dimanche, février 26, 2017

Bloc-Notes de de la semaine du 20 au 26 février 2017


- Vote enseignant – Part du catho – Mixité/égalité – Bilans - Butinages - .



Retour du bloc notes après une pause liée aux vacances (et à une surcharge de travail). L’actualité éducative a repris elle aussi, un peu de vigueur. On évoquera successivement la question du vote enseignant, l’éternelle question de l’enseignement privé, la mixité et le poids des stéréotypes de genre (autre sujet éternel). On verra que la période est propice aux bilans dans tous les domaines. Et on finira par quelques conseils de lecture.


Y a t-il un vote enseignant ?
Le dimanche 23 avril, ce sera le premier tour de l’élection présidentielle. Le deuxième tour aura lieu le 7 mai. Ça se rapproche…
Et dans cette période inédite et marquée par de nombreux rebondissements et beaucoup d’incertitudes, il est toujours difficile de prévoir l’issue du scrutin. On a bien vu que les sondages dans bien d’autres cas, avaient montré leurs limites. Pourtant, il peut être intéressant de se pencher, malgré tout, sur l’enquête menée par le CEVIPOF/CNRS sur le vote des fonctionnaires. D’abord parce qu’elle s’inscrit dans la durée et un suivi régulier (on en est à la 4ème étude) et parce que l’échantillon est relativement important et cohérent. En ce qui concerne l’éducation , l’étude a été menée auprès de 1 500 personnes du monde enseignant (1er et 2nd degré, supérieur, chefs d’établissements). Si François Fillon est globalement rejeté par les enseignants (14,7 % d’intentions de vote), Marine Le Pen obtiendrait tout de même un score de 7% d’intentions de vote des professeurs, ce qui fait dire à L’Obs que pour le Front National “les profs ne sont plus une citadelle imprenable. En 2012, seuls 3,5% des profs avaient voté pour le FN (à noter que ce vote atteint presque 50% chez les militaires et les policiers). Mais c’est Emmanuel Macron qui recueillerait 29 % des suffrages des enseignants au 1er tour de scrutin. Toutefois Benoît Hamon en récolterait 25% et Jean-Luc Mélenchon 16% des intentions de vote (-4 points par rapport à l’enquête précédente). Pour Luc Rouban, qui a dirigé cette enquête « si l’on demande aux enseignants de se positionner eux-mêmes, 63 % se disent proches des partis politiques de gauche. Ce positionnement est très fort par rapport aux autres professions». Dans une interview donnée au journal Le Monde , le chercheur estime toutefois que “On n’est pas loin du divorce entre le PS et les enseignants ”. Si 24 % des enseignants disent se sentir proches de ce parti aujourd’hui, c’était 35 % en 2012 et même 40 % en 2007. Pour Luc Rouban sans doute faut-il y voir le résultat de la déception suscitée par des politiques menées durant le quinquennat, notamment la réforme du collège. Le sentiment d’un déclin de l’institution scolaire auquel les recrutements ne remédient pas. On s’attendait, sur le terrain, à ce que la gauche s’empare davantage – ou mieux – des grandes questions d’intégration, de pauvreté, de mixité… La désillusion sur ce plan, ajoutée à la dégradation des conditions de travail, pèse face aux urnes.
Comment expliquer les intentions de vote pour Emmanuel Macron ? Pour Claude Lelièvre, sur son blog , le vote centriste n’est pas une nouveauté. Et il rappelle les performances du vote pour François Bayrou chez les enseignants. Le chercheur Luc Rouban doute, quant à lui, qu’il y ait “une réelle adhésion au modèle qu’il [ E. Macron] incarne. Il n’y a pas de glissement des enseignants vers un univers néolibéral. C’est plutôt une inclination par défaut. ”. Et il conclut “Emmanuel Macron, s’il est crédité d’une assez forte autorité institutionnelle, n’est pas, en termes d’image, jugé particulièrement positivement. Cela résume bien, à mes yeux, la situation actuelle : on reste dans une grande incertitude quant aux choix qui seront faits dans l’isoloir.
Quelques éléments d’analyse personnelle… En ce qui concerne l’éducation, lorsqu’on parvient à dépasser le maximalisme radical toujours présent et qu’on n’a pas la mémoire courte et qu’on se rappelle de la situation d’avant 2012, on peut penser que les enseignants seraient capables de faire la part des choses. Ils pourraient reconnaitre le bilan du quinquennat en ce qui concerne les postes, la revalorisation des professeurs des écoles, le plus de maitres que de classes, l’évolution des carrières, le rétablissement de la formation etc... Mais des erreurs de méthode ont été commises notamment dans l'insuffisance de dialogue avant les décisions, et la mise en œuvre de la réforme du collège à marche "rapide". Pour les rythmes scolaires, il y a encore de la rancœur et des doutes sur l’efficacité et des inquiétudes sur la disparité des situations. Même si côté éducation, le bilan peut apparaître positif aux yeux d’un certain nombre d’enseignants ou négatif pour d’autres, il est clair aussi que le vote ne se fera pas, et c’est bien logique, que sur ce seul aspect. Les enseignants comme le reste des français voient le bilan de l’ensemble du quinquennat dans tous les domaines. Et ils manifestent des inquiétudes sur la situation économique, se sont indignés (ou pas) de certaines décisions et expriment un désir de renouvèlement de la vie démocratique. Comme tous les Français. Et si le “vote enseignant” n’existait pas ?
