Ce que montre bien un graphique comparatif sur la fonction publique fourni par le Ministère et repris par plusieurs médias. Mais ils sont aussi moins absents que la moyenne des salariés, Comme le rappelle Libération, ainsi que Lucien Marboeuf sur son blog (dès mars dernier) . Notre excellent collègue, reprend notamment une étude de 2013 de la DARES (ministère du Travail) confirme que le taux d’absentéisme pour raisons de santé, tous secteurs confondus, est en moyenne de 3,7 % et qu'il est de 3,2 % dans l’enseignement (enseignants et autres personnels). C’est moins que la moyenne de l’administration publique (3,7 %), moins que dans les secteurs de santé et d’action sociale (4,6 %), de la construction, de l’eau et de l’assainissement, des déchets ou que les services administratifs (4 %). L’absentéisme dans l’éducation nationale est également moins élevé que dans de nombreux secteurs privés : l’hébergement et la restauration (3,9 %), l’industrie manufacturière (3,8 %), le transport et l’entreposage (3,6 %), le commerce et la réparation (3,5 %), l’immobilier (3,3 %…
Il rappelle aussi en s’appuyant sur une note de la DEEP de 2015 que le fort taux de féminisation du métier (notamment en primaire), qui induit des absences pour cause de maternité, vient gonfler mécaniquement l’"absentéisme", comparativement à de nombreux secteurs. La formation continue est aussi une raison des absences mais reste assez faible.
On peut donc conclure comme le fait le titre d’un article du Monde que “le problème n’est pas l’absence des enseignants, mais le système de remplacement ”. Et on aimerait que l’opinion publique le comprenne un peu mieux !

Feignasses…
Le mardi 18 octobre est un jour mémorable... Sur les réseaux sociaux, les professeurs, pourtant si divisés habituellement, étaient unanimes... contre Sarkozy.
Je veux dire aux enseignants qu'on ne peut pas continuer comme ça. Un agrégé, c'est-à-dire le sommet en matière de compétences, c'est 15 heures d'obligation de service par semaine, 6 mois de l'année. Un certifié, c'est 18 heures d'obligation de service par semaine, 6 mois de l'année. Un professeur des écoles, c'est 24 heures d'obligation de service, 6 mois de l'année. Ça veut dire qu'un prof commence à 1.600 euros. Il faut absolument revaloriser la fonction enseignante, qui est très utile, qui est très difficile, et il faut en même temps augmenter la durée de présence des enseignants dans les établissements scolaires.». Ce sont les propos de Nicolas Sarkozy sur France Inter le mardi 18 octobre dans le 7-9 de Patrick Cohen .
Et il poursuit en réponse à un auditeur (enseignant) : “On peut contester tout ce qu'on veut mais enfin, y'a des faits. Et je dis à François que pour moi, le travail d'enseignant est un travail extrêmement noble, extrêmement difficile. Bon. Mais on ne peut pas contester qu'il y a, dans l'organisation du calendrier scolaire, 6 mois de classe et 6 mois où il n'y a pas classe. On ne peut pas contester qu'un professeur certifié à 18 heures, j'ai dit, d'obligation de présence. Naturellement, la préparation des cours, la corrections des copies, tout cela est vrai... ”. La logique sarkozyste est assez évidente : il faut faire des économies et donc baisser le coût de la fonction publique. Cela passe par une diminution du nombre de fonctionnaires, et notamment des enseignants qui, de toute façon, “ne travaillent que six mois par an”. Le chef de l'État veut donc revaloriser le statut des professeurs à la condition de travailler plus (so 2007...). "Mieux payé, plus d'heures de présence, je crois que c'est l'avenir pour l'Éducation nationale française", dit-il.
Ces propos ont révolté les enseignants. Car l’ancien président fait un raccourci non seulement démagogique mais faux en affirmant que les enseignants travailleraient six mois par an... On peut se lancer dans une bataille de chiffres et montrer que les calculs sont faux. C’est ce que fait le site “le lab” d’Europe1 : « "Avec la réforme [des rythmes scolaires, NDLR], le nombre de jours d'école passe à 180 par an", écrit le ministère de l'Éducation nationale. Sortons la calculette : 180 (jours) ÷ 30 (jours en moyenne par mois) = 6 (mois). Sauf qu'une semaine scolaire comportant 5 jours, un mois scolaire se compose en moyenne de 20 jours. Ressortons la calculette : 180 (jours) ÷ 20 (jours en moyenne par mois) = 9 (mois).”. Il faut ajouter que, selon une étude datant de 2002 menée par l'Éducation nationale, se basant sur les déclarations de 806 enseignants, ceux-ci déclaraient consacrer en moyenne 20 jours de congés par an à leur travail.
Je suis prof et j’ai calculé mon temps de travail, ce texte de Thomas Messias, professeur et journaliste sur Slate.fr a fait un “carton” sur les réseaux sociaux. Il a même été “retweeté” par la Ministre. Au delà du rétablissement de la vérité du temps de travail (Th. Messias arrive à 42h50), c’est surtout le signe d’un vrai ras-le-bol lié au manque de considération des enseignants. On a même vu se créer un groupe sur Facebook qui s’est nommé “800.000 feignasses”... !
Quelques articles tentent de prendre du recul. C’est le cas d’un texte paru dans le journal Les Échos qui rappelle qu’aux heures de cours s’ajoute toute une part de travail “invisible” en s’appuyant sur les études qui existent sur ce sujet.
On peut rajouter que tous ces calculs sont évidemment importants, mais si l'on souhaite que ce genre de débat ridicule cesse il faudra bien qu'un jour on accepte de considérer les enseignants pour ce qu'ils sont vraiment dans les faits : des cadres de la fonction publique. Où au delà de la “pointeuse” ce qui importe c’est que la mission soit assurée...
Profitons de ce chapitre qui prend pour départ les propos de Sarkozy pour poursuivre notre feuilleton sur les déclarations des leaders de la Droite. Éric Woerth dans l'émission .pol (le Lab/ Linternaute.com/ le Huffington Post/ le JDD), jeudi 20 octobre prend la défense de Sarkozy : “Je ne connais pas de candidat qui connaisse mieux les dossiers que lui” ( !)
Nathalie Kosciusko Morizet interrogée par Le Parisien affirme, quant à elle, qu’ “embaucher 60.000 enseignants, ça n'a servi à rien !
Enfin Benoit Apparu sur France Inter a commencé à préciser comment son candidat Alain Juppé, comptait supprimer 300.000 postes de fonctionnaires. Et évidemment, l’Éducation Nationale est elle aussi concernée. Et Alain Juppé, lui même, sur Europe1 a affirmé qu’il “abrogera” la réforme du collège. Il y a un an, il disait le contraire et la trouvait "assez aboutie"... L'effet primaire ?

