dimanche, mai 21, 2017

Bloc-Notes de la semaine du 15 au 21 mai 2017




- Blanquer – Discours & méthode - Formation – École ailleurs – Butinages -.


Un nouveau ministre qui suscite pas mal de réactions avant même qu’il ne commence. Mais aussi, des annonces présidentielles précédant sa nomination. Des signaux contradictoires envoyés au monde de l’éducation… Ce sont les points essentiels de ce bloc-notes.
Mais on parlera aussi de formation (initiale et continue) ainsi que de ce qui passe ailleurs dans le monde.



Jean-Michel Blanquer, nouveau ministre
Après 993 jours passés à la tête du Ministère de l’Éducation Nationale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Najat Vallaud Belkacem a cédé la place au nouveau ministre de l’Éducation Nationale le 17 mai 2017. Jean-Michel Blanquer n’est pas un inconnu dans le monde de l’éducation. Il a déjà un parcours important et un passé : directeur de cabinet adjoint, recteur (deux fois), Dgesco... Tous les journaux ou presque lui consacrent un portrait avec évidemment une analyse des principaux défis de son ministère : Les Échos qui le qualifient de “tête chercheuse”, Le Parisien le définit comme un “expérimentateur”. L’Express en parle comme d’un « pragmatique sans tabou». Louise Tourret sur Slate.fr rappelle que les profs n’ont pas un a priori très positif à son égard. Pour Le Monde comme pour Libération ou Le Figaro , on retient surtout qu’il «vient de la droite». Dans La Croix , on note même qu’il était réputé proche d’Alain Juppé. Un article du Lab Europe1 nous apprend aussi que cet ami d’enfance de François Baroin aurait pu être ministre de l’Education nationale si... Nicolas Sarkozy avait gagné la présidentielle. Le Point en profite pour remettre en avant les chroniques qu’il tenait dans ce magazine.
On pourra lire aussi un portrait au vitriol sous la plume de François Jarraud dans le Café Pédagogique où il rappelle que l’homme a aussi un passif en précisant que «de 2009 à 2012, Jean-Michel Blanquer est le numéro deux de l'éducation nationale. A ce titre, il applique des politiques dont l'Ecole se souvient encore. C'est lui qui organise les 80 000 suppressions de postes d'enseignants. Elles visent en priorité la scolarisation avant 3 ans, qui s'effondre, l'élimination des Rased et de la formation des enseignants. ».
 Je consacre aussi une chronique sur le site d’Alternatives Économiques au nouveau ministre, je l’ai intitulée «un ministre de l’Education en marche, mais dans quel sens ?»

Car la question est bien celle de savoir, au delà de la personne, quelle va être l’action de Jean-Michel Blanquer dans ce ministère qu’il connait bien. Dans mon texte, je rappelle que son livre L’École de demain, Propositions pour une éducation nationale rénovée (Odile Jacob 2016) ressemblait à une lettre de motivation ou en tout cas à un programme ministériel assumé. On pouvait y trouver des liens avec le programme éducation d’Emmanuel Macron et avec les travaux de l’institut Montaigne. C’est un programme qui repose sur quelques mots clés : autonomie, fondamentaux, neuro-sciences, innovation, simplification, évaluation.
Marie-Caroline Missir sur son blog avait fait une présentation assez complète de cet ouvrage et prédisait un avenir de ministre à son auteur. Il avait aussi donné plusieurs interviews à l’occasion de sa sortie. C’est le cas dans L’Express où il insiste sur «L'autonomie des écoles, la réforme obligatoire» ou dans Le Point (interviewé par JP Brighelli)

