samedi, juillet 16, 2016

Débuter dans l’enseignement : Conseils et ressources 2016



Les concours enseignants de 2016 ont permis de recruter près de 25.000 nouveaux enseignants.
C’est donc un très grand nombre de nouveaux professeurs (jeunes ou moins jeunes) qui vont débuter à la rentrée 2016, même si les nouvelles modalités de formation mises en place depuis 2014 ont permis à la plupart d’entre eux d’avoir déjà une idée de ce qu’est le métier d’enseignant.
Sur mon blog, les deux articles les plus lus sont “Qu’est-ce qu’un bon prof ?” (plus de 26.000 visites) et “Conseils et ressources pour débuter dans l'enseignement – 2013” (15.000 visites). C’est bien la preuve que les préoccupations d’un bon nombre de mes lecteurs se situent dans cette problématique des débuts dans l’enseignement.
Mon précédent article datant de 2013, je vous propose une actualisation de ces conseils et ressources. Bien sûr une bonne partie des liens et des conseils contenus dans ce billet de 2013 (tout comme dans celui de 2009) sont toujours pertinents et je vous invite à les lire et les consulter aussi. Et surtout, à partager et mutualiser !


Réflexions et conseils personnels
Je me suis déjà souvent exprimé dans des textes ici même ou ailleurs dans la presse sur les questions de formation initiale et sur les débuts dans l’enseignement. C’est un sujet qui m’intéresse à plus d’un titre. On peut dire d’abord que j’écris les conseils que je n’ai pas eus quand j’ai débuté moi-même. Je suis aussi formateur en temps partagé (l’autre moitié de mon temps je suis prof en lycée) depuis 2006 et je vois quelques constantes dans les questions qui me sont posées chaque année. Enfin, j’ai été pendant une dizaine d’années responsable d’un mouvement pédagogique (le CRAP-Cahiers Pédagogiques) qui a beaucoup travaillé sur cette thématique.
Le dernier texte en date se situe sur ce blog. Je l’ai rédigé en complément de cette compilation. Il s’intitule “Conseils de (vieux) prof” et reprend sous forme de maximes plusieurs éléments déjà développés dans d’autres textes.
En particulier dans “Qu’est-ce qu’un bon prof ?” qui date de 2010. C’est le texte le plus consulté sur ce blog et il a donné lieu à de nombreuses reprises sur plusieurs sites.
Un autre texte récent se trouve sur le site de The Conversation. J’essaie d’y définir les exigences de l’enseignant d’aujourd’hui qui doit avoir “Cinq faire au feu”...
“Un (suffisamment) bon prof... ” est une tribune que vous pourrez lire dans le n°4 de la revue de l’Éducation (payant). Sur la question de l’autorité, j’ai aussi commis un article dans le nouveau Hors série Numérique des Cahiers Pédagogiques n°43 “Débuter dans l’enseignement” (Coordonné par Catherine Rossignol et Sylvain Connac) qui vient de paraitre (juin 2016). Je vous conseille évidemment la lecture de tout ce dossier ainsi que de la webographie-sitographie qui y est jointe.


Les Cahiers Pédagogiques : un outil d’auto-formation
Ce dossier fait suite au premier hors-série numérique publié par les Cahiers Pédagogiques en 2006 qui rassemblait des textes déjà publiés dans des numéros précédents. Intitulé Quelques outils et réflexions pour (bien) débuter dans l’enseignement .
Avant ce dossier, nous avions consacré plusieurs numéros aux débuts dans le métier. « Faire la classe au quotidien » n° 406 (septembre 2002) et « Premiers pas dans l’enseignement » n°418 ( novembre 2003), « Enseigner, un métier qui s’apprend » n° 435 (août 2005) ou bien encore un numéro sur « L’autorité » n°426 (septembre 2004) . D’autres numéros peuvent être plus aussi  utiles pour les débutants. «  Observer la classe » n° 511 (février 2014) est une activité qui mérite d’être questionnée alors que l’année de stage est ponctuée de nombreuses visites.
« La sanction » n° 451 (mars 2007) ou « As-tu fait tes devoirs ? » n° 468 (décembre 2008), « Aider à mémoriser » n° 474 (juin 2009) ou encore « Le climat scolaire » n°523 (septembre 2015) sont des thèmes qui peuvent intéresser les débutants. « Travailler par compétences » n° 476 (octobre 2009) est un des numéros qui a eu le plus de succès, il a été complété par plusieurs autres hors série et dossiers sur ce thème des compétences (et notamment le n° 491 « Évaluer à l’heure des compétences » ). Dans le prolongement de cette réflexion et dans la perspective de la réforme du collège, il faut citer aussi deux numéros récents : « Croiser des disciplines, partager des savoirs » n° 521 (avril 2015) et « Mettre en œuvre les EPI » N°528 (mars 2016)
Même si l’on peut considérer que tous les numéros contribuent à la formation, on peut encore citer plus spécifiquement  « Enseignant, un métier qui bouge » n°514 (Juin 2014) « La classe, pour apprendre et vivre ensemble » n° 481 (mai 2010), « Attention aux consignes » n° 483 (septembre 2010), « L’erreur pour apprendre » n° 494 (janvier 2012), « Quand la classe est difficile » n° 501 (décembre 2012).
Dans les hors série numériques, on trouvera aussi des ressources directement utilisables. Et donc en particulier ce nouveau Hors série numérique n°43 “Débuter dans l’enseignement” qui vient de paraitre avec plusieurs textes intéressant directement les débutants.


Butinages
Répétons le, la plus grande partie des ressources citées dans la compilation de 2016 sont toujours valables. Je ne vais donc pas les reprendre ici pour consacrer ce chapitre à quelques nouvelles découvertes et à l’actualisation de certaines ressources institutionnelles.

Commençons par une rubrique “spécial copinage” en allant voir les blogs de quelques amis. Mila Saint-Anne tient une chronique où elle aborde souvent le quotidien de sa classe et le travail par compétences.  J’apprécie particulièrement le billet intitulé « Quel est votre secret ? » . Guillaume Caron est prof de maths et consacre l’essentiel de son blog à cette discipline mais on y trouve aussi des articles plus généraux. Il faut citer en particulier  « Autorité : et si ça s’apprenait ? ». Toujours sur cette question de l’autorité, la référence incontournable reste l’article de 2006 de Bruno Robbes «Les conceptions actuelles de l'autorité » sur le site des Cahiers Pédagogiques. Sur la question de l’évaluation, je vous conseille d’aller voir ce que dit Laurent Fillion sur « Une certaine vision de l’évaluation ».

Dans les outils incontournables, il y a évidemment Néopass@ction qui rassemble des vidéos d’analyse de pratiques d’enseignants dans leur classe. Une mine de ressources et de réflexions.

Diversifier, le site de François Muller, l’auteur du « Manuel de survie à l’usage de l’enseignant (même débutant) » est une formidable boîte à outils pour tous les enseignants.

Le réseau CANOPÉ (ex-CNDP) propose un ensemble de ressources pour les nouveaux enseignants des 1er et 2nd degrés ainsi que des actualités utiles dans la pratique du métier d’enseignant, notamment des témoignages d’équipes pédagogiques ;
On pourra compléter que la banque de séquences didactiques ainsi qu’avec la page Canopé sur le Climat scolaire.

La CASDEN-Banque Populaire, une banque mutualiste destinée aux enseignants propose un site “Jeunes Profs

Sur le site “Vocation enseignant”, on pourra notamment consulter une page rassemblant 10 conseils pour bien débuter dans l’enseignement (inspirés du livre de Françoise Clerc, Sophie Genès et Nicole Priou. Hachette éducation - 224 pages - Juin 2011)

Les cercles des Cahiers pédagogiques proposent un forum destiné à ceux qui débutent dans le métier.

