dimanche, mars 19, 2017

Bloc-Notes de la semaine du 13 au 19 mars 2017



- Hamon – Fillon et le hors-contrat – Rentrée 2017 - Butinages - .



Nous allons encore consacrer une part importante de ce bloc-notes à la campagne pour l’élection présidentielle. Avec tout d’abord Benoit Hamon qui a présenté son programme jeudi 16 mars. Et ensuite François Fillon qui a précisé le sien lors d’un discours à Besançon. Et il y a de quoi s’inquiéter. Pendant la campagne, la rentrée se prépare et nous nous y intéresserons aussi. Et nous finirons, comme à l’habitude par quelques conseils de lectures glanées ici et là.



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Hamon et l’École
Le programme de Benoit Hamon a été présenté à la presse jeudi 16 mars dernier. Il y a notamment une longue interview du candidat dans Le Parisien . L’éducation y est évoquée mais on peut aussi en savoir plus en allant directement à la source sur le site BenoitHamon2017.fr . Comme je l’ai déjà fait pour d’autres, j’ai consacré un billet de blog à ce programme où je mets en avant la position d’héritier (un peu embarrassé, mais héritier quand même…) de Benoit Hamon dans le domaine de l’éducation.
C’est un avis qui est d’ailleurs partagé par les journalistes qui ont consacré des papiers à cette dimension de son programme. On peut en lire dans Les Échos ou dans Libération .
B. Hamon se situe donc dans la continuité du quinquennat Hollande et les principales mesures le montrent. Il prévoit de consacrer au moins neuf milliards sur cinq ans à l’éducation. Il veut continuer à revaloriser les enseignants, créer de nouveaux postes (40.000) et donner la priorité au primaire créer et diminuer les effectifs élèves. Il y a quelques mesures nouvelles mais qui, elles aussi, se situent dans la logique du quinquennat précédent. On le voit avec la volonté de créer un système d'aide pour les écoliers et collégiens. Et c’est aussi le cas avec le droit à la scolarisation dès 2 ans dans les REP et l’abaissement de la scolarité obligatoire à 3 ans. Les principales réformes ne sont pas abandonnées même si on sent poindre aussi une certaine prudence. Il est vrai que l’enjeu est complexe : comment ne pas renier cet héritage tout en ramenant dans le giron du PS des enseignants qui semblent s’en éloigner... ?
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Fillon et le hors-contrat
Fillon droitise encore son programme pour l’École ”, c’est le titre qu’on peut lire dans le Café Pédagogique . Pour François Jarraud, ce durcissement est une sorte de tribut en remerciement du soutien logistique de son rassemblement au Trocadero par des organisations proches des écoles hors contrat (comme Sens Commun par exemple). C’est à Besançon le 9 mars (vidéo du discours sur YouTube (la partie sur l'école commence à 14'30 et dure un petit quart d'heure) que le candidat, amateur de costumes, déroule un programme fondé sur les suppressions de postes, le tri des élèves, le retour aux « fondamentaux » et même à l’uniforme (lire l’article de Libération sur ce thème). Il annonce aussi la suppression des principales réformes du quinquennat : rythmes scolaires, collège, programmes... On notera aussi la proposition de suppression des allocations de rentrée, allocations familiales et bourses aux familles d'élèves peu assidus - qui seraient renvoyés vers des établissements spécialisés dans la réinsertion scolaire. “"Je veux que les élèves qui sont exclus définitivement par le conseil de discipline, soient inscrits dans des établissements adaptés afin qu’ils modifient leur comportement et se remettent sur la voie des apprentissages scolaires fondamentaux". ”. En gros, ça s’appelle une filière poubelle...
Un autre moment fort du discours porte sur l’autonomie des établissements. “Je revaloriserai les traitements des enseignants en tenant compte de leur mérite et en leur demandant d’être plus présents dans l’établissement. Je confierai progressivement aux chefs d’établissement du second degré le choix de leurs personnels... ”, annonce t-il.
Mais c’est surtout sur le financement du privé que Fillon fait une proposition choc. “Dans les zones de revitalisation rurale et les zones urbaines sensibles, l’Etat soutiendra la création d’établissements publics ou privés indépendants et innovants”. En évoquant explicitement les écoles Espérances banlieue, proches de la droite extrême, F Fillon annonce également qu'il subventionnera les écoles hors contrat. “L’Etat ne devra plus s’opposer à cette nouvelle offre éducative issue de la société civile ; il devra leur faciliter la tâche et les aider”.
Jusqu’à maintenant, ces écoles soutenues par des personnalités médiatiques, avaient suscité dans la presse un regard plutôt bienveillant voire complaisant. Heureusement les choses sont en train de changer. Il faut d’abord rappeler le travail militant de Grégory Chambat qu’on retrouve cette semaine aux côtés de Jean-Charles Buttier et Laurence De Cock dans un billet sur Mediapart pour poursuivre sa dénonciation. Mais la presse généraliste s’en mêle aussi. Après un article dans Le Figaro, il y a quelques temps, c’est au tour du Monde de consacrer un article assez critique à ce réseau d’écoles. Le même journal propose un long article de synthèse sur les écoles hors-contrat qui s’invitent donc dans la campagne. Rappelons que le FN compte aussi parmi ses engagements, la défense de la liberté de l’enseignement. La candidate frontiste s’était opposée à la ministre de l’éducation sur le régime d’ouverture des écoles hors contrat, en début d’année, lors d’un débat télévisé. Mais le FN ne reprend cependant pas à son compte l’idée, portée il y a dix ans par Jean-Marie Le Pen, du « chèque éducation » correspondant au « coût moyen d’un élève », qu’il appelait à distribuer aux familles pour leur donner le libre choix de leur école.
Il faut bien sûr défendre le service public d’éducation. Mais ce qui me désole c’est que l’innovation est souvent associée, aujourd’hui à tort ou à raison, à des initiatives privées. On présente une enseignante comme « contrainte » de quitter le système public, on valorise dans les journaux télévisés des écoles « nouvelles » (avec quelquefois des recettes du passé) fonctionnant dans le privé hors-contrat, on laisse entendre implicitement ou explicitement que le système public est incapable d’évoluer et d’accepter les expérimentations. Il est indispensable de sortir de ce piège.
D’abord en tenant compte que ces innovations médiatisées se développent sur les lacunes et les difficultés du service public. Mais aussi, et c’est un des objets et des enjeux des années à venir, en montrant que, contrairement à une idée souvent répandue, le service public est capable d’innovations et d’expérimentations au service de tous et pas seulement de quelques uns. La défense du service public ne doit pas être frileuse et crispée mais dans la promotion de ses valeurs d'égalité et de justice sociale et de sa capacité à évoluer et s’adapter.
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Rentrée 2017
La rentrée 2017 c’est maintenant !
C’est le jeudi 9 mars 2017, que la ministre organisait une conférence de presse sur... la rentrée 2017. Pourquoi si tôt ? Comme le dit Christel Brigaudeau dans Le Parisien il s'agissait pour Najat Vallaud-Belkacem, d'apposer son sceau sur une organisation imaginée par ses équipes mais qui sera pilotée par d'autres. C'est un fait : la rentrée 2017 est déjà «bouclée, pliée», confirme Bernard Toulemonde, ancien recteur interviewé par Le Parisien «Il ne peut y avoir de modification importante de la pédagogie et de l'organisation à ce stade». Les rentrées se préparent dix mois avant le jour J.
L’essentiel se trouve résumé dans un document synthétique qui définit les grandes orientations : la circulaire de rentrée . Celle ci se situe dans la poursuite de la politique menée jusque là et est destinée à “consolider” les réformes engagées jusque là. Nouveaux programmes, réforme du collège, plan numérique sont donc les 3 thèmes principaux au sommaire de la circulaire de rentrée.
En ce qui concerne les postes, à la rentrée 2017 , 11.662 postes supplémentaires seront créés – dont 4311 en primaire (soit 23.639 postes créés dans le premier degré en 5 ans), et 4650 en secondaire (soit 21.809 postes créés sur l’ensemble du quinquennat). Seront également créés, en septembre, 1351 postes d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH).
Peut-il y avoir remise en cause de cette circulaire durant l’été en fonction du résultat des élections ? VousNousIls pose la question à plusieurs spécialistes, tout comme le journal gratuit 20minutes . « Supprimer les EPI aurait une incidence sur les emplois du temps des enseignants. Ce n’est pas jouable » explique Christian Chevalier de l’UNSA. Toutefois, pour Claude Lelièvre les enseignants « non favorables » aux EPI pourraient toutefois « profiter d’une remise en cause de la réforme pour mettre la pédale douce sur ce dispositif, car ils n’en craindront pas les conséquences ».
Ce qui ne changera pas, de toutes façons, ce sont les prévisions d’effectifs . La génération issue du « baby-boom » du début des années 2000 continue d’arriver au collège et au lycée : les effectifs dans le secondaire devraient croître de 50 000 à la rentrée 2017 et de 17 000 à la rentrée 2018 et dépasser ainsi les 5,63 millions d’élèves, selon les prévisions de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère. Concernant l’école primaire, la baisse des naissances devrait commencer à se faire sentir, après notamment cinq ans de hausse des effectifs à l’école élémentaire, prévoit une autre note de la DEPP
On peut ranger aussi dans la préparation de la rentrée les annonces qui ont été faites récemment concernant un plan d’urgence pour la ville de Grigny dans l’Essonne. Elles sont détaillées dans une dépêche AFP, un article du Parisien et un papier du site d’information local Essonne Info . Dans une des villes les plus pauvres et les plus jeunes de France où seulement 25 % des lycéens sont bacheliers, où seuls 6 % des élèves du collège Jean-Vilar se dirigent vers un bac S, où les moins de 25 ans représentent 30 % de la population et où la part des jeunes qui n’ont pas le français comme langue maternelle oscille entre 38% et 64 %, des mesures urgentes se devaient d’être prises. En tant que “voisin”, je m’en réjouis.
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Butinages
Comme chaque semaine, on termine avec une rubrique un peu hétéroclite destinée à signaler des documents intéressants repérés au grès de mes butinages sur Internet.