Violences
Ces derniers jours, plusieurs enseignants et proviseurs ont été agressés par des jeunes, élèves ou non. On recense une demi-douzaine de cas d’agressions dans le mois qui vient de s’écouler. Un instituteur a été roué de coups devant ses élèves de CE 2 à Argenteuil. En Seine-Saint-Denis, c'est la proviseure d'un lycée de Tremblay-en-France qui a été frappée à la grille de son établissement. Tous les journaux ou presque s’en sont fait l’écho, que ce soit Ouest France ou Le Figaro ou encore Le Monde. Sur FranceTvInfo on pourra voir et écouter l’interview d’un Proviseur agressé qui affirme avec force : "Je ne fais pas ce métier-là pour me faire agresser".
Najat Vallaud-Belkacem, a pour sa part condamné une “montée des violences à l’égard des fonctionnaires” dans ces territoires, visant “aussi bien les policiers que les enseignants et les proviseurs” Elle a encouragé les personnels à porter plainte systématiquement. La ministre a aussi reconnu, lors d’une conférence de presse, que se pose “une question de sécurisation des abords des établissements”.
Y a t-il une recrudescence de ces actes ? On ne peut pas exclure un effet de “lampadaire” de la part des médias : on cherche là où il y a de la “lumière” et on met l’accent sur ce qui fait déjà l’intérêt des médias.
Eric Debarbieux a publié, jeudi 19 octobre, un ouvrage qui réunit les meilleurs chercheurs internationaux sur le sujet : L’Ecole face à la violence, décrire, expliquer, agir (Armand Colin). Il revient dans Le Monde et dans Libération sur cette succession d’agressions et de rixes dans et aux abords de lycées en cette veille des congés de la Toussaint. “Il ne faut pas relativiser les faits qui se sont produits ces derniers jours. Ils sont graves, avec des conséquences durables pour les équipes pédagogiques. Banaliser ces actes serait un mépris insupportable pour les victimes et l’ensemble du personnel enseignant. Le risque d’être victimes de violence physique existe: il est de 0,8% par an. C’est le double en éducation prioritaire: 1,6%. Rapporté aux 900 000 membres du personnel de l’Education nationale, cela représente une dizaine de cas chaque jour. Le risque est donc bien réel, même s’il reste mesuré. Il faut bien avoir en tête que ce n’est pas là l’essentiel des violences en milieu scolaire. […] Les intrusions extérieures par exemple sont rares. […] 95% des faits graves commis dans l’enceinte d'un établissement le sont par des élèves qui y sont scolarisés.” Et il ajouteL’effet de loupe sur certains événements empêche aussi de prendre en compte les violences ordinaires, ce que l’on appelle les petites violences: les bousculades volontaires entre les élèves, les réflexions racistes… Toutes ces incivilités qui se répètent et pourrissent le climat d’un établissement. ” Pour répondre à la question de la “recrudescence” il précise : “Symboliquement, le coup porté est fort, mais sur le plan quantitatif, les chiffres dont on dispose appellent à manier la nuance : parmi les 12 000 personnels de l’éducation sur lesquels porte ma dernière enquête – qui devrait être dévoilée en janvier 2017 –, 0,8 % ont été victimes d’une agression physique. La gravité des faits est souvent relative […]”. Et si on regarde les dernières statistiques disponibles sur le site du Ministère de l’Éducation Nationale , on constate en effet plutôt une stabilité.
La question à se poser est celle de l’usage médiatique et politique qui peut être fait de ces incidents qui ne sont pas à minorer. S’ils servent juste à justifier un discours sécuritaire et une posture politique de renforcement de l’autorité, on aura raté quelque chose. Sans tomber dans une “culture de l’excuse” si honnie (à tort) aujourd’hui il faut plutôt retenir le malaise social profond que révèlent ces évènements. On peut conclure par ce qui est trop souvent oublié par l’opinion et que rappelle Eric Debarbieux dans Le Monde : “« La sociologie de la violence contre l’école reste une sociologie de l’exclusion »