Dominique Pernoux a produit une sitographie pour bien débuter dans le métier de professeur des écoles.
L’ICEM34 présente  http://www.icem34.fr/pour l’organisation de la coopération en classe.
Sur le site de l’école Saint-Didier, Rémi Castérès liste une série de difficultés rencontrées par les professeurs des écoles débutants et tente d’y répondre. (mais c’est adaptable au second degré)

Enfin sur le site de FranceTv Éducation, on pourra voir plusieurs vidéos sur le métier d’enseignant



Cette liste ne prétend pas être exhaustive. Elle doit être d’abord complétée avec les liens proposés dans la compilation de 2013 que je ne rappelle pas ici. Mais elle peut être aussi enrichie de vos propres contributions. Vous pouvez les ajouter en utilisant la fonction “Commentaires” de ce blog ou en me contactant par le biais des réseaux sociaux, sur ma page Facebook ou sur mon compte Twitter.

Mutualisons !

Conseils de (vieux) prof...



Ne soyons pas trop généreux de conseils ; gardons-en pour nous-mêmes.” John Locke

Il y a toujours beaucoup de prétention à s’ériger en donneur de conseils. D’abord parce que le “conseilleur” n’est pas forcément lui même un modèle ni un exemple et peut avoir du mal quelquefois à appliquer ses propres conseils... Et puis ensuite parce qu’il n’y a pas une seule manière de faire et que toutes les situations sont particulières. Même s’il y a quand même des invariants, il faut que chacun puisse trouver son style.
Donc, mon premier conseil : méfiez vous des conseils ! (y compris des miens, mais que ça ne vous empêche pas de poursuivre votre lecture...)


Tout ne se joue pas lors de la première heure ! Il faut prendre du recul face à toutes ces généralités dites souvent sur un ton péremptoire “Ne pas sourire avant Noël”, “ne pas leur tourner le dos” et autres fadaises. Non, tout ne se joue pas dès la 1ère heure de cours. Vous risquez même d’être surpris par les quinze premiers jours qui vont souvent se passer dans une sorte d’état de grâce. C’est ensuite que les élèves vont vous tester et qu’il va falloir faire attention et tenir bon sur un certain nombre de principes. Mais, même là, tout ne se joue pas définitivement. On peut se rattraper même si on a mal commencé.


(je n'ai pas le téléphone de la 3ème fée...)
L’autorité ça s’apprend et ça se construit : une autre fausse évidence souvent entendue est celle sur l’ “autorité naturelle”. Et c’est souvent une angoisse chez les enseignants (et pas seulement débutants...) : vais-je me faire respecter ? Vais-je y arriver avec cette classe ? Il ne suffit pas de maîtriser les savoirs savants et scolaires pour être un bon enseignant. Il faut aussi avoir réfléchi à son rôle et aux questions d’autorité. L’autorité se construit au quotidien et tout au long de sa carrière. Et elle se construit aussi collectivement : quand il y a une cohérence au niveau de l’équipe et de l’établissement, que le climat scolaire est propice aux apprentissages, l’autorité est alors partagée et multipliée...


Dire ce que l’on va faire, faire ce que l’on a dit :  ce qui importe pour un enseignant (et au final pour tout adulte) c’est d’être cohérent et prévisible. C’est pourquoi il faut toujours annoncer clairement les règles que l’on va suivre et s’y tenir. C’est une question de clarté du fonctionnement et de respect vis à vis des élèves.
Cela veut dire aussi qu’il ne faut pas annoncer et promettre des choses qu’on ne peut pas tenir. C’est donc pour cela que s’il est souhaitable que ces règles et ces valeurs soient formulées explicitement, il peut être dangereux de s’enfermer dans un ensemble de contraintes trop important comme des « règlements de classe » interminables. La cohérence, elle se voit surtout dans les actes et dans les valeurs qui les sous-tendent.


Donner des repères va dans le même sens. Annoncer le plan du cours et/ou les objectifs, donner le temps pour chaque tâche, matérialiser par des rituels l’entrée dans l’espace particulier qu’est la classe sont des moyens de sécuriser l’élève. Une des fonctions majeures de l’enseignant c’est d’être garant du “cadre” et donc de rappeler les limites afin de garantir à chacun (y compris contre soi même) qu'il puisse bien y avoir la possibilité d'apprendre.


Enseigner est d’abord une relation (mais pas seulement)  : ce n’est évidemment pas que cela, mais si on ne crée pas d’abord le contact il ne peut pas y avoir transmission des connaissances… Il y a donc une dimension  affective et interpersonnelle essentielle dans l’acte d’enseignement. Qu’on s’en défende ou qu’on l’assume, notre métier ressemble aussi à celui d’un animateur au contact d’enfants : il faut gérer l’affectif, négocier... Mais être enseignant c’est aussi et surtout une question de savoirs et savoir-faire à apprendre aux élèves. Et pour cela mieux vaut avoir une certaine passion et transmettre la saveur des savoirs. Le risque est double : oublier les savoirs et ne plus être que dans le relationnel et à l’inverse être un savant qui oublie d’établir le contact et de se mettre à la portée des élèves.


En cas de conflit, décalez et dépersonnalisez : lorsqu’il y a de la tension, on perd (souvent) la raison. Réagir à chaud n’est pas forcément une bonne solution d’autant plus lorsqu’on court le risque de l’engrenage devant le reste de la classe. Il peut alors être utile de retarder et de décaler la confrontation en proposant par exemple d’en reparler à froid par exemple à la fin de la classe. Dépersonnaliser est un des grands principes du droit. Il faut distinguer l’acte et la personne. Celle ci a commis un acte qui n’est pas acceptable et c’est cela qui est l’objet du conflit et d’une forme de jugement. Mais (et c’est aussi un moyen de préserver l’estime de soi) celui qui commis cela n’est pas réductible à ce seul acte. Concrètement cela signifie dire à l’élève : “tu vaux mieux que l’acte que tu as commis ou les paroles que tu as dites


De la mesure en toute chose... : en cas “d’indiscipline” (bavardage, intervention intempestive, « insolence », …),  il faut graduer la riposte et ne pas monter tout de suite sur ses grands chevaux.  Il faut aussi quelquefois être (un peu) sourd et aveugle et savoir décider de ce que l’on relève et de ce qu’on ne relève pas
Il n’est pas nécessaire non plus de hausser le ton de la voix et encore moins de crier : l’énervement est interactif.


Ne pas confondre la classe et les individus : une classe c’est plus que l’addition de 30 ou 35 individualités. Elle a une personnalité qui lui est propre et des fonctionnements qui sont spécifiques. Il est utile de les connaître et de comprendre comment fonctionne un groupe.
Mais il ne faut pas tomber dans l’illusion d’optique inverse : se dire que “la” classe a compris à partir de quelques réponses qui vous font croire que, collectivement, les notions ont été assimilées. Sauf que  ce n’est pas “la” classe qui apprend mais une collection d’individus qui ne sont pas semblables, qui ont des profils d’apprentissages différents. Il faut donc se donner les moyens de vérifier les apprentissages individuels et ne pas se fier à une réaction en apparence collective.  


Permettre que l’individu profite du groupe et que chaque individu trouve sa place  dans le groupe : Même si la classe existe en tant que telle, elle ne doit donc pas faire oublier les individus qui la composent. Il faut trouver des dispositifs qui permettent à chacun d’évoluer à son rythme et de trouver sa place et d’apprendre de manière personnalisée. La coopération et l’entraide sont aussi des valeurs qui peuvent permettre au groupe d’exister au delà de la relation frontale prof/ classe.


L’ennui naît de l’uniformité : Certes, on a tous en mémoire de rares enseignants qui parvenaient à nous captiver par leur parole. Mais, on se souvient aussi de longs monologues où l’attention décroche assez vite. Ménager des pauses, varier les activités, sont aujourd’hui des règles d’or de la construction d’une séance de cours. Faire la classe, c’est donc aussi proposer des dispositifs et des supports variés pour combattre un éventuel ennui des élèves et offrir aussi par ce biais des opportunités différentes d’apprendre. 
Cette nécessité du rythme et de la variété des dispositifs permet la prise en compte de la diversité des profils d’apprentissage des élèves. On apprend pas tous de la même manière et il faut que le cours en tienne compte. 
Mais toutes les techniques et tous les dispositifs ne se valent pas. Ils doivent être aussi évalués sous l’angle des valeurs que l’on veut privilégier dans la classe.


