samedi, décembre 03, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 28 novembre au 4 décembre 2016

- Sans Lui – Coucou Robert – pas les boss des maths – Pisa Rapido – Butinages – .

J'ai fait appel à un très vieil ami pour m'aider...
Hommage à Gotlib (1934-2016)

Le renoncement c’est maintenant... Et cette annonce est le point de départ d’une période de bilans et de rétrospectives où l’éducation aura toute sa part. L’autre mot clé du bloc notes est “palmarès”. La parution cette semaine de l’enquête TIMSS sur les mathématiques conduit les élèves français au fond du classement. Ce ne sont pas les boss des maths...En attendant la parution le 6 décembre des résultats de l’enquête PISA...







Sans lui
Le renoncement c’est maintenant…
Jeudi 1er décembre, 20h00. À l’issue d’une déclaration où il énumère les réalisations de son quinquennat, le Président de la République, François Hollande annonce qu’il renonce à se représenter pour briguer un second mandat. Dans cette courte déclaration (8 minutes) il évoque l’éducation avec cette phrase : “J’ai voulu aussi que l’école dispose des moyens indispensables, ceux-là même qui lui avaient été ôtés dans la période précédente parce que l’école, c’est le pilier de la République. ” Et il ajoute plus loin avant la phrase fatidique “Voilà ce que j’ai fait. Voilà ce que j’assume devant vous en revendiquant les avancées, en reconnaissant les retards et même en admettant certaines erreurs parce que je porte un bilan et j’en assume toute la responsabilité.”. C’est, bien sûr, un évènement politique majeur. Il ne concerne évidemment pas uniquement le domaine de l’éducation. Mais comme ce sujet avait été un thème fort de la campagne de 2012, c’est une partie importante des bilans et rétrospectives qui commencent dès maintenant dans la presse et le débat politique.
L’éducation fait partie de ces domaines où l’on ne pourra pas faire à la gauche, au terme du quinquennat, un procès en immobilisme. Mais un procès en illisibilité, beaucoup le lui ont déjà intenté : d’un bout à l’autre du mandat de François Hollande, qui avait fait en 2012 de la jeunesse et de l’école ses « priorités », les réformes se sont enchaînées à un rythme tel que la cohérence d’ensemble du projet, pourtant gravé dans le marbre de la « loi Peillon » (2013), échappe aujourd’hui à une frange de l’opinion. ” C’est l’analyse en forme de bilan de Mattea Battaglia dans un article du Monde intitulé “François Hollande et l’école : le grand malentendu”. Un titre qu’elle explique : “Ces cinq dernières années, la communauté éducative a accueilli au mieux avec réserve, parfois avec une franche hostilité, des mesures qui, sur le papier, semblaient pourtant être attendues – voire acquises. C’est l’un des enseignements de ce quinquennat : en matière d’éducation, le consensus n’existe pas. ”. Le bilan de l’action en matière d’éducation est en effet contrasté. Je m’étais risqué à en proposer un en avril dernier quelques jours avant la réunion organisée au Palais Brongniart par le Ministère. J’y pointais le manque de lisibilité des réformes qui n’ont pas toujours été mises en cohérence et auxquelles il a manqué un slogan . On peut craindre que dans les mois qui viennent, le bilan ne se limite pour beaucoup à la seule question des postes. C’est ce qui est le moins difficile à mesurer même si là aussi les polémiques existent : comment compter les stagiaires ? bruts ou nets ? créés ou pourvus ?… Mais, dans le domaine de l’éducation, il est très difficile d’évaluer rapidement les effets des mesures mises en œuvre. Le temps de l’éducation n’est pas celui du politique...
C’est en substance, ce que rappelle Adrien Sénécat dans Le Monde en soulignant qu’on ne dispose pas ou très peu d’indicateurs pour juger les effets (positifs ou négatifs) de la politique menée depuis 2012. L’école française était mal classée dans la dernière enquête Pisa publiée en 2013, mais cette dernière avait été réalisée en 2012 – difficile, donc d’incriminer le gouvernement actuel. La prochaine enquête Pisa, celle de 2015, doit être publiée le 6 décembre prochain. Et elle a donc été réalisée en 2014 sur des élèves de 15 ans révolus et qui ont donc fait l’essentiel de leur scolarité entre 2005 et 2014. Ils étaient en 6ème en 2010 et au CP en 2005. Les enfants qui sont rentrés au cours préparatoire en 2012 seront évalués dans l’année 2021 par le système PISA. ... Les deux autres études récentes sur le niveau des élèves en dictée ou en mathématiques et en sciences (voir plus bas le chapitre sur TIMMS) ont également de quoi inquiéter. Mais comme elles ont été réalisées en 2015, elles ne prennent pas en compte certaines réformes comme les nouveaux programmes instaurés à la rentrée 2016.
La question de la visibilité se pose aussi pour les enseignants eux mêmes. Question de timing et aussi de masse... La moitié des postes créées concerne des enseignants en formation. Et on ne voit donc pas encore les effets à long terme de ces nouveaux postes. D’autant plus que cela se combine avec la hausse démographique des dernières années. Par ailleurs les créations se sont faites surtout dans le premier degré et peu dans le secondaire. Or, étant donné le nombre d’écoles primaires en France (plus de 52.000 !), les postes créés ont eu peu d’impact sur le quotidien de la majorité des enseignants. Quant à la revalorisation des salaires, engagée et visible dans le primaire, elle arrive tardivement et ne semble pas être perçue par tous les enseignants.
Un boulevard pour la droite ? demande Mattea Battaglia, C’est mal connaître le monde enseignant que de l’imaginer séduit par le programme qui s’esquisse autour de François Fillon, tout juste investi comme candidat de la droite. ” ajoute t-elle. La dureté de ce programme ravive en effet, fort à propos, la mémoire du monde enseignant. Mais il serait illusoire de croire que cela suffirait par réflexe pour les ramener dans le giron de l’électorat de la gauche de gouvernement. D’autant plus qu’un certain nombre d’enseignants garde une vive amertume face à certaines réformes et ils peuvent même être séduits pas la verticalité prônée par le discours de droite et le retour faussement nostalgique à une école du “bon vieux temps”...
Contre les réductions de postes, le syndicalisme enseignant mettra-t-il ses querelles au second plan ? C’est la question que pose Luc Cédelle à deux acteurs majeurs du syndicalisme enseignant. Bernadette Groison (FSU) dans la lettre de l’éducation du 28 novembre et Christian Chevalier dans la lettre datée du 5 décembre . Quand on fait remarquer à la secrétaire générale de la FSU que certains de ses adhérents ont passé quatre ans à suggérer que les 60 000 postes étaient plus ou moins illusoires et que le pouvoir en place ne se distinguait guère de la droite, elle répond “La FSU n’a jamais tenu ce discours. Il y a eu des désaccords sur certains sujets - les rythmes, le collège... -, mais nous n’avons jamais dit que les 60 000 postes n’étaient pas créés, même s’il peut en manquer quelques centaines dans le dernier budget et s’il reste, dans certaines disciplines, des postes vacants. Nous avons toujours été, ces dernières années, dans la nuance. Or la nuance, c’est cela qui est difficile à pratiquer dans notre pays. ”. Christian Chevalier lui répond une semaine plus tard : “Nous ne sommes pas d’accord sur de nombreux aspects de la refondation, mais nous nous trouvons aujourd’hui face à des projets qui font l’unanimité contre eux et seraient de nature à justifier une bataille commune.”. Le projet éducatif de François Fillon pourrait-il être le ciment capable de ressouder un monde syndical fracturé et remobiliser une opinion enseignante désabusée ?


Coucou Robert...
La ministre a commenté sur son site personnel et sur les réseaux sociaux la décision du chef de l’État et se dit “fière du bilan de l’action de redressement du pays qu’il aura engagée”. Et d’une certaine manière, une bonne partie de son action est d’ores et déjà dans la valorisation du bilan de l’action gouvernementale dans le domaine qui est le sien. Et elle fait preuve d’une réelle combativité dans la campagne qui a d’ores et déjà commencé. On peut en donner deux illustrations.

C’est d’abord dans la publication d’un calendrier de l’avent de la désintox où elle démonte les principales rumeurs et fausses affirmations dont elle et son action ont été l’objet.

La combativité on la trouve aussi dans sa visite à Béziers vendredi au lycée Jean Moulin où elle y a entonné "Le Chant des partisans" . Elle participait à un atelier autour de l'EMC sur le thème des valeurs de la République, la ministre de l’Education a pu apprécier les projets des élèves de terminales S et L, dont un portait sur la vie du résistant Jean Moulin. Une occasion pour la ministre d’évoquer « Le chant des partisans ». Elle a ainsi demandé à la cinquantaine de lycéens présents : «vous connaissez les paroles » avant de rajouter «j’aime beaucoup ce chant, donc allez-y, chantez-le ?» Pour accompagner sur Twitter la vidéo du chant, la ministre de François Hollande a écrit ce message : " la République est partout chez elle. Dans la ville de Jean Moulin comme ailleurs, l'Histoire ne doit être ni falsifiée, ni instrumentalisée." Un petit message à l'adresse du maire de la ville, Robert Ménard...
Coucou Robert... !