PPCR
La semaine écoulée a été aussi celle où les discussions sur les Parcours professionnels, carrières et rémunérations (PPCR) se sont terminées. Ces négociations qui concernent à la fois les évaluations, la carrière et donc aussi les salaires des enseignants sont extrêmement importantes. Et elles posent des questions fortes : l’application de l’accord PPCR va-t-elle réellement se traduire par une revalorisation des enseignants ? Est-ce un simple cadeau électoraliste ? L’évaluation des enseignants sera-t-elle dorénavant plus juste ? On peut regretter qu’elles n’aient pas requis toute l’attention souhaitée de la part des médias et donc de l’opinion enseignante.
On pourra quand même lire une interview de la Ministre dans le Café Pédagogique. Selon la Ministre, la revalorisation des salaires des enseignants, annoncée fin mai et qui entrera progressivement en vigueur début 2017 “est pleinement méritée et légitime”. A la question sur la proximité avec les élections elle précise : "On ne peut pas dire un jour qu'ils (les professeurs) sont insuffisamment payés par rapport à la moyenne de l'OCDE et dire le lendemain, lorsque nous y apportons des réponses, qu'il s'agit d'un cadeau" électoral, a fait valoir la ministre de l'Education nationale. Elle a également rappelé que ce protocole sur les parcours, les carrières et les rémunérations (PPCR), engagé par le gouvernement pour tous les fonctionnaires, "ne vient pas d'être inventé sur un coin de table", les modalités des négociations ayant été fixées "dès avril 2014", a-t-elle souligné.
À la question de savoir pourquoi un prof ne sera pas uniquement évalué sur son cours, elle a répondu : “L'évaluation doit prendre en compte les différentes dimensions du métier. Bien sûr, l'activité pédagogique est majeure. Mais on ne peut pas ignorer la capacité à travailler en équipe, les relations avec les parents d'élèves et la capacité à installer dans la classe un climat propice aux apprentissages. De même qu'on ne peut pas ne pas évaluer l'éthique de l'agent public ou l'accompagnement des élèves dans leur parcours de formation ”.
Ces négociations auxquelles ont participé les principaux syndicats engagent des transformations importantes dans la carrière et la rémunération des enseignants. Si on confronte ces dispositions aux propositions de la droite que nous évoquions plus haut, il est difficile de dire que c’est la même chose. Et on ne peut que s’inquiéter de la pérennité de ces dispositifs et au delà de la permanence du dialogue social dans un contexte d’alternance politique.