Plus je parle, moins ils travaillent ; Cette formule est le titre d’un article de Raoul Pantanella dans les Cahiers Pédagogiques en 2002. Notre ami nous rappelle que si l’on veut faire apprendre les élèves, il est utile voire indispensable de les mettre en activité. On apprend mieux lorsqu’on est actif et acteur plutôt que lorsqu’on est spectateur du cours.
Si le cours magistral peut avoir son utilité (surtout pour l’ego du prof...), il ne peut être qu’une dimension du cours. On est bien plus efficace lorsque on est dans le côte à côte que dans le face à face...


L’expert ne doit pas oublier qu’il est un ex-pair : l’enseignant a un devoir d’empathie et doit être capable, pour comprendre les erreurs (et pas les “fautes”…) de ses élèves de comprendre ce qui peut les provoquer. Rien de pire qu’un enseignant « qui ne peut pas comprendre qu’on ne peut pas comprendre ». (Bachelard).
Le problème, si l’on peut dire, c’est que bien souvent, l’enseignant est un ex bon élève… Alors qu’il est utile pour exercer ce métier de se rappeler les expériences  où l’on a été soi-même en situation d’échec ou du moins en difficulté


Être optimiste... : Comment faire ce métier si on ne croit pas un tout petit peu que son action peut changer le destin ou du moins les connaissances de ceux que l’on a en face de soi  et les faire progresser ? Célestin Freinet finissait la liste de ses invariants par  l'optimiste espoir en la vie”. Philippe Meirieu parle du “postulat d’éducabilité” et cite souvent cette phrase du philosophe Alain « l’on ne peut instruire sans supposer toute l’intelligence possible dans un marmot ».
Notre métier est à la fois ambitieux et modeste. Ambitieux car on se fixe des objectifs élevés pour les jeunes qui nous sont confiés. Modeste car on ne sait que très rarement si notre enseignement a eu un effet durable malgré les résistances à apprendre. Modeste aussi, car nous devons lutter également contre le poids des déterminismes sociaux et la rigidité d’un système éducatif qui peut lui aussi créer des inégalités malgré nos actions individuelles.
Mais, en tout cas, être pessimiste, ou pire encore cynique, est selon moi presque une faute professionnelle !


Philippe Watrelot
16 juillet 2016

➜ Ce texte a été conçu pour venir en complément d'une compilation de liens intitulée “Débuter dans l'enseignement : Conseils et ressources 2016”


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dimanche, juillet 03, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 27 juin au 3 juillet 2016





- Orientation- École du XXIe siècle - CLIC – une année s’en va..- une autre vient... - .



Dernier bloc-notes de l’année (scolaire). On y évoquera les sujets de la semaine, et il y a de quoi dire entre un rapport sur l’orientation, une série d’articles sur l’école du XXIe siècle et le congrès de la classe inversée. Mais on en profitera aussi pour faire un petit retour sur l’année (scolaire) écoulée et sur ce qui nous attend à la rentrée. Mais d’ici là..., vacances !




Orientation
Le rapport de la semaine c’est un rapport publié le 29 juin par une commission du Sénat pilotée par Jacques-Bernard Magner (PS-Puy-de-Dôme) et dont le rapporteur est Guy-Dominique Kennel (LR-Bas-Rhin) qui fait le point sur le système d'orientation scolaire. Ce texte, adopté à l’unanimité, met en avant le manque de transparence des procédures et les hypocrisies de l'institution et fait une vingtaine de propositions pour une orientation «plus juste, plus efficace, plus transparente et mieux choisie»
Ce rapport a fait l’objet de quelques comptes-rendus. Un dans Le Figaro et un autre lisible dans le journal Le Monde . Et il ne faut pas oublier évidemment la revue de presse du jeudi 30 juin proposée par Bernard Desclaux.
Le rapport préconise de donner davantage de lisibilité et de cohérence à l’organisation des acteurs de l’orientation, notamment par le transfert du réseau Information Jeunesse et des CIO aux régions. La mission d’information propose que dans les établissements, l’orientation devienne « l’affaire de tous». Les professeurs seraient formés au conseil en orientation et découvriraient le monde professionnel au travers d’un stage d’une durée d’un mois dans les premières années de leur carrière. Les conseillers d’orientation-psychologues eux, recentreraient leurs missions sur le suivi psychologique des élèves en difficulté. Le rapport salue aussi la création d’un « parcours avenir » au collège : il s’agit d’un ensemble de connaissances, de compétences, d’activités de découverte professionnelle (visites d’entreprise, mini-entreprises, rencontre avec des professionnels), dont le but est d’aider les élèves à mûrir leur projet. Mais les sénateurs déplorent que ce parcours ne dispose pas d’horaire dédié. Pour le rendre effectif, ils proposent de lui allouer une heure par semaine. Les sénateurs souhaitent également une revalorisation de l’orientation en voie professionnelle. Au lycée, un « droit à l’erreur » serait rendu possible par le développement de stages passerelles, de stages de remise à niveau pendant l’été et de « parcours montants » pour passer d’une voie à une autre sans perdre une année. On notera aussi que le rapport souhaite plus de transparence et de lisibilité des procédures d’affectation AFFELNET et Admission post bac.

