samedi, mars 25, 2017

Bloc-Notes de la semaine du 20 au 26 mars 2017





- École en campagne - Propositions – Discriminations - Radicalité – Butinages - .


Ce bloc notes de la semaine écoulée sera encore très politique. Et cela risque d’être ainsi pendant de longues semaines même si l’éducation est relativement peu présente dans cette campagne. On abordera successivement les programmes puis les propositions qui sont faites à ces mêmes candidats. On parlera aussi de la discrimination à travers deux exemples et on évoquera une enquête menée auprès de lycéens et qui aborde le thème sensible de la radicalité. On finira avec des lectures qui font du bien...


L' École dans la campagne
C’est en début de semaine qu’a été publié le livret thématique consacré à l’éducation de la France Insoumise. Cela complète les propositions qui étaient déjà formulées dans le livre programme de Jean-Luc Mélenchon L’avenir en commun”.
Je viens de consacrer un billet de blog à mon analyse de ces propositions . C’est un programme qui a des intentions très généreuses et promet de nombreux moyens. Mais dans le même temps, il considère que rien n’a été fait dans le bon sens depuis 2012 et promet d’abroger tout ce qu’il considère comme des “contre-réformes”. On trouvera aussi une analyse dans le Café Pédagogique ainsi que sur un billet de blog de Jean-Pierre Véran hébergé par Mediapart .
Nous avions déjà évoqué le programme d’Emmanuel Macron, il y a quelques semaines . On y revient avec une interview pour le site spécialisé VousNousIls . Il y affirme que la “ La question à laquelle nous devons répondre collectivement est la suivante « comment garantir à chaque élève une scolarité qui lui permette de se construire, de s’épanouir et de réussir ? ». C’est LA question qui doit guider nos choix ; l’intérêt des élèves et l’amélioration de la réussite de chacun doit être notre seule boussole”. Il fait également des propositions pour la formation initiale et continue et redit sa volonté de donner plus d’autonomie aux établissements.
La semaine a été marquée aussi par le grand débat sur TF1. L’éducation en a été le premier thème mais a été très vite expédié. François Fillon a reparlé de l’uniforme. Marine Le Pen a affirmé vouloir «supprimer l'apprentissage des langues d'origine». Ce qui lui a valu une réplique de Benoit Hamon : «Pour qu’il y ait la paix à l’école, encore ne faut-il pas la prendre en otage d’un débat assez nauséabond comme Marine Le Pen vient de l’illustrer sur les langues d'origine». Jean-Luc Mélenchon s’est, quant à lui, insurgé contre le “déclinisme morose qui parle de jeunes qui ne savent ni lire ni écrire ni compter”. On peut saluer la persévérance de ceux qui ont regardé jusqu’au bout...
L’autre évènement politique de la semaine a été l’émission politique de France2 consacrée à François Fillon. C’est l’enseignante et la chercheuse Laurence De Cock qui lui a été confrontée sur sa proposition de "réécrire les programmes d'histoire" à l'école afin d'être fier d'être français. À la fin de cet entretien, Laurence De Cock a offert un livre à François Fillon (même si elle ne lui a pas fait de cadeaux...). C'était un livre de Suzanne Citron : “Le mythe national - L’histoire de France revisitée”. dans lequel elle "fait une déconstruction très méthodique" de l'histoire de France, explique l'historienne. La fréquentation d’un article le présentant sur le site des Cahiers Pédagogiques a bondi au cours de la soirée ! Et le lendemain du face-à-face, les ventes de ce vieux livre tout juste réédité ont rapidement grimpé pour atteindre la 12e place des livres les plus achetés sur Amazon vendredi midi . Avant d'annoncer une rupture de stock et un réassort pour le 30 mars. Un destin inattendu pour ce livre et dont on peut se réjouir...
Parce qu’il n’y a pas que cinq candidats mais onze, je signale une rareté avec cet article du Journal des Femmes qui propose un analyse des propositions de TOUS les candidats. Pour savoir quel est le programme de Jacques Cheminade, Nathalie Artaud ou de François Asselineau pour l'éducation, c'est ici (et nulle part ailleurs !)
Pour finir sur ce chapitre politique, je signale un portrait paru dans Le Parisien. C’est celui d’ Aymeric qui est prof d'histoire-géographie à Fontainebleau. Il est militant du Front national et ne s'en cache pas... C’est un des articles qui a suscité le plus de réactions sur mon mur Facebook. Il ne laisse pas les enseignants indifférents.