Pédagos...
On se souvient que dans le bloc-notes de la semaine dernière , plusieurs textes avaient des positions très tranchées sur l’éternel débat sur l’École et la pédagogie. Cette semaine le débat se poursuit.
Commençons par une prise de position personnelle sur le site des Cahiers Pédagogiques qui développe les quelques remarques formulées dans le bloc-notes de la semaine passée (où j’annonçais d’ailleurs un texte à venir !) à propos du texte paru sur le site d’Attac.
Laurence De Cock et Grégory Chambat dans Le Monde répondent aussi à plusieurs textes et ouvrages récents en constatant et déplorant que se développe aujourd’hui une “nostalgie d’une école de la ségrégation sociale, du chacun à sa place et de l’entre-soi qui avance masquée. Car ces discours sur le « bon vieux temps » participent d’une offensive réactionnaire qui vise en réalité l’égalité et la démocratie, à l’école et au-delà ” affirment nos deux amis.
Le débat sur le livre de Carole Barjon se poursuit dans Libération. On se souvient que le directeur de ce journal, Laurent Joffrin avait fait une recension très favorable du livre de sa consœur. Il est interpellé assez vivement sur cette prise de position par François Dubet dans Libération. Laurent Joffrin lui répond (mollement). L’ensemble est rassemblé dans un ensemble intitulé Critiquer l’école : réac ou pas réac ?.
Finissons ce chapitre consacré à la pédagogie avec un texte de Philippe Meirieu dans Le Café Pédagogique . Il évoque le débat actuel dans des termes très combatifs. “Que reproche-t-on aux pédagogues ? D’être entêtés. Oui, ils le sont : ils ne se résignent jamais à l’échec et à l’exclusion. D’évoluer. Oui, bien sûr : comme tous les chercheurs, ils avancent progressivement et ne prétendent jamais – heureusement – détenir des solutions définitives… On les considère aussi, tout à la fois, comme dogmatiques et inconstants. Simplement parce qu’ils sont fermes sur leurs finalités et inventifs sur les modalités. Ils le doivent à leur éthique personnelle. Ils le doivent, surtout, aux enfants et adolescents pour lesquels et avec lesquels ils travaillent… ”. Il refuse cependant d’utiliser (à tort ou à raison) les mêmes armes que les anti-pédagos : “Les pédagogues pourraient répondre à tout cela par quelque pamphlet bien tourné. Ils en ont parfois la tentation et, après tout, au regard des textes ce ceux qui les attaquent, la chose n’est pas si difficile. Rassembler quelques citations tronquées et quelques confidences, rouvrir de vieux dossiers et exhiber quelques anciens courriers, ressortir quelques maladresses de formulation pour dresser les bûchers de l’inquisition est à la portée de quiconque sait manier la plume. Mais ils ne le feront pas. Les pédagogues ne sont pas pamphlétaires et ne veulent pas l’être. Ils y mettent un point d’honneur. Non qu’ils aiment, par penchant masochiste, recevoir des coups sans y répondre, mais parce qu’ils refusent d’utiliser des méthodes en contradiction avec ce qu’ils veulent promouvoir dans l’éducation pour laquelle ils travaillent : des débats sereins portés par l’exigence de précision, de justesse, de rigueur et de vérité. ”. Et il montre ensuite comment et la droite et la “gauche anti-pédago” perdraient à laisser la pédagogie aux marges de l’École. Mais, comme le dit le titre ; il s’agirait alors d’une “victoire à la Pyrrhus des « anti-pédagos »…” et il finit par une injonction adressée à tous les pédagogues : “Haut les cœurs !

Butinages
Comme à l’habitude, nous finissons, ce bloc-notes par quelques lectures éclectiques.
On pourra lire avec beaucoup d’intérêt un entretien de Cédric Villani sur le site Educpros  où il évoque le lycée, l’enseignement des mathématiques, l’université, les algorithmes...
Il faut aussi signaler un texte de Nathalie Mons et Georges Felouzis dans Le Monde . Ils s'occupent du service après vente du rapport du CNESCO et en rappellent quelques unes des conclusions. Bien loin des simplifications faites dans la presse !
On finit avec une alerte. C’est le journaliste Luc Cédelle sur son blog qui nous informe des difficultés actuelles de l’équipe du collège Clisthène confrontée à une administration peu à l’écoute et aux procédures tatillonnes qui menacent son existence.
Qui sont les vrais “assassins” de l’École ? La bureaucratie, la hiérarchie et le conservatisme sont souvent parmi les « usual suspects »...!

Bonne Lecture et bonnes vacances d’Automne, bandes de feignasses...!



Philippe Watrelot

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dimanche, octobre 16, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 10 au 16 octobre 2016


- L’école des primaires - Inégalités – Pédago... - Histoire – Butinages - .


C’est le premier débat des primaires de la droite qui ouvre ce bloc notes de la semaine écoulée. L’École y a été très peu présente sauf pour la considérer comme un coût et en réduire le nombre de fonctionnaires. Pourtant la question des inégalités à l’école aurait mérité de l’attention. Heureusement plusieurs textes poursuivent le débat sur ce sujet et nous en rendons compte tout comme nous évoquons plusieurs prises de positions sur la pédagogie. L’enseignement de l’Histoire est aussi au programme de ce bloc-notes qui finit avec quelques butinages d’informations éclectiques.