École du XXI eme siècle ?
Cette semaine Le Monde proposait un gros dossier intitulé “Quelle école pour le XXIe siècle?” (titre de l’article d’ouverture d’Emmanuel Davidenkoff). En fait l’angle retenu pour ce dossier est celui de la capacité d’innovation du système éducatif et l’article d’Emmanuel Davidenkoff tente de répondre à cette question en se plaçant dans une dynamique prospective et internationale. Véronique Soulé dans un autre article, L’éducation nationale, entre innovation et conformisme montre le paradoxe au sein d’une éducation nationale qui encourage officiellement, et de manière un peu incantatoire, l’innovation mais qui reste marquée par un pilotage extrêmement dirigiste. Dans ce dossier on trouve aussi un portrait de Nadine Coussy-Clavaud une des fondatrices du collège Clisthène de Bordeaux et un reportage sur l’école des Bosquets dans le Val d’OIse. On pourra lire également une interview d' Andréas Schleicher, le père du classement PISA de l’OCDE . Il revient d’abord sur la notion de compétences et sur la pédagogie : “Il ne s’agit pas d’ajouter de nouvelles matières, mais de changer les méthodes. Il faut enseigner moins de choses, mais le faire mieux ; donner aux élèves l’opportunité de prendre des risques et d’accepter leurs erreurs. En maths, par exemple, ce n’est pas la peine de connaître toutes les formules. Il s’agit d’apprendre à penser comme un scientifique. ”. Il préconise aussi une nouvelle forme de gouvernance : “ Le système français isole les professeurs. C’est une organisation industrielle, avec un ministère qui écrit les programmes et des enseignants qui obéissent. Il faut leur faire davantage confiance, leur donner plus de responsabilités. Les chercheurs dont les publications sont les plus citées sont promus. Il faudrait faire de même à l’école. Inciter les enseignants à mettre leurs cours sur une plate-forme numérique. Et promouvoir ceux dont les cours sont les plus partagés. Chaque enseignant devrait être un entrepreneur social, à même de construire le futur.
En bref un dossier qui donne à réfléchir. Mais en France, on s’intéresse moins à ce qui est dit qu’à qui le dit. “D’où tu parles ?” disait une formule bien désuète aujourd’hui mais dont la logique est toujours à l’œuvre. Dans le petit microcosme constitué par les enseignants qui réagissent sur Twitter, le seul fait que les propos viennent de l’OCDE suffit à les disqualifier. La meilleure illustration de cette position nous est donnée par un billet de blog de Jean-Yves Mas sur Médiapart : “"L'école du XXIe siècle " ... au service du capital ”. Ce texte qui prétend combattre les poncifs accumule de nombreux amalgames en s’acharnant sur les “compétences” et en étant dans une sorte de déni des dysfonctionnements du système éducatif.
Autre sujet de polémique : ce dossier a été réalisé en partenariat avec la fondation Ashoka, une fondation d'"entrepreneurs sociaux" qui organisait une soirée mercredi au Grand Rex à Paris pour “Redessiner l’éducation” . Là aussi les critiques n’ont pas manqué pour dénoncer la collusion du Monde avec ce qui est qualifiée d’officine de la “marchandisation et de la privatisation rampante de l’École”. Ce qui est un peu réducteur pour définir une galaxie extrêmement complexe qui est celle des “entrepreneurs sociaux” (qui sont plus entrepreneurs que sociaux me semble t-il) où l’enjeu pour l’instant semble être surtout de se situer dans une logique complémentaire aux marges de l’école et en soutien des initiatives et des projets innovants. Mais effectivement, cela dessine une tendance de l’évolution du système éducatif qu’on voit poindre aussi dans d’autres pays où les “fondations” (financées par des entreprises privées) prennent une part plus ou moins importante de l’action éducative et où la frontière entre le secteur “associatif” et le privé est de plus en plus difficile à tracer.
L’École du XXIème siècle peut être aussi ultra-libérale... C’est l’annonce récente du renforcement du contrôle des écoles hors-contrat qui a mis le projecteur sur ce phénomène qui se développe. Un article de Libération montre les contradiction de certains députés LR qui ont été amenés à signer, dans le Figaro de ce mercredi, une tribune condamnant fermement une réforme qu’ils avaient pourtant eux-mêmes réclamée, deux mois plus tôt, dans un texte défendu par Eric Ciotti. Les députés s’insurgent : “Les écoles privées hors contrat ne doivent pas être soumises à autorisation !”. On retrouve aussi le même discours chez la philosophe Bérénice Levet qui donne un long entretien au Figaro où elle fait la promotion de ces écoles hors-contrat qui sont, selon elle, une réponse à la “faillite de l’ Éducation Nationale”. On peut lire aussi dans le Café Pédagogique un compte rendu très intéressant sur la rencontre entre le SNALC et la Fondation pour l'École (que F. Jarraud qualifie de “Tea Party” à la française). Ce qui est intéressant c'est surtout la description du projet et l'analyse des enjeux de cette fondation qui promeut une approche ultra-libérale de l'éducation couplée à une vision traditionnelle de la pédagogie.
Le problème c’est que dans cette contestation du contrôle renforcé du hors contrat on trouve aussi des structures qui proposent, quant à elles, des pédagogies plus innovantes et qui s’inscrivent dans la tradition de l’éducation nouvelle. Ce qui complique le jeu et la lecture de cette mouvance.
Ces tendances que nous évoquons nous montrent plusieurs choses. Tout d’abord que le modèle du service public d’éducation “à la française” marqué par un poids important de l’État et un contrôle centralisé des personnels et des contenus n’est pas la seule offre qui existe dans le monde. On peut penser que cela ne nous concerne pas directement mais les collusions entre la droite et ce type d’organisation nous montrent que les risques sont réels et pas si éloignés que ça...
Ensuite, on peut se demander comment réagir. Tous ces phénomènes distincts mais convergents prospèrent sur les difficultés d'évolution du service public de l'Éducation et ses limites. Il faut évidemment s'en inquiéter mais le meilleur moyen de défendre le service public d'éducation n'est surement pas le repli frileux et conservateur mais plutôt de prendre en compte cette interpellation et l’ardente obligation de lutter contre les inégalités pour le faire évoluer de l'intérieur.

CLIC
Cette fin de semaine (du 1er au 3 juillet) se tenait CLIC2016, le congrès de la classe inversée organisé par l’association Inversons la classe (en partenariat avec les Cahiers Pédagogiques. Même si la couverture médiatique n’a pas été aussi importante que cela, cela a comme trop souvent, déclenché des réactions vives et immédiates sur les réseaux sociaux et sur Twitter en particulier.
Certains se sont agacés du bruit médiatique accordé à cet évènement et opposent à ce qu'ils qualifient de fausse innovation la “pédagogie ordinaire" qui serait méprisée et niée par ce genre d'événement et ceux qui s'engagent dans cette réflexion. 
C'est à mon avis une fausse polémique ou en tout cas un débat bien mal posé...
Ceux que je connais qui pratiquent la classe inversée sont des personnes modestes et qui sont en situation de recherche. Pas des détenteurs d'une vérité et d'une solution miracle comme aimeraient le faire croire leurs contempteurs. 
Ce qui est détestable dans les débats sur l'école c'est la multiplication des procès d'intention et la propension à l'hyper-susceptibilité... 
Je me répète, je ne vois nul mépris d'une supposée “pédagogie ordinaire" chez ceux qui se lancent dans cette expérimentation. 

On semble déplorer aussi la couverture médiatique et institutionnelle de l'évènement et l’injonction implicite à innover qui en découle. Il est vrai que d'une certaine manière la présence de la Dgesco Florence Robine en ouverture de ce congrès suffit, dans la logique d'exacerbation du “camp contre camp" qui caractérise la période actuelle, à décrédibiliser cet évènement aux yeux de ceux qui raisonnent ainsi... 

On peut aussi se demander si les raisons de cet engouement ne sont pas aussi à chercher dans le fait qu'on trouve dans ce congrès rassemblées des personnes qui apportent la preuve que l'esprit de recherche et d'expérimentation est bien présent dans la grosse machine qu'est l'Éducation Nationale alors que ce n'est pas l'image (à tort selon moi) qu'elle donne dans les médias.
Car, finalement, s'il y a un vrai débat ce serait peut-être celui qui oppose l'enthousiasme et l'expérimentation au cynisme et à la déploration. Si le CLIC cristallise les critiques c'est peut-être, à son corps défendant, parce qu'il sert de révélateur de cette situation de malaise qui traverse le corps enseignante et aboutit à cette agressivité et cette hyper-susceptibilité. Le dénigrement de collègues, les procès d'intention, toutes les attaques (dont certaines insultantes) sur la "pédagogie", tout cela me semble excessif et immérité. Faire apprendre et réussir les élèves, lutter contre les inégalités, devrait être notre objectif à tous et ce qui nous rassemble.

Une année s’en va...
Cette polémique évoquée plus haut est d’une certaine manière à l’image de toute l’année scolaire qui vient de s’écouler. On en ressort avec le sentiment que les positions se sont cristallisées et les ressentiments se sont exacerbés avec beaucoup d’agressivité notamment autour de la réforme du collège. Du moins dans les discours (et ces fameux réseaux sociaux !). Reste à savoir si dans les établissements, ces postures tiennent toujours ou si on parvient malgré tout à un travail collaboratif.
La revalorisation des salaires des enseignants a été la grande annonce de cette année pré-électorale. Alors qu’on apprend la disparition de Michel Rocard, il faut se souvenir que c’est lorsqu’il était premier ministre et que Lionel Jospin était ministre de l’éducation qu’a eu lieu la précédente revalorisation. Mais il faut aussi se souvenir qu’on avait raté alors une occasion historique de faire vraiment évoluer les statuts et le métier enseignant... Saura t-on éviter ce piège cette fois ci ?
Le climat de défiance à l’égard du gouvernement d’une bonne partie de la gauche et qui se combine avec un sentiment toujours très fort de lassitude impatiente et de déclassement des enseignants font penser que cette revalorisation et les efforts menés dans le domaine de l’éducation ne seront pas forcément déterminants dans les votes futurs. Et il est vrai aussi que les effets des réformes et des dépenses publiques (les fameux 60.000 postes) tardent à se faire sentir. On l’a suffisamment répété : le temps de l’éducation n’est pas celui du politique !
Si l’année a été marquée par la suite des tensions et des conflits autour de la réforme du collège, on en a vu d’autres arriver. Enseignement de l’arabe, dictée, laïcité, réforme de l’orthographe , contrôle des écoles hors-contrat,... les sujets de polémiques plus ou moins fabriqués n’ont pas manqué. Najat Vallaud-Belkacem semble avoir remplacé Christiane Taubira comme cible préférée des attaques de la droite.