Propositions
Les propositions et suggestions aux candidats sont nombreuses. C’est de saison…
Le site d’information en ligne Slate a demandé à des personnalités dont je fais partie (je ne suis pas "chercheur", je le redis en toute humilité) de formuler des propositions pour la présidentielle 2017. Parmi celles-ci on en trouve plusieurs qui concernent l'éducation, formulées par : Pierre Merle , Olivier Rey, Charles Hadji, Jean-Pierre Terrail, Agnès Florin et bien d'autres..... La proposition que je formule est simple. Il s’agit de créer une obligation de formation sous forme d’un droit rechargeable et d’un crédit d’heures. Chaque enseignant devrait ainsi se former et prouver qu’il a effectué une formation au cours des trois dernières années. La formation pourrait se faire auprès des services de formation du ministère ou d’association agréées.
Cette proposition se retrouve aussi sous une forme légèrement différente avec une dizaine d'autres dans le rapport du Conseil National de l’Innovation pour la Réussite Éducative dont j’ai présenté les grandes lignes dans un Facebook Live, mercredi 22 mars en même temps que les propositions de François Taddéi. Le rapport final sera communiqué lors de la journée de l’innovation du 29 mars Mais on peut d’ores et déjà découvrir les dix propositions de ce conseil dont je suis fier d’avoir animé les travaux.
On trouve aussi des propositions avec « Vers Le Haut ». Ce collectif qui regroupe 22 organismes (tels que le Secours catholique, L’Armée du Salut, Associations familiales catholiques, Associations familiales protestantes, Bayard, le Collège des Bernardins, les Scouts musulmans de France, Sos Village d’Enfants…) a interpellé lundi les candidats à l’élection présidentielle. Ils demandent à ces derniers de s’engager à organiser « des Etats généraux de l’Education » après l’élection présidentielle.
A l’occasion de l’élection présidentielle, Enfance Majusculeadresse aussi une lettre aux candidats afin que des mesures concrètes soient prises pour mieux protéger les enfants.
Un autre appel est lancé dans Le Figaro par 55 personnalités (moins une qui a retiré sa signature) pour soutenir les écoles Espérances Banlieues. Celles ci sont aussi soutenues par le candidat François Fillon. Trois enseignants (JC Buttier, L. DeCock et G. Chambat) dans un billet de blog sur Médiapart dénoncent la campagne menée par ce réseau d’écoles qu’ils qualifient de “rétrograde, autoritaire et qui sent bon le paternalisme et le néo-colonialisme ”. Pour eux,cette campagne fait un pas vers la principale revendication de ces réseaux : la mise en place du « Chèque éducation », c’est-à-dire la parité de financement entre le public et le privé. Attention Danger...


Discriminations
On a aussi parlé discriminations de tous ordre dans la presse cette semaine.
Une professeure d'un lycée professionnel de Seine-Saint-Denis a publié le 12 mars sur sa page Facebook (puis sur Libération) un appel "contre les discriminations en sorties scolaires" . Elise Boscherel raconte comment trois de ses élèves se sont fait contrôler par la police à la gare du Nord, à Paris, au retour d'un voyage scolaire. L'appel a été repris dans de nombreux articles dans la presse. L’enseignante souhaite une circulaire pour interdire tout contrôle sur des élèves dans le cadre d’une sortie scolaire.
Enfin une femme au programme du Bac L ! s’écrit Le Parisien. La nouvelle est d’abord parue sans bruit, au Bulletin officiel de l'Education nationale . Les deux livres au programme de littérature du bac 2018 seront «les Faux-monnayeurs», d'André Gide, et «la Princesse de Montpensier», de Mme de Lafayette. C'est donc la première fois, dans l'histoire du baccalauréat, que l'œuvre d'une femme figure au programme en terminale littéraire. C’est à une professeure de lettres d’un lycée du Val de Marne, Françoise Cahen (portrait dans L’Humanité) que l’on doit cette victoire contre une forme de discrimination. Dans sa pétition, lancée en mai 2016 et signée depuis par 20 000 personnes, Françoise Cahen s’indignait de ce sexisme : « À un type de classe composé en majorité de filles et des profs de lettres qui sont majoritairement des femmes, quel message subliminal veut-on faire passer ? »