Pas les boss des maths…
Il y a quinze jours, c’était l’orthographe… Cette semaine, ce sont les mathématiques. Et la semaine prochaine , on reprendra bien une part de PISA ?
L’étude de la semaine était donc une enquête internationale nommée Timss (Trends in mathematics and science study) . Créée en 1995, elle "teste" des enfants de trois niveaux scolaires: la 4e année de scolarité obligatoire (le CM1 en France), la 8e année (la classe de 4e) et la fin de terminale scientifique. Elle est centrée sur les mathématiques et les sciences. L'enquête est coordonnée par une association non gouvernementale, l'IAE (qui publie aussi PIRLS ) et regroupe moins de pays que Pisa: 48 pour le niveau CM1 et neuf pour la terminale scientifique. En France, 5.000 écoliers de CM1 et 8.000 lycéens de terminale scientifique, issus de 150 établissements publics ou privés pour chaque niveau, ont passé les tests. Si, contrairement à Pisa, l’enquête TIMSS est peu connue du grand public en France, c'est que les élèves français n'y avaient pas participé. Sauf pour les Terminales S en 95. La France a décidé de se joindre à cette enquête en 2015, mais uniquement pour les CM1 et les terminales scientifiques.
Les élèves de CM1 de l’échantillon français ont obtenu un score moyen de 488 points en mathématiques et de 487 points en sciences. C’est en deçà de la moyenne internationale (500) et européenne (525). Si on raisonne en classement, ils sont bons derniers dans l'Union européenne en mathématiques et ils ne dépassent qu’un seul pays, Chypre, en sciences.
Pour les Terminales scientifiques, en maths et physique, seuls neuf pays ont participé à cette enquête et les comparaisons entre nations sont donc à manier avec précaution car les terminales scientifiques représentent 21,5% d’une classe d’âge en France, mais entre 2 et 35% dans les autres pays. En maths, les lycéens français se situent dans la moyenne. Mais c’est l’évolution qui inquiète . La France est le pays qui accuse la plus forte baisse (de 106 points), passant d’un score de 569 en 1995 à un score de 463 en 2015. Toutefois, si l’on ne prend que les résultats des terminales S à dominante maths (les autres sont en spécialité physique ou biologie) ou qui se destinent à une prépa, ils sont alors dans le groupe de tête, avec la Russie et le Liban. Dirk Hastedt travaille pour l’association internationale d’évaluation des performances scolaires (IEA) est .interviewé par Le Parisien. Pour lui, ces résultats devraient être “un signal d’alarme pour la France
La publication de ces résultats a provoqué de nombreuses réactions et analyses. Et un peu d’abattement... C’est ce qu’on retrouve notamment chez l’instituteur blogueur Lucien Marbœuf qui dit avoir eu le moral “dans les chaussettes ” après la lecture de ce rapport et surtout des articles le commentant. Car il est vrai que la tentation est grande pour la presse de chercher des “coupables” et alors d’enclencher le réflexe inverse de défense chez les enseignants. On peut céder aussi à la facilité de transformer en querelle politicienne la simple mention d’une évidence. Ainsi, la ministre a rappelé que l’enquête a évalué des élèves qui avaient été formés avec les programmes de 2008 et cela a été lu comme une mise en cause de François Fillon...
Les programmes sont en effet une partie de l’explication de ce niveau. Rémi Brissiaud chercheur en didactique du calcul considère dans le Café Pédagogique que ces programmes ont en effet une responsabilité importante. Mais l’historien Claude Lelièvre, dans un billet de blog nous rappelle opportunément que le niveau en maths des petits français est préoccupant depuis plus de 20 ans, dans l’indifférence générale. Il y a donc à rechercher des analyses plus complexes. Pour Stella Baruk, interrogée par Libération On se tromperait en pensant que “la question centrale était de rendre «concret» les nombres quand il faudrait au contraire passer par l’abstraction, assumer le fait que les nombres sont abstraits ”. Pour Bernard Egger, président de l’Association des Professeurs de Mathématiques, interrogé par L’Express , à l’inverse, ces mauvais résultats serait liés à un enseignement trop théorique. Il pointe aussi le fait que les mathématiques servent surtout aujourd’hui de moyen de sélection mais en perdant leur sens. La série S est aujourd’hui une série généraliste qui permet d’aller partout et donc moins spécialisée. Pour Jean-François Chesné, docteur en didactique des mathématiques et directeur scientifique du Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco), interrogé dans Le Monde sur les différents facteurs à l’origine des faibles résultats en mathématiques, la raison principale est à chercher dans le profil non scientifique des enseignants du primaire. Ce que confirme Bernard Egger “ pour une écrasante majorité d'entre eux [80%, d’après le Cnesco], ils viennent de filières littéraires. Lorsqu'ils deviennent enseignants, ils ont de vraies lacunes et de vraies craintes par rapport aux mathématiques.
Cédric Villani, médaille Fields, ne dit pas autre chose sur RTL.fr : "Il faut se rendre à l'évidence. Dans un système d'éducation, ceux qui font l'éducation ce sont les maîtres et les maîtresses, les enseignants, et c'est sur eux que doivent porter les efforts", relève t-il. "Ce qui veut dire les soutenir, leur donner les moyens de mener leur action, les former, leur laisser du temps pour tester, réfléchir et préparer". Et il ajoute "Un cours de maths c'est un temps de concentration, et ce qui compte c'est apprendre à raisonner." Selon Cédric Villani, cela demande donc du temps, et des enseignants plus nombreux et bien formés.
Ce genre d’études et la folie des palmarès qui l’accompagne conduisent aussi à aller chercher des solutions et des modèles ailleurs. Vous n'aviez pas entendu parler de "la méthode de Singapour" ? Vous allez en entendre parler...


PISA Rapido
Ce TIMSS n’est qu’un apéritif pour nous préparer à la digestion de PISA...
Les résultats de l’enquête internationale menée en 2015 devraient être révélés le 6 décembre prochain. Y aura t-il, cette fois-ci, un “PISA-Choc” ? C’est ce que souhaitait Jean-Paul Delahaye dans le Café Pédagogique il y a quelques jours. Pour l’ancien conseiller spécial de Vincent Peillon et ancien directeur général de l’enseignement scolaire, “La France a longtemps tergiversé et a perdu beaucoup de temps, préférant dénigrer le thermomètre, et a même pris de 2002 à 2012 l’exact contrepied de ce qu’il aurait fallu faire en supprimant 80 000 postes et une matinée de classe pour les enfants de l’école primaire (une mesure d’adulte pour les adultes et contre les enfants qu’aucun pays au monde n’a songé à imiter), en divisant par trois la scolarisation des enfants de moins de trois ans, en réduisant de façon scandaleuse les crédits sociaux destinés aux élèves pauvres, et en supprimant carrément toute formation professionnelle de ses enseignants, pour ne prendre que quelques exemples de politiques ayant aggravé notre situation. Une sorte de « PISA choc à l’envers » en quelque sorte.
Toutefois, gardons nous de tomber dans le travers des palmarès. C’est en substance ce que nous dit Marie Duru-Bellat dans The Conversation . Elles insiste sur les limites de ces enquêtes et rappelle qu’ “une enquête ne fait pas une politique”.
Mattea Battaglia dans Le Monde continue dans la même veine en insistant sur les dangers des comparaisons internationales quand on les lit uniquement sous l'angle du "palmarès".
Luc Cédelle, pour sa part, formule un espoir le temps des interprétations raisonnables est-il venu ? . “La principale donnée que PISA, depuis 2000, a fait émerger est que, par-delà les moyennes, l’école française est efficace pour les élèves privilégiés et inefficace pour les autres. Enquête après enquête, les écarts, insensiblement, se creusent. Ce constat, devenu banal, n’apporte en lui-même aucune conclusion tranchée en matière de politique éducative. En rapport avec l’actualité, il convient cependant de noter que les données de 2015 ne seront pas le résultat de la politique suivie depuis 2012... et qu’elles ne sauraient non plus justifier une réduction du nombre d’enseignants.


Butinages
Quelques choses lues et vues au gré des visites et butinages sur les sites et les réseaux sociaux.

Un entretien a suscité beaucoup d’intérêt et de réactions cette semaine. C’est une interview de Philippe Torreton sur VousNousIls où celui-ci affirme : “ Le théâtre, c’est de la connaissance absolue et de la connaissance de soi. Si j’étais ministre de l’Éducation nationale, je rendrais la pratique du théâtre à l’école obligatoire ! ”. Beaucoup de réactions positives (ou négatives) à cette proposition.
Tout comme à celle du psychiatre et psychanalyste Christophe André dans la rubrique “Moi Président” sur FranceInfo. “Moi président, je demanderai à ce que chaque journée d'école démarre par quelques minutes de méditation”. A méditer !

Il n’y a pas eu que le rapport TIMSS durant cette semaine très riche. Mardi dernier sortait une enquête basée sur une consultation, organisée par l’Unicef auprès de 22 000 jeunes âgés de 6 à 18 ans et vivant en France. Cette enquête montre que les jeunes des quartiers prioritaires estiment ne pas avoir les mêmes chances que les autres. Ils sont près de 13 % à estimer que leurs droits ne sont pas respectés dans leur quartier, contre 9 % pour la population globale de cette tranche d’âge, et 7 % estiment qu’ils ne le sont pas non plus en France, soit deux fois plus que ceux qui vivent en centre-ville (3,1 %), selon cette étude. Les enfants issus de ces quartiers éprouvent très tôt un sentiment de dévalorisation de soi et une perte de confiance dans l’avenir : 54 % témoignent d’un manque d’accès aux savoirs, contre 37 % en centre-ville. Près de 41 % disent manquer d’activités culturelles ou de loisirs (contre 25 % en centre-ville), 22 % sont en situation de privation matérielle (12,6 % en centre-ville). On lira surtout avec intérêt l’interview dans L’Obs du sociologue Serge Paugam qui a coordonné cette enquête.

Signalons aussi pour conclure une tribune parue sur le site Linkedin de Bruno Magliulo . Dans un texte intitulé “Donner du sens aux changements survenant dans le système éducatif”, cet ancien inspecteur pointe que la façon dont on conduit le changement dans le système éducatif français a “ tendance a nettement plus mettre en avant le "comment" des diverses réformes (qu'a-t-on décidé ?Comment se propose - t - on de le faire ? Avec quels "outils" ?), que le "pourquoi" (sur quel diagnostic du système repose cette réforme ? Quels sont les faiblesses et les dysfonctionnements que l'on se propose de corriger ?). Or, à l'évidence selon nous, si on veut donner du sens aux changements que porte une réforme, et donc obtenir l'adhésion de ceux qui sont chargés de la mettre en œuvre, ainsi que de ceux qui sont supposés en recueillir les fruits en termes de réussite scolaires des élèves, il faut commencer par faire cela. Si nous observons la façon dont est portée la dernière en date des grandes réformes du système éducatif - celle du collège, entrée en vigueur en septembre 2016 - nous disposons d'une illustration de ce que nous dénonçons : de gros efforts ont été et sont encore accomplis pour offrir aux enseignants des stages et documents visant à faciliter la mise en œuvre de la réforme, mais il y a eu - une fois encore - un grand déficit de préparation des esprits pour convaincre ces mêmes enseignants du bien fondé d'une telle réforme. Il ne faut donc pas s'étonner que tant d'entre eux ne manifestent aujourd'hui guère de zèle pour la mettre en œuvre, la façon dont on conduit le changement dans le système éducatif français, force m'est de constater que les représentants de l'institution, porteurs d'une réforme auprès des équipes dans les établissements, mais aussi des familles, ont tendance a nettement plus mettre en avant le "comment" des diverses réformes (qu'a-t-on décidé ? Comment se propose - t - on de le faire ? Avec quels "outils" ?), que le "pourquoi" (sur quel diagnostic du système repose cette réforme ? Quels sont les faiblesses et les dysfonctionnements que l'on se propose de corriger ?). 
Or, à l'évidence selon nous, si on veut donner du sens aux changements que porte une réforme, et donc obtenir l'adhésion de ceux qui sont chargés de la mettre en œuvre, ainsi que de ceux qui sont supposés en recueillir les fruits en termes de réussite scolaires des élèves, il faut commencer par faire cela. Si nous observons la façon dont est portée la dernière en date des grandes réformes du système éducatif - celle du collège, entrée en vigueur en septembre 2016 - nous disposons d'une illustration de ce que nous dénonçons : de gros efforts ont été et sont encore accomplis pour offrir aux enseignants des stages et documents visant à faciliter la mise en œuvre de la réforme, mais il y a eu - une fois encore - un grand déficit de préparation des esprits pour convaincre ces mêmes enseignants du bien fondé d'une telle réforme. Il ne faut donc pas s'étonner que tant d'entre eux ne manifestent aujourd'hui guère de zèle pour la mettre en œuvre.