...une année arrive
La prévision est un art difficile surtout quand elle s’applique à l’avenir” disait JM Keynes. On ne s’y risquera pas. Mais on peut d’ores et déjà constater des tendances qui risquent de se poursuivre durant l’année prochaine qui, je ne vous apprends rien, sera marquée par l’élection présidentielle.
Les thèmes conjoints de l’École et de la jeunesse avaient été au cœur de la campagne de 2012. Au minimum, l’année qui vient sera l’occasion de faire le bilan des promesses et de la politique menée dans ce domaine. Le gouvernement a t-il été “fidèle aux postes” ? , et plus globalement quel bilan peut-on faire de la refondation ? et est-ce que ça va mieux ?. Ces questions seront mises à l’agenda politique. Mais on peut penser que la question de l’École fera aussi partie de la campagne de 2017. La question de la gouvernance du système et de sa finalité est posée par de nombreux candidats. On a vu en particulier le (presque) candidat Sarkozy fustiger le “pédagogisme” et promettre des réductions de postes et le salaire au mérite. Il y a de quoi s’inquiéter en écoutant certaines déclarations et prises de position.
Dessin de Jimo
Du côté gouvernemental, même si on a présenté les assises de la refondation comme un “bilan d’étape”, on peut craindre que l’année qui vient soit surtout une année de consolidation et de promotion des réalisations plutôt qu’un moment de nouvelles réformes de fond. On évitera d’aborder de nouveaux sujets qui fâchent. Même si tous les chantiers n’ont pas été ouverts ou achevés: lycée, évaluation, métier enseignant, gouvernance...
Ce qui m’inquiète le plus, comme je disais plus haut, c’est la nature du débat au sein du monde enseignant. Les positions semblent figées et exacerbées. Et la violence des propos est dangeureuse. Le dénigrement des collègues constitue une sorte de limite qui a été franchie. On voit aussi que la réforme sur le collège et d’autres mesures ont fait resurgir des débats et des positionnements qui, malgré les dénégations de certains, montrent le conservatisme et l’élitisme qui sont toujours à l’œuvre. Saurons nous dépasser collectivement ces tensions dans nos établissements et dans le débat public ? C’est un des enjeux de l’année qui vient.
Mais en attendant... Bonnes vacances !

et Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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dimanche, juin 26, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 20 au 26 juin 2016



- Bac et Brevet – Rapports et palmarès - Régions - Lectures - .


Cet avant dernier bloc notes avant les vacances ne parvient pas à contourner tout à fait le marronnier du bac et du brevet. Mais on s’intéressera aussi à plusieurs rapports qui nous donnent des clés d’analyse du système éducatif français. On évoquera aussi quelques décisions prises dans les régions avant de finir par quelques lectures et une réflexion sur l’optimisme.


Bac et Brevet
Suite du marronnier du Bac cette semaine.
Chaque sujet est scruté attentivement et peut potentiellement être l’objet de polémiques. Il faut signaler qu’il y a une erreur dans l’épreuve de spécialité mathématique du Bac S : un plus à la place d’un moins dans une équation. On a promis d’ajuster les barèmes. Pas d’erreur dans le sujet de SES mais un sujet de dissertation prémonitoire sur les difficultés d’harmonisation des politiques économiques au sein de l’Europe...
On a vu aussi cette semaine apparaitre une pétition Pour que les terminales arrêtent de se plaindre du Bac 2016. Elle a recueilli plus de 2000 signatures et c’est surtout une manière de se moquer avec humour de la multiplication des pétitions d’élèves pour protester contre les sujets du bac. Celle qui a surtout retenu l’attention cette année, c’est une pétition contre l’épreuve d’anglais, qui demandait de situer Manhattan. Cette pétition dont nous parlions la semaine dernière déjà a recueilli plus 15.500 soutiens. La moquerie est facile et certains ne se privent pas d’entonner la rengaine du “niveau qui baisse” et des “jeunes qui ne veulent plus faire d’efforts”. Essayons d’aller plus loin... Ce que semble vouloir dire les jeunes qui ont signé la pétition c’est qu’en demandant de dire quelle était la ville où se situait l’action, on demandait des choses qui ne figuraient pas dans le texte. D’une manière générale mon réflexe premier est en effet de dire qu'on doit évaluer uniquement ce qui est enseigné et éviter l'implicite qui est souvent le moyen d'évaluer le capital culturel des familles des élèves. Mais ici les choses sont un peu plus complexes. Car, il faut d'abord rappeler que dans les cours d'anglais on ne se préoccupe pas que de communication mais aussi de civilisation. Et les références à New York sont nombreuses (y compris dans les autres documents du sujet !). De même cela est enseigné aussi en Histoire-Géographie. Mais il fallait décloisonner les connaissances alors que notre système éducatif segmente et cloisonne les savoirs. La question renvoie donc à l'évaluation de la capacité des élèves à mobiliser les ressources pertinentes pour traiter une situation complexe. C'est finalement un des enjeux majeurs de l'évolution de l'évaluation.
Il n’y a pas que le bac ! Signalons aussi que jeudi et vendredi dernier ont eu lieu les épreuves du Brevet des Collèges. C’était la dernière fois sous cette forme avant l’entrée en vigueur de la réforme du collège, l’an prochain. En 2017 le nouveau Brevet comptera cinq épreuves dont une orale, au lieu de trois écrits jusque-là. Signalons une interview de François Dubet dans L’Obs qui répond à la question “Mais à quoi sert encore le brevet ? ”. Même s’il prédit sa disparition, pour lui, le brevet a trois fonctions. Il a encore une fonction pédagogique en organisant le travail des deux années en amont. Il a aussi une fonction symbolique : “L’école française vit à l’ombre de totems, dit-il L’opinion tient à ce qu’il y ait des examens nationaux, qui renvoient au modèle de l’école de la République, une et indivisible. Un mythe, on le sait, puisque chaque établissement fait un peu ce qu’il veut, et que les différences de niveau entre les collèges sont considérables. On le sait, mais on conserve le décor.” Et enfin le brevet a un rôle sociologique. “C’est un rite de passage pour les élèves, un baptême du feu, comme les sociétés traditionnelles ont des rites initiatiques. Décrocher le brevet, c’est rentrer dans le monde des grands –moins que le bac, certes, mais cela marque une étape.