L’école des primaires
L’actualité politique de la semaine, c’était le premier débat de la primaire de la droite . Le débat a réuni 5,6 millions de téléspectateurs et les candidats se sont affrontés essentiellement sur des questions économiques et “régaliennes” avec surtout le thème de l’identité. De l’éducation, il en a été peu question...
Seul Alain Juppé en a parlé dans son intervention de lancement “Je veux que l’économie retrouve le chemin du plein emploi. Je veux une rénovation en profondeur de notre système d’éducation ” a t’il dit . Sinon, l’éducation a surtout été vue comme une dépense, et les enseignants comme des fonctionnaires dont il faut réduire le nombre... Bruno Le Maire souhaite la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires, à raison de 100 000 par an “pour faire baisser la dépense publique”. Nicolas Sarkozy fixe la barre à 300 000 emplois publics en un quinquennat dont 150 000 dans la fonction publique d'Etat. Il propose aussi à un autre moment du débat, un départ à la retraite sur 2 non remplacé. Ce qui dans l’éducation aboutirait en gros à 50.000 postes. Alain Juppé, quant à lui, a évoqué 250 000 suppressions de postes de fonctionnaire. Nathalie Kosciusko-Morizet veut supprimer le statut de la fonction publique (pour les nouveaux recrutés) dans certaines missions “où cela n’a pas de sens” comme “enseignant”. Pour finir, Jean-Philippe Poisson a indiqué qu’il se verrait bien Ministre de l’Éducation Nationale. A moins qu’il y ait une session de rattrapage avec les prochains débats, il faut donc noter que ce jeudi soir, il n’y a eu aucune réflexion sérieuse sur l’École.
Pour trouver des prises de positions, (outre mes précédents bloc-notes où je fais la chronique des déclarations au fil des semaines) il faut se rendre sur quelques sites spécialisés. Le Figaro a rassemblé sur une page les réponses des candidats aux questions de ses lecteurs sur l’éducation. Catherine Chabrun sur le site de l’Icem-Pédagogie Freinet se livre à une compilation des principales propositions de ces candidats. La chaine LCP propose aussi une énumération des principales mesures préconisées. Et c’est sur le même site de LCP-Assemblée Nationalequ’on trouve la comparaison la plus complète. Comme le dit le journaliste Maxence Kagni, qui signe cette synthèse, si les sept candidats partagent le même diagnostic, les modalités de mise en œuvre peuvent varier. On retrouve cependant les mêmes grandes directions : refonte des programmes (avec une fixation sur l’Histoire…), la maîtrise du français, le temps de travail des enseignants, l’autonomie des établissements...
Dans un autre domaine, Alain Juppé et François Fillon évoquent la possibilité de rétablir l'uniforme dans certains établissements, tandis que Jean-François Copé veut en faire un "principe". Il propose également d'organiser dans tous les établissements, au moins une fois par mois, une cérémonie de levée du drapeau lors de laquelle les élèves chanteraient la Marseillaise. Parmi les mesures plus atypiques, on recense la volonté de François Fillon de revenir sur l'interdiction des devoirs à la maison pour les élèves de primaire, celle d'Alain Juppé de défendre l'enseignement des langues régionales ou celle de Jean-Frédéric Poisson de faciliter l'installation des écoles "hors contrat", en particulier dans les zones d'urgence éducative.
L’historien de l’éducation Claude Lelièvre dans L’Obs souligne que toutes ces propositions sont bien rétrogrades et surtout à des années lumières de l'héritage laissé par le général de Gaulle en la matière.
En bref, une École qui risque d’être confrontée de nouveau aux coupes budgétaires et aux suppressions de postes avec des chefs d’établissements managers et des élèves en uniforme apprenant par cœur “nos ancêtres les gaulois”. Blouse, réduction de postes et identité nationale...

Inégalités
En tout cas, dans ces propositions de la droite, il y a un thème qui n’apparait jamais ou presque c’est celui des inégalités. Il est pourtant au cœur du rapport du CNESCO dont nous avons longuement parlé dans nos précédents bloc-notes et il risque d’être aussi le thème central des résultats de l’enquête PISA qui sera dévoilée début décembre. Pourtant plusieurs textes cette semaine permettent de ne pas oublier que ce débat est majeur et bien plus important que le port du jogging (ou non) au lycée.
A propos du rapport du CNESCO, il fallait lire cette semaine, la réaction du sociologue Pierre Merle dans Le Monde sur la manière dont l’éducation prioritaire est abordée dans ce rapport. Selon lui, affirmer que les ZEP aggravent les inégalités plutôt que de les résorber est une conclusion hâtive au vu des données disponibles. En particulier durant la période récente où la tendance évoquée par le rapport semble s’inverser.
Toujours sur ce thème des inégalités, on pourra lire une longue interview de Samy Joshua sur le site Regards.fr. Le professeur de sciences de l’éducation et conseiller municipal Front de gauche à Marseille affirme avec force dès le début de l’entretien que, selon lui, “l’école n’arrive pas à réduire les inégalités, mais elle ne les crée pas ! ”. Pour ce qui concerne l’éducation prioritaire, il préconise de “concentrer l’effort des ZEP sur moins d’établissements, en assurant une baisse substantielle du nombre moyen d’élèves – entre cinq et sept élèves en moins par classe. Il faudrait alors s’occuper des pédagogies adaptées en donnant des moyens considérables à la recherche pour savoir quelles approches sont les plus efficaces. Par ailleurs, il faudrait mettre en discussion, en présence de chercheurs, les méthodes expérimentées par les enseignants. Cela supposerait de faire confiance aux profs. En Finlande, ce double effort a été produit. Et le pays est en tête de toutes les comparaisons internationales !”. Plus généralement, il se déclare aussi contre le financement de l’enseignement privé par l’argent public. Après la question inévitable sur Céline Alvarez (!), il rappelle avec raison un enjeu majeur de la lutte contre les inégalités : “Les motivations sont en rapport avec les classes sociales : des produits culturels. Il faut arriver à mettre en correspondance ces motivations socialement déterminées avec ce que la société décide comme objectifs pour son école. Recréer de nouvelles motivations spécifiques à l’école. Pas toujours facile. Mais des centaines de milliers d’enseignants s’y attachent, et souvent avec succès.
Pour poursuivre la réflexion sur les moyens de lutter contre les inégalités, on pourra aller lire les entretiens croisés sur ce thème dans L’Humanité. On y trouve quatre contributions : celle de Christine Passerieux Militante du Groupe français d’éducation nouvelle (GFEN), de Pierre Périer Professeur de sciences de l’éducation à l’université Rennes-II, de notre amie Catherine Chabrun Rédactrice en chef du Nouvel Éducateur (la revue du mouvement Freinet) et enfin de Régis Félix Responsable du secteur école d’ATD Quart Monde. (NDLR : attention les textes de Pierre Périer et Catherine Chabrun ont été inversés) Parmi les pistes évoquées on trouvera une réforme de la formation des enseignants, une amélioration de la mixité sociale, une meilleure valorisation des pratiques pédagogiques dites innovantes, une scolarisation précoce et un meilleur partenariat avec les parents... Ce que disent ces quatre intervenants, c’est aussi que la réponse est non seulement dans des politiques globales mais aussi dans les pratiques pédagogiques.