Depuis sa nomination, il n’a pas été non plus avare d’interviews et de déclarations. A commencer par son discours d’investiture (qui suit celui de Najat Vallaud Belkacem qui est aussi à écouter) « Il n'y aura pas une énième loi ou une énième réforme. Il y aura tout simplement la volonté de s'attacher aux problèmes concrets » en donnant « la liberté aux acteurs et du pouvoir à nos professeurs, chefs d'établissements et à l'ensemble des acteurs de l'Education nationale », a t-il déclaré à la presse après la passation de pouvoir. Il a indiqué à plusieurs reprises privilégier «une démarche pragmatique », conserver « ce qui fonctionne » et « passer à autre chose » quand des dispositifs « ne vont pas ». Il a aussi été l’invité de la matinale de France Inter. Il a aussi donné une interview au journal Le Monde.
Dans cet entretien, il précise la manière dont les engagements de M. Macron vont se concrétiser, certains dès septembre. Il affirme que les classes de douze élèves dans les zones d’éducation prioritaires (ZEP) seront bien en place à la rentrée, mais sans nécessairement supprimer le dispositif du "plus de maîtres que de classes”. Pour les rythmes, il propose de « lancer des concertations locales et des expérimentations – sur la base du volontariat – pour que chaque commune puisse trouver, avec les écoles, les parents d’élèves, ce qui lui paraît la meilleure organisation de la semaine. »
Sur la réforme du collège, s'il se félicite de la marche vers l'autonomie des établissements, il déplore « la suppression, de manière verticale, de dispositifs qui marchaient bien, comme les classes bilangues, les sections européennes, l’option latin» et compte les rétablir. Il ajoute que « l’interdisciplinarité est très intéressante, mais doit venir des acteurs du terrain. On ne la décrète pas. C’est pourquoi nous donnerons plus de liberté aux enseignants ».
Dans l’interview à France Inter, il évoque aussi l'enseignement de l'histoire et annonce qu'il va renforcer la dimension chronologique. «La question de l'amour de notre pays est absolument fondamentale, elle est à la base de tout. Ce qui me frappe c'est qu'en France la question de l'amour du pays apparaît comme secondaire». C’est pourquoi il défend l'enseignement «d'un récit chronologique» qui permet «de se repérer». «Ça paraît être une évidence», dit-il. Il a précisé aussi au micro de France Inter avoir souvent «souffert» qu'on «dénature» sa parole. Et il juge caricatural qu’on le présente en homme de droite.

Ce début de mandat est aussi marqué par une petite affaire médiatique qui a fait le buzz en cette fin de semaine. «En cachette, la sulfureuse association SOS Education efface tous ses liens avec le nouveau ministre de l’Education nationale» titre Les Inrocks . Deux interviews, datant de quelques mois, celle du pas encore Ministre et de celui qui vient d’être nommé directeur de son cabinet Christophe Kerrero ont curieusement disparu du site de l’association ultra-conservatrice. Jean-Paul Mongin directeur délégué de SOS-Éducation, qui a publié un droit de réponse est aussi interrogé par Le Figaro où il déclare : «Je n'ai reçu aucune consigne de leur part. J'ai décidé de moi-même d'effacer ces textes, craignant que l'étiquette conservatrice et parfois droitière de SOS Éducation ne cause du tort à ces deux hommes lorsque, par exemple, ils auraient à négocier avec les syndicats d'enseignants», explique-t-il, craignant «les caricatures récurrentes» concernant son association. «Lorsque j'ai interrogé Jean-Michel Blanquer et Christophe Kerrero, ils n'étaient ni ministre, ni directeur de cabinet...En outre, on peut supposer qu'ils s'expriment différemment selon le média auquel ils s'adressent. Mais si c'était à refaire, vu le buzz, je garderai ces interviews» poursuit-il.
Pour l’instant, Ch. Kerrero est le seul membre du cabinet connu. On pourra lire dans le Point en juillet 2016, une interview (par JP Brighelli) où il se prononce plutôt contre les "compétences" et remet en cause le socle commun tel qu'il existe. On apprend aussi que Jean-Michel Blanquer a contribué (en vidéo) au colloque d’Espérance Banlieue et a aussi participé au colloque sur l’École organisé par Sens Commun . Si on ajoute ses diatribes récurrentes contre le “pédagogisme” comme dans sa dernière chronique du Point , et même si on veut bien se garder de tout procès d’intention et de jugement a priori, il va y avoir du boulot pour convaincre une bonne partie des enseignants et notamment les plus favorables à l’évolution du système éducatif…