Rapports et palmarès
La semaine qui vient de s’écouler a été marquée par la publication de plusieurs rapports et palmarès qui invitent à réfléchir sur notre système éducatif.
Comme le souligne Le Monde en présentant ce rapport , en dépit des politiques et des discours sur l’égalité des chances, le système scolaire français reste fortement marqué par des écarts de réussite. Il ne parvient pas à réduire ce « noyau dur » d’élèves en difficulté, qui sont en grande majorité issus de milieu social défavorisé. La dernière étude en date, réalisée par le service statistique du ministère de l’éducation nationale, la DEPP, vient confirmer ce constat. Publiée mardi 21 juin, elle montre que dans l’ensemble, à la fin de l’école primaire, près de 20 % des élèves n’ont pas les bases suffisantes en français ; ils sont environ 30 % dans ce cas en mathématiques et en sciences. Entre enfants de milieu favorisé et enfants d’origine défavorisée, c’est le grand écart : quand 90 % environ des premiers ont les « acquis attendus » dans les deux domaines, ils sont moins de 70 % en français et seulement 55 % en mathématiques et en sciences, dans les familles les plus modestes.
Dans un article sur Slate.fr, Thomas Messias revient sur un récent rapport de l'OCDE sur le lien entre le niveau en mathématiques et l’origine sociale (évoqué aussi par La Croix ). Le constat est le même que pour le rapport précédent. La France semble être le pays qui creuse le plus franchement le fossé entre les élèves les plus favorisés et les moins favorisés. À la question «avez-vous souvent entendu parler des fonctions du second degré?», environ 80% des élèves favorisés de France ont répondu par l’affirmative, contre environ 42% des élèves défavorisés. Un écart de 38 points qui fait peur lorsqu’on le compare aux chiffres venus de Shanghaï ou de Rome (10 points environ). La France tire ses élites vers l’élite, et laisse vivoter les élèves du bas de l’échelle, sans réelle perspective d’évolution. Thomas Messias rappelle aussi que les élèves issus des familles les plus aisées fréquentent généralement les établissements les plus favorisés, qu’ils soient publics ou privés. Lorsqu’ils connaissent des difficultés, ils ont souvent la chance de pouvoir se faire aider à la maison. En 2013, un rapport du Centre d’analyse stratégique estimait que 40 millions d’heures de cours particuliers avaient été dispensés en France, ce qui en faisait le pays numéro 1 du soutien scolaire dans l’Union européenne.
Sur son blog hébergé par Le Monde Éric Charbonnier, expert OCDE se penche quant à lui sur un aspect de l’enquête internationale de l’OCDE sur l’enseignement et l’apprentissage (TALIS). TALIS 2013 confirme que la culture de collaboration au sein des établissements est un ingrédient indispensable à la réussite éducative. Il est montré par exemple, et de façon explicite, que créer une culture de collaboration au collège contribue à améliorer l’apprentissage des élèves car les enseignants unissent leurs efforts, se penchent ensemble sur les difficultés d’apprentissage, sur la conception des leçons et sur les démarches pédagogiques à adopter pour améliorer la performance d’ensemble de leur établissement. Eric Charbonnier constate qu’en France cette démarche collaborative est rarement encouragée par le système. Un chiffre parmi beaucoup d’autres, en France, à peine 2 enseignants sur 10 déclarent par exemple recevoir des commentaires de leurs collègues après une observation de leur façon d’enseigner en classe, alors que c’est le cas de plus de 4 enseignants sur 10, en moyenne, dans les pays de l’enquête TALIS. En Corée, cette proportion atteint même 84%. Notre expert conclut : “La France est donc bel et bien (avec la Région flamande de Belgique) le seul des 32 pays de l’étude qui cumule au collège une faible collaboration à la fois entre enseignants et entre le chef établissement et ses équipes pédagogiques. Alors que la réforme du collège doit se mettre en place à la rentrée 2016/2017, on est en droit de se demander si les enseignants seront suffisamment préparés à travailler ensemble sur les ateliers pluridisciplinaires. On est tout autant en droit de s’interroger sur la capacité des chefs d’établissement à élaborer des projets pédagogiques avec leurs enseignants. Certes, ils ont tous été formés quelques jours cette année à ce virage à 180 degrés. Mais est-ce bien suffisant pour que cela fonctionne dans la majorité des établissements? Est-il possible de créer une culture de collaboration en une semaine alors que le système tout entier n’a jusqu’à présent rien fait pour encourager la mise en place de cette culture pluridisciplinaire ?
En attendant la prochaine livraison de Pisa en décembre prochain, cette semaine a été proposé un nouvel indicateur. La présentation s’est faite jeudi 23 juin à l’occasion d’un colloque intitulé “scénarios pour une nouvelle école” (auquel je participais), par le Collège des Bernardins – un «lieu de dialogue et de réflexion avec la société civile» dépendant du diocèse de Paris. Il a été notamment élaboré par Bernard Hugonnier un ancien expert de l’OCDE. En se servant de données déjà disponibles dans les enquêtes internationales, et en se centrant toujours sur les élèves de 15 ans révolus, le rapport combine plusieurs critères avec en tout une trentaine d’indicateurs Parmi ceux ci, on trouve “l’efficience“, l’ “équité” ou encore “l’engagement des enseignants” et des élèves. Comme on l’a fait remarquer lors de la présentation, aucun pays n’arrive en tête sur plus d’un critère. Mais, on le sait malheureusement, on aime bien les palmarès... Et c’est donc essentiellement sous cet angle que cet outil est traité. Ainsi Le Figaro comme d’autres journaux nous apprend que l’indicateur dit « des Bernardins » place donc l’école française à la 25e place parmi les 34 pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Et la compilation des données montre un système éducatif français qui manque d'équité et d’efficacité, où de nombreux élèves sont malheureux d'aller à l'école, absents, peu motivés… et les professeurs moins investis qu'ailleurs. Et au risque de se répéter, là où la France est sérieusement à la traîne c’est en matière d'équité, c’est-à-dire la capacité à limiter l'impact du milieu familial sur les performances des élèves. Pour une école plus juste et plus efficace, il y a encore du boulot...

Régions
On commence à voir les effets des dernières élections régionales (et départementales). Et en particulier dans le domaine de l’Éducation.
Se rendre au lycée pour un élève non boursier coûtera deux fois plus cher dans toute l'Ile-de-France dès la rentrée, nous apprend Le Point. De 180 euros par an, le prix de la carte Imagine'R passerait à 341,90 euros à la rentrée 2016. La FCPE observe que cette hausse du coût des transports pénalise particulièrement les lycéens des établissements d'enseignement professionnel. “Ces jeunes ne pourront plus choisir librement des lycées éloignés de chez eux, ils opteront pour des établissements plus proches, au détriment du choix de la filière. Toutes les études sur l'échec scolaire montrent que ce sont ces jeunes-là qui, mal orientés, quittent l'éducation nationale au premier trimestre de seconde. ” estime un responsable de cette fédération.
La politique menée par Valérie Pécresse, la présidente de Région donne lieu à des confrontations de tribunes. Ainsi, le socialiste Yannick Trigance dans une tribune publiée sur le Huffington Post s’insurge contre une autre tribune publiée sur le même site par Agnès Evren, vice présidente de la Région chargée de l’Éducation. Et il s’indigne surtout contre le fait qu’au nom de la “liberté scolaire” Mme Pécresse a décidé d'accorder des financements non obligatoires aux lycées privés - manuels scolaires, équipement, etc. Il en résulte que les lycées publics se voient mathématiquement retirer des moyens de financement, cette mesure étant prise à budget quasi constant. Elle aurait aussi réduit de 2M€ le budget « Réussite pour tous » qui soutient les projets de lutte contre le décrochage.
C’est ce qui semble se produire aussi dans la région Auvergne Rhône-Alpes. Fin mai, le conseil régional décidait de supprimer l'ensemble des subventions accordées aux organismes de lutte contre le décrochage scolaire. Cela va notamment avoir des conséquences très douloureuses pour une des pionnières, l’association La Bouture qui va perdre 65.000 euros, soit la moitié de son budget annuel. Or,"La Bouture" a un rôle central dans la région, notamment à travers le CLEPT de Grenoble, le collège lycée élitaire pour tous qui a ouvert ses portes en novembre 2000 et qui accueille chaque année une centaine de volontaires âgés de 15 à 22 ans. D'autres dispositifs du plan de raccrochage de la région Rhône Alpes sont dans les mêmes difficultés.
Plusieurs années d’un travail de longue haleine et dont les résultats ne se voient pas immédiatement sont sacrifiées. Et on voit bien que plus encore que l’argument de l’austérité budgétaire, ces décisions sont aussi et avant tout idéologiques.