Pédago...
Cette question de la pédagogie est au centre de plusieurs contributions qui contribuent au débat et vont bien plus loin en quelques lignes que des livres entiers (suivez mon regard...)
Non, l’école française n’a pas cédé aux sirènes du pédagogisme… c’est ce qu’affirme avec force le sociologue Olivier Galland sur le site Telos. Il réagit, en fait, à une autre tribune de Gaspard Koenig dans Les Échos qui affirmait en s’appuyant sur la thèse d’un auteur américain E. Hirsh, qu’“en imposant le sacrifice d’ une éducation fondée sur la mémorisation des contenus au profit de la « différenciation pédagogique », les intellectuels progressistes ont tué l’école française”.
Pour Olivier Galland, “Il y a là une double méprise : d’une part, il faut être bien éloigné des réalités scolaires et mal connaître les travaux de sociologie de l’éducation pour penser que l’individualisation pédagogique y a triomphé ; d’autre part, la pédagogie (et non le « pédagogisme » qui est une manière méprisante et stigmatisante de la dénigrer) lorsqu’elle est intelligemment pratiquée est un facteur essentiel de réussite de l’enseignement. ”. Et il développe longuement l’argumentation sur ces deux points. Il conclut en rappelant que la massification scolaire est passée par là : “Il faut gérer cette diversité et on ne pourra le faire en reproduisant une école rêvée de la IIIe république et en promouvant, comme le propose notre auteur un « conservatisme scolaire ». Ou alors, c’est qu’on renonce à réduire ces inégalités scolaires qu’on a pourtant dénoncées.
Dans ce débat sur l’école et la pédagogie marqué par les caricatures Pierre Jacolino sur son blog propose de dépasser le débat pédago/anti-pédago par une autre dénomination en distinguant les modernistes et les anti-modernistes. Cette distinction est intéressante et lui donne en tout cas l’occasion de fournir une tribune nuancée et respectueuse des positions de chacun. Ce qui, par les temps qui courent, est rare !
Un autre billet sur le même sujet est beaucoup moins nuancé. Paru sur le site d’Attac et écrit par deux enseignants de SES (Alain Beitone et Raphaël Pradeau), ce texte affirme (c’est son titre) que dans “le débat sur l’école, le camp progressiste doit se battre sur deux fronts ”. Les auteurs renvoient dos-à-dos conservateurs et "pédagos modernisateurs" dont ils soulignent aussi la congruence avec les libéraux en préconisant une 3ème voie qu'ils estiment devoir être fondée sur une "pédagogie explicite" en opposition à des pédagogies qui selon eux seraient "invisibles" et causes d'inégalités.
Ce texte est assez exemplaire de tout un courant qui cherche en ce moment à théoriser et justifier une posture qui est avant tout celle d’un conservatisme et d’un refus identitaire d’un questionnement de ses pratiques. On cherche à se donner l’apparence de la rigueur mais l’argumentation repose sur un grand nombre de présupposés invérifiés et sur un procédé rhétorique qui consiste à dénier à l'autre une qualité qu'on s'attribue exclusivement à soi-même. Il faudrait plus de place que ce bloc-notes pour développer une argumentation pour discuter toutes ces affirmations. Un autre texte, peut-être ?
Pour aller vite, on peut dire cependant qu’en tant que “pédago”, je ne me considère pas moins "scientifique", ni rigoureux, ni explicite que ceux qui me reprochent de ne pas l'être. Tous ces étiquetages caricaturaux, ne font pas avancer le débat...

