dimanche, mars 19, 2017

Bloc-Notes de la semaine du 13 au 19 mars 2017



- Hamon – Fillon et le hors-contrat – Rentrée 2017 - Butinages - .



Nous allons encore consacrer une part importante de ce bloc-notes à la campagne pour l’élection présidentielle. Avec tout d’abord Benoit Hamon qui a présenté son programme jeudi 16 mars. Et ensuite François Fillon qui a précisé le sien lors d’un discours à Besançon. Et il y a de quoi s’inquiéter. Pendant la campagne, la rentrée se prépare et nous nous y intéresserons aussi. Et nous finirons, comme à l’habitude par quelques conseils de lectures glanées ici et là.



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Hamon et l’École
Le programme de Benoit Hamon a été présenté à la presse jeudi 16 mars dernier. Il y a notamment une longue interview du candidat dans Le Parisien . L’éducation y est évoquée mais on peut aussi en savoir plus en allant directement à la source sur le site BenoitHamon2017.fr . Comme je l’ai déjà fait pour d’autres, j’ai consacré un billet de blog à ce programme où je mets en avant la position d’héritier (un peu embarrassé, mais héritier quand même…) de Benoit Hamon dans le domaine de l’éducation.
C’est un avis qui est d’ailleurs partagé par les journalistes qui ont consacré des papiers à cette dimension de son programme. On peut en lire dans Les Échos ou dans Libération .
B. Hamon se situe donc dans la continuité du quinquennat Hollande et les principales mesures le montrent. Il prévoit de consacrer au moins neuf milliards sur cinq ans à l’éducation. Il veut continuer à revaloriser les enseignants, créer de nouveaux postes (40.000) et donner la priorité au primaire créer et diminuer les effectifs élèves. Il y a quelques mesures nouvelles mais qui, elles aussi, se situent dans la logique du quinquennat précédent. On le voit avec la volonté de créer un système d'aide pour les écoliers et collégiens. Et c’est aussi le cas avec le droit à la scolarisation dès 2 ans dans les REP et l’abaissement de la scolarité obligatoire à 3 ans. Les principales réformes ne sont pas abandonnées même si on sent poindre aussi une certaine prudence. Il est vrai que l’enjeu est complexe : comment ne pas renier cet héritage tout en ramenant dans le giron du PS des enseignants qui semblent s’en éloigner... ?
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Fillon et le hors-contrat
Fillon droitise encore son programme pour l’École ”, c’est le titre qu’on peut lire dans le Café Pédagogique . Pour François Jarraud, ce durcissement est une sorte de tribut en remerciement du soutien logistique de son rassemblement au Trocadero par des organisations proches des écoles hors contrat (comme Sens Commun par exemple). C’est à Besançon le 9 mars (vidéo du discours sur YouTube (la partie sur l'école commence à 14'30 et dure un petit quart d'heure) que le candidat, amateur de costumes, déroule un programme fondé sur les suppressions de postes, le tri des élèves, le retour aux « fondamentaux » et même à l’uniforme (lire l’article de Libération sur ce thème). Il annonce aussi la suppression des principales réformes du quinquennat : rythmes scolaires, collège, programmes... On notera aussi la proposition de suppression des allocations de rentrée, allocations familiales et bourses aux familles d'élèves peu assidus - qui seraient renvoyés vers des établissements spécialisés dans la réinsertion scolaire. “"Je veux que les élèves qui sont exclus définitivement par le conseil de discipline, soient inscrits dans des établissements adaptés afin qu’ils modifient leur comportement et se remettent sur la voie des apprentissages scolaires fondamentaux". ”. En gros, ça s’appelle une filière poubelle...
Un autre moment fort du discours porte sur l’autonomie des établissements. “Je revaloriserai les traitements des enseignants en tenant compte de leur mérite et en leur demandant d’être plus présents dans l’établissement. Je confierai progressivement aux chefs d’établissement du second degré le choix de leurs personnels... ”, annonce t-il.
Mais c’est surtout sur le financement du privé que Fillon fait une proposition choc. “Dans les zones de revitalisation rurale et les zones urbaines sensibles, l’Etat soutiendra la création d’établissements publics ou privés indépendants et innovants”. En évoquant explicitement les écoles Espérances banlieue, proches de la droite extrême, F Fillon annonce également qu'il subventionnera les écoles hors contrat. “L’Etat ne devra plus s’opposer à cette nouvelle offre éducative issue de la société civile ; il devra leur faciliter la tâche et les aider”.
Jusqu’à maintenant, ces écoles soutenues par des personnalités médiatiques, avaient suscité dans la presse un regard plutôt bienveillant voire complaisant. Heureusement les choses sont en train de changer. Il faut d’abord rappeler le travail militant de Grégory Chambat qu’on retrouve cette semaine aux côtés de Jean-Charles Buttier et Laurence De Cock dans un billet sur Mediapart pour poursuivre sa dénonciation. Mais la presse généraliste s’en mêle aussi. Après un article dans Le Figaro, il y a quelques temps, c’est au tour du Monde de consacrer un article assez critique à ce réseau d’écoles. Le même journal propose un long article de synthèse sur les écoles hors-contrat qui s’invitent donc dans la campagne. Rappelons que le FN compte aussi parmi ses engagements, la défense de la liberté de l’enseignement. La candidate frontiste s’était opposée à la ministre de l’éducation sur le régime d’ouverture des écoles hors contrat, en début d’année, lors d’un débat télévisé. Mais le FN ne reprend cependant pas à son compte l’idée, portée il y a dix ans par Jean-Marie Le Pen, du « chèque éducation » correspondant au « coût moyen d’un élève », qu’il appelait à distribuer aux familles pour leur donner le libre choix de leur école.