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot

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dimanche, novembre 27, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 21 au 27 novembre 2016





- Pédagogues prétentieux – Un pas après l’autre – École/entreprise – Ailleurs – Butinages –

Un bloc notes morose. Les propos de F. Fillon sont évidemment à l’honneur avec sa sortie sur les “pédagogues prétentieux” et ses mensonges sur Clovis... Mais la promotion dans un documentaire à la télévision d’une école pilotée par des réactionnaires ultra-libéraux n’as pas de quoi nous réjouir non plus. Tout comme les nouvelles en provenance du monde économique et celles en provenance de différents pays : Maroc, Turquie, USA. Il y a des semaines, comme ça...


Clovis et les pédagogues prétentieux
"Ces organisations qui bloquent depuis des années les réformes de l'École commettent un crime contre la jeunesse et elles devraient en répondre devant la société française. Ce n'est pas la compétence et le dévouement des enseignants qui est en cause ; c'est la démission de l'État devant les syndicats, c'est la dictature d'une caste de pédagogistes prétentieux, et ce sont des réseaux de pouvoir au sein de l'Éducation nationale qui sont responsables de ce désastre."
François Fillon, Lyon, 22 novembre 2016
Ces mots prononcés lors d’un meeting ne sont pas uniquement des propos de tribune. On se souvient que François Fillon avait déjà parlé de pédagogues prétentieux lors de l’ultime débat du premier tour de la primaire de la droite. Et la phrase citée en exergue se retrouve presque mot pour mot (“pédagogues” au lieu de “pedagogistes”) dans une longue interview que l’ancien premier ministre (et ministre de l’éducation) a donné au mouvement SOS Éducation (il a aussi répondu aux questions de JP Brighelli... ). Je conseille d’ailleurs de faire l’effort de visionner cette vidéo où le candidat y parle des "fondamentaux”, d'un examen d'entrée en 6eme, de l'autonomie des établissements mais aussi de sa volonté de développer le secteur privé et une forte autonomie des établissements, de l'enseignement professionnel confié aux régions et au entreprises, de l'enseignement de l'histoire où il estime qu'il y a un “biais idéologique” et de la nécessité que l'École contribue fortement au sentiment d'identité nationale (conclusion de l'entretien qu’on retrouvera aussi dans le débat télévisé de jeudi). 
L'interview est traversée aussi à plusieurs reprises par des considérations sur le poids excessif des syndicats et des “réseaux de pouvoir” où l’on peut trouver cette phrase.
Après le score “surprise” de François Fillon au 1er tour, de nombreux articles se sont penchés plus précisément sur ses propositions dans tous les domaines. Pour l’éducation, on peut déjà aller lire directement à la source sur Fillon2017.fr où la partie sur l’éducation est bien détaillée. De nombreux articles se livrent aussi à un comparatif des deux programmes (Juppé/Fillon). C’est le cas du Figaro et de 20minutes.fr, du journal Les Échos ou encore du Monde . D’autres se concentrent sur la présentation du probable vainqueur de la primaire. C’est le cas de François Jarraud dans le Café Pédagogique ou du site d’information VousNousIls qui font une présentation neutre du programme de l’ancien ministre de l’éducation de Jacques Chirac. Mais on trouvera aussi des analyses plus polémiques, comme celle de Bernard Girard sur Médiapart qui parle d’“un coup de massue pour l’école”, de Jean Michel Zakhartchouk sur son blog hébergé par EducPros qui voit une évolution “vers une école plus injuste et plus inefficace”, ou bien encore celles de Claude Lelièvre dans un billet sur Médiapart où il revient sur son action passée en tant que premier ministre et ministre de l’éducation et dans un autre billet sur le site de L’Obs où il estime que F. Fillon renie l’héritage de De Gaulle. Tous mettent en avant le ton très conservateur du discours de l’élu parisien originaire de la Sarthe mais aussi les mesures très libérales et favorables au privé qu’il prône ainsi que la brutalité de ce qui est réservé aux enseignants. On souligne aussi les renoncements qui caractérisent ce programme et surtout à l’ambition du collège unique avec la mise en place d’un tri sélectif précoce reniant l’héritage même de la loi Haby.
Clo(tour de)vis...
Et puis, il y a l’Histoire... C’est ce qui a fait le plus de bruit médiatique. Les propos outranciers et les mensonges délibérés expliquent cela mais on peut regretter que cela fasse passer au second plan tout le reste que nous venons d’évoquer et qui est tout aussi dangereux. Lors du débat du deuxième tour, en un refrain désormais familier, le favori de la primaire à droite a réitéré ses griefs contre ces “idéologues” qui rédigent les programmes d'histoire à l'école, et le truffent d'oublis. “Ce qui ne me plaît pas, c’est qu’on choisit les périodes qui correspondent à l’idéologie qu’on défend”, a-t-il expliqué, accusant les programmes scolaires actuels d'avoir éliminé “Clovis, Jeanne d’Arc, même Rousseau et Voltaire”. “Je veux que les programmes soient rédigés par des académiciens, des historiens et non pas par des politiques”, a fait préciser l'ancien Premier ministre sur son compte Twitter. Le message a aussitôt été retweeté par Sens commun, extension politique de la Manif pour Tous qui soutient le candidat. Aussitôt les réseaux sociaux ont réagi et les enseignants ont rétabli la vérité en rappelant que aucun des personnages historiques cités sont oubliés dans les nouveaux programmes de primaire et de collège. Et il est important de rappeler aussi que les programmes sont élaborés par une instance indépendante contrairement à la période précédente.
Les "décodeurs" et tous les pratiquants du “fact checking” ont donc eu du boulot avec ce débat (et pas seulement pour l’éducation mais ce n’est pas notre sujet...). On peut citer l’excellente mise au point des décodeurs du journal Le Monde qui reprend les programmes actuels tout comme le service Désintox de Libération ou une vidéo “Désintox” d’Arte .
On pourrait presque ranger dans cette catégorie la longue réponse de la ministre d’abord publiée sur Facebook puis sur son site personnel. Mais elle va au delà du rétablissement des faits pour se livrer aussi à une réponse très politique. Pour elle, le débat sur les programmes d’histoire est “un écran de fumée pour éluder les vrais enjeux de l’École”. Et elle interpelle le candidat : “S’il n’y a pas d’enseignant dans la classe, il n’y aura pas de Clovis, et il n’y aura pas de récit national transmis à qui que ce soit. Et encore moins aux élèves des établissements dans les quartiers populaires qui, si j’ai bien compris, sont soupçonnés plus que d’autres, de ne rien savoir de la France, ou pire, de ne pas l’aimer. Donc, je crois qu’à ce stade du débat public, les Français sont en droit d’exiger de François Fillon qu’il leur dise d’abord comment il prévoit l’enseignement de l’histoire aux 12 millions d’élèves français avec 500 000 fonctionnaires de moins. ”. Elle fait ensuite référence au travail mené par une équipe autour de Françoise Lantheaume dans l’ouvrage Le récit du commun, “Il y a en France, qui est un grand pays universitaire, des scientifiques qui travaillent sur ces questions et je veux rassurer tout le monde : les petits Français ont une conception très classique du récit national, très chronologique, avec les Rois de France, les dates, les lieux, les grandes guerres… ”. Et elle poursuit : “Alors, l’idéologie, qu’est-ce que c’est ? C’est justement l’histoire officielle voulue et pratiquée par François Fillon lorsqu’il a été en responsabilité. Je laisse cette conception des choses aux dictatures, aux régimes totalitaires et autoritaires. En France, l’histoire appartient aux historiens, et je compte bien défendre cette vision républicaine et démocratique de l’Éducation dans notre pays.
Sur ce point, on pourra aussi compléter la réflexion par quelques tribunes qui rappellent des principes et poursuivent la réflexion sur ce fameux “récit national” prôné par le candidat. Evoquons brièvement celle de l’Association des Professeurs d’Histoire Géopgraphie pour mettre l’accent surtout sur une tribune de Jean-Christophe Piot (blog “Déja vu”) et une autre de Sébastien Ledoux dans Libération qui s’interroge “De quoi le récit national de François Fillon est-il le nom ?”. Il faut signaler aussi la remarquable mise en perspective historique de cette notion très politique de “roman national” par Nadia Chaar sur Slate.fr pour NonFiction.
Au delà des polémiques, des tribunes indignées et des mises au point nécessaires, il y a une question, me semble t-il, qu’il convient de se poser. S’agit-il, dans le cas de l’ancien ministre de l’éducation, bardé de conseillers qui connaissent le système, d’une méconnaissance qui le conduit à ces affirmations ? Ou alors d’un mensonge délibéré ? La réponse est contenue dans la question. François Fillon, pour les séduire, donne, à toute une frange de la société la plus conservatrice, le discours qu’ils veulent entendre sur l’École. Cela a un nom, ça s’appelle de la démagogie et du populisme...