Le discours et la méthode
Avant même la nomination du gouvernement, le Président avait déjà donné des indications sur l’éducation. Ainsi, lors de son premier déplacement à Berlin, lundi 15 mai, Emmanuel Macron a annoncé : « J’ai décidé de restaurer les classes bilangues. A partir de septembre prochain, les classes bilangues rouvriront en France », des propos repris dans un tweet très partagé. Restaurer ? Le terme est pour le moins excessif dans la mesure où seul un tiers de ces classes avait été supprimé. A Paris, elles avaient été toutes maintenues. Mais l’idée d’une « restauration » n’est pas là par hasard. Le mot est là pour complaire à une partie de l’opinion. Mais attention aux effets pervers car un tel message peut aussi se retourner contre la volonté réformatrice affirmée par le nouveau Président. En effet on peut aussi interpréter cette annonce comme la confirmation que si les enseignants protestent, les réformes peuvent être supprimées.
Pour L’Obs, comme pour Libération cette annonce serait «de la poudre aux yeux » (ou de Perlimpinpin ?). Car, disent plusieurs connaisseurs du sujet, il n'y a pas de restauration de ces classes dans le sens où il n'y a pas de financement dédié. Il s'agit plutôt d'un élargissement de l'autonomie des collèges. Les parcours bilangues se (re)feront dans le cadre des moyens d’enseignement propres à chaque établissement et en concurrence avec d’autres dispositifs dans le cadre de la marge d'autonomie....
Avant même la nomination de JM Blanquer, on avait aussi beaucoup communiqué sur la volonté de réduire les classes de CP et de CE1 à douze élèves dans les réseaux d’éducation prioritaire. Il semblait acquis que cela se ferait au détriment du dispositif « Plus de maîtres que de classes ». Ce qui a entrainé un grand nombre de protestations avec notamment une pétition en ligne
Comme le fait remarquer un article de L’Express , Jean-Michel Blanquer est familier de cette proposition, présente en 2010 dans un rapport de l'Institut Montaigne, cercle de réflexion libéral auquel a participé Emmanuel Macron et... Jean-Michel Blanquer. Le ministre a en effet élaboré son dernier essai programmatique sur l'école avec l'aide de l'institut. Mais le même article ajoute aussi, non sans malice, que lorsqu'en 2010, Laurent Bigorgne, directeur de l'institut Montaigne, présentait son rapport devant une commission de l'Assemblée nationale. Il concluait son intervention avec ces mots: «Dédoubler des classes sans former les enseignants au traitement de la grande difficulté, c'est arroser du sable!».
Que les propositions d’Emmanuel Macron pour l’éducation aient été pensées et s’appuient sur des travaux de la recherche, c’est incontestable. C’est en substance, ce que dit la chercheuse Asma Benhenda (école d’économie de Paris) dans un article pour The Conversation. On retrouve même certaines propositions (comme les 12 élèves en CP) dans le programme du PS pour les législatives nous dit Le Monde C’est plutôt la méthode qui est contestée.