Lectures
Il y aurait encore bien d’autres points à aborder dans cette semaine somme toute assez riche sur le plan de l’éducation. J’invite tous mes lecteurs à se reporter à la revue de presse quotidienne qui détaille cette actualité. On peut aussi aller voir la veille pratiquée sur Twitter ainsi que les articles présentés sur mon “mur” Facebook (et souvent très débattus !) pour en savoir plus .
Cette semaine, un des articles les plus rediffusés sur les réseaux sociaux que j’anime a été un article paru dans La Croix et intitulé Enfants : et si on les laissait s’ennuyer ? ”. “Le temps libre et l’ennui sont indispensables pour accéder à nos pensées longues, à notre imaginaire, et c’est ce voyage intérieur qui aide un enfant à devenir plus autonome” explique le psychothérapeute et philosophe, Stéphane Szermann. Et il ajoute : “Les parents sont souvent persuadés qu’il faut les occuper, leur proposer des tas d’activités pour les aider à grandir, mais c’est au contraire de calme et de temps morts dont ils ont besoin pour s’épanouir. ”.
Pas loin derrière en nombre de “like” et de retweets”, vient un article de Slate.fr qui demande “Et si on obligeait les élèves et les profs à lire quinze minutes par jour?”. En fait, le texte relate l’expérience menée depuis quinze ans dans lycée francophone d’Ankara : un temps de lecture obligatoire quotidien de quinze minutes, pour tous les personnels et les élèves, du CP à la Terminale. La formule semble séduire et suscite de nombreux commentaires positifs.
Finissons avec une note d’optimisme... Enfin, pas vraiment... puisque l’objet de cet article paru dans “M” le magazine du journal le Monde est plutôt de déplorer le manque d’optimisme dans notre beau pays. Du moins de l’optimisme affiché et collectif car comme le remarque un observateur il s’agirait d’une manière d’afficher sa solidarité lorsqu’on ne s’estime pas si mal loti. Le problème c’est que ce pessimisme confine à la prophétie auto-réalisatrice. Pour Simon Kuper du Financial Times : “les Français pensent qu’ils sont moroses parce que la situation est terrible. En fait, la situation leur semble terrible parce qu’ils sont moroses. ”.
Quel rapport avec l’éducation ? Simon Kuper suggère de payer les enseignants à complimenter les élèves. Parce que, a-t-il observé, les Français entendent des critiques depuis leur premier jour d’école, ce qui compromettrait définitivement leur capacité à se réjouir. Claudia Sénik, une économiste qui a étudié cette question fait valoir que les immigrés, qui ne sont pas passés par le système éducatif français avant 10 ans, n’affichent pas le même déficit de bien-être et de confiance en l’avenir. Une autre hypothèse éducative voudrait que notre pessimisme soit culturel, qu’on nous ait inculqué très tôt que “l’intelligence critique est plus valorisée que d’avoir un esprit positif”. Et c’est ainsi que, comme le note le philosophe Michel Serres, “l’optimiste passe pour un imbécile”...
Sachons donc dans l’enseignement comme dans l’engagement, “conjuguer le pessimisme de la raison et l’optimisme de la volonté” selon la belle formule de Romain Rolland reprise par Gramsci. À bas le cynisme, vive l’optimisme !

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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dimanche, juin 19, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 13 au 19 juin 2016



- Marronnier – Bac 2.0 – Bac pro – Lectures - Médias .


Bac, Bac, bac... Il n’y en a (presque) que pour le bac dans ce bloc notes. Le baccalauréat est le marronnier par excellence . Au passage, on apprendra d’où vient cette expression du jargon de la presse. Le bac dans tout son rituel et sa permanence, mais aussi le bac de demain. Et aussi un rappel qu’il n’y a pas que le bac général dans la vie mais aussi le bac techno et surtout le bac pro dont on ne parle pas assez. On complètera cette revue de presse avec un peu de lectures et une séquence d’éducation aux médias.


Marronnier
Commençons par un peu de culture générale.
Tout commence à la Révolution française, le 10 août 1792.Ce jour-là, alors que le roi Louis XVI a quitté Versailles pour résider à Paris, dans son palais des Tuileries, le peuple attaque les Tuileries : 20.000 hommes —dont nombre de sans-culottes avec des fourches— partent à l’assaut de la bâtisse défendue par 950 gardes suisses. La quasi totalité est massacrée par la foule. Beaucoup de gardes suisses seront enterrés au jardin des Tuileries, sous un gros marronnier rose. Chaque année, au printemps, l’arbre fleurissait au-dessus des tombes. Et chaque année, au même moment, les journaux publiaient des articles qui rappelaient cette fameuse journée du 10 août. C’est là l’origine du mot “marronnier” pour désigner les articles sur des sujets qui se répètent et qui sont prévisibles.
Incontestablement, le baccalauréat fait partie des marronniers de la presse. Chaque année, entre le Festival de Cannes et de Roland Garros, on voit poindre les premiers sujets sur les révisions. Puis ensuite arrivent les articles sur les plus jeunes candidats, les plus vieux, les triplés qui passent le bac, les prévisions sur les sujets possibles, etc. Et tout s’accélère et atteint son paroxysme avec l’épreuve de Philosophie qui est supposée marquer le début de ce grand rituel national. En oubliant au passage que les bacs professionnels et technologiques (et même certaines épreuves du bac général) ont déjà commencé depuis plusieurs jours....
Cette année cela n’a pas manqué. Même si l’importance de l’actualité nous a relativement préservé des sujets les plus futiles. Le rituel est bien rodé avec la conférence de presse de la Ministre qui lui a permis d’ironiser sur le tout aussi sempiternel refrain du “niveau qui baisse et de défendre ce rituel bicentenaire .
Cela permet aussi de rappeler quelques chiffres et quelques dates. L’examen existe depuis 1808. Il concerne cette année pas loin de 700.000 lycéens qui vont produire 4 millions de copies. On dépense 80 euros par élève pour l’organisation des épreuves et avec les couts indirects la facture s’élèverait à une centaine de millions.
On peut aussi comme le font plusieurs journaux adopter un angle comparatiste et faire un tour d’horizon de ce qui se passe chez nos voisins allemands, suisses, anglais et espagnols comme le fait le JDD.fr ou encore Ouest France qui rappelle qu’une très grande majorité des systèmes éducatifs pratiquent un examen national externe à la fin du second cycle du secondaire. Mais une des particularités du bac “à la française” est qu’il cumule deux fonctions en une : il sanctionne la fin d’un cycle d’études mais il ouvre aussi les portes de l’enseignement supérieur ou du moins de l’université.
Chaque année aussi a son lot de polémiques. L’an dernier c’était déjà l’épreuve anticipée de Français avec le fameux “Tigre bleu” de Laurent Gaudé qui avait fait le buzz... Cette année, les élèves de S et ES sont tombés sur un corpus de textes avec pour thème : l'éloge funèbre... Parmi les auteurs présents on trouvait un texte d'Anatole France. Beaucoup d'élèves l'ont pris pour une femme. On trouve quelques réactions assez drôles sur Twitter : «je croyais que c'était une station de bus...», « on me demande “sur quoi t'es tombé au bac?” en fait, je suis juste tombé...», «c'est à mon bac qu'on devrait faire un éloge funèbre». S'ils manquent quelquefois de culture générale, nos lycéens ne manquent pas d'humour... On a droit aussi à une pétition pour demander à l'Éducation nationale le retrait d'un texte de l'épreuve d'anglais qui «relevait d'une certaine complexité au niveau du sujet et nécessitait d'une certaine culture». Précisons qu’il s’agissait pour ce texte, où les mots “Manhattan” “Harlem” et “Hudson River” figuraient, d’indiquer dans quelle ville se situait l’action...
Toutefois, chaque année on trouve la preuve que même avec des marronniers on peut faire des articles de fond qui apportent de la réflexion. C’est le cas avec un article de Mattea Battaglia dans Le Monde . Intitulé “Le bac, fabrique de réussite artificielle ”, il permet de remettre en perspective cet examen multiforme et qui ne concerne pas tout le monde. Et surtout, il permet de nuancer la “démocratisation” dont on parle abusivement à propos de cet examen. On devrait plutôt évoquer comme le sociologue Pierre Merle une “démocratisation ségrégative”. Rappelons qu’on ne trouve, en terminale scientifique, que 32 % d’enfants d’employés ou d’ouvriers alors qu’en terminale professionnelle, 69 % des élèves sont de cette origine sociale. L’historien Claude Lelièvre dans un billet de blog sur Médiapart enfonce le clou. En 2015, 55% de la classe d'âge a obtenu un baccalauréat général ou technologique. Autant mais pas plus qu'en 1995, vingt ans plus tôt ! En revanche 22,2% de la tranche d'âge a obtenu un baccalauréat professionnel en 2015 contre 7,4% en 1995 ; soit un triplement en vingt ans. “Il est donc difficile de parler tout uniment de la massification « du » bac ” nous rappelle Claude Lelièvre.