Un pas après l’autre
Un pas après l’autre” c’est le nom d’un documentaire diffusé mardi 22 novembre 2011 à 23h15 sur France2 dans le cadre de l’émission InfraRouge . Ce film a fait l’objet d’une forte couverture médiatique et a été beaucoup diffusée sur les réseaux sociaux. On en trouve des critiques relativement élogieuses sur Le Parisien ou sur Le Figaro . Même si dans ce dernier, comme dans Télérama on fait part aussi d’un certain malaise.
Que montre ce documentaire ? Il présente le "cours Alexandre Dumas" un établissement hors contrat de Montfermeil, la première école privée financée par la Fondation Espérance banlieues. Les élèves sont pour l’essentiel d’origine étrangère, portent un uniforme. Le vouvoiement est systématique. Le directeur Albéric du Serrant est charismatique, venu de l’enseignement catholique, suit ses élèves de près et insiste beaucoup sur la nécessité d’apprendre à devenir de “bons français”. L’écolene demande aux parents qu’une contribution de 70 euros par mois. Et les résultats semblent être au rendez vous.
Mais on peut s’interroger sur le réel financement de l’école, via une fondation d’entreprises. Et surtout on peut s’inquiéter des valeurs très conservatrices et même réactionnaires transmises par ce réseau d’école qui ont peut-être échappé aux téléspectateurs lors d’une vision trop rapide. A moins qu’elles ne les séduisent et c’est encore plus inquiétant.
Car cette école, comme l'avait montré Grégory Chambat dans son livre , ou encore Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi dans le leur, c'est la vitrine d’un réseau traditionaliste et ultra-libéral, celui de la Fondation pour l’École. C’est le cas aussi du cours Saint-Exupéry à Asnières visité par Bruno Le Maire en Octobre dernier et qui est aussi sponsorisé par Espérance Banlieue et la Fondation pour l’École.
Un réseau qui entend en finir avec le service public d’éducation au nom de la foi et/ou du libéralisme le plus radical... On se retrouve ici dans une nébuleuse qui, en fait, lutte ouvertement contre le service public d’éducation. Notons que SOS éducation est membre du conseil d'administration de la Fondation pour l'école qui abrite Espérance Banlieue. Et n’oublions pas que dans son interview à SOS Éducation , François Fillon promet (de 2:47 à 4:39) “une plus grande liberté dans la création d’établissements qui ne soient pas de l’Éducation Nationale ” mais avec le soutien du Ministère...
Un pas après l’autre, pendant que les gardiens de la radicalité nous assènent des leçons de pureté idéologique et se complaisent dans une posture protestataire à l’égard de chaque réforme, l’école de Grand Papa avance...


École-Entreprise
A l’occasion de la semaine école-entreprise, la ministre de l’Education nationale donne une interview au journal Les Echos. Elle y évoque l' “absolue nécessité de renforcer le lien entreprise-école”, les stages en entreprise, les EPI et les programmes de SES...
Selon la ministre il faut “donner aux élèves la vision la plus lucide des innombrables opportunités qu’offre le monde de l’entreprise ” et elle annonce qu’elle va signer de nouvelles conventions avec des entreprises.
En ce qui concerne les programmes de sciences économiques et sociales, et la réaction sur-jouée de quelques lobbyistes (démission de quelques personnalités du Conseil National Éducation Économie) à l’annonce de l’allègement du programme de SES de 2nde où le chapitre sur le marché avait perdu son caractère obligatoire, la ministre répond : “Nous aurions en effet dû associer dès le début le CNEE à cet aménagement du programme de l'enseignement d'exploration de SES de seconde, je le reconnais volontiers. […] J'ai saisi le CNEE et le conseil supérieur des programmes pour que nous puissions retravailler le sujet le plus posément possible. […] Il faut réfléchir aux compétences et aux connaissances que doit maîtriser un élève ayant suivi un enseignement de SES (sciences économiques et sociales, NDLR) au lycée. C'est le travail qui est attendu du CNEE et du conseil supérieur des programmes. Un groupe de travail est en train d'être mis en place par les deux conseils pour reprendre cette question, et tenir compte des arguments des professeurs pour un programme de SES qui tienne la route.
On sent que la ministre veut jouer l’apaisement et la conciliation dans une période marquée par une certaine urgence et où la marge de manœuvre est étroite face à ceux qui cherchent la mort des Sciences économique ET sociales (on sent bien que c’est surtout le “et” qui gêne)... Et on est bien obligé de constater que l’enseignement des SES partage le triste privilège avec celui de l’Histoire-Géographie d’être un sujet de polémiques récurrentes dans les médias et dans l’opinion. Et l’élaboration de leurs programmes a tendance à échapper, de fait, à la règle commune qui prévaut pour les autres programmes…Imagine t-on qu’on constitue une commission mixte avec le comité olympique pour travailler sur les programmes d’EPS ?
Pendant ce temps là que fait le MEDEF ? il fait des propositions pour l’École. Priorité au primaire, autonomie des établissements, renforcement du rôle des entreprises dans les filières d'apprentissage: le Medef a exposé jeudi, en vue de la présidentielle, rapporte Le Figaro ses propositions pour une "refonte réelle du système éducatif" afin que "100% des élèves soient citoyens et employables". Selon l’organisation patronale, "Le système éducatif français ne répond plus aux enjeux de l'avenir. Il est profondément inégalitaire, et comme on demande souvent à l'entreprise de pallier ses déficits, nous nous sentons légitimes à entrer dans le débat". C’est ce qu’a déclaré Florence Poivey, présidente de la commission éducation, formation et insertion au Medef, lors d'une rencontre avec la presse.


Ailleurs
Maroc, Turquie, USA... Trois pays au menu de cette rubrique.

Au Maroc, la disparition des écoles publiques accélère la marchandisation de l’éducation ” c’est le titre d’un article intéressant et édifiant du journal Le Monde . On y apprend que plus de 200 écoles publiques ont fermé leurs portes depuis 2008 au Maroc, dont 135 établissements primaires, principalement dans les grandes villes, à Casablanca et à Rabat. Des centaines d’enfants ont été envoyés dans d’autres établissements où les classes peuvent atteindre jusqu’à 70 élèves.
Et cette politique délibérée conduit au développement des écoles privées qui, elles, fleurissent un peu partout dans les grandes villes, profitant de la mauvaise image du système public pour créer un marché compétitif. Au niveau primaire, la scolarisation privée est passée de 4 % en 1999 à 15 % en 2015, selon les chiffres du ministère. « Dans les grandes villes, 70 % à 80 % des élèves sont scolarisés dans le privé», affirme Sylvain Aubry, du centre de recherche Global Initiative for Economic, Social and Cultural Rights, auteur d’une étude sur l’éducation au Maroc. Perçues comme une alternative à un secteur public en faillite, ces écoles attirent de plus en plus de familles défavorisées qui fuient les établissements publics dans l’espoir d’offrir un avenir meilleur à leurs enfants.

En Turquie, le président met au pas le système d’enseignementpeut-on lire dans La Croix : “Une mise au pas totale du système éducatif turc : c’est le sentiment d’une partie du corps enseignant à la suite des mesures imposées depuis le putsch raté du 15 juillet dernier. […] Mais la mise au pas du système éducatif ne touche pas uniquement le milieu universitaire. Une réforme contestée concerne également les 155 meilleurs lycées publics du pays, désormais administrés dans le cadre du système « d’écoles-projets ». Cette réforme, qui impose aux lycées prestigieux un encadrement administratif particulier, a profondément modifié le corps enseignant et les programmes éducatifs de ces établissements considérés comme le berceau de l’élite laïque de la Turquie. […] Fortement soutenues par le pouvoir de l’AKP, les écoles religieuses sont également en pleine croissance. […] Résultat : dans certains villages et quartiers, le seul choix qui s’offre désormais aux parents est d’envoyer leurs enfants dans une école religieuse ”.
On apprend cependant par Le Monde que 6.000 enseignants turcs ont été rétablis dans leurs fonctions. Mais les enquêtes ouvertes sur ces enseignants, suspendus car “soupçonnés d’avoir des liens avec des organisations terroristes” “sont toujours en cours” a précisé le ministère.

Après avoir hésité entre un créationniste et un créationniste…, Donald Trump a finalement nommé Betsy DeVos , une richissime philanthrope de 58 ans conservatrice et farouche partisane du droit à choisir entre école publique, privée ou enseignement à la maison, pour diriger le ministère de l'Education. Elle est mariée à Dick DeVos, l'un des héritiers de Richard DeVos, la 88ème fortune américaine au classement Forbes de 2016 avec 5,4 milliards de dollars.
Donald "Trump a choisi la candidate la plus idéologue et hostile à l'école publique depuis la création du ministère de l'Education", a déclaré sur Twitter, Randi Weingarten, la présidente du syndicat American Federation of Teachers. Lily Eskelsen Garcia, qui dirige un autre grand syndicat d'enseignants, la National Education Association, a elle estimé dans un communiqué que l'approche de la future ministre ne "faisait rien pour aider nos étudiants les plus vulnérables tout en ignorant ou exacerbant les fossés flagrants qui existent dans les opportunités" offertes aux jeunes.

A la lecture de toutes ces information venues d’ailleurs (mais aussi de notre propre pays…), je me permets une réflexion. Ce qui m'a frappé lorsque je suis allé dans des congrès internationaux c'est à quel point ce que nous croyons être la règle, c'est-à-dire un service public d'éducation fort et centralisé (“à la française”), est une exception. Et j'en ai retiré une autre conviction. Ce que nous croyons immuable pourrait bien disparaitre ou se transformer très vite. Bien plus vite qu'on ne le pense...



Butinages
Dans les butinages de la semaine, c’est incontestablement cette information qui a fait l’objet du plus de transfert et de retweets.
On a appris en début de semaine que le député Jacques Bompard (soutien de François Fillon) avait déposé récemment un amendement à un projet de loi où il propose de demander pardon aux rois de France “pour le saccage de leurs sépultures lors de la profanation des tombes de l’abbaye de Saint-Denis en 1793 et 1794.
Cet habitué des amendements plutôt improbables a expliqué que “ce rappel historique est crucial pour prévenir les excès terroristes qui marquèrent les années révolutionnaires". 
Le refus de la repentance est à sens unique...