Il faut bien sûr défendre le service public d’éducation. Mais ce qui me désole c’est que l’innovation est souvent associée, aujourd’hui à tort ou à raison, à des initiatives privées. On présente une enseignante comme « contrainte » de quitter le système public, on valorise dans les journaux télévisés des écoles « nouvelles » (avec quelquefois des recettes du passé) fonctionnant dans le privé hors-contrat, on laisse entendre implicitement ou explicitement que le système public est incapable d’évoluer et d’accepter les expérimentations. Il est indispensable de sortir de ce piège.
D’abord en tenant compte que ces innovations médiatisées se développent sur les lacunes et les difficultés du service public. Mais aussi, et c’est un des objets et des enjeux des années à venir, en montrant que, contrairement à une idée souvent répandue, le service public est capable d’innovations et d’expérimentations au service de tous et pas seulement de quelques uns. La défense du service public ne doit pas être frileuse et crispée mais dans la promotion de ses valeurs d'égalité et de justice sociale et de sa capacité à évoluer et s’adapter.
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Rentrée 2017
La rentrée 2017 c’est maintenant !
C’est le jeudi 9 mars 2017, que la ministre organisait une conférence de presse sur... la rentrée 2017. Pourquoi si tôt ? Comme le dit Christel Brigaudeau dans Le Parisien il s'agissait pour Najat Vallaud-Belkacem, d'apposer son sceau sur une organisation imaginée par ses équipes mais qui sera pilotée par d'autres. C'est un fait : la rentrée 2017 est déjà «bouclée, pliée», confirme Bernard Toulemonde, ancien recteur interviewé par Le Parisien «Il ne peut y avoir de modification importante de la pédagogie et de l'organisation à ce stade». Les rentrées se préparent dix mois avant le jour J.
L’essentiel se trouve résumé dans un document synthétique qui définit les grandes orientations : la circulaire de rentrée . Celle ci se situe dans la poursuite de la politique menée durant ce quinquennat et est destinée à “consolider” les réformes engagées jusque là. Nouveaux programmes, réforme du collège, plan numérique sont donc les 3 thèmes principaux au sommaire de la circulaire de rentrée.
En ce qui concerne les postes, à la rentrée 2017 , 11.662 postes supplémentaires seront créés – dont 4311 en primaire (soit 23.639 postes créés dans le premier degré en 5 ans), et 4650 en secondaire (soit 21.809 postes créés sur l’ensemble du quinquennat). Seront également créés, en septembre, 1351 postes d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH).
Peut-il y avoir remise en cause de cette circulaire durant l’été en fonction du résultat des élections ? VousNousIls pose la question à plusieurs spécialistes, tout comme le journal gratuit 20minutes . « Supprimer les EPI aurait une incidence sur les emplois du temps des enseignants. Ce n’est pas jouable » explique Christian Chevalier de l’UNSA. Toutefois, pour Claude Lelièvre les enseignants « non favorables » aux EPI pourraient toutefois « profiter d’une remise en cause de la réforme pour mettre la pédale douce sur ce dispositif, car ils n’en craindront pas les conséquences ».
Ce qui ne changera pas, de toutes façons, ce sont les prévisions d’effectifs . La génération issue du « baby-boom » du début des années 2000 continue d’arriver au collège et au lycée : les effectifs dans le secondaire devraient croître de 50 000 à la rentrée 2017 et de 17 000 à la rentrée 2018 et dépasser ainsi les 5,63 millions d’élèves, selon les prévisions de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère. Concernant l’école primaire, la baisse des naissances devrait commencer à se faire sentir, après notamment cinq ans de hausse des effectifs à l’école élémentaire, prévoit une autre note de la DEPP
On peut ranger aussi dans la préparation de la rentrée les annonces qui ont été faites récemment concernant un plan d’urgence pour la ville de Grigny dans l’Essonne. Elles sont détaillées dans une dépêche AFP, un article du Parisien et un papier du site d’information local Essonne Info . Dans une des villes les plus pauvres et les plus jeunes de France où seulement 25 % des lycéens sont bacheliers, où seuls 6 % des élèves du collège Jean-Vilar se dirigent vers un bac S, où les moins de 25 ans représentent 30 % de la population et où la part des jeunes qui n’ont pas le français comme langue maternelle oscille entre 38% et 64 %, des mesures urgentes se devaient d’être prises. En tant que “voisin”, je m’en réjouis.
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Butinages
Comme chaque semaine, on termine avec une rubrique un peu hétéroclite destinée à signaler des documents intéressants repérés au grès de mes butinages sur Internet.