Louise Tourret a produit au cours des deux dernières semaines deux articles très intéressants. Le premier est consacré à l’année 1984, l’année où tout a changé pour l’École française C’est l’époque des manifestations pour l’école libre et aussi l'avènement d'un discours de déploration et de peur sur l'école est à dater cette époque, un discours contre la démocratisation scolaire mais aussi contre la pédagogie en général (!) qu'on retrouve chez les candidats à l'élection de 2017 (Fillon, Le Pen). Louise Tourret fait ici un utile et bien intéressant rappel historique.
Est-ce qu'on a demandé aux enfants ce qu'ils pensent de la carte scolaire?, c’est la question que pose la journaliste en titre de cet autre article. Elle part de son expérience personnelle pour relier cela à son travail de journaliste et à l'avis des élèves et des parents qu'elle a pu rencontrer.

Signalons aussi un très beau reportage de Solène Cordier dans Le Monde sur les enseignantes de l’équipe des antennes scolaires mobiles (ASM) de Seine-Saint-Denis. Des professeurs un peu particuliers au sein de l’éducation nationale, itinérants, qui partent à la rencontre des enfants éloignés, malgré eux, du système scolaire. « Ça me remet à ma place, quotidiennement, en tant qu’être humain, d’être témoin de ce gâchis d’enfants qui n’ont pas accès à l’éducation », témoigne Emmanuelle, une enseignante à ce poste depuis quatre ans.

J'aime beaucoup ce blog collectif le démon du collège hébergé par Le Monde et rédigé par des élèves sous la houlette de Mara Goyet.
La lecture de ce billet écrit par deux élèves de 5ème mérite notre attention... “ Nous nous ennuyons à l’école et ne trouvons plus de motivation et d’intérêt à y aller. Nous ne supportons plus l’émotion de l’annonce de mauvaises notes, nous avons peur de redoubler, nous avons peur de décevoir nos parents, nous avons des problèmes d’organisation et de compréhension parfois. En bref, nous n’aimons plus venir en cours. Y penser nous rend tristes car on se rappelle que l’on sera enfermées, une fois de plus. Plus de temps pour s’amuser, les devoirs et les révisions ont pris toute la place… on perd peu à peu notre confiance en nous ; le stress est devenu une tornade. On perd nos moyens, et la peur s’y est invitée comme à une fête open-bar et non-stop.

Les enseignants du rectorat de Lille (Nord) ont reçu la semaine dernière un mail dans lequel le cabinet du recteur de l’académie les priait de ne pas participer à des rassemblements « à caractère préélectoral ». Cette note a suscité de vives réactions et l’académie a ensuite expliqué qu’il s’agit d’une erreur. Cette consigne ne devrait être suivie que pendant les heures de travail.
C’est l’occasion de renvoyer à un billet de blog de l’ancien ministre Anicet Le Pors qui rappelle que “la liberté d’opinion a pour traduction essentielle dans la communauté des citoyens la liberté d’expression et celle-ci doit être entendue dans son acception la plus étendue possible sous les seules réserves de la neutralité du service public et de l’ordre public. Et non l’inverse. […] La maîtrise de la liberté d’opinion et de la liberté d’expression en appelle, d’une part à l’esprit de responsabilité de chaque fonctionnaire (sans qu’il soit besoin ni souhaitable d’avoir à se reporter à un quelconque « code de déontologie ») et, d’autre part, à la mutualisation des informations et des prises de positions dans les cadres associatifs et syndicaux, toujours préférables (sauf lorsque ces cadres n’existent pas, ce qui est exceptionnel) à la manifestation individuelle souvent plus complexe, discutable et risquée.”. Des précisions utiles à rappeler alors que les élections vont s’approcher et que la campagne va se durcir...

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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Hamon et l’éducation : l'héritier embarrassé




Le programme de Benoit Hamon a été présenté à la presse jeudi 16 mars.  Il comporte un volet “éducation” qui se situe dans la continuité de la politique menée depuis 2012 et auquel il a lui même contribué comme (éphémère) ministre. On y retrouve des promesses sur les postes, la revalorisation des enseignants, la priorité au primaire, la mixité sociale… Il faut noter aussi quelques nouvelles propositions comme le “service public du soutien scolaire”. Les principales réformes ne sont pas abandonnées même si on sent poindre aussi une certaine prudence. Il est vrai que l’enjeu est complexe : comment ne pas renier cet héritage tout en ramenant dans le giron du PS des enseignants qui semblent s’en éloigner... ?





Un héritage à assumer
A la lecture des discours et des interviews, on a le sentiment que pour Benoit Hamon, l’éducation est le domaine où le quinquennat a le mieux réussi et où les engagements ont été généralement tenus. Il y voit une vraie politique éducative de gauche. Si l’objectif de Benoît Hamon est de se démarquer, sur ce sujet, c’est plutôt de ses concurrents que de la politique éducative menée pendant cinq ans.
B. Hamon se situe donc dans la continuité du quinquennat Hollande et les principales mesures le montrent. Il veut continuer à  revaloriser les enseignants, créer de nouveaux postes (40.000) et donner la priorité au primaire créer et diminuer les effectifs élèves, Le candidat socialiste annonce 9 milliards d'investissements dans l'éducation sur le quinquennat.
Il y a quelques mesures nouvelles mais qui, elles aussi, se situent dans la logique du quinquennat précédent. On le voit avec la volonté de créer un système d'aide pour les écoliers et collégiens. Et c’est aussi le cas avec le droit à la scolarisation dès 2 ans dans les REP et l’abaissement de la scolarité obligatoire à 3 ans (seuls 5% des enfants de cet âge ne sont pas scolarisés).
L’embarras se lit en revanche pour la réforme du collège. Le candidat est convaincu que si on veut que la réforme s'applique, l'adhésion des enseignants est nécessaire. Il envisage donc de « prendre le temps d'écouter les enseignants». C’est la même position pour une éventuelle réforme au lycée : prendre le temps du diagnostic et du dialogue avant une éventuelle réforme.
Toutefois, il y a une volonté de préserver l’essentiel de la réforme. Il est intéressant de lire le communiqué où Benoit Hamon répond à Emmanuel Macron qui propose le rétablissement des classes bilangues. Selon les rédacteurs de ce commniqué cela revient  à « réinstaller un système qui réserve l’apprentissage de la 2ème langue vivante à quelques enfants et favorise l’entre-soi social et culturel. Il [E.Macron] réserve l’excellence éducative à quelques élèves quand nous en avons fait un vecteur de la réussite de tous. Benoit Hamon considère au contraire qu’il est plus ambitieux de maintenir l’apprentissage de la deuxième langue vivante pour tous les élèves dès la 5ème et de programmer, avant la fin du quinquennat son début dès la classe de 6ème. »
Même si on peut penser que le vote pour un candidat ne se fera pas forcément en fonction de son programme éducation mais sur un bilan plus global, il faut tenir compte que les motifs de contentieux avec une partie des enseignants se situent sur ce domaine. Plus que de l’embarras, on peut voir aussi une forme de courage à ne pas reculer sur des points (collège, rythmes,…) qui ont pourtant cristallisé des mécontentements.