Après toutes ces informations un peu moroses, finissons avec quelques conseils de lectures, stimulantes ou réconfortantes.
Dispose-t-on enfin d’une méthodologie infaillible pour identifier les pratiques éducatives qui marchent le mieux ? C’est la question que l’on peut se poser devant le succès planétaire de l’ouvrage de John Hattie, «Visible Learning», initialement publié en 2008. Pour certains commentateurs, le chercheur néo-zélandais a même trouvé rien moins que le « Saint Graal » de la recherche en éducation ! Comment ? En proposant une démarche de mesure systématique des effets des actions pédagogiques sur la réussite scolaire qui permet de déterminer quelles sont les bonnes pratiques en éducation. On en trouvera une très bonne présentation par Olivier Rey dans The Conversation
Charles Hadji toujours dans The Conversation , propose sa lecture du dernier rapport du Cnesco. Selon lui “il présente deux visages. Le premier est celui d’un rapport opportun, éclairant, et utile, qui apporte des données précieuses sur la question, assez explosive, des inégalités scolaires. […] mais ce rapport nous paraît ambigu. Il peut se lire, en effet, comme une véritable enquête policière, qui tente de répondre à la question : à qui la faute ? Les auteurs veulent « pointer du doigt » les « responsabilités en jeu ».C’est à se demander si le Lucky Luke qui conduit l’enquête n’a pas tendance à tirer plus vite que son ombre.
Dans les lectures réconfortantes et presque “de combat”, je voudrais terminer par deux conseils de lecture.
D’abord la réponse de Philippe Meirieu à François Fillon sur le site du Café Pédagogique où il propose de “modestes remarques sur le rôle des pédagogues prétentieux”.
Et puis l’interview de Pierre Merle sur AlterEcoPlus à propos des discours passéistes sur l’école offre une mine d’arguments. Il est à lire dans son entier. On isolera, pour conclure, cet extrait : “Les commentaires d’intellectuels auto-proclamés comme Alain Finkielkraut sont des discours hors sol, qui révèlent que ces personnes n’ont aucune connaissance de ce qui se fait sur le terrain et du vécu des enseignants. Ce discours nostalgique d’un modèle très classique de l’école, relayé souvent par le Figaro, est aussi repris par certains enseignants et parents déboussolés. On a même pu entendre des hommes politiques comme Jean-François Copé proposer d’établir un examen à la fin du CP ! Une proposition qui n’a guère de sens quand on sait que le redoublement ne favorise pas du tout les apprentissages à ce niveau d’études. Ces fausses solutions consistent à écarter de fait du système les élèves les plus en difficulté. Elles déboucheraient sur une croissance du nombre des non-diplômés, qui sont déjà trop nombreux, et entraîneraient des difficultés encore plus grandes pour que ces jeunes trouvent un emploi. ” Et le sociologue et spécialiste de l’École appelle à “ discuter d’une façon argumentée et honnête.”. Il y a du boulot !

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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dimanche, novembre 20, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 14 au 20 novembre 2016



- Tri sélectif – Réactions et autres discours – Droits de l’enfant – Miction impossible ? – Butinages – 


Ils ont remis ça... Dans le 3ème débat de la primaire de la droite, l’école a eu droit à un oral de rattrapage. Le bloc-notes s’en fait l’écho en analysant surtout les positions sur le collège unique. On traite également les réactions et les autres discours sur l’école formulés cette semaine.
On évoque aussi les droits de l’enfant avec le rapport du défenseur des droits sur ce thème ainsi qu’avec un sujet qui est loin d’être anecdotique : celui des toilettes. On finit comme à l’habitude avec quelques propositions hétéroclites.



Tri sélectif
L'échec de l'école, c'est la faute d'une caste de pédagogues prétentieux qui ont imposé des programmes jargonnants (Fillon) ” ; “Je souhaite que les décrocheurs fassent un service militaire national” (Sarkozy) ; “75% du temps doit être consacré aux fondamentaux à l'école” (Fillon) ; “Je constate que le port de l'uniforme pour les enfants de Martinique et de Guadeloupe fonctionne très bien. Donc si ça marche très bien en Martinique et en Guadeloupe, il n'y a pas de raison que cela ne marche pas en France ” (Poisson) ; “Il faut aussi que l'école primaire soit le lieu de l'apprentissage du respect, de l'autorité et de la discipline. ”(Fillon).
Jeudi dernier, c’était le troisième et dernier débat de la primaire de la Droite. On a eu droit à un oral de rattrapage sur l’éducation. Sur le temps de parole, mais pas forcément sur le niveau des propositions...
Ce thème est, encore une fois, arrivé en fin de débat et a duré, là aussi, une dizaine de minutes. C’est François Fillon qui s’est le plus déchaîné contre les “pédagogues” (c’est peut-être cela qui lui vaut le soutien de l’association réactionnaire SOS-Éducation). L’essentiel de l’échange a porté sur le collège unique. Marie-Christine Corbier dans Les Échos nous livre une synthèse des positions respectives des uns et des autres sur ce sujet. Et on se dit que le Ministre (de droite) René Haby qui a porté la loi sur le « collège pour tous » sous Valéry Giscard d'Estaing (président de droite...), a bien peu d'héritiers…
Bruno Le Maire entend le remplacer par un « collège diversifié » avec des options - à raison de deux heures par semaine - pour « découvrir en 6è ce qu'est qu'être mécanicien, informaticien ou boulanger ». 
Jean-François Copé voit dans le collège unique, « une fiction égalitariste » et plaide pour l'autonomie de l'établissement et du chef d'établissement autour d'« un tronc commun national qui s'adapte(rait) » selon les quartiers. L'entrée au collège doit par ailleurs, selon lui, être conditionnée à « une évaluation en CM2 pour que chaque enfant qui rentre en 6è sache vraiment correctement les savoirs fondamentaux ». 
Jean-Frédéric Poisson est, lui aussi, hostile au collège unique. Et plaide pour des « classes de niveaux » au sein d'un même collège. « Le premier ennemi d'un prof dans une salle de classe est qu'il est confronté à tellement de niveaux hétérogènes qu'en réalité, personne ne peut profiter pleinement de son enseignement : ceux qui sont plus talentueux parce que ça ne va pas assez vite et ceux qui sont plus lents car ça va trop vite pour eux », a-t-il indiqué.
 L'ex-ministre de l'Education nationale François Fillon qui a, par la loi de 2005 qui porte son nom, créé le socle commun de connaissances et de compétences pour tous les élèves de collège, a lui aussi pris ses distances sur le collège unique en plaidant pour un examen d'entrée au collège : « Il faut que les enfants qui ne maîtrisent pas les fondamentaux n'aillent pas au collège tant qu'ils ne les maîtrisent pas»
Alain Juppé s'est opposé à la suppression du collège unique. « Si on le supprime, ça veut dire qu'on fait un collège pour les bons, et l'autre pour les moins bons. ça, je n'en veux pas» a-t-il dit. 
Nicolas Sarkozy s'est exprimé aussi contre la fin du collège unique car ce serait « la possibilité d'interdire le collège général à des enfants de familles les plus modestes ». Tout en se disant favorable à « une possibilité d'entrée en apprentissage dès 14 ans».
Quant à Nathalie Kosciusko-Morizet, elle a défendu le collège unique et s’en est prise de manière très percutante à Bruno Le Maire. Alors que le “candidat du renouveau” veut revenir cinquante ans en arrière en proposant que les enfants puissent expérimenter l'apprentissage dès la sixième (donc à partir de 11 ou 12 ans), NKM lui décoche un missile qui fait mouche "C'est les mêmes qui viennent des grandes écoles, qui poussent leurs enfants dans les filières les plus élitistes, qui veulent trier les enfants dès l'âge de 11 ans et mettre fin au collège unique". Et la députée de l'Essonne poursuit en pointant la contradiction majeure : "Bruno, ce n'est pas vrai que tu aurais proposé à tes propres enfants en 6e de devenir mécanicien ou pâtissier". Derrière la petite pique, il y a en effet une vraie question : Pourquoi les gamins qu’“on verrait bien dans ces métiers là” sont-ils quasiment tous issus des classes populaires ? Car derrière la formule maintes fois répétée de Lemaire sur ‘l’intelligence de la main qui vaut celle de l’esprit” et sur la “diversité des talents”, on est dans une forme de naturalisation des inégalités sociales et scolaires et une négation des apports de la sociologie. La sagesse populaire dit qu' « on ne discute pas des gouts et des couleurs », le sociologue, lui, en discute ! Tout comme la sociologie montre qu'il y a une "ambition différentielle" qui est aussi le résultat à la fois de la socialisation, des conditions matérielles d'existence et des choix sous contraintes que font les familles. C'est donc bien une école de la sélection précoce, du déterminisme assumé, du tri social et des inégalités qui est dessinée par une bonne partie de ces candidats...
Petit rappel historique…

Mara Goyet, qui s’était un peu égarée ces derniers temps, l’exprime très bien dans son dernier billet de blog.Tout donnait le sentiment, à propos du collège unique, qu’il était question du traitement de déchets et non pas d’enfants (qui ont pour principal défaut d’être ceux des autres). Dans quelle poubelle mettre l’enfant de 11 ans, lent, pauvre et indiscipliné ? (il se reconnaîtra et appréciera). Dans le bac pour le compost de manière à ce qu’il se décompose sur place ? Dans le bac pour emballages (le placard ou la voie de garage fera l’affaire) ? On peut aussi le congeler à l’école primaire avec les restes, pardon, le reste des enfants, afin qu’il n’accède pas au collège et le mettre ensuite sur décongélation l’année de ses 16 ans histoire de s’en débarrasser proprement. Ou alors, on peut, façon déchets nucléaires, le mettre dans une sorte de couche géologique profonde scolaire (on regarde s’il est encore radioactif, s’il l’est, il ne peut pas entrer au collège, dommage). Ou alors, on lui fait croire qu’il serait super heureux dans la poubelle pour le verre, que le verre, ça toujours été son truc, qu’il aura une super vie utile, concrète et qu’avec un peu de chance il contiendra un jour du Cristal de Roederer. Ou alors on lui met un petit écusson et, hop, il a l’air tout beau tout neuf. Les idées n’ont pas manqué…
Non au tri sélectif !