«Non à l’éternel retour» , c’est ce que dit Denis Paget dans une tribune parue sur le site des Cahiers Pédagogiques . L’ancien syndicaliste et membre du Conseil supérieur des programmes constate : «On nous a ainsi habitués à voir les réformes du nouveau ministre chasser les précédentes qui venaient à peine d’entrer en vigueur, et sans qu’aucune évaluation du précédent dispositif ait pu être mise en place. Cette façon de conduire la politique éducative discrédite toute idée de réforme et empêche le débat et l’adhésion chez nombre d’enseignants. Au moment où le changement de gouvernement expose une nouvelle fois l’école à une salve de remises en question, mettons en garde contre la tentation des retouches plus ou moins fortes qui défigurent, découragent, esquivent l’essentiel et renforcent le camp des éternels sceptiques.» .
C’est aussi ce que dit André Giordan sur Educavox : «Rien de pire que la succession des “réformes” installées par injonction qui prennent le contre-pied des précédentes. Les enseignants ont besoin de permanence pour continuer à évoluer. La continuité de l’action est absolument nécessaire dans l’Education nationale. Autrement les enseignants vont attendre une fois de plus le prochain Ministre ! Le temps de l’Éducation n’est pas celui du politique. Il ne s’agit pas de déconstruire ce qui a été fait précédemment mais de s’appuyer dessus pour l’évaluer et l’améliorer.». On retrouve des propos assez voisins dans une tribune publiée sur mon blog le soir de l’élection présidentielle.
D’une manière générale, «Le monde de l’école s’alarme des projets d’Emmanuel Macron» nous dit Le Monde . Que ce soit pour la remise en cause de la réforme des rythmes, la suppression du dispositif “plus de maitres que de classes” ou même pour la réforme du collège , l’inquiétude est surtout dans l’absence de suivi et l’incertitude sur les moyens, mais aussi dans la méthode utilisée. Les syndicats trouvent qu’Emmanuel Macron, va trop vite et fait peu de cas de l’existant.
Le souci de la continuité on le retrouve aussi dans la lettre ouverte que la présidente de la FCPE a adressée au président de la République. Elle s’inquiète surtout de la remise en cause des rythmes scolaires. Et d’une manière plus générale, elle estime qu’il « faut sortir de la politique de yoyo mortifère », qui en éducation consiste à systématiquement « détricoter ce qu’a fait le prédécesseur. ». On retrouve les mêmes propos dans une lettre commune adressée au Président par les syndicats Sgen-CFDT, CFDT-FEP, FCPE, Unsa-Éducation et des associations partenaires de l'école. Cet appel demande la poursuite de la transformation de l’école et d’une politique éducative ambitieuse «dans le sens d’une meilleure réussite de tous les élèves, d’une réduction des inégalités, d’une prise en compte des besoins spécifiques de chacune et chacun, d’une lutte contre les déterminismes sociaux ou culturels.».
Question de méthode. Eviter la poudre de Perlimpinpin et la marche...forcée