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La part du catho
L’enseignement privé sous contrat et hors-contrat a beaucoup fait parler de lui cette semaine.
Pascal Balmand veut une plus grosse part de catho... Le secrétaire général de l'enseignement catholique (Sgec) s'apprête à remettre sur le tapis la sacro-sainte règle des "80-20" qui, depuis des années, régit la répartition des postes d'enseignants entre le public et le privé, nous dit le JDD.fr. Dans un document destiné aux candidats, il proposera de "reconsidérer" (et le terme est pesé) cette répartition "qui ne correspond plus à la réalité". Car si, depuis la loi Debré de 1959, les écoles privées sous contrat bénéficient bien de financements publics pour l'enseignement, le ratio est apparu en 1985, calqué sur la répartition des effectifs publics/privé de l'époque. Il a fini par être entériné en 1992 au terme de longues négociations. Depuis, personne n'a osé toucher à cet équilibre… jusqu'à aujourd'hui... Mais, selon le SGEC, “actuellement la demande pour le privé est beaucoup plus importante que les moyens dont nous disposons ”.
On évoquait dans un récent bloc-notes (fin janvier), une progression de la proportion d’enfants scolarisés dans le privé. La part du privé s'est élevée à 21,5%, contre 21,3% l'année précédente. Pour la seule classe de sixième, la proportion monte à 22,2%. Ce n’est donc pas un “exode” mais les responsables de l’enseignement catholique et les parents d’élèves du privé (Apel) s’appuient sur ces chiffres pour réclamer plus de moyens. “Certains nous reprochent de ne pas faire assez de mixité mais on ne nous donne pas la possibilité d'ouvrir en banlieue…, affirme la présidente de l'Apel dans le JDD.fr. Le sujet est en tout cas hautement inflammable... Et le risque de rallumer la guerre public/privé est réel. On se souvient encore que les dernières tentatives de modifier un équilibre fragile ont mis des milliers (voire des millions) de personnes dans la rue de part et d’autre.
Est-ce que les écoles hors-contrat vont aussi s’inviter dans la campagne ? Elles représentent évidemment des effectifs nettement moins importants (environ 56.000 enfants) mais leur progression est forte. Et leur visibilité médiatique aussi... France 2 a encore consacré un long reportage le mardi 21 février au réseau d'écoles "Espérance Banlieue". Ce n'est pas le premier et on peut craindre que ce ne soit pas le dernier. Mais le problème c'est surtout que ces reportages, ont peu de recul critique et négligent pas mal de choses pourtant importantes à dire sur ce type d'écoles traditionalistes, hors contrat et financées par des fondations d'entreprises. , on apprend que le fondateur de ces écoles, Éric Mestrallet, lancera un appel début mars, afin de "trouver des moyens, notamment publics, pour développer ces écoles". Selon lui, une cinquantaine de personnalités soutiendrait déjà cette démarche : Xavier Huillard, le PDG de Vinci, Mélissa Theuriau et Jamel Debbouze, Alexandre Jardin, Jean-Louis Borloo… Rappelons que dans le programme du candidat Fillon , on prévoit très explicitement de favoriser le développement de ce type d’école.
Si l’enseignement privé a été dans l’actualité cette semaine, c’est aussi avec une info qui a fait très vite le tour des réseaux sociaux. Sur Twitter, un élève nous apprend que son lycée privé a distribué le manuel “Pour réussir sa vie sentimentale qui explique, entre autres, que l'homosexualité «résulte surtout d'une évolution psychique marquée par l'influence excessive ou insuffisante du père ou de la mère dans l'enfance ; ou suite à des perversions d'adultes qui ont provoqué une attirance pour le même sexe, ou une répulsion pour l'autre sexe.». Sur une autre page, on peut lire : «Si tu as une tendance homo, tu es peut-être homo-sensible ou homophile, c’est à dire porté vers ton semblable (cela arrive à l’adolescence). Mais ne te définis pas par cette tendance, qui n’est pas irrémédiable et peut être surmontée.». Et l’auteur de ce texte ajoute : «N’active pas cette tendance en passant à l’acte. Sentir n’est pas consentir. […] L’engrenage peut être fatal, car nos actes confirment et développent nos tendances».
Selon l’élève contacté par BuzzFeed News,< la direction de l’établissement «n’était pas au courant de la distribution de ce manuel» qui s’est faite à l’initiative de la prof de catéchisme. Le chef d’établissement a publié samedi, un communiqué pour présenter ses excuses et annoncer le retrait du manuel au sein de l’établissement.
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Mixité-Égalité
Le Haut conseil à l'égalité entre les hommes et les femmes (HCE) a rendu son rapport le 22 février. Il a été assez largement commenté dans la presse.
Il constate que les outils disponibles de lutte contre les inégalités de genre sont insuffisamment connus et utilisés par les personnels de l'Éducation nationale. Il observe aussi que les Espé -ces écoles de formation des enseignants qui ont succédé aux IUFM- ne s'intéressent pas systématiquement au sujet, comme le prévoyait pourtant la loi de refondation de l'école. D’après le rapport, seule la moitié de ces écoles (12 sur 24) propose en effet un module sur le sujet. Par ailleurs, des chargés de mission «égalité filles-garçons» ont été installés. Mais sur 36, seuls 8 travaillent à plein-temps sur cette thématique qui, dans les faits, est reléguée au second plan, derrière la laïcité et la lutte contre les discriminations raciales.