Fidèle aux postes
Malgré les 54 000 postes créés sous Hollande (dans l’enseignement scolaire), on n'a toujours pas retrouvé le nombre d'enseignants du début du quinquennat Sarkozy. Le projet de B. Hamon prévoit donc le recrutement de 40.000 enseignants supplémentaires dont 20.000 dans le primaire « pour qu’il n’y ait pas plus de 25 élèves par classe en CP, CE1, CE2 et pas plus de 20 élèves dans les REP, et REP +, les outre-mers et les territoires ruraux».
Sur cette mesure précise, elle rentre en compétition avec celle d’ Emmanuel Macron. Le candidat d'« En marche ! » promet de mettre 12 élèves par classe dans les CP et CE1 des écoles de l'éducation prioritaire. Ce que propose Benoît Hamon est moins percutant mais peut-être plus réaliste.
Même si je sais que ce qui va suivre va faire hurler, il faut rappeler que le lien entre taille de classe et performance des élèves n’est pas clairement établi par la recherche. Il s’agit donc plus d’une mesure qui agit sur les conditions de travail des enseignants, ce qui est déjà beaucoup.
Par ailleurs, 15 000 postes seront crées pour la formation continue et 2 000 postes pour garantir le remplacement des enseignants absents. A ces 37000 postes créés, s’ajouteront 3.000 postes volants pour garantir un droit à la scolarisation dès 2 ans dans les REP.
Les questions posées par ces annonces de créations de postes sont assez simples à formuler.
On peut d’abord s’interroger sur le vivier de recrutement. En l’état actuel de l’organisation de la formation et du niveau de recrutement (fin de l’année de M1) la question de savoir si le nombre est suffisant est légitime. Il semblerait que l’équipe du candidat évoque d’ailleurs un pré-recrutement en L3 suivi de deux années de formation payées. On sortirait enfin du compromis boiteux qui a présidé à la création des ESPÉ. Et si on en profitait aussi pour revoir la formation ?
Ensuite, une fois ces postes créés et budgétés, encore faut-il qu’ils soient pourvus. Ce qui pose la question des concours et du niveau mais surtout celle de l’attractivité du métier.
L’autre question dépasse le seul cadre de l’éducation nationale et est au cœur du débat sur les contraintes budgétaires. Peut-on à la fois créer des postes et en même temps revaloriser les salaires ? On ne va pas ici entamer un débat de politique économique mais la question ne manquera pas de venir sur le tapis.


Enseignants : Revalo et formation continue...
B. Hamon annonce le doublement de l'ISOE (indemnité destinée au secondaire) et de l'ISAE (pour le primaire), soit environ 800 millions versés aux enseignants.
On peut se réjouir de ces mesures tant la question de la rémunération des enseignants est un élément fort du sentiment de déclassement présent chez de nombreux collègues. Mais on se garde bien ici d’aborder la question d’une (re)négociation du statut et des missions des professeurs. Il y a eu une négociation en 2014 mais très (trop) timide au regard des enjeux. On ne peut s’empêcher d’avoir en tête l’exemple de  la “revalo” de 1989 où la lutte syndicale a fait un préalable de l’augmentation de salaires sans qu’il y ait au final  de réelles contreparties et évolutions.
Une nouvelle revalo sans contrepartie ? comment louper l'instauration du travail en équipes, l’obligation de formation continue ou un système de remplacement local cohérent négocié ?
Sur le plan de la formation, il annonce : «  Je mettrai en œuvre un grand plan de formation continue des enseignants pour valoriser leur travail et leur carrière. En fonction de son ancienneté et des besoins qu’il exprimera, chaque enseignant bénéficiera tous les ans de 3 jours, 5 jours ou 10 jours de formation. » Une bonification du nombre de jours de congés de formation serait attribuée aux enseignants en fonction du temps passé en REP.
Là aussi, on peut voir cela positivement, car la formation continue est vraiment sinistrée, mais aussi trouver cette mesure un peu timide. On aurait pu aller vers une obligation de formation avec un plan de développement professionnel négocié au niveau de chaque établissement et de chaque enseignant. Cette annonce d’une obligation de formation avait pourtant été formulée en 2012 avant d’être abandonnée faute de volonté politique face à la pesanteur technocratique.


Mixité sociale
Un autre domaine où le programme du candidat du PS se situe dans le prolongement de l’action menée actuellement est celui de la mixité sociale.
Le programme propose une politique de redécoupage de la carte scolaire axée sur la sectorisation, l’affectation et une contractualisation avec l’enseignement privé pour qu’il participe à l’effort de mixité sociale. La redéfinition aussi des zones d’éducation prioritaire se ferait avec la mise en place d’un indice social transparent qui « évalue objectivement les établissements qui font face aux difficultés sociales les plus importantes afin d’y allouer plus de moyens.»
La mixité à l'école serait aussi renforcée avec la généralisation des expérimentations actuelles (comme par exemple les secteurs multi-collèges) lancées par l'actuelle ministre Najat Vallaud-Belkacem.
Comment compte-t-il faire en pratique ? Avant lui, aucun responsable politique n’a vraiment réussi à avancer sur cette question complexe qui concerne plusieurs acteurs. Le gouvernement ne peut pas agir sans l'appui des collectivités locales qui sont normalement compétentes pour la sectorisation. Passera-t-il par la loi pour obliger les chefs d’établissement du privé à jouer le jeu ? Va t-on rallumer une guerre public-privé ? Autant de questions pour un sujet explosif et pourtant essentiel.


Service public du soutien scolaire
« Il faut inclure dans le temps scolaire des élèves le travail personnel et les devoirs qui, aujourd’hui, sont à faire à la maison. L’école et le collège doivent organiser en leur sein l’accompagnement des élèves pour que l’aide aux devoirs soit directement liée au travail fait en classe. »
L’argumentaire rappelle qu’un élève sur 10 en 6ème et un élève sur 5 en 3ème  fait appel à des petits cours. C’est un marché officiel de plus de 2 milliards. Et c’est surtout une source d'inégalités importante entre les familles.
Ce service serait assuré par les enseignants en heures supplémentaires ou par des mouvements d'éducation populaire. La revalorisation passe donc aussi par l’augmentation des primes comme le dit très clairement Benoit Hamon dans Le Parisien.
Le cout de cette mesure est estimé à 400 millions. Le service d'aide serait étendu à tout le collège en l'incluant dans l'horaire actuel de la 5ème à la 3ème.
Cette mesure ravive un vieux débat porté depuis longtemps par les parents d’élèves et plusieurs mouvements pédagogiques sur l’intérêt pédagogique des devoirs eux-mêmes. Rappelons d’abord que les devoirs à la maison sont en principe interdits à l’école depuis 1956. Mais la pratique perdure et la distinction est souvent difficile à faire entre le nécessaire moment d’apprentissage des leçons et l’externalisation du travail scolaire. L’école doit être son propre recours mais en même temps il faut aussi re-questionner le moyen de renforcer le lien entre l’école et les familles qui était souvent exprimé par ces “devoirs”. Reste à voir aussi comment les enseignants, qui ont quelquefois été réticents à l'arrivée des animateurs des activités périscolaires dans les écoles, accueilleront cette intervention des mouvements d'éducation populaire.


Gouvernance de l'éducation nationale
J’ai souvent écrit que la question de la gouvernance était un angle mort des politiques éducatives. Notre système reste  très centralisé et marqué par une forte hiérarchie. Cette bureaucratie contribue ainsi à la déresponsabilisation des acteurs et est donc peu propice à l’innovation et aux expérimentations. Mais c’est un débat très vite piégé. On fait souvent appel, comme une incantation, aux principes républicains pour réaffirmer le principe d’“égalité Républicaine” qui serait menacé par l’autonomie des établissements, vue comme une dérive managériale et libérale.
Le programme de Benoit Hamon évoque pourtant un peu cette question : « J’associerai les enseignants à la prise de décision par un management plus horizontal, par la création de collectifs de travail, et par la prise en compte de leurs responsabilités au sein des écoles, collèges et lycées.» C’est ce qu’on peut lire dans le programme sans plus de précision.
On retrouve cependant des éléments dans le communiqué de presse où Benoit Hamon réagit au programme d’Emmanuel Macron sur l’éducation : « Si nous partageons la volonté de confier davantage d’autonomie aux équipes pédagogiques, nous sommes opposés à la libéralisation du recrutement des enseignants. Cette mesure aurait pour effet de mettre les établissements en compétition. Les établissements situés en milieu rural ou dans les quartiers défavorisés, moins attractifs, en seraient les premières victimes. »
Rappelons cependant que  pour le candidat d’En Marche,  dans le primaire, « l'autonomie de recrutement » serait déployée seulement à titre expérimental dans les seuls établissements de l'éducation prioritaire (REP+), afin d'attirer des enseignants, sur des postes dits « à profil », dans les écoles qui ont du mal à recruter. Ce qui correspond déjà plus ou moins à ce qui pouvait se faire (mais n’a pas vraiment été appliqué)
Quoi qu’il en soit l’adaptation de la gouvernance de l’éducation nationale (et pas seulement des établissements ) est, à mon sens, un des chantiers majeurs dont on ne pourra pas faire l’économie. Un chantier difficile car il faut naviguer entre deux écueils, celui du conservatisme sclérosant et celui d’un libéralisme destructeur.