Réactions et autres discours
Les réactions à ce débat n’ont pas manqué. Et on voit aussi poindre les propositions pour l’éducation dans d’autres camps.
Dans son blog du Monde, Jean Claude Lewandowski se demande “Y a-t-il une chance que l’enseignement supérieur et l’éducation en général deviennent une priorité lors de la prochaine élection présidentielle ? Qu’ils apparaissent comme un enjeu majeur, ou au moins un thème important des débats ? Soyons réaliste : la réponse est non”.
Dans une tribune lisible sur le site de Libération , la ministre Laurence Rossignol estime que les enfants sont les “victimes collatérales des surenchères à droite et à l’extrême droite”. Elle note qu’il a été proposé de nouveau la suppression des allocations familiales pour sanctionner l’absentéisme scolaire. Elle revient aussi sur la polémique à propos des cantines et des repas sans porc. Et elle rappelle que le jour du premier tour de la primaire de la Droite, c’est le 27ème anniversaire de la convention internationale des droits de l’enfant. Des enfants bien oubliés sinon pour être instrumentalisés.
Il n’y a pas que la droite qui parle d’éducation.
Au fait et Emmanuel Macron ? Celui-ci a annoncé sa candidature cette semaine et cela a été l’objet d’une large couverture médiatique. Un article de Caroline Brizard dans L’Obs s’intéresse à ce qu’il dit sur l’éducation. En fait, pas grand chose... Pour la journaliste tout cela a “un air de déjà vu”. Emmanuel Macron propose de mettre le paquet là où les besoins sont les plus criants, à savoir les écoles des réseaux d’éducation prioritaire (ex-ZEP) des quartiers populaires, en y enrôlant des professeurs expérimentés, mieux payés, à qui on laisserait une liberté pédagogique plus forte. Ce qui est déjà en œuvre dans la politique du gouvernement. L’ex ministre propose aussi d’améliorer la mixité sociale en enrichissant l’offre scolaire dans les collèges de quartiers populaires pour qu’ils attirent les bons élèves du secteur, voire des élèves venus d’ailleurs par dérogation. Une idée qui est précisément expérimentée à cette rentrée. Plus largement, nous dit cet article, le projet, dans ce domaine comme dans d’autres, reste très flou et évite de mécontenter les uns et les autres.
Mercredi, Manuel Valls était en visite à l’université et à l’ESPÉ de Cergy-Pontoise. Selon Les Échos, il a fait un discours de présidentiable. Il a décliné ses idées pour l'éducation et l'enseignement supérieur, pour le prochain quinquennat. Manuel Valls veut ainsi “construire une Nation éducative” qui doit être “le coeur du nouveau contrat social qu'il faut inventer”. Ce faisant, il tente de rattraper un électorat souvent marqué à gauche et dont certains hauts responsables admettent volontiers qu'il est “en partie perdu”. “Le prochain quinquennat devra être celui de vraies augmentations de salaires, pour tous les enseignants”, a insisté Manuel Valls.
Pas sur que ce type de promesses fonctionne encore. Ni même d’ailleurs la crainte des mesures de la droite. On semble en effet aujourd’hui dans une sorte de prophétie auto-réalisatrice qui conduit à la résignation.


Droits de l’enfant
Nous évoquions plus haut l’anniversaire de la convention internationale des droits de l’enfant. En France, cette semaine, c’est le défenseur des droits qui publie un rapport sur le droit fondamental à l’éducation où il rappelle que la scolarisation des enfants est obligatoire, y compris ceux qui n'ont pas de domicile.
Ce rapport fait principalement trois constats.
• L'accès à l'école n'est pas un droit effectif en France pour tous, en particulier pour les enfants les plus vulnérables.
• L'école peine à garantir le respect de la singularité et de l'individualité de ces enfants.
• L'effet des inégalités sociales et territoriales et des discriminations perdure, voire s'accroît.
Et pour lutter contre cela le défenseur des droits formule trente recommandations qu’on pourra lire dans le rapport et dont les principales sont présentées dans plusieurs articles.
Dans un contexte de crise de la solidarité et de repli sur soi, et face à des élus qui n'hésitent pas à “faire passer les considérations politiques et électorales au-dessus de l'intérêt supérieur de l'enfant”, Jacques Toubon met en lumière les difficultés de scolarisation pour les enfants de migrants en rappelant la loi. “Nous nous sommes battus pour qu'à Calais, les enfants aient la possibilité d'aller à l'école. Pas une possibilité improvisée par une association, mais un service mis en place par l'Éducation nationale”, rappelle le Défenseur des droits, expliquant qu'il suivra de près le dossier sur le camp de la porte de la Chapelle et celui d'Ivry qui accueillera, en janvier prochain, des femmes et des enfants. Il rappelle aussi aux préfets la nécessité d’informer et d’associer, systématiquement, les services académiques en amont de toute opération de démantèlement de campement afin que des mesures puissent être anticipées pour assurer la continuité de la scolarisation des enfants concernés”.
Outre le droit d'accès à l'école, le Défenseur des droits pointe l'accroissement des inégalités sociales au sein même de l'école. Depuis 2002, le poids de l'origine sociale sur les performances des élèves a augmenté de 33%. L'école française est celle où les origines sociales influent le plus sur le niveau scolaire. Moins souvent mis en avant, le rapport rappelle aussi ce chiffre d'un enfant sur 10 vivant dans une famille pauvre (soit 1,2 million), avec des conséquences évidentes sur le destin scolaire. “L'école de la République ne fait plus son travail de corrections des données sociales. Elle continue de trimbaler les stéréotypes, préjugés et déterminismes”, conclut Jacques Toubon. Il demande donc au ministère de l'Education nationale de “systématiser la formation aux stéréotypes et aux discriminations dans la formation initiale et continue” des professionnels de l'éducation, et notamment des enseignants. En outre, il signale aussi qu’il sera “attentif” aux résultats de l’expérimentation lancée par la ministre autour de la fameuse sectorisation et de la mixité sociale et dont les conclusions doivent être rendues fin novembre.

Miction Impossible ?
Le 19 novembre c’était la journée mondiale des toilettes. Voilà une information qui peut faire sourire et être propice aux jeux de mots faciles (rassurez vous il y en aura quand même…). Mais, c’est une vraie question...
A l’échelle planétaire, il faut rappeler que ce sont 2.4 milliards d'individus qui vivent encore aujourd'hui sans toilettes. C’est un enjeu de santé publique. Le Parisien profite de cette journée pour faire le point sur la situation des toilettes dans nos écoles. Le constat est sans appel. un tiers des élèves, du CP au lycée, évitent d'utiliser les toilettes de leur école. Toilettes sales, manque d'intimité, zone d'insécurité... Les enfants préfèrent se retenir jusqu'à la fin des cours. Un comportement qui favorise le développement de pathologies : maux de ventre, constipation, troubles urinaires. Les dernières statistiques le montrent : près de 45 % des écoliers déplorent l'absence de papier-toilettes, 25 % de savon. “61 % des toilettes sont seulement nettoyées une fois par jour ! Vous imaginez leur état à midi ?” constate Michèle Olivain, en charge du dossier (elle est donc chargée de miction...) à l'Observatoire national de la sécurité et de l'accessibilité des établissements d'enseignement (ONS). Et c'est sans compter les problèmes de sécurité. D'après elle, les élèves s'approprient parfois ces lieux non surveillés, y fument, se bagarrent.
Au collège d’Herblay dans le 95, nous apprend Le Parisien l’administration (qui devait être au bout du rouleau) a pris une mesure radicale. Pour lutter contre les dégradations, les élèves doivent s'approvisionner en papier toilette auprès de la vie scolaire ou de l'infirmerie... Une situation qui dissuaderait plus d'un élève de se rendre aux toilettes, certains élèves (sans papier) préférant se retenir plutôt que d'avoir à demander. Auprès des parents, comme des élèves la mesure a du mal à passer...
Au delà de la plaisanterie, ne tournons pas autour du pot, c’est un vrai problème. A la fois de santé publique et tout simplement de dignité et de droits de l’enfant.
Give piss a chance !

Butinages
Une rubrique un peu hétéroclite pour finir, faite de lectures et de cinéma.

Il faut d’abord signaler le gros dossier de La Croix consacré à l’éducation . “Éduquer, c’est l’affaire de tous”, c’est son titre. Durant trois semaines, du 7 au 28 novembre 2016, le journal explore ce thème avec de nombreux articles, reportages et entretiens. On y parle aussi bien des valeurs, de l’esprit critique, que du numérique, des devoirs, de la parentalité... Plusieurs personnalités y sont aussi interrogées et donnent leur vision de l’éducation. On y trouve aussi des propositions issues des “semaines sociales de France ” qui est partenaire de ce dossier du journal catholique.

Dans deux semaines, début décembre, c’est la livraison de PISA... Nous avons déjà eu le rapport du CNESCO pour patienter mais si on veut s’ouvrir l’appétit on pourra alors lire L'Europe de l'éducation en chiffres. Cette synthèse statistique élaborée par la DEPP, le service statistique du Ministère de l’éducation nationale, propose une grande variété d’indicateurs pour la première fois regroupés dans une publication nationale. Pour ceux, comme moi, qui apprécient une approche comparatiste des questions éducatives, c’est une ressource utile. En attendant Pisa...

On m’a dit que j'avais loupé quelque chose à la télé…Ce mardi soir, France 2 diffusait dans sa section Infrarouge: “A voix haute” un documentaire consacré au concours Eloquentia, un programme d'expression et de formation à la prise de parole publique, à Paris 8 Saint-Denis. Et ce sont plein de personnes que j'apprécie qui m’ont dit que c’était formidable. Heureusement avec le replay on peut se rattraper. Et je peux donc vous confirmer qu’ils avaient raison et qu’on préfère voir ces discours là que ceux de jeudi soir... Allez y, et je peux vous assurer qu’en ces temps moroses, ça va vous redonner la pêche, la “super pêche”… !

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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dimanche, novembre 13, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 7 au 13 novembre 2016



- Métier - Lenivôbesse- Frites - Réponses - Trump- .

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Deux rapports importants sont commentés dans le bloc notes de cette semaine : le rapport du Cnesco sur le métier d’enseignant et une note de la Depp sur le niveau d’orthographe des élèves. Cette semaine a aussi été marquée par une série de réponses : de la Ministre aux candidats de la droite, de ceux qui ont été désignés comme “assassins” par Carole Barjon dans un livre scandaleux. On parlera également des cantines et des frites... Et puis, il y a aussi l’élection de Trump...