Radicalité
Les sociologues Anne Muxel et Olivier Galland ont dévoilé lundi 20 mars les premiers résultats d’une étude qu’ils coordonnent auprès de plus de 7 000 lycéens de seconde dans quatre académies (Lille, Créteil, Dijon et Aix-Marseille) pour mieux comprendre les facteurs d’adhésion des jeunes à la radicalité politique et religieuse. On peut en lire une présentation très complète dans la revue du CNRS
La presse en a surtout retenu la dimension liée à la religion mais l'enquête va bien au delà. Ce que cette enquête montre c'est surtout que la majorité des lycéens est «imperméable» à la radicalité . Mais dans le même temps près de 1 lycéen sur 2 juge acceptable de bloquer les établissements pour s’opposer à des projets du gouvernement. Et pour 1 sur 5 environ – en majorité des garçons –, la violence politique peut trouver une justification, voire être une tentation.
 Sur la religion, 1 élève sondé sur 10 (11 %) adhère à ce que les chercheurs qualifient d’« absolutisme religieux ». Soumis à un questionnaire – le même dans la vingtaine d’établissements sur lesquels s’est concentrée l’enquête –, ces adolescents ont répondu à la fois qu’« il y a une seule vraie religion » pour eux, et que, dans l’explication de la création du monde, « c’est la religion qui a raison plutôt que la science».
Ce qui retient l’attention des chercheurs, c’est moins ce ratio que l’écart constaté entre les confessions : les lycéens musulmans interrogés sont trois fois plus nombreux (32 %) à adhérer à cet « absolutisme » que l’ensemble des lycéens sondés (10,7 %). Et cinq fois plus que les jeunes chrétiens (6 %).


Butinages
Comme chaque semaine, on termine avec une rubrique un peu hétéroclite destinée à signaler des documents intéressants repérés au gré de mes butinages sur Internet.

Et le premier document correspond vraiment à cette logique de serendipité qui caractérise cette rubrique. En effet Paris Match ne fait pas partie de mes lectures habituelles dans ma veille sur l’éducation. Je suis tombé dessus par hasard. Mais c’est pourtant dans Paris Match que l’on trouve le portrait de Caroline. Elle est professeure des écoles spécialisées dans un collège de refondation de l’éducation prioritaire (Rep+) des quartiers nord de Marseille. Malgré quelques questions un peu décalées, l’entretien est tout à fait intéressant et donne à voir et à entendre le quotidien d’une enseignante confrontée à des situations difficiles mais qui garde l’énergie et l’envie de faire apprendre.

Pour finir, laissons la parole à Olivier Rey qui s’agace de l’expression «revenir aux “fondamentaux” » dans un billet de blog hébergé par Le Monde : “Depuis que j’ai l’âge de voter (ça nous ramène au début des années quatre-vingt…), j’entends en effet à chaque échéance importante des déclinaisons sur le thème du « retour aux fondamentaux » à l’école. Cette antienne s’appuie sur une intuition raisonnable : on imagine sans mal les difficultés d’un jeune enfant dès lors qu’il ne maitrise pas les langages essentiels de l’école (lire, écrire, calculer).[…] Sur le fond, revenir aux fondamentaux c’est notamment postuler qu’il n’y a qu’en faisant du français qu’on apprend à écrire ou à s’exprimer, ce qui est contraire à la plupart des conclusions des recherches sur le sujet. C’est postuler que l’enfant est un être uniquement cognitif, une machine à apprendre, comme si la construction sociale et affective n’était pas consubstantielle à l’apprentissage. C’est souvent confondre la maitrise des langages avec la seule mémorisation-répétition des règles de ces langages. C’est l’exemple de ces idées qui apparaissent de bon sens, sauf qu’elles ne sont pas opérationnelles dans la vraie vie de l’éducation.

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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