Histoire
Les 19ème rendez vous de l’Histoire ont eu lieu à Blois du 6 au 9 octobre. Lors de cet évènement, la ministre de l’Education nationale a d’ailleurs exprimé son attachement au rôle “précieux” des professeurs d’Histoire. Une discipline qui a été le sujet de nombreux articles au cours de la semaine.
On le sait, le “récit national” est devenu, en France, une thématique de la campagne présidentielle où les personnages « historiques » viennent soutenir les discours identitaires de certains politiciens. Des universitaires ont décidé de prendre à contre-pied les fantasmes qui courent en proposant dans l’ouvrage “Le récit du commun”, présenté aux Rendez-vous de l’Histoire à Blois, d’observer comment les élèves et futurs citoyens relatent l’Histoire. Cette recherche sera le sujet de l’émission Rue des Écoles sur France Culture diffusée le dimanche 16 octobre où Françoise Lantheaume la chercheuse qui a piloté le projet sera présente ainsi que l’historienne Laurence De Cock. C’est cette dernière qui présente une partie de l’étude dans un article sur le site The Conversation . Claude Lelièvre sur son blog Mediapart manifeste beaucoup d’enthousiasme pour cette initiative
Toujours sur France Culture et sur un thème voisin, il faut signaler aussi l’émission La fabrique de l’Histoire scolaire qui explore la façon dont l'histoire s'enseigne aujourd'hui en France du primaire au baccalauréat. À podcaster...

Butinages
Finissons par une rubrique hétéroclite qui rassemble quelques lectures repérées au cours de la semaine.

C’est bon chef, j’ai terrorisé mes élèves ! C’est le titre ironique donné par Jean-Roch Masson, enseignant en CP, à un billet un peu agacé écrit après les exercices anti-intrusion. Sur le même thème, on pourra lire sur le blog “la loi du collège” le récit fait avec beaucoup d’humour par les collégiens eux-mêmes, des exercices anti-intrusion. Au delà de l’humour ou de la polémique, il y a une question posée par JR Masson : pourquoi apprenons nous la peur à nos enfants ?

Une information a suscité beaucoup de commentaires (plutôt positifs) sur ma page Facebook. Je la redonne donc telle qu’elle figure dans Ouest France : Cinq millions d'euros vont être consacrés à la mise en place de potagers, poulaillers, mares ou espaces verts dans 10 000 écoles et collèges, pour éduquer les élèves à l'environnement, a annoncé ce mercredi Ségolène Royal. Les établissements ayant créé un “coin nature” seront mis en réseau avec le Muséum d'histoire naturelle. Juste une question : qui arrosera les plantes et nourrira les poules pendant les vacances ?

Dans les lectures plus importantes, il faut signaler le dernier dossier de veille de l’IFÉ qui a pour thème “L'éducation des filles et des garçons : paradoxes et inégalités”. Un article paru sur le site VousNousIls et intitulé “Liaison école-collège : faut-il créer des « classes mixtes » CM2 – 6ème ? ” nous informe de la parution d’un rapport de l’inspection générale (disponible sur le site du Ministère) sur ce sujet de la continuité pédagogique entre l’école et le collège. Une question importante car dans le cadre de la réforme du collège, on sait que CM1, CM2 et 6ème forment le nouveau cycle 3.

On termine avec une petite interview parue dans l’Est Républicain . Marlène Jörger, 14 ans, élève en 8e (équivalent 3e ) au Europa Gymnasium de Wörth, près de Karlsruhe en Allemagne a découvert pendant deux semaines l’école à la française via un échange individuel dans le cadre du programme national Schuman. Il faut écouter ce qu’elle dit sur l’école Française qu’on peut résumer en une formule “une école stricte et compliquée ”.

Bonne Lecture et bonnes vacances d’automne...



Philippe Watrelot

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vendredi, octobre 14, 2016

“Bien faire et laisser braire”...