Rythmes scolaires
« J’augmenterai de 25% sur le quinquennat le budget de l’Etat consacré à l’accompagnement des communes dans la mise en oeuvre de la réforme des rythmes scolaires et du développement des activités périscolaires. »
Sur les rythmes scolaires, Benoît Hamon tente donc de se démarquer d' Emmanuel Macron et de François Fillon qui veulent laisser la liberté aux communes de revenir sur la réforme, ou encore de Marine Le Pen qui veut revenir sur la réforme. L'ex-ministre de l'Education entend, au contraire, accroître de 25 % (sur cinq ans) le fonds d'aide aux communes, d'un montant actuel de 400 millions d'euros.
Il est quand même intéressant et piquant de rappeler que c’est durant son court passage au Ministère que le décret Hamon a assoupli et détricoté une partie de la réforme des rythmes scolaires. Mais, là aussi on voit qu’on se situe plutôt dans une logique d’héritage de la politique menée jusque là.


On retrouve cet héritage assumé dans l’ensemble de ce volet éducation d’un programme qui, par ailleurs, se démarque sur bien d’autres points de la politique menée durant le quinquennat.
Il y a une approche systémique de l’École et une certaine cohérence avec un fil rouge qui est la lutte contre les inégalités. On est très loin des visions nostalgiques d’une école mythifiée et qui aboutissent au final à la destruction de l’école publique, proposées par les candidats de droite. Et même s’il demeure des questions en suspens notamment sur le financement, on semble éviter aussi les mesures électoralistes et peu cohérentes.
Face à certains enseignants cela peut-il suffire ? On sait qu’une frange, difficile à évaluer, du monde enseignant a développé un ressentiment à l’égard de la politique éducative menée depuis cinq ans. Mais on peut aussi se dire que les enseignants comme les autres électeurs ne se déterminent pas que sur un seul aspect de la politique mais prennent en compte toutes les dimensions d’un programme. Et si, au final, le vote enseignant n’existait pas ?


Ph. Watrelot



Les autres billets consacrés aux programmes éducation des candidats
-       Marine Le Pen
-       Emmanuel Macron
-       (à venir : François Fillon, Jean-Luc Mélenchon...) 

dimanche, mars 05, 2017

Bloc-Notes de la semaine du 27 février au 5 mars 2017





- Macron et l’éducation - Préconisations – L’économie et l’Académie- Butinages - .



Qu’avons nous au menu de ce bloc notes ?
Le plat de résistance est politique avec le programme d’Emmanuel Macron dont nous analyserons la partie consacrée à l’éducation tout en déplorant que le débat en soit réduit à des questions annexes. Nous accompagnerons cela de quelques préconisations de saison. Avant de nous intéresser à l’économie, dont on fait tout un fromage... Et nous finirons par un dessert gourmand avec quelques lectures diverses et variées... Bon appétit.


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Macron et l’éducation
Jeudi 2 mars, le programme d’Emmanuel Macron a été révélé. Le candidat l’a présenté à la presse notamment dans un long entretien au Parisien et mis en ligne sur son site .
Comme on n’est jamais aussi bien servi que par soi même je signale que j’ai consacré un billet de blog à l’éducation dans le programme de En Marche . Vous pourrez lire aussi des analyses de ce programme éducatif dans Le Monde ou dans Le Figaro . Pour Aurélie Collas dans Le Monde , “Le programme d’Emmanuel Macron sur l’éducation puise dans deux rhétoriques sur l’école. D’un côté, celle de François Hollande, de Vincent Peillon et de ses successeurs Rue de Grenelle : « investir », donner la « priorité » au primaire et aux zones d’éducation prioritaire (ZEP) pour lutter contre l’échec scolaire et les inégalités sociales. Des principes inscrits au cœur de la loi de refondation de l’école de 2013. De l’autre, la promesse d’une autonomie accrue des établissements, y compris en matière de recrutement des enseignants. Et la remise en cause, plus ou moins partielle et implicite, de la réforme des rythmes scolaires et de celle du collège. ”.
Si on rentre dans le détail des principales mesures, le candidat propose la création de « 4 000 à 5 000 » postes sur le prochain quinquennat – alors qu’il compte supprimer 120 000 postes de fonctionnaires. L’objectif principal est de limiter à 12 élèves dans les ZEP la taille des classes de CP et CE1 – actuellement, la moyenne est de 22,7 élèves en ZEP. Mais comme ces créations de postes ne seront pas suffisantes, il redéploierait également entre 6000 et 10.000 postes des 60.000 créés sous le quinquennat de François Hollande. En ce qui concerne le collège, Emmanuel Macron affirme qu'il réintroduira «le principe des classes bilangues». Il annonce également «des parcours européens» et un véritable enseignement du latin et du grec. Dans Le Figaro , on apprend que dans un livre à paraître le 8 mars, deux journalistes affirment que Brigitte Macron, la femme du candidat, ancienne professeure de Français et lettres classiques dans un lycée privé parisien, «aimerait voir les heures d'EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) supprimées et celles de français et de maths rétablies». Pour le lycée, il n’y a pas vraiment d’annonces, hormis celle d’une réforme du baccalauréat avec seulement quatre matières obligatoires à l’examen final. Mais quand sait l’importance dans l’opinion de ce rituel, nul doute que cela suffise à alimenter la machine à polémiques.
Mais pourtant, ce n’est pas là dessus que l’attention s’est focalisée. Comme on pouvait le craindre, c’est la proposition d’interdire les portables qui est la plus commentée et suscite le plus de réactions. Ainsi , dans L’Obs, “François”, principal de collège affirme qu’il est pour les portables à l’École et que “interdire c’est impossible”. Pour lui, il vaut mieux éduquer qu’interdire. dans L’Obs, un prof de maths va même plus loin puisqu’il affirme qu’il utilise cet outil en classe. Que ce soit dans L’Express ou dans le Midi Libre , les avis d’enseignants et de chefs d’établissements sont mitigés et dubitatifs. Rappelons enfin que cette interdiction est déjà prévue par le Code de l’Éducation (loi du 12 juillet 2010 – art.183)
Plutôt que “de discuter de la pertinence ou non de cette mesure, on peut se poser la question du niveau d'importance de cette proposition (qui figure en 2ème position dans la plaquette du programme) par rapport à des questions comme l'autonomie, la priorité au primaire ou même la réforme du bac... ” (voilà maintenant que je m’auto-cite...). On a l’impression d’un “clin d’oeil” rétro destiné à complaire à une partie de l’électorat et qui fait diversion. Encore une fois, comme je l’ai déjà dit à plusieurs occasions, le débat sur l’École mériterait mieux.
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Préconisations
Voici venu le temps des préconisations...
Avant celle du Conseil National de l’Innovation pour la Réussite Éducative (qu’évidemment tout le monde attend...), d’autres y vont de leurs propositions pour alimenter le débat sur l’Éducation.
C’est le cas du Conseil National d’Évaluation du Système Scolaire (Cnesco) qui publie 30 préconisations pour améliorer l’éducation en France. Comme le résume Libération, il s’agit d’une sorte de best of des recommandations issues des 21 rapports publiés par le Cnesco au cours de ses trois premières années d’existence, mobilisant en tout quelque 200 chercheurs. En fait comme le pointaient déjà les rapports du comité de suivi de la Refondation (présidé par le député Yves Durand), le Cnesco est sorti un peu de son périmètre initial. D’instance chargée d’évaluer le système éducatif, il s’est transformé en une sorte de think tank allant bien au delà de sa mission initiale. Nathalie Mons, sa présidente, le définit comme «un lanceur d’alerte en éducation». On pourra découvrir des propositions qui sont dans l’air depuis longtemps, comme une obligation de formation continue, un “professeur des apprentissages fondamentaux”, des classes de CP-CE2 à effectifs réduits pour les élèves défavorisés, ou une obligation de mixité dans les objectifs et l’évaluation des établissements. A lire... et pas seulement par les candidats ou leurs équipes... !
Dans le bloc-notes de la semaine dernière, j’évoquais une tribune publiée dans The Conversation par trois formateurs. Intitulée “Un scandale tranquille : des enseignants toujours aussi mal formés ”, les trois auteurs y détaillaient les dysfonctionnements et contradictions de la formation. Ils reviennent avec une deuxième tribune consacrée cette fois ci aux préconisations . Ils proposent, entre autres, de réformer le concours de recrutement, de former autrement et de mieux construire l’alternance entre la formation et l’enseignement ainsi que le lien avec la recherche.
On peut aussi ranger dans la catégorie des préconisations, la tribune de Joanie Cayouette-Remblière dans Alternatives Économiques . Cette jeune chercheuse vient de sortir un livre «L’école qui classe» (PUF, 2016) dont je conseille à tous la lecture. Intitulée “ Et si on s’attaquait aux vraies causes des inégalités scolaires ? ”, la sociologue détaille d’abord les causes des inégalités scolaires. Pour elle “les inégalités sociales à l’école sont avant tout le produit d’inégalités de réussite – autrement dit de « chances d’apprendre » inégales.”. Elle identifie trois faisceaux explicatifs à ces inégalités de réussite. Le premier concerne l’écart entre les manières de penser, de parler et de travailler des élèves de classes populaires, d’une part, et les exigences de la forme scolaire, d’autre part. Le deuxième concerne la variété des conditions de scolarisation et donc la mixité. Le troisième renvoie aux mobilisations et découragements des élèves.
A partir de ce constat, elle propose quatre pistes d’évolution. D’abord, “il conviendrait de réfléchir à une manière de mieux expliciter les exigences du travail scolaire”. Ensuite, supprimer le redoublement pour s’obliger à réfléchir à une alternative plus efficace. Elle propose également, tout comme la tribune évoquée précédemment, un recrutement plus tôt des enseignants et une évolution de leur formation. Et enfin, elle n’oublie pas que les inégalités sont aussi hors de l’École et qu’il faut évidemment les combattre en luttant contre la précarité, le chômage, le mal logement, etc. “La question scolaire est donc également une question sociale, et les politiques qui tendent à accroître les inégalités et la précarité ne pourront que se répercuter sur le devenir scolaire des enfants.
Ce qui est intéressant avec toutes ces préconisations, comme avec celles qui sont à venir, c’est qu’il y a une certaine convergence. Au delà des clivages partisans et des postures, on pourrait espérer voir émerger une dynamique qui permettre d’améliorer le système. On peut rêver ?
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L’économie à l’académie
Il est toujours délicat, pour moi, de faire le commentaire d’évènements d’une actualité où je suis fortement impliqué. C’est le cas ici, avec la réflexion sur les programmes de sciences économiques et sociales (SES). Je rappelle que je suis membre du groupe composé par le Conseil Supérieur des Programmes (CSP) et le Conseil national éducation économie (CNEE) chargé d’en faire le bilan et de tracer quelques pistes d’évolution.
Lundi 27 février se déroulait la deuxième réunion de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, présidée par Michel Pébereau et consacrée aux programmes de SES et à “L’enseignement de l’économie”. La première portait sur les constats et la deuxième était destinée à faire des propositions. J’étais présent à cette matinée où sont intervenus quatre personnes. Trois d’entre elles ont proposé des pratiques pédagogiques (études de cas, “jeux sérieux” ou approche des comptes et des concepts par la construction d’une mini-entreprise) présentées comme des “nouveautés” destinées à améliorer l’enseignement de l’économie. Même si tout cela se fait déjà en SES...
Mais de préconisations plus précises, il n’y en eut point. Le président de l'académie, l'ancien PDG de la banque BNP- Paribas Michel Pébereau, a indiqué que celle-ci réservait ses propositions pour son audition par la commission mixte CSP/CNEE. Ces deux instances doivent remettre fin mars-début avril un avis à la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem sur "les thématiques, les concepts et les mécanismes jugés incontournables au regard des objectifs" de l'enseignement de SES.
Pour en savoir plus sur cette journée, on pourra lire un compte rendu dans Le Figaro ou encore, si on le souhaite, le compte rendu fait par François Jarraud dans le Café Pédagogique (même si celui-ci témoigne dans son compte rendu d’un sens de l’exhaustivité et du «journalisme » assez contestable). On peut aussi profiter d’un regard décalé et ironique en écoutant le moment Meurice sur France Inter . Le journaliste-humoriste de l’émission « si tu écoutes j’annule tout » était présent et nous livre quelques interviews des participants dont il a le secret... Mieux vaut en rire, en effet...
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Butinages
Comme chaque semaine, on termine avec une rubrique un peu hétéroclite destinée à signaler des documents intéressants repérés au grès de mes butinages sur Internet. Aujourd’hui, je vous propose un rab’ de politique, un brin de prospective, une pincée de pédagogie, et un peu de lecture...