Bac 2.0
Si le bac semble un rituel immuable, il évolue malgré tout. Et, surtout, on réfléchit à son avenir (ou à sa disparition).
Louise Tourret dans un article sur Slate.fr nous dit que la bonne vieille copie papier est remise en question. Le réseau des lycées français de l’étranger (Aefe) promeut une nouvelle manière d’organiser la correction des copies du bac… en faisant travailler les enseignants en ligne avec des copies numérisées. Et cette modalité est déjà mise en œuvre aussi dans certains examens en Métropole et pour certaines épreuves du bac. Le bac est-il numérisable ?
Peut-on aussi l’alléger ? Dans une interview au Figaro, le directeur général de l'Essec, (et ancien Dgesco) Jean-Michel Blanquer, prône un resserrement du bac autour de quatre épreuves. La fondation Terra Nova va plus loin encore. Dans une note intitulée Comment sauver le bac ? et publiée avec un certain sens du timing le mercredi 15 juin, les auteurs préconisent un examen limité à quatre jours répartis entre les deux dernières années de lycée. Les étudiants passeraient deux épreuves en première (l’une de français, l’autre de leur choix) et deux en terminale (l’une de philosophie, l’autre de leur choix).Toutes les autres disciplines seraient évaluées pendant la scolarité par des contrôles continus. Un exercice se situant au croisement du mémoire et des travaux personnels encadrés (TPE) viendrait valider officiellement la fin de la terminale. Les deux dernières années du lycée seraient découpées en quatre semestres au cours desquels les élèves auraient à valider sept unités d’enseignement de quatre heures hebdomadaires. L’idée contenue dans cette proposition est de “responsabiliser les étudiants dans leurs choix de disciplines et donner plus de souplesse à la construction de leur parcours d’orientation. Ils capitalisent des crédits et doivent valider certains modules en fonction de ce qu’ils veulent faire après le bac ” pour reprendre les mots d’une des auteurs, Armelle Nouis, proviseure du lycée Hélène Boucher (Paris 20e).
La réforme du bac et du lycée a été évitée durant ce quinquennat. On se souvient que la première tentative de Xavier Darcos de réformer le lycée a mis les lycéens dans la rue. Et la réforme menée par Richard Descoings sous le ministre Chatel a finalement peu modifié les équilibres. Et s’est bien gardée de toucher au “monument national” (expression de Jack Lang) qu’est le bac. Il reste à faire le bilan de cette réforme. Et se dire qu’on ne pourra repousser éternellement à plus tard, une remise à plat de l’architecture générale du lycée et de l’examen terminal. Même les monuments nationaux ont besoin de rénovation voire même de reconstruction...

Bac pro
Restons encore sur le bac en réparant un oubli. Nous n’avons pas évoqué dans le bloc-notes de la semaine passée le bac pro et le lycée professionnel.
Or, à l’occasion des trente ans de cette filière, Le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) a publié un rapport et des préconisations sur ce sujet. Cela a aussi donné lieu à une tribune de la Ministre dans Les Échos . Pour approfondir on pourra aussi (réécouter)l’émission de Rue des Écoles sur France Culture sur ce pan de l’éducation nationale trop souvent négligé par les médias. Alors qu’il concerne 36% des élèves et que le bac pro est un des éléments clés de la massification du baccalauréat.

Lectures
Pour ne pas parler que du bac, voici quelques lectures... Plusieurs rapports sont sortis récemment et dont la lecture est intéressante.
Rappelons d’abord celui signalé la semaine dernière sur l’efficacité de la réforme des rythmes scolaires. Contrairement à ce que j’ai écrit, il est lisible sur le site du Ministère. Mais on le trouve à sa date de remise (mai 2015) et pas à sa date de publication, c’est-à-dire juin 2016. Adrien Sénécat, de l’équipe des “décodeurs” du journal Le Monde se livre à une analyse comparative des différents rapport qui ont été publiés sur ce thème. C’est à lire si on évite le titre (j’y reviendrai).
Le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) ar emis au gouvernement mercredi 15 juin, un rapport où il pointe le déficit d’éducation à la sexualité. Cette étude a été commentée dans plusieurs articles dans Le Monde , Libération ou encore dans Ouest France
Et pour finir, un peu d’économie... France Stratégie est un organisme gouvernemental qui est chargé de la prospective et de l’évaluation des politiques publiques, héritier du commissariat au Plan. Dans une étude publiée cette semaine, France Stratégie démontre qu'en améliorant le niveau de la France aux tests PISA, la croissance du PIB pourrait être augmentée... Il s’agit de travaux qui s’inscrivent dans une tradition de l’analyse économique assez connue. L'éducation affecte la dynamique de la croissance en modifiant la productivité du facteur travail et en augmentant les capacités d'innovation de l'économie. Depuis les années 1980, les économistes essaient d'identifier son impact sur le progrès économique et la croissance. D’après le modèle de calcul, en portant le score PISA de la France au niveau de celui de l'Allemagne, le PIB Français serait augmenté de 24,7 milliards d'euros par an entre 2015 et 2075, soit un gain de 0,12 à 0,37 point sur la période. Un deuxième scénario, plus ambitieux, montre qu'en obtenant les mêmes scores aux tests PISA que la Corée du Sud, le gain de PIB serait de 57,6 milliards d'euros par an, soit une augmentation de 0,28 à 0,83 point... Évidemment il faut être très prudent sur ce genre d’analyse. Les phénomènes économiques ne se réduisent jamais à une seule causalité. Et bien sûr, la quantité ne fait pas tout. Augmenter les ressources éducatives ne suffit pas en soi à améliorer les compétences des élèves. Il est également nécessaire d'identifier les réformes éducatives qui permettraient d'améliorer durablement et significativement les performances des élèves.

Éducation aux médias
Coup de gueule pour finir en forme d’éducation aux médias.
Nous évoquions plus haut un article du Monde sur les rythmes scolaires. Cet article a pour titre “Rythmes scolaires et fatigue des élèves : ces études que Najat Vallaud-Belkacem préfère ne pas voir”. Exemple parfait d'un titre accrocheur qui ne correspond pas au fond de l'article... Car dans ce texte le journaliste se livre surtout à une analyse assez juste et nuancée des différents rapports qui viennent de sortir sur les rythmes scolaires. Ce qui n’a pas grand chose à voir avec le titre !
En général, les titres dans les journaux (et sur le web) ne sont pas décidés par les journalistes eux-mêmes mais par le rédacteur en chef ou le secrétaire de rédaction. Avec un objectif de plus en plus affirmé qui est d’attirer l’œil et l’attention du lecteur. La surenchère est d’ailleurs poussée à son paroxysme avec certains titres sur les sites de certains pure players” sur le web. On vous promet des révélations extraordinaires pour un texte au final qui ne tient pas les promesses du titre...
Pour ne pas accuser que Le Monde, voici un autre titre complètement décalé (et malveillant) du Figaro cette fois-ci. “L’énorme bourde du ministère de l’Éducation nationale sur les sujets de philo du bac ” c’est le titre qu’on peut lire sur le site du Figaro Étudiant En fait d'«énorme» bourde il s'agit juste d'une erreur dans l'envoi des sujets de bac de philo par le service de presse aux journalistes spécialisés. On a envoyé les sujets tombés la veille en Guyane avant de rectifier quelques minutes après...! Vraiment «énorme»... (d’ailleurs l’adjectif a disparu du titre actuel). Et pas de quoi en faire un article...

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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