Sophie Coignard n’est pas complètement inconnue du grand public...son nom évoque surtout pour quelques enseignants un livre et des articles peu objectifs et mal informés sur l’École dans le magazine Le Point.
Avant Carole Barjon et ses “assassins de l’École”, Sophie Coignard avait commis en 2011 “Le Pacte immoral - comment les élites sacrifient nos enfants” qui fonctionnait sur le même registre de dénonciation d’“ennemis” de l’École et qui reposait lui aussi sur un grand nombre d’approximations et d’affirmations biaisées.
Dans un article publié sur le site du Point le 10 octobre 2016 et intitulé « Najat Vallaud-Belkacem : la politique du remerciement», elle évoque ma récente nomination comme président du Conseil National de l’Innovation pour la réussite éducative (Cniré). Dès le chapô, le ton est donné : « Ils ne sont pas nombreux, ceux qui ont soutenu sa réforme du collège. Il est donc facile de les nommer à des postes au titre ronflant.» Puis on rentre dans le vif du sujet : «Philippe Watrelot est inconnu du grand public, et son nom n'évoque pas grand-chose non plus parmi les professeurs, plus occupés, pour la plupart, à sauver ce qui peut l'être dans la transmission des savoirs qu'à se repérer dans les débats théologiques qui sévissent Rue de Grenelle. Il s'agit donc d'un professeur de sciences économiques de lycée, par ailleurs ancien président du CRAP-Cahiers pédagogiques. Et là, nous voici au cœur des querelles de chapelles. Les Cahiers pédagogiques défendent en effet depuis toujours l'interdisciplinarité contre la transmission des savoirs. Philippe Watrelot lui-même se montre, sur le blog qu'il tient depuis 2004, un soutien indéfectible à la politique menée par Najat Vallaud-Belkacem. […] Avec Philippe Watrelot, ce soutien inconditionnel ne devrait pas se tarir.»


Devise du 1er régiment d'infanterie de
marine en eau trouble de Twitter

“Bien faire et laisser braire” est une de mes devises personnelles que j’applique notamment sur les réseaux sociaux qui ne sont pas connus pour être marqués par la bienveillance. Mon premier réflexe était donc de laisser dire et de continuer mon travail.
Mais à la suite de cet article (et d’un autre du même tonneau) et des commentaires suscités sur les réseaux sociaux et autres forums, je déroge à ma règle et je souhaite apporter quelques précisions.


Je ne m’attarderai pas sur l’affirmation selon laquelle les Cahiers Pédagogiques défendraient «depuis toujours l’interdisciplinarité contre la transmission des savoirs». Le bureau de l’association a publié un communiqué et un courrier au rédacteur en chef du Point (voir plus bas).
Le débat sur l’École mérite mieux que ces oppositions binaires et stériles. L’interdisciplinarité ne peut se construire qu’à condition que les savoirs disciplinaires existent et ne vise qu’à donner du sens aux connaissances pas à les “détruire”...

Le “soutien inconditionnel” mérite lui aussi quelques lignes. Il suffit de lire les prises de position du CRAP-Cahiers Pédagogiques pour se rendre compte que nous n’avons cessé, au contraire, de mettre en avant les conditions pour que les réformes nécessaires puissent se faire. Il n’y a rien d’“inconditionnel” là dedans. Je suis, nous sommes, critiques et engagés. Mais il est vrai que dans une société française imprégnée par une pensée binaire où si l’on n’est pas totalement pour c’est que l’on est contre, cela semble problématique d'avoir une pensée nuancée...
Nous nous sommes toujours exprimé en toute indépendance à l’égard de l’institution et de toute organisation partisane ou syndicale ou même de doctrine pédagogique Cette indépendance est la condition même de la légitimité. Mais lorsqu’une réforme nous semble aller “dans le bon sens”, aussi modeste soit elle, il est important de jouer le jeu et de l’accompagner. Tout en étant vigilant et en veillant à se donner tous les moyens pour qu’elle puisse être efficace. Pour nous, militants pédagogiques, l’ « éthique de conviction » doit se confronter à l’ « éthique de responsabilité ».

J’en viens à ce qui me concerne. “Remerciement” ou même “prébendes” comme on a pu le lire sur certains forums... cette expression est insultante Je suis capable d’accepter beaucoup d’attaques sur les réseaux sociaux ou ailleurs mais ma limite est celle de la mise en cause de mon honnêteté.
Précisons le une fois pour toutes : j’étais déjà membre de ce conseil (en tant que représentant des associations) jusqu’en 2015 et mon départ de la présidence du CRAP. J’en suis nommé président en remplacement de l’ancien président qui ne peut poursuivre son mandat pour raison de santé. Je ne suis pas rémunéré et ne bénéficie d’aucune décharge. Et le mandat de ce conseil créé pour une durée de quatre ans en 2013 n’a pas été prolongé. En d’autres termes : je suis nommé pour présider bénévolement pour 5 mois jusqu’à la fin mars 2017 un conseil qui aura pour mission de produire un ultime rapport dont la postérité (étant donné le contexte) risque d’être limitée. On peut trouver mieux comme “fromage”  ou même comme “remerciement”... !

Ce terme de “remerciement” est, en fait, pitoyable et donne un aperçu de la manière dont certaines personnes voient les rapports humains. Il y a d’autres moteurs à l’existence que la seule perspective d'un "poste” ou le calcul intéressé. Seuls ceux qui ne savent pas ce qu'est une conviction, l’engagement et le désintéressement au service d'une cause et n’ont que le cynisme comme perspective réagissent comme Mme Coignard.

Pour ma part c’est mon engagement qui est “indéfectible”...

Philippe Watrelot

Pour compléter, vous pouvez lire le communiqué de presse du CRAP-Cahiers Pédagogiques

 
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