On évoquait la semaine dernière la dernière étude du Cevipof (SciencesPo) sur le vote des fonctionnaires et en particulier les enseignants. Cette semaine un autre chercheur Laurent Frajerman , lui répond et complète son analyse. On pourra lire cela sur le site de l’Institut de Recherche de la FSU où il montre que le “glissement” vers le centre du vote des enseignants n’est pas aussi simple que cela. Selon lui, “s’il ne faut pas exclure une clarification ultérieure, ils se déterminent en fonction de leurs craintes pour le second tour et d’un désir global d’alternance”. Il reprend aussi cette analyse dans une interview à Libération

Marie-Caroline Missir revient sur un phénomène qu’elle avait déjà évoqué dans l’émission Rue des Écoles et qu’elle développe dans une chronique sur ÉducPros . Si depuis une dizaine d’années l’enseignement supérieur apprend à compter avec les fonds d’investissement, ils ont aujourd'hui un nouveau terrain d’investissement : l’enseignement primaire et secondaire. La journaliste décrit ces stratégies portées par des investisseurs internationaux : “Comment expliquer cet appétit des fonds pour l’enseignement primaire et secondaire ? Ceux-ci tablent sur une perception très dégradée de l’enseignement public par les parents et sur la saturation de l’enseignement privé sous contrat, majoritairement catholique, qui ne peut absorber les demandes des familles. Ils anticipent donc un « marché » pour un enseignement totalement privé, souvent cher, où les pédagogies alternatives type « Montessori », le bilinguisme ou le numérique sont utilisés comme un produit d’appel pour les parents. ”.
Dans une logique voisine, je conseille la lecture d’une série d’articles du spécialiste de l’éducation Graham Brown-Martin qui décrit et analyse “The Uberification of teaching”. C’est en anglais, mais ça mérite l’effort de le lire...

Dans The Conversation , on lira avec beaucoup d’intérêt , un article d’Irène Pereira sur le grand pédagogue brésilien Paulo Freire. Décédé, il y a vingt ans ce penseur est aussi un activiste qui a notamment développé une pédagogie d’alphabetisation pour les adultes. Mais il est surtout connu pour son livre Pédagogie des opprimés (paru en 68 et qui fut traduit en France par Maspero en 1974). Ce livre sera suivi en 1996 de Pédagogie de l’autonomie (Eres, 2013). Irène Pereira nous montre combien sa pensée mérite aujourd’hui d’être redécouverte et approfondie.

On termine avec une vidéo extraite du journal de France3 . La lecture obligatoire et pour tout le monde, c'est le dispositif mis en place dans ce collège de Banon, petit village des Alpes-de-Haute-Provence. Les enfants du collège, mais aussi les personnels et les profs consacrent tous les jours un quart d'heure à la lecture. Ce projet global à l’échelle d’un établissement a été aussi l’objet d’un reportage sur TFI . Ce dispositif qui a suscité énormément de commentaires positifs sur les réseaux sociaux est bien plus une innovation sur le climat scolaire que sur la lecture proprement dite. Tout un établissement orienté autour d'un but commun c'est cela qui crée une identité forte et qui va bien au delà de la (re)découverte du plaisir de la lecture.


Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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samedi, mars 04, 2017

En Marche et l’École : un pas en avant, un pas en arrière...



C’est jeudi 2 mars qu’Emmanuel Macron a présenté son programme dans la presse et sur son site. Ce qui ressort de ses propositions sur l’Éducation me semble peu lisible et c’est bien dommage. Alors qu’on a martelé le terme de « projet », on se retrouve avec un catalogue disparate et des signaux contradictoires. “Savoir lire, écrire et calculer” devrait s’appliquer aussi aux propositions d’En Marche. 
Ce programme laisse également beaucoup de questions sans réponses. On peut aussi déplorer que l’essentiel des commentaires, comme trop souvent dans les questions éducatives, se focalise sur des aspects secondaires. Ici c’est le téléphone portable qui remplit cette fonction. Et cela brouille... le message...

Projet, programme ou catalogue ?
« Car c’est notre projet ». tout le monde se souvient de cette phrase tant elle a été moquée. Pourtant, c’est un beau mot : “projet”... Ça renvoie à des valeurs, à des finalités, des grands principes, une orientation générale qui conditionne tout le reste de la politique et des mesures qui ensuite se déclinent dans un programme.
On peut être déçu après la lecture des propositions telles qu’elles sont présentées dans la presse et dans la plaquette de présentation qui a circulé (cf ci contre). Même si certaines mesures relèvent des priorités qu’on aimerait voir affirmées plus fortement, d’autres semblent le produit d’un compromis ou d’un affichage excessif. On a plus l’impression d’un catalogue que d’un programme et encore moins d’un projet dont la dynamique semble échapper aux lecteurs de ces articles et de cette brochure.
On peut noter toutefois que ce qui est détaillé sur le site d’EnMarche concernant l’éducation ressemble plus à un “projet” et semble bien plus intéressant que ce qui ressort de la stratégie de communication de jeudi. Ce décalage témoigne au minimum d’un problème de coordination.  “En marche”, mais un peu dans tous les sens... 
«Pour une école qui garantisse la réussite de tous et l’excellence de chacun.» Le slogan qui ouvre la page du site accompagné du rappel des inégalités importantes que subit et reproduit l’École semble quand même plus explicite que le texte assez faible qui se trouve dans la brochure. Mais la question est de savoir si toutes les mesures s’organisent autour de cette finalité. Pas sûr. On n’échappe pas à la logique du compromis et des mesures électoralistes.
Alors que le Président de la République sortant avait voulu placer son mandat sous le signe de la jeunesse, j’ai souvent dit qu’il avait manqué un slogan à la refondation. Pour le vieux militant pédagogique que je suis, tous les programmes éducatifs devraient être évalués à l’aune de cette urgence démocratique et pédagogique : faisons de la lutte contre les inégalités à l’École une grande cause nationale !  