Formation
Les suites de l’élection présidentielle et la nomination du ministre constituent évidemment l’essentiel de l’actualité éducative mais d’autres sujets parviennent malgré tout à exister. C’est le cas du thème de la formation des enseignants.
Le Monde consacre un dossier à la formation continue des enseignants. Avec d’abord un constat de faiblesse : c’est en moyenne 3,5 jours de formation par an et par enseignant en France, contre une moyenne de huit jours par an pour leurs collègues des autres pays de l’OCDE. Depuis quatre ans les rapports (OCDE, Cour des comptes, Assemblée nationale, etc.) pointant du doigt l’enjeu d’une relance de la formation continue des enseignants se suivent et se ressemblent. On y retrouve plusieurs fois ce même constat : occupée à remettre sur les rails une formation initiale des enseignants quasiment supprimée par la droite, la majorité sortante, mobilisée par la création en 2013 des écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE), n’a pas avancé sur le chantier de leur formation tout au long de la vie.
L’autre problème c’est que cette formation continue est aussi trop souvent perçue et envisagée comme “descendante”, c’est-à-dire destinée à transmettre les réformes de l’éducation. Pourtant la formation continue peut être mieux que cela. Un autre article du Monde décrit un stage de formation continue sur la différenciation pédagogique. Et on y voit l’intérêt de l’échange et de la mutualisation, autrement dit d’une formation continue plus “horizontale”.
Je suis interviewé dans cet article. J’y rappelle une des propositions du Cniré d’inscrire dans les missions des enseignants cette obligation de formation sous formes de crédits d’heures à dépenser, comme ils l’entendent, sur plusieurs années.
Le quinquennat qui s’ouvre va-t-il changer la donne ? Dans une lettre aux enseignants datée du 19 avril, Emmanuel Macron promettait que sous sa présidence chaque enseignant, « du premier degré comme du second degré, bénéficiera de trois jours de formation continue chaque année ».
On peut évoquer aussi la formation initiale des enseignants. D’abord, comme nous les signale VousNousIls avec le numéro d’avril 2017 de la Revue internationale d’éducation de Sèvres éditée par le CIEP (Centre international d’études pédagogiques) s’intéresse aux enseignants débutants – définis comme ayant moins de trois mois d’expérience : «Qui sont aujourd’hui ces nouveaux enseignants, comment sont-ils formés et découvrent-ils le métier, quelle est leur insertion dans l’établissement scolaire ou dans l’institution ? ». L’ouvrage attire notamment l’attention sur «un phénomène de décrochage professionnel, en lien avec les conditions matérielles et symboliques d’exercice du métier ». Selon le baromètre Unsa Education 2017, seuls 27,6 % des enseignants recommanderaient leur métier à un jeune de leur entourage.
C’est aussi à mettre en relation avec un document du ministère de l'Éducation nationale, révélé par EducPros. Ce rapport fait état d'un doublement des licenciements de stagiaires entre 2013 et 2016 et d'une hausse des démissions. Des chiffres qui interrogent une nouvelle fois sur la sélectivité du concours et la formation des enseignants. «Les augmentations des licenciements et des démissions correspondent à des échecs. Cela signifie soit que la formation n’est pas parvenue à mener les stagiaires au niveau requis par l’employeur, soit que le métier n’est pas fait pour eux» estime Jacques Ginestié directeur de l’ESPÉ de Marseille et président du réseau national des Espé.
Il faut certes relativiser, comme je l’avais fait dans un article il y a quelques mois lorsque les premiers chiffres étaient parus. Mais il faut aussi tenir compte de cette réalité. A cet égard, la grève des enseignants stagiaires de Grenoble est révélatrice des difficultés des ESPÉ et de l’architecture générale de la formation initiale. Ils critiquent, pêle mêle, la surcharge de travail et l’infantilisation, l’inadéquation des formations. Baptisé «des espé rances», le mouvement s’est peu étendu même s’il a trouvé un écho aussi à Paris.
L’amélioration de la formation, initiale et continue, risque donc d’être un dossier bientôt sur le bureau du nouveau ministre.


L’école ailleurs
Sortons de notre beau pays pour aller voir ailleurs. Même si ce n’est pas toujours réjouissant...

Singapour est l'un des meilleurs systèmes éducatif au monde d'après les enquêtes internationales (sur le plan politique c’est beaucoup plus discutable…). Pourtant, le gouvernement annonce un plan de restructuration du système éducatif singapourien. Avec un objectif principal : nourrir le plaisir d’apprendre pour que les enfants aiment se rendre à l’école. Les dirigeants énoncent deux principes :
on ne change bien que lorsque l’on va bien
ne pas évoluer c’est régresser.

Plusieurs mesures vont dans le sens d'un virage à droite de l'éducation au Japon nous dit nous dit Le Monde . L'une symbolique, c'est la réintroduction du « jukendo », technique de combat à la baïonnette développée par l’armée impériale. Associé au militarisme des années 1930-1940, son retour dans les écoles suscite des controverses.
D’autant que le gouvernement vient aussi de réintroduire dans le cursus scolaire l’étude du « Rescrit sur l’éducation », document de 1890 par lequel l’empereur Meiji (1852-1912) appelait ses sujets à « se ­sacrifier à l’Etat si les circonstances l’exigent ».