Louise Tourret a produit au cours des deux dernières semaines deux articles très intéressants. Le premier est consacré à l’année 1984, l’année où tout a changé pour l’École française C’est l’époque des manifestations pour l’école libre et aussi l'avènement d'un discours de déploration et de peur sur l'école est à dater cette époque, un discours contre la démocratisation scolaire mais aussi contre la pédagogie en général (!) qu'on retrouve chez les candidats à l'élection de 2017 (Fillon, Le Pen). Louise Tourret fait ici un utile et bien intéressant rappel historique.
Est-ce qu'on a demandé aux enfants ce qu'ils pensent de la carte scolaire?, c’est la question que pose la journaliste en titre de cet autre article. Elle part de son expérience personnelle pour relier cela à son travail de journaliste et à l'avis des élèves et des parents qu'elle a pu rencontrer.

Signalons aussi un très beau reportage de Solène Cordier dans Le Monde sur les enseignantes de l’équipe des antennes scolaires mobiles (ASM) de Seine-Saint-Denis. Des professeurs un peu particuliers au sein de l’éducation nationale, itinérants, qui partent à la rencontre des enfants éloignés, malgré eux, du système scolaire. « Ça me remet à ma place, quotidiennement, en tant qu’être humain, d’être témoin de ce gâchis d’enfants qui n’ont pas accès à l’éducation », témoigne Emmanuelle, une enseignante à ce poste depuis quatre ans.

J'aime beaucoup ce blog collectif le démon du collège hébergé par Le Monde et rédigé par des élèves sous la houlette de Mara Goyet.
La lecture de ce billet écrit par deux élèves de 5ème mérite notre attention... “ Nous nous ennuyons à l’école et ne trouvons plus de motivation et d’intérêt à y aller. Nous ne supportons plus l’émotion de l’annonce de mauvaises notes, nous avons peur de redoubler, nous avons peur de décevoir nos parents, nous avons des problèmes d’organisation et de compréhension parfois. En bref, nous n’aimons plus venir en cours. Y penser nous rend tristes car on se rappelle que l’on sera enfermées, une fois de plus. Plus de temps pour s’amuser, les devoirs et les révisions ont pris toute la place… on perd peu à peu notre confiance en nous ; le stress est devenu une tornade. On perd nos moyens, et la peur s’y est invitée comme à une fête open-bar et non-stop.

Les enseignants du rectorat de Lille (Nord) ont reçu la semaine dernière un mail dans lequel le cabinet du recteur de l’académie les priait de ne pas participer à des rassemblements « à caractère préélectoral ». Cette note a suscité de vives réactions et l’académie a ensuite expliqué qu’il s’agit d’une erreur. Cette consigne ne devrait être suivie que pendant les heures de travail.
C’est l’occasion de renvoyer à un billet de blog de l’ancien ministre Anicet Le Pors qui rappelle que “la liberté d’opinion a pour traduction essentielle dans la communauté des citoyens la liberté d’expression et celle-ci doit être entendue dans son acception la plus étendue possible sous les seules réserves de la neutralité du service public et de l’ordre public. Et non l’inverse. […] La maîtrise de la liberté d’opinion et de la liberté d’expression en appelle, d’une part à l’esprit de responsabilité de chaque fonctionnaire (sans qu’il soit besoin ni souhaitable d’avoir à se reporter à un quelconque « code de déontologie ») et, d’autre part, à la mutualisation des informations et des prises de positions dans les cadres associatifs et syndicaux, toujours préférables (sauf lorsque ces cadres n’existent pas, ce qui est exceptionnel) à la manifestation individuelle souvent plus complexe, discutable et risquée.”. Des précisions utiles à rappeler alors que les élections vont s’approcher et que la campagne va se durcir...

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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