Priorité au primaire
Il y a quand même des mesures fortes dans le programme
M. Macron propose de diviser par deux le nombre d’élèves dans les classes de CP et CE1, situées en zone d’éducation prioritaire (c’était déjà dans le discours de Lille en janvier).Cette mesure se situe plus largement dans une orientation qui veut donner la “priorité au primaire”.
Le constat est connu : la France est un des pays (avec l’Italie) qui consacre le moins d’argent au Primaire. Un élève de primaire “coûte” 6190 euros par an (en 2015) alors qu’un lycéen représente un effort de 11040 euros, un étudiant 10390 euros et un élève de classe prépa 15100 euros ! Ce déséquilibre est en train de se combler car la loi de refondation a fait de cette “priorité au primaire” un axe fort de la politique éducative. Mais il n’en reste pas moins vrai que nous consacrons toujours proportionnellement moins d’argent au Primaire qu’au Secondaire et que c’est évidemment à ce niveau que les inégalités se cristallisent.
Réduire le nombre d’élèves dans les classes de CP et de CE1 les plus défavorisées est donc une mesure qui semble logique et souhaitable. On peut penser qu’elle rencontre l’adhésion des enseignants.
Mais y a t-il un effet mécanique ? Autrement dit : suffit-il de baisser les effectifs pour que la réussite et les apprentissages s’améliorent ? Les études sur ce sujet montrent qu’il faut en effet une baisse sensible de ces effectifs mais qu’il est également nécessaire d’avoir un changement de pédagogie et donc de la formation continue. On peut continuer à avoir la même pédagogie avec des élèves en moins... L’enjeu de la formation des enseignants est essentiel. La réponse ne peut pas être uniquement quantitative.
Réduire les effectifs dans ces classes pose un problème très pratique : où mettre ces élèves ? il y a évidemment des questions de locaux et de nombre de salles de classe. La piste de la co-intervention est donc plus prometteuse mais aussi plus réaliste. Elle est à la base du dispositif « Plus de maîtres que de classes » et est aussi présente dans de nombreux pays. Le fait d’avoir deux enseignants permet non seulement de mieux différencier et d’apporter des réponses aux difficultés propres à chacun mais oblige aussi ces mêmes enseignants à échanger et à co-élaborer leurs séquences de travail. Alors que ce métier est souvent trop solitaire et peu propice au changement, ce dispositif est un moyen de faire évoluer la conception métier et de créer les conditions d’un développement professionnel. Le programme d’Emmanuel Macron ne précise pas la solution choisie
Une autre piste intéressante pour lutter contre les inégalités aurait été de développer la scolarisation précoce.  On sait l’importance d’acquérir un langage riche le plus tôt possible et c’est la raison pour laquelle la maternelle dès deux ans dans les zones les plus défavorisées aurait été  un élément à considérer. Le programme d’En Marche évoque plutôt de renforcer l’accueil en crèche. Pourquoi pas, mais là encore il conviendrait d’apporter des précisions sur les objectifs respectifs des différentes structures puisque le programme parle de « donner la priorité aux fondamentaux […] dans le préscolaire ». Ce qui n’est pas très clair.


Réforme du Collège : stop ou encore ?
 « Nous rendrons possible le rétablissement de parcours bi-langues au Collège». On évoque aussi le rétablissement des parcours européens et une plus grande place pour les langues anciennes. En d’autres termes, le candidat propose de détricoter une partie de la réforme du Collège...
On peut d’abord faire remarquer que cela avait permis de dégager des moyens pour introduire dune deuxième langue vivante dès la classe de cinquième. Que deviendrait cette deuxième langue vivante ?
On peut avoir deux lectures de cette annonce. On peut se dire que ces questions du latin-grec et des classes bilangues qui ont éclipsé l'essentiel de la réforme du collège, avec souvent d'ailleurs beaucoup de mauvaise foi, ne sont pas le plus important et le cœur de la réforme. Mais on peut aussi voir cela comme une reconstruction de classes de niveaux dans les collèges et donc un sérieux  coup de canif à laquestion de l’hétérogénéité scolaire qui est essentielle pour la lutte contre les inégalités. On ne trouve d’ailleurs pas de réelle réflexion sur la question centrale de la mixité sociale et scolaire. On ne l'entend pas davantage sur le rôle de l'enseignement privé.
E. Macron, fait donc des “concessions” sur un sujet qui  a braqué une partie des enseignants et des parents en collège. Tout comme pour les rythmes scolaires qu’il renvoie à la responsabilité des maires. C'est une façon d'élargir son électorat potentiel, car l'enjeu c'est bien d'être dans les deux finalistes (rappelons que selon un sondage il serait majoritaire en intentions de vote chez les enseignants). Mais le danger est aussi de brouiller son message avec une approche électoraliste.
On retrouve aussi un défaut propre à toute question éducative où on défait ce qui est mis en place avant de laisser le temps à une réforme de s’installer. Ce qui laisse croire aux plus conservateurs que toute réforme est impossible et aux plus investis que leurs efforts sont vains...


Créations de postes
Le programme d’Emmanuel Macron, comme d’autres, mise sur de nouvelles créations de postes. Il prévoit 4000 à 5000 créations de postes. Et pour diminuer le nombre d'élèves par classe pour les CP et CE1, il réorienteraait entre 6000 et 10.000 postes des 60.000 créés sous le quinquennat de François Hollande.
On sait que les fameux “60 000 postes” promis par François Hollande  correspondaient à une logique quantitative et à une réponse à une situation de pénurie créée par la présidence Sarkozy. Au risque de choquer, je redis que cette promesse, si elle a pu être un atout pour reconquérir un électorat enseignant qui s’était éloigné de la gauche de gouvernement, a été aussi un handicap. Car elle a limité la marge de négociation pour faire accepter les réformes. Comme je l’ai déjà écrit, après cette promesse faite dans un contexte de restrictions budgétaires (et de gel du point d'indice),  il n’y avait plus rien à “dealer”. Or, on a bien vu que la réforme des rythmes, (tout comme la réforme du collège aujourd’hui), s’est heurtée à un très fort sentiment de déclassement et à une baisse du pouvoir d’achat. Cela a été un boulet pendant tout le quinquennat. Il faut donc considérer qu’une politique de recrutement aujourd’hui ne peut se faire qu’en tenant compte de cette dimension. Et qu’il y a des arbitrages à faire entre créations de postes et revalorisations dont on ne voit pas bien comment ils seront faits dans le programme qui nous est présenté.
Mais l’histoire nous montre aussi qu’il ne suffit pas de mieux payer les enseignants pour qu’ils fassent leur métier autrement et de manière plus enthousiaste.  C’est ce qui a été raté en France avec la “revalo” de 1989 où la lutte syndicale a fait un préalable de l’augmentation de salaires sans qu’il y ait au final  de réelles contreparties et évolutions. .
Le salaire, s’il est un élément de la considération de la société à l’égard de ses enseignants, ne peut, me semble t-il, à lui seul permettre une transformation du métier d’enseignant.  On se garde bien ici d’aborder la question d’une (re)négociation du statut et des missions des professeurs, tout comme la revalorisation de l’ensemble de la profession. Seuls les enseignants travaillant en ZEP recevraient une prime (ce qui, au passage, suppose aussi une remise en chantier du système de mutation)
Par ailleurs, recruter de nouveaux enseignants (même mieux payés) se heurte aussi à un problème « mécanique » En effet, le “vivier” dans lequel on peut puiser (actuellement niveau bac + 4)  n’est pas extensible à l’infini. On peut même dire que, malgré la reprise des inscriptions au concours, on est dans une situation de quasi-pénurie. Cela pose donc aussi le problème du niveau de recrutement qu’on se garde bien d’aborder tout comme la question de la formation qui n’est évoquée que de manière allusive.