Métier
Le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) livrait ce lundi 7 novembre un volumineux rapport avec pour question : Le métier d’enseignant attire t-il toujours ? . Ces quatre dernières années ont été marquées par une forte augmentation du recrutement d’enseignants. Cette offre très élevée, arrivant après plusieurs années de nette diminution des postes offerts aux concours, a laissé apparaître des difficultés sectorielles, avant tout dues à un effet conjoncturel de fluctuation des politiques de recrutement. Cependant, ces difficultés ont pu laisser des doutes sur l’attractivité du métier d’enseignant. A-t-on, en 2016, un vivier de potentiels futurs enseignants suffisamment important pour absorber des besoins élevés de recrutement ?
Plus qu’une crise structurelle et globale de recrutement, ce sont donc des crises localisées mais stratégiques que décrit le Cnesco, pénalisant certaines matières en collège et lycée (mathématiques, lettres modernes, anglais), fragilisant des territoires entiers au primaire (Créteil et Versailles).
Et cette crise s’explique par les fluctuations : «L’analyse temporelle des résultats aux concours montre que les difficultés sont récurrentes quand les mandats politiques alternent recrutement important et postes en berne», observe la sociologue Nathalie Mons, présidente du Cnesco dans des propos rapportés par Le Monde
L’enquête du Cnesco tend à montrer que le métier d’enseignant attire encore les étudiants. Il est vécue comme une “vocation” (je déteste cette expression) et est considéré comme porteur de sens et attractif aux yeux des étudiants. Un article du Parisien insiste sur cet aspect et nous informe que plus de quatre étudiants sur dix, en troisième année de licence à l'université, aspirent à devenir maîtres ou professeurs. A noter aussi que le métier peut être aussi l’occasion d’une seconde carrière : le rapport met en avant une hausse du nombre de salariés du public et du privé admis au concours de professeur des écoles.
Cette attractivité du métier est cependant à mettre en relation avec d’autres enquêtes. Ainsi, le site d’information VousNousIls fait part d’une enquête menée par le SNUipp et publiée aussi ce lundi. Elle montre que la plus grande “désillusion” des enseignants est qu’ils ne s'attendaient pas aux empiètements du métier d'enseignant sur leur vie privée. Invités à désigner les plus grandes différences entre l’idée qu’ils se faisaient du métier et la réalité, 60% ont choisi « l’implication du métier dans la vie privée ». La charge de travail arrive en seconde position (54%), suivie par l’hétérogénéité des classes (43 %).
Comment rendre le métier plus attractif ? En s’appuyant sur plusieurs études et enquêtes ainsi que sur une comparaison internationale, le CNESCO formule huit préconisations. :
1. Valoriser l'image de l'enseignant auprès des élèves et du grand public.
2. Inscrire les politiques de recrutement dans la durée et arrêter le “stop and go
3. Attirer des profils plus diversifiés : les étudiants en formation initiale à l'université ne doivent pas être les seuls à s'orienter vers le métier d'enseignant.
4. Sécuriser l'entrée dans le métier en faisant évoluer l'évaluation et l'accompagnement
5. Développer des incitations financières et matérielles pour les néotitulaires
6. Assurer une formation continue obligatoire et de qualité
7. Proposer des dispositifs de mobilité plus flexibles en intégrant par exemple une logique de quatre à six grandes zones géographiques d'affectation pour les concours du secondaire.
8. Reconnaître la diversification des missions et soutenir les secondes carrières en développant des indemnités ou des décharges d'emploi du temps.
On retrouvera ces préconisations développées dans plusieurs articles, que ce soit Le Point,  La Croix ou encore 20minutes.
Ce rapport du Cnesco arrive aussi dans un contexte particulier. Le sentiment dominant chez les professeurs depuis longtemps est de n'être pas estimé à leur juste valeur, de manquer de reconnaissance et d’être incompris. Et les attaques récentes de certains hommes politiques et notamment Nicolas Sarkozy n’ont fait que renforcer ce sentiment. Un collectif intitulé “800.000 feignasses” s’est même constitué en réaction à ses propos laissant entendre que les enseignants travaillaient six mois par an. On est pourtant dans un paradoxe. Luc Cédelle rappelle dans la Lettre de l’éducation que les sondages qui se succèdent ces dernières années montrent, même s’il reste difficile de les en convaincre, que les enseignants sont populaires et respectés. C’est aussi ce que fait Claude Lelièvre sur Slate.fr dans un long article passionnant en comparant, avec le regard de l’historien, l'image qu'ont de leur profession les enseignants eux-mêmes, celle qu'ils croient avoir, et celle qu'ils ont en réalité.
Revenons à l’attractivité. On notera aussi que certaines pistes ne sont pas évoquées dans le rapport du Cnesco. L’augmentation globale des salaires par exemple n’est pas mentionnée alors que c’est souvent la première chose qui est mise en avant par les enseignants et pointée par les comparaisons internationales. Les concours de recrutement sont aussi un tabou qu’on se garde bien de briser.
Il faudrait aussi en finir une fois pour toutes dans la presse et dans les discours politiques avec cette expression de “vocation” et toute la phraséologie religieuse qui l’accompagne : la “mission” ou pire la “dé-mission”, le “sacerdoce” et tout le tintouin... Il me semble que tant qu'on restera dans ce type de vocabulaire, on aura beau faire, on ne pourra pas vraiment envisager l'idée d'une formation, ni même d'un métier qui s'apprend... Car si l’on parle de “métier”, il faut alors se préoccuper de la transmission de ce métier qui suppose un apprentissage une réelle formation , un retour sur les pratiques et une autonomie vécue collectivement. S’il s’agit d’un métier il faut aussi que celui-ci soit attractif et non pas vécu dans l’abnégation. On peut ajouter aussi, avec un peu de malice, que lorsqu’on parle de vocation, on laisse entendre aussi qu’il n’est pas forcément nécessaire de bien payer des gens qui ont la chance d’exercer cette vocation. A quoi bon verser un salaire à des moines…
Mais l’attractivité ne se réduit pas à ce seul aspect. Si la “vocation” n’est pas le bon mot, en revanche celui de “service public” est essentiel. C’est-à-dire, des valeurs et des finalités partagées par tous. Or, cela ne semble pas aussi évident que cela : transmettre des connaissances, transmettre des valeurs, former des citoyens sélectionner, promouvoir l’excellence, faire apprendre tous les élèves, lutter contre les inégalités, … toutes ces phrases pourraient n’être que des slogans creux mais recouvrent aussi des manières différentes d’envisager le métier... Tant qu'on ne se sera pas entendu clairement sur un projet pour notre école, on ne redonnera pas de sens au métier enseignant ,et on ne le rendra pas attractif. On parle de récit national à tort et à travers, en l’espèce, pour l’école, il serait peut-être temps de reconstruire un “imaginaire” de la démocratisation auquel on pourrait adhérer...

Lenivôbesse
Il n’y a pas que le CNESCO qui publie des études... Il y a aussi la DEPP dont c’est la mission depuis sa création. La publication d’une note de la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) cette semaine a fait grand bruit. Sobrement intitulée Les performances en orthographe des élèves en fin d'école primaire (1987-2007-2015) cette étude a déclenché de nombreuses réactions.
Il s'agit d'une dictée-type d’une dizaine de lignes donnée à des écoliers de CM2 à trois reprises ces trois dernières décennies – 1987, 2007 et 2015. “Le texte ne présente pas de difficultés linguistiques particulières, apprend-on à la lecture de cette note d’information. En revanche, il met l’accent sur la gestion des chaînes d’accord, et nécessite d’en assurer la continuité tout au long de la dictée.” Ce que constate cette étude c’est que les élèves, entrés en cours préparatoire (CP) en 2010 pour la plupart, ont de moins bons résultats en orthographe que les élèves évalués en 1987 et 2007. La baisse des résultats constatée entre 1987 et 2007 n’a ainsi pas été enrayée. C’est donc l’orthographe grammaticale (règles d’accord entre le sujet et le verbe, accords dans le groupe nominal, accords du participe passé) qui demeure la source principale de difficultés pour les écoliers français.
Cette étude a alimenté de nombreux articles sur le thème inépuisable du « niveau qui baisse ». Pour Le Figaro on titre sur “des élèves de plus en plus faibles” (initialement le titre parlait d’“élèves de plus en plus nuls” mais on s’est repris...), pour 20minutes les écoliers français sont de moins en moins bons ”, pour Le Monde Le niveau en orthographe des écoliers français plonge” et pour Le Point les petits Français n'y arrivent plus”. Et le sujet passionne aussi sur les réseaux sociaux : une vidéo de Fatima Aït-Bounoua dans l’émission les grandes gueules sur RMC a été partagée de très nombreuses fois.
A l’heure où on a l’accusation d’“assassinat” facile, il est tentant de voir dans cette information la confirmation de la pensée décliniste. Au delà des raccourcis paresseux, quelles explications formuler? Comme d'autres spécialistes de l'éducation, Michel Fayol dans Le Point note la diminution générale des horaires. “Or la maîtrise de l'orthographe dépend beaucoup du temps qu'on lui consacre”» Un élève en primaire passait 30 heures par semaine en classe jusqu'en 1969, puis 26 heures, et 24 à partir de 2007, avec la suppression du samedi matin, une durée maintenue malgré le rétablissement d'une demi-journée de classe en 2014. Derrière l’enjeu de l’orthographe, c’est aussi la question des méthodes et des programmes scolaires qui se pose. Au Ministère on rappelle que l’évaluation orthographique concerne “des élèves entrés en CP en 2010 et qui ont suivi les programmes de 2008 Ceux insufflés par la droite, en somme. Et pas ceux tout juste réécrits par le Conseil supérieur des programmes et arrivés dans les classes en septembre. Et pour montrer que cette question est au cœur des préoccupations, s’est tenue le 9 novembre une journée d’études consacrée à l’enseignement de la langue rassemblant de nombreux chercheurs. Sur cette question je signale surtout la contribution de jean-pierre Veran sur son blog Mediapart qui propose une analyse nuancée de ces questions. On peut compléter avec un entretien avec Eveline Charmeux dans les Cahiers Pédagogiques ou encore une interview de Daniele Cogis dans le Café Pédagogique il y a quelques années. Ces analyses nuancées sont suffisamment rares pour être soulignées !
Car la plupart des réactions entonnent plutôt le refrain classique de la “baisse de l’exigence” et prônent des solutions simplistes comme le renforcement des dictées et des sanctions pour les élèves qui feraient des “fautes”. La vidéo évoquée plus haut, par exemple, explique la baisse de l’orthographe par la “bienveillance” opposée ici à l’exigence. Encore une fois, il faut rappeler qu’on peut être à la fois "exigeant" et bienveillant. L'exigence c'est aussi et surtout de penser que chacun peut progresser et se donner les moyens pour cela et donc aussi ne pas décourager... Apprendre des règles, certes, mais aussi en comprendre le sens et surtout les éprouver dans une pratique régulière et réfléchie.