 En ce qui concerne les nouveaux programmes élaborés l'année dernière et entrés en application depuis septembre 2016 à l'école primaire et au collège, le HCE observe «un effort pour éliminer les stéréotypes sexués», il regrette que «l'écriture inclusive» - ces règles visant à rendre neutre le langage du point de vue du genre- ne soit pas utilisée.
Le HCE s'intéresse aussi aux manuels scolaires, bien souvent pointés du doigt au cours du quinquennat, dans la perpétuation des stéréotypes. «Dans les manuels de lecture de CP, les femmes représentent 40% des personnages et 70% de ceux qui font la cuisine et le ménage, mais seulement 3% des personnages occupant un métier scientifique», rappelle le haut conseil. Dans Le Monde la chercheuse Isabelle Collet résume l’enjeu de ce rapport en une formule « Enseigner est un métier qui s’apprend ; enseigner de manière égalitaire s’apprend également. »
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Bilans
Si la période est marquée par la campagne présidentielle, c’est aussi logiquement l’heure des bilans. C’est celui de la refondation, de la formation et aussi plus largement celui de la Ministre qui est très présente dans la presse avant le silence de la réserve électorale.
On n’en a pas beaucoup parlé. Seuls deux articles le mentionnent (Capital et le Café Pédagogique ). Le 22 février, Yves Durand, député PS et président du comité de suivi de la loi de refondation de l’école (dite “loi Peillon”) , a présenté son rapport annuel de suivi de l’application de cette loi, le deuxième après une première édition l’an passé. En 2016, le rapport était déjà assez critique, il l’est de nouveau cette année en déplorant la “précipitation” dans laquelle s‘est faite la réforme du collège. A ce temps (trop) court du lancement de la réforme, le comité oppose le temps long de l'appropriation "seule susceptible d’engager un changement profond des pratiques". Il y a aussi des critiques, déjà formulées l’an dernier, à l’égard des deux principales instances créées par la refondation : le CSP et le CNESCO. Le magazine Capital se focalise sur la proposition de remplacer le Conseil Supérieur des programmes, jugé trop proche du pouvoir, par une “agence autonome des parcours scolaires et des formations” (inspirée de ce qui existe au Québec). “En son sein, explique Yves Durand, il pourrait y avoir des représentants du Medef, des associations de consommateurs, des associations représentatives de la société, des personnes qui ne sont pas forcément des experts de l’éducation. Il n’est, par exemple, pas aberrant de considérer que les employeurs aient leur mot à dire sur le type de compétences qui doivent être apprises aux jeunes générations. Je parle d’employeur, mais je pourrais aussi parler de syndicat, comme d’associations de défense de l’environnement. Ensuite, à partir des suggestions qui auront émergé, nous laisserons aux experts de l’éducation le soin de réaliser les programmes. Le plus important, c’est qu’il y ait un véritable aller-retour entre ce public non-spécialiste et les experts.
C’est aussi à un bilan que se livrent trois formateurs (Béatrice Mabilon-Bonfils, Alain Jaillet et Line Numa-Bocage) dans une tribune intitulée “Un scandale tranquille : des enseignants toujours aussi mal formés. Ils démontent (comme je l’ai déjà fait moi même à plusieurs reprises) les compromis boiteux sur lesquels repose la formation initiale dans les ESPÉ et aussi la charge de travail importante des enseignants débutants. Ils s’inquiètent aussi des perspectives liées aux échéances électorales qui risquent de détruire au lieu d’améliorer. Il concluent en évoquant l’état d’esprit des formateurs : “Sur le terrain tout le monde fait au mieux en redoutant une énième réforme qu'il faudra faire vivre et fonctionner mais dont plus personne ne sait au bout du compte à quoi cela mène. ” Une conclusion que je partage entièrement !
La Ministre de l’Éducation Nationale a suscité depuis son arrivée au Ministère de l’Éducation Nationale de très nombreuses réactions. Le journal 20minutes.fr lui a consacré sa Une de vendredi 24 février et se demande “Pourquoi Najat Vallaud-Belkacem déchaîne-t-elle les passions? ” avec à la clé une interview et les bonnes feuilles de bonnes feuilles de son livre « La vie a plus d’imagination que toi ». On avait eu aussi quelques temps auparavant un documentaire télévisé sur son parcours. Le timing est bien calculé et il y a donc clairement une stratégie de communication à l’œuvre. Il s’agit à la fois d’une valorisation du bilan mais aussi de la personne et du symbole qu’elle représente.
A l'occasion d’une interview avec un Youtubeur en même temps qu’elle déplorait que l’éducation soit absente du débat présidentiel, elle laissait aussi entendre qu'il faudrait composer avec elle ces prochaines années...
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Butinages
Il y aurait bien d’autres choses à dire dans cette actualité éducative qui a (comme c’est étrange) retrouvé de la vigueur avec la fin des vacances de la zone C. Nous finirons avec quelques lectures butinées au hasard des navigations sur le web...