En Pologne, le parti Droit et Justice a engagé une réforme de l’éducation. Promulguée en janvier, sans aucune concertation, la loi sur la réforme de l'Éducation sera appliquée dès septembre. Elle détricote un système instauré en 1999, qui a pourtant placé la Pologne parmi les meilleurs élèves des classements internationaux Pisa.
Et parmi les mesures annoncées : la fin du collège, il n’y aurait plus qu’une longue école primaire de 8 ans avant le passage au lycée. Une grande réforme qui permettrait de faire le ménage aussi bien dans les programmes que dans le corps enseignant. Outre le grand désordre annoncé par une réforme préparée à la hâte – comment répartir les établissements, les laboratoires – 30 000 professeurs pourraient en effet se retrouver au chômage ou ne pas avoir le nombre d’heures suffisantes à un salaire décent.
Mais ce sont aussi les contenus qui sont modifiés. «Ils veulent supprimer la théorie de l’évolution en cours de biologie, indique l’expert Piotr Podemski interrogé par la tribune de Genève Et les cours d’éducation sexuelle sont supervisés par une femme qui pense que toute contraception est néfaste parce que les femmes ont besoin de sperme! Les cours d’histoire sont réécrits d’un point de vue nationaliste, complètement fermé sur nous-mêmes.» 
«Les programmes ont été rédigés trop vite, ajoute t-il. Finalement, on ne sait même pas qui les a écrits. En classe, les enfants ne seront plus encouragés à poser des questions, à réfléchir. Le gouvernement veut forger une nouvelle figure du Polonais, loyal et fier de sa patrie.»


Butinages
Quelques liens vers des lectures (ou des émissions) intéressantes pour compléter ce bloc-notes déjà très chargé.

Commençons avec un reportage de France3 sur une école primaire de Trappes. On y montre en trois minutes une pédagogie coopérative, bienveillante et fondée sur l'empathie et la gestion des émotions. On y parle médiation par les pairs, communication non violente, « chaise des émotions » et climat scolaire. Et donc aussi de ce qui permet vraiment d’apprendre.

On pourra lire dans La Croix un entretien avec Cédric Villani (repris aussi sur La Tribune). Il répond à des questions sur la place des mathématiques dans notre société et sur leur rôle stratégique dans les mutations technologiques à venir. Une de ses réponses fait écho à une de nos précédentes rubriques. «La France est un pays de paradoxes... En matière d'éducation, on y trouve l'un des plus grands écarts de tout l'OCDE, avec un énorme fossé entre ceux qui se débrouillent le mieux et ceux qui souffrent le plus. Nos mauvais scores PISA sont certainement dus au malaise du monde enseignant, tiraillé entre de multiples sons de cloche contraires, confrontés à une gestion des ressources humaines extrêmement frustrante, et à la séduction tout à fait légitime de l'industrie, à une époque où les enseignants de mathématique peuvent saisir quantité d'opportunités dans l'industrie, plus rémunératrices et moins compliquées. Cela sera un gros travail de toute la société pour reprendre les choses en main.»

Le lien qui suit aurait pu lui aussi faire partie des rubriques précédentes. 
Dans une tribune au Monde , le sociologue Pierre Merle approuve la réduction d’effectifs par classe prévue dans le programme éducatif du président, mais juge dangereuse l’autonomie des établissements car elle augmentera les inégalités.
La fin de son texte trace assez bien la feuille de route du prochain quinquennat : «Le nouveau président ne dispose que d’un quinquennat pour convaincre, pour construire une école inclusive indispensable à l’intégration professionnelle de chacun, pour faire reculer « le refus de l’autre » qui a déjà eu la préférence de 10,5 millions d’électeurs le 7 mai 2017.En cas d’échec, en 2022, une majorité d’électeurs risque de préférer le discours de la haine et de la revanche faute d’une école suffisamment accueillante et porteuse d’avenir pour chaque citoyen. Une société solidaire, confiante en elle-même et où chacun a ses chances n’émergera jamais d’une école française divisée, ghettoïsée, celle où l’origine sociale d’un élève est, de tous les systèmes éducatifs européens, la plus déterminante de sa carrière scolaire. Cette inégalité de réussite scolaire selon les hasards de la naissance est aux antipodes d’une école républicaine digne de ce nom. Le nouveau président a promis de l’audace. Il lui faut faire ses preuves : rompre avec le passé, promouvoir une école réellement pour tous.»

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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