Autonomie : quelle autonomie ? Celle des équipes ou des managers ?
« Nous donnerons plus d’autonomie aux équipes éducatives »
L'autonomie est un mot piégé. S'il s'agit de donner aux acteurs de terrain les moyens de s'organiser comme ils l'entendent pour atteindre des objectifs nationaux, cela peut être positif, s'il s'agit de mettre en compétition des établissements pilotés par des chefs d’établissements managers pour faire du ranking grâce à des tests standardisés, c’est une autre affaire...
La gouvernance de l’Éducation Nationale est l’angle mort de la refondation et on sait que c’est un sujet porteur de conflits. On l’a vu avec la réforme du collège où il était (un peu) abordé. Chez les enseignants, on fait souvent appel, comme une incantation, aux principes républicains pour réaffirmer le principe d’“égalité Républicaine” qui serait menacé par l’autonomie des établissements, vue comme une dérive managériale et libérale. C’est donc oublier que l’autonomie peut être aussi celle des équipes qui apportent des solutions propres au contexte dans lequel elles se trouvent, mais dans le respect d’un cadre national définissant clairement les objectifs et les finalités du système éducatif. Une école plus efficace, c’est peut-être une école qui est plus claire sur les finalités et plus souple localement sur les procédures et les dispositifs à mettre en œuvre pour y parvenir. C’est ainsi qu’on pourrait plus responsabiliser les établissements et les équipes en liant une partie des dotations à des objectifs sociaux de réduction des inégalités. Le projet d'Emmanuel Macron ne dit pas assez clairement quelle est sa conception de l'autonomie. 
Pour aller plus loin sur ce sujet, on peut voir  les difficultés actuelles face aux réformes comme la résultante de deux facteurs. D’abord, une conception très jacobine du pilotage : il faut définir une politique « juste », puis la faire appliquer pour corriger un monde réel dont on souligne les dysfonctionnements. Dans cette logique, on tend à surestimer les pouvoirs de l’Etat, et l’on se méfie des acteurs locaux au lieu de s’appuyer sur eux. D’autre part, on a aussi une survalorisation de la rupture politique : on prétend reconstruire d’urgence par rapport à un état antérieur excessivement décrié, et du coup on s’inscrit dans un temps court qui ne permet pas d’agir en profondeur. On oublie qu’une réforme ne vaut qu’à la mesure de l’adhésion qu’elle rencontre et de son appropriation par les acteurs, ce qui nécessite du temps. Or, ici on semble vouloir déconstruire. 
Le système éducatif français est aussi marqué par une forte hiérarchie et la multiplication des statuts. Cette bureaucratie contribue ainsi à la déresponsabilisation des acteurs et est donc peu propice à l’innovation et aux expérimentations. Faire évoluer la gouvernance de cette énorme machine qu’est l’Éducation Nationale ce serait aussi  sortir du fantasme des “bonnes pratiques” et autres procédures décidées du sommet et qui redescendrait impeccablement jusqu’à chaque classe et chaque élève. Ici ce fantasme semble rester présent. 
En tout cas, on aimerait vraiment que cette question de la gouvernance soit abordée sérieusement dans les programmes éducatifs des candidats.


La réforme du Bac (et du lycée ? )
Dans les articles récents (et déjà dans le discours de Lille), la proposition concernant le primaire occupe l’essentiel de l’espace. Toutefois, on indique que, pour financer ces postes, le candidat compte redéployer des moyens et agir sur la « correction des inefficacités du système actuel, notamment le coût du baccalauréat ».
Comme nous l’avons vu plus haut, le secondaire coûte plus que le primaire. Quant au baccalauréat il coûterait entre 58 et 100 millions d’euros selon les différentes estimations (voire 1,5 milliards si on compte les journées perdues).
Le baccalauréat est donc toujours un « monument national » (selon l’expression de Jack Lang) mais aussi une énorme « usine à gaz ». Comme le rappelle nos journaux chaque année, c’est un « miracle d'organisation » toujours sur le fil pour les services de l'éducation nationale : pas moins de 63 séries (dont 54 pour le seul bac pro), 4 000 sujets (dont 40 % de secours), 4 millions de copies à corriger, plus d'un million d'épreuves orales, 4 052 lycées centres d'examen en France, 71 à l'étranger, le tout sous l'œil vigilant de 139 733 examinateurs et correcteurs...
Mais on ne s’attaque pas facilement à un “monument national”... Les Français y sont attachés et notamment parce qu’il constitue un des derniers rites de passage dans notre société. La proposition de réduire le nombre d’épreuves est un moyen de rénover tout en préservant la façade du bâtiment. Des études ont montré que la prédicabilité de la réussite au baccalauréat était forte avec quatre épreuves seulement. Mais il reste à créer les conditions d’un contrôle en cours de formation rigoureux (et pas d’un contrôle continu).
La réforme du Bac permettrait-elle de faire des économies ? Ce n’est pas certain. On notera qu’il n’y a pas vraiment de réflexion sur une éventuelle réforme du lycée avec ses très nombreuses options, séries et filières dont plusieurs rapports ont montré le coût très élevé et le caractère peu efficace. La prudence, ici, tient lieu de politique.


Allo, ne coupez pas !
Sur quoi se sont focalisés les commentaires depuis l’annonce de ce programme ? Sur l’interdiction du téléphone portable à l’école primaire et au collège...
Avant de discuter de la pertinence ou non de cette mesure, on peut se poser la question du niveau d'importance de cette proposition (qui figure en 2ème position dans la plaquette du programme) par rapport à des questions comme l'autonomie, la priorité au primaire ou même la réforme du bac... On est loin du “projet” et même du programme avec cette mesure qui donne l’impression d’un catalogue disparate.
Sur le fond, on peut considérer que cela soulève la question de l’attention des élèves. Mais on notera que cette interdiction existe déjà dans les règlements intérieurs. Pour quelqu'un qui prône l'autonomie aux équipes, faire comme si elles n'avaient pas édicté et expliqué de règles à ce propos comme s'il valait la peine de décider une interdiction généralisée dans l'enceinte des établissements (et pas seulement en classe) depuis Paris semble contradictoire. Tout comme il est contradictoire d’avoir un discours moderniste sur le développement du numérique et interdire à l'école l'outil numérique le plus facile d'accès. Enfin, on peut imaginer, comme le font de nombreux enseignants, un usage “raisonnable” et raisonné de ce qui reste un outil parmi d'autres.
L'interdiction du portable apparait alors plus comme  un signe "rétro" qui ne coûte pas cher : interdisons aux élèves une pratique que les adultes, dès lors qu'ils ont le choix, ne s'interdisent guère.  Ça donne une image d’autorité et de référence nostalgique à une “école d'hier” si prisée dans les débats fantasmés sur l’école. Cela ressemble plutôt à une mesure  démagogique ou destinée à faire diversion.
Curieusement sur la page Éducation du site de En Marche, à aucun moment il n'est mentionné cette histoire de portable... Et cette page de site est bien plus intéressante que le livret qui a été mis en ligne (et dont j'ai extrait la page sur l'éducation) et les commentaires qui en ont découlé...
Mais surtout, on voit là avec cet exemple, comme avec le détricotage de la réforme du collège ou des rythmes, l’expression d’une stratégie politique, certes pensée et même calculée, mais qui tend à faire perdre au “projet” sa cohérence d’ensemble.
En marche”, mais avec des pas en avant et des pas en arrière...


Philippe Watrelot



Ajout du 18/03/17 : Je participerai à un débat organisé à Paris par En Marche, le lundi 20 mars à 19h15 sur le thème de l'Éducation. Je débattrai notamment avec Cédric Villani et bien sûr toutes les personnes présentes.
Ai-je besoin de préciser après la lecture de ce billet, que ma participation à cette table ronde ne doit pas être considérée comme un soutien?
Je me rends là où on m'invite à parler d'éducation et j'y porte mes analyses et mes idées.



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dimanche, février 26, 2017

Bloc-Notes de de la semaine du 20 au 26 février 2017


- Vote enseignant – Part du catho – Mixité/égalité – Bilans - Butinages - .



Retour du bloc notes après une pause liée aux vacances (et à une surcharge de travail). L’actualité éducative a repris elle aussi, un peu de vigueur. On évoquera successivement la question du vote enseignant, l’éternelle question de l’enseignement privé, la mixité et le poids des stéréotypes de genre (autre sujet éternel). On verra que la période est propice aux bilans dans tous les domaines. Et on finira par quelques conseils de lecture.


Y a t-il un vote enseignant ?
Le dimanche 23 avril, ce sera le premier tour de l’élection présidentielle. Le deuxième tour aura lieu le 7 mai. Ça se rapproche…
Et dans cette période inédite et marquée par de nombreux rebondissements et beaucoup d’incertitudes, il est toujours difficile de prévoir l’issue du scrutin. On a bien vu que les sondages dans bien d’autres cas, avaient montré leurs limites. Pourtant, il peut être intéressant de se pencher, malgré tout, sur l’enquête menée par le CEVIPOF/CNRS sur le vote des fonctionnaires. D’abord parce qu’elle s’inscrit dans la durée et un suivi régulier (on en est à la 4ème étude) et parce que l’échantillon est relativement important et cohérent. En ce qui concerne l’éducation , l’étude a été menée auprès de 1 500 personnes du monde enseignant (1er et 2nd degré, supérieur, chefs d’établissements). Si François Fillon est globalement rejeté par les enseignants (14,7 % d’intentions de vote), Marine Le Pen obtiendrait tout de même un score de 7% d’intentions de vote des professeurs, ce qui fait dire à L’Obs que pour le Front National “les profs ne sont plus une citadelle imprenable. En 2012, seuls 3,5% des profs avaient voté pour le FN (à noter que ce vote atteint presque 50% chez les militaires et les policiers). Mais c’est Emmanuel Macron qui recueillerait 29 % des suffrages des enseignants au 1er tour de scrutin. Toutefois Benoît Hamon en récolterait 25% et Jean-Luc Mélenchon 16% des intentions de vote (-4 points par rapport à l’enquête précédente). Pour Luc Rouban, qui a dirigé cette enquête « si l’on demande aux enseignants de se positionner eux-mêmes, 63 % se disent proches des partis politiques de gauche. Ce positionnement est très fort par rapport aux autres professions». Dans une interview donnée au journal Le Monde , le chercheur estime toutefois que “On n’est pas loin du divorce entre le PS et les enseignants ”. Si 24 % des enseignants disent se sentir proches de ce parti aujourd’hui, c’était 35 % en 2012 et même 40 % en 2007. Pour Luc Rouban sans doute faut-il y voir le résultat de la déception suscitée par des politiques menées durant le quinquennat, notamment la réforme du collège. Le sentiment d’un déclin de l’institution scolaire auquel les recrutements ne remédient pas. On s’attendait, sur le terrain, à ce que la gauche s’empare davantage – ou mieux – des grandes questions d’intégration, de pauvreté, de mixité… La désillusion sur ce plan, ajoutée à la dégradation des conditions de travail, pèse face aux urnes.
Comment expliquer les intentions de vote pour Emmanuel Macron ? Pour Claude Lelièvre, sur son blog , le vote centriste n’est pas une nouveauté. Et il rappelle les performances du vote pour François Bayrou chez les enseignants. Le chercheur Luc Rouban doute, quant à lui, qu’il y ait “une réelle adhésion au modèle qu’il [ E. Macron] incarne. Il n’y a pas de glissement des enseignants vers un univers néolibéral. C’est plutôt une inclination par défaut. ”. Et il conclut “Emmanuel Macron, s’il est crédité d’une assez forte autorité institutionnelle, n’est pas, en termes d’image, jugé particulièrement positivement. Cela résume bien, à mes yeux, la situation actuelle : on reste dans une grande incertitude quant aux choix qui seront faits dans l’isoloir.
Quelques éléments d’analyse personnelle… En ce qui concerne l’éducation, lorsqu’on parvient à dépasser le maximalisme radical toujours présent et qu’on n’a pas la mémoire courte et qu’on se rappelle de la situation d’avant 2012, on peut penser que les enseignants seraient capables de faire la part des choses. Ils pourraient reconnaitre le bilan du quinquennat en ce qui concerne les postes, la revalorisation des professeurs des écoles, le plus de maitres que de classes, l’évolution des carrières, le rétablissement de la formation etc... Mais des erreurs de méthode ont été commises notamment dans l'insuffisance de dialogue avant les décisions, et la mise en œuvre de la réforme du collège à marche "rapide". Pour les rythmes scolaires, il y a encore de la rancœur et des doutes sur l’efficacité et des inquiétudes sur la disparité des situations. Même si côté éducation, le bilan peut apparaître positif aux yeux d’un certain nombre d’enseignants ou négatif pour d’autres, il est clair aussi que le vote ne se fera pas, et c’est bien logique, que sur ce seul aspect. Les enseignants comme le reste des français voient le bilan de l’ensemble du quinquennat dans tous les domaines. Et ils manifestent des inquiétudes sur la situation économique, se sont indignés (ou pas) de certaines décisions et expriment un désir de renouvèlement de la vie démocratique. Comme tous les Français. Et si le “vote enseignant” n’existait pas ?
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La part du catho
L’enseignement privé sous contrat et hors-contrat a beaucoup fait parler de lui cette semaine.
Pascal Balmand veut une plus grosse part de catho... Le secrétaire général de l'enseignement catholique (Sgec) s'apprête à remettre sur le tapis la sacro-sainte règle des "80-20" qui, depuis des années, régit la répartition des postes d'enseignants entre le public et le privé, nous dit le JDD.fr. Dans un document destiné aux candidats, il proposera de "reconsidérer" (et le terme est pesé) cette répartition "qui ne correspond plus à la réalité". Car si, depuis la loi Debré de 1959, les écoles privées sous contrat bénéficient bien de financements publics pour l'enseignement, le ratio est apparu en 1985, calqué sur la répartition des effectifs publics/privé de l'époque. Il a fini par être entériné en 1992 au terme de longues négociations. Depuis, personne n'a osé toucher à cet équilibre… jusqu'à aujourd'hui... Mais, selon le SGEC, “actuellement la demande pour le privé est beaucoup plus importante que les moyens dont nous disposons ”.
On évoquait dans un récent bloc-notes (fin janvier), une progression de la proportion d’enfants scolarisés dans le privé. La part du privé s'est élevée à 21,5%, contre 21,3% l'année précédente. Pour la seule classe de sixième, la proportion monte à 22,2%. Ce n’est donc pas un “exode” mais les responsables de l’enseignement catholique et les parents d’élèves du privé (Apel) s’appuient sur ces chiffres pour réclamer plus de moyens. “Certains nous reprochent de ne pas faire assez de mixité mais on ne nous donne pas la possibilité d'ouvrir en banlieue…, affirme la présidente de l'Apel dans le JDD.fr. Le sujet est en tout cas hautement inflammable... Et le risque de rallumer la guerre public/privé est réel. On se souvient encore que les dernières tentatives de modifier un équilibre fragile ont mis des milliers (voire des millions) de personnes dans la rue de part et d’autre.
Est-ce que les écoles hors-contrat vont aussi s’inviter dans la campagne ? Elles représentent évidemment des effectifs nettement moins importants (environ 56.000 enfants) mais leur progression est forte. Et leur visibilité médiatique aussi... France 2 a encore consacré un long reportage le mardi 21 février au réseau d'écoles "Espérance Banlieue". Ce n'est pas le premier et on peut craindre que ce ne soit pas le dernier. Mais le problème c'est surtout que ces reportages, ont peu de recul critique et négligent pas mal de choses pourtant importantes à dire sur ce type d'écoles traditionalistes, hors contrat et financées par des fondations d'entreprises. , on apprend que le fondateur de ces écoles, Éric Mestrallet, lancera un appel début mars, afin de "trouver des moyens, notamment publics, pour développer ces écoles". Selon lui, une cinquantaine de personnalités soutiendrait déjà cette démarche : Xavier Huillard, le PDG de Vinci, Mélissa Theuriau et Jamel Debbouze, Alexandre Jardin, Jean-Louis Borloo… Rappelons que dans le programme du candidat Fillon , on prévoit très explicitement de favoriser le développement de ce type d’école.
Si l’enseignement privé a été dans l’actualité cette semaine, c’est aussi avec une info qui a fait très vite le tour des réseaux sociaux. Sur Twitter, un élève nous apprend que son lycée privé a distribué le manuel “Pour réussir sa vie sentimentale qui explique, entre autres, que l'homosexualité «résulte surtout d'une évolution psychique marquée par l'influence excessive ou insuffisante du père ou de la mère dans l'enfance ; ou suite à des perversions d'adultes qui ont provoqué une attirance pour le même sexe, ou une répulsion pour l'autre sexe.». Sur une autre page, on peut lire : «Si tu as une tendance homo, tu es peut-être homo-sensible ou homophile, c’est à dire porté vers ton semblable (cela arrive à l’adolescence). Mais ne te définis pas par cette tendance, qui n’est pas irrémédiable et peut être surmontée.». Et l’auteur de ce texte ajoute : «N’active pas cette tendance en passant à l’acte. Sentir n’est pas consentir. […] L’engrenage peut être fatal, car nos actes confirment et développent nos tendances».
Selon l’élève contacté par BuzzFeed News,< la direction de l’établissement «n’était pas au courant de la distribution de ce manuel» qui s’est faite à l’initiative de la prof de catéchisme. Le chef d’établissement a publié samedi, un communiqué pour présenter ses excuses et annoncer le retrait du manuel au sein de l’établissement.
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Mixité-Égalité
Le Haut conseil à l'égalité entre les hommes et les femmes (HCE) a rendu son rapport le 22 février. Il a été assez largement commenté dans la presse.
Il constate que les outils disponibles de lutte contre les inégalités de genre sont insuffisamment connus et utilisés par les personnels de l'Éducation nationale. Il observe aussi que les Espé -ces écoles de formation des enseignants qui ont succédé aux IUFM- ne s'intéressent pas systématiquement au sujet