Cantines
« Double ration de frites…»
Nicolas Sarkozy était en meeting lundi dernier à Neuilly-sur-Seine. Le candidat à la primaire de la droite a profité de cette occasion pour préciser sa position sur les menus de substitution à la cantine pour les élèves religieux. "Je n'accepte pas dans nos écoles qu'il y ait des tables de juifs et des tables de musulmans", a déclaré l'ancien président. Si un élève vient d'une famille où on ne mange pas de porc "eh bien le jour à la cantine où il y a des frites et une tranche de jambon, le petit ne prend pas de tranche de jambon et prendra une double ration de frites"
Comment à partir d’un postulat qui est de ne pas créer de ségrégation avec des tables dédiées au “sans porc”, on en vient à tenir des propos populistes et encore plus excluant, cela relève d’une sorte de talent... Et cela nous confirme que pour notre part nous ne sommes pas obligés de reprendre du rab’ de Sarkozy...
Sur ce sujet qui n’est pas si anecdotique que ça, Louise Tourret sur Slate.fr fait du fact checking” et contredit le candidat à la primaire : “Désolé Sarkozy, mais jambon/frites ce n’est jamais au menu de la cantine ”.
Il faut rappeler qu’en France, près de 70 communes interdisent la cantine aux enfants dont les parents sont au chômage. D’autres décident de mettre fin aux menus de substitution au porc. Dans les Inrocks, on revient sur ce sujet pour analyser comment “la cantine s’est transformée en lieu de crispation sociale, identitaire et sécuritaire” en s’appuyant sur une enquête développée dans l'émission Les pieds sur terre sur France Culture . Derrière les frites, la discrimination...

Réponses
Cette semaine a aussi été marquée par une série de réponses à des textes ou des déclarations parues précédemment.

Dans Le Monde, Cécile Ladjali réagit à l’émission d'Envoyé Spécial sur le recrutement des enseignants vacataires et surtout la réponse de la Ministre sur le plateau d'Élise Lucet : “Des émissions comme celle-ci nient le travail de milliers de professeurs honnêtes et investis. L’autorité de notre discours ne peut pas tenir face à celle de parents déjà circonspects à notre endroit, si les médias diffusent à tous crins de telles émissions aux heures de grande écoute. Enfin, notre action est condamnée à mort si notre propre ministre ne nous défend pas davantage. La parole du maître et du politique aura perdu toute sa force, si elle est laissée à la seule charge des médias qui procèdent par raccourcis et par mises en scène caricaturales.
Cette tribune est une belle illustration de l’état d’esprit d’un bon nombre d’enseignants et elle doit être lue comme telle. Cécile Ladjali prend, elle aussi, comme une attaque des enseignants une critique du fonctionnement du système. On est aujourd'hui dans une forme d'hyper-susceptibilité corporatiste qui nous conduit à prendre "pour soi" toute critique de l'institution et à sans cesse fustiger "le mépris" et évoquer à tort et travers la "souffrance" des enseignants. Et on en vient même à nier des évidences comme celles montrées dans ce reportage.

Sortons des faux débats ”. Dans une lettre ouverte aux candidats à la primaire de la droite (à lire sur LeMonde.fr), la ministre de l’éducation nationale critique leur volonté de supprimer des postes de professeur. “Le débat télévisé qui devait vous permettre d’exposer vos projets pour l’école a sacrifié le thème de l’éducation : c’est regrettable. Sur ce sujet plus encore que sur tous les autres, les Français ont droit à un débat de fond qui dépasse la surenchère démagogique sur l’autorité et les mensonges sur les réformes de ce quinquennat ” commence t-elle par déplorer. Et elle poursuit en se faisant plus précise : “vous proposez le tri précoce des élèves, toujours les mêmes. Dès le CP pour Nicolas Sarkozy, en créant des classes spéciales où reléguer les élèves en difficulté. En orientant dès la 6e vers une professionnalisation rapide pour Bruno Le Maire. Ou en développant l’apprentissage précoce à 15 ans, avant la fin de la scolarité obligatoire pour François Fillon. Comme si la démocratisation scolaire était allée trop loin. Comme si l’orientation subie et imposée n’était pas la source des frustrations et de l’échec. Comme si la relégation scolaire des élèves en difficulté permettait la revalorisation de la filière professionnelle que chacun appelle par ailleurs de ses vœux. L’école du libre choix, progressif, accompagné, réversible a déjà permis, elle, de diminuer de 30 000 en cinq ans le nombre de jeunes sortant sans qualification ? N’est-ce pas préférable ? […] L’école de la République, ses enseignants, ses élèves, nos enfants, à tous, méritent mieux que le grand bond en arrière que vous leur promettez.

A qui profite l’outrance sur l’école ?” C’est la question que pose Mattea Battaglia dans Le Monde à propos du livre « Mais qui sont les assassins de l’école ?», de Carole Barjon, journaliste à L’Obs (voir les bloc-notes du 9 octobre et du 25 septembre ). Et pour la journaliste, la réponse est claire : “A six mois de l’échéance présidentielle, n’y a-t-il pas un risque à marteler, à l’adresse des Français, que leurs enfants font les frais, au sein d’une école qui a renoncé à tout, d’une lutte interne à l’éducation nationale ? Il y a là un boulevard ouvert à tous ceux qui aiment taper sur le service public et déplorer l’abandon fantasmé des « fondamentaux ». Un refrain qu’entonnent les ténors de la droite
Et cet article est une sorte de préambule pour une réponse collective à ce même livre signée par une bonne partie des personnes mises en cause dans cet ouvrage. “Le mépris et l’ignorance ne servent pas le débat sur l’école ” c’est le titre donné à cette tribune par les co-signataires : Alain Boissinot, Viviane Bouysse, François Dubet, Roland Goigoux, Michel Lussault, Philippe Meirieu, et Florence Robine. Après avoir rappelé que le complotisme est un procédé indigne, facile et ancien, les auteurs se font plus incisifs encore : “On pourrait rire de cette litanie de la déploration si elle n’était le signe d’un double problème : d’une part, le caractère systématiquement nostalgique des propos publics sur l’éducation, sans doute parce que nous regrettons toujours, peu ou prou, le temps où nous étions plus jeunes, et parce que les élites imaginent que ce qui leur a si bien réussi doit réussir avec tout le monde.” et ils poursuivent “Oui, nous prenons au sérieux le problème des inégalités dans l’école et de l’accès à la langue française : c’est pourquoi nous refusons toutes les simplifications qui abusent le public, discréditent le travail des enseignants, ignorent les recherches et les comparaisons avec des systèmes scolaires parfois plus efficaces et plus équitables, afin de rassurer l’opinion en désignant des boucs émissaires.” Ils et elles rappellent aussi le peu de rigueur du travail de la journaliste comme l’avait déjà montré un article paru sur le site des Cahiers Pédagogiques . La conclusion mérite d’être citée en entier : “En réalité, le livre de Carole Barjon est l’expression d’un triple mépris : mépris de l’étude, de la recherche et de la réflexion ; mépris des enseignants, les principaux acteurs de l’école, qui travaillent avec les élèves tels qu’ils sont ; mépris des élèves qui n’ont pas la chance d’être conformes à un hypothétique idéal et qui ont l’arrogance de réclamer un peu de sens à ce qu’on leur enseigne. L’Ecole française ne va pas bien. Mais elle mérite mieux que ce mépris et cette ignorance, ce mélange de rumeurs et de théorie du complot. Elle mérite aussi qu’on cesse de lui rabâcher qu’elle n’aurait pas d’autre avenir que le retour vers un âge d’or qui n’a jamais existé.

Trump
Comment expliquer Trump aux enfants ?, Comment les enseignants français répondent aux peurs de leurs élèves... Voici deux titres trouvés dans la presse, ces derniers jours. On apprend aussi qu’à New York (qui a voté à plus de 80% démocrate), on a ouvert des cellules de soutien psychologique pour les élèves après l'élection de Trump...
Au delà de l’anecdote, la victoire de Donald Trump est un évènement qui interpelle bien au delà des frontières américaines. Peut-être parce que ce qui résonne tant en nous, en France comme dans le reste de l'Europe, c'est que cette dynamique que nous constatons aujourd'hui (et que nous n'avons pas su voir suffisamment) aux USA faite de repli sur soi et de défiance à l'égard des supposées "élites" et où nous payons la facture de la mondialisation, des inégalités, du chômage et de la précarité... cette dynamique là, nous avons la même en France...
Que fera le nouveau président ? On voit avec ses premières déclarations qu’il y a un décalage entre les propos de campagne et ce qu’il compte réellement faire. Au passage, on notera qu’il est donc maintenant complètement admis aux USA comme en France, qu’on peut raconter n’importe quoi avec la plus grande outrance pour se faire élire... A qui profite l’outrance ? cette question que nous nous posions plus haut trouve ici une réponse : aux démagogues...
En ce qui concerne notre centre d’intérêt ici, le prochain secrétaire à l'éducation de Donald Trump pourrait être Ben Carson . Il est connu pour être un young Earth creationist , c'est-à-dire qu'il considère que la Terre a entre 6 000 et 10 000 ans, et que la biologie évolutionniste est un mensonge. Il a aussi déclaré que c'était le héros biblique Joseph qui avait bâti les pyramides pour stocker des céréales…
Il faut rappeler toutefois que l’éducation est du ressort des états et même des comtés et le pouvoir du secrétaire à l’éducation est donc limité. Toutefois si on veut en savoir plus sur le programme de Trump pour l’éducation , on pourra aller lire le site VousNousIls qui en rappelle les points importants. Pour lui la mesure principale serait une refonte du socle commun éducatif pour les élèves âgés de moins de 12 ans. Il prône donc une éducation plus locale, qui n’est pas « initiée par les bureaucrates de Washington », et souhaite donc revenir sur le « Common core » instauré par Barack Obama en 2010. Ce dernier prévoyait une harmonisation des programmes à l’échelle du pays. L’une des priorités du nouveau président est aussi le développement du “School choice” un dispositif qui permet aux parents de choisir l’éducation qui convient le mieux à leurs enfants, entre l’école publique, privée, privée sous contrat ou encore l’enseignement à domicile. Trump se montre aussi favorable à une compétition entre les élèves au sein de l’école, affirmant que cela les rend « plus forts ».
Il n’a rien dit sur les frites...

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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