Les dernières données nationales permettant de suivre un échantillon représentatif des élèves de la 6e vers le baccalauréat révélaient, en 2005, que 87 % des enfants d’enseignants obtiennent ce diplôme, contre seulement 39 % des enfants d’ouvriers non qualifiés. Partant de ce constat, Joanie Cayouette-Remblière (livre du mois des Cahiers Pédagogiques )s’est proposé de suivre au plus près les parcours scolaires de deux cohortes d’élèves, de leur entrée au collège jusqu’à leur éventuel accès au baccalauréat. Les résultats de ce travail permettent de voir que, loin d’être données, ces inégalités se construisent, pas à pas, au sein du système scolaire. C’est ce que montre une excellentesynthèse proposée par l’INED .

Dans la revue du Crieur (co-éditée par Médiapart et La Découverte, on pourra lire « Céline Alvarez, le business pédagogique» écrit par Laurence De Cock. Notre collègue revient sur le phénomène médiatique et éditorial de l’année. L’enthousiasme suscité par son livre, Les lois naturelles de l'enfant, tient au caractère spectaculaire des résultats affichés, avec des taux de réussite très élevés, y compris de manière précoce et chez des enfants peu favorisés. Mais, si on regarde de plus près nous dit Laurence De Cock, tout est loin d’être aussi rose. La «méthode», très gourmande en matériel et en encadrement, se révèle intransposable dans un contexte scolaire plus large.

Marine Le Pen dans ses 144 engagements évoque à plusieurs reprises ses projets pour l’École. Nous les avons analysés dans un billet de blog récent. . Dans l’engagement 102, il est écrit « Faire de l’école un “asile inviolable où les querelles des hommes n’entrent pas (Jean Zay) donc en y imposant non seulement la laïcité, mais également la neutralité et la sécurité.. La fille de Jean Zay, Hélène Mouchard-Zay, dans un texte largement repris sur les réseaux sociaux s’est indignée de cette récupération de la pensée de son père. Dans Libération, on rappelle que ces mots figurent bien dans des circulaires de Jean Zay. Mais c’était à l’époque pour contrer l’influence de l’extrême droite !
Hélène Mouchard Zay, dans son texte, rappelle le contexte et les valeurs : «Jean Zay appelle les enseignants à la mobilisation pour la défense de la République et les valeurs qui la fondent. S’il refuse tout militantisme politique, idéologique ou religieux dans l’école, c’est au nom des valeurs qui fondent la République et que combat au contraire Marine le Pen : il veut une école qui apprenne à juger par soi-même et non à applaudir des hommes – ou des femmes – providentiel(le)s. Il veut une République ouverte, fraternelle, solidaire, qui n’exclut personne en raison de ses origines ou de sa religion, et dont le fondement est une école qui accueille tous les enfants, quels qu’ils soient, et qui tente de les ouvrir au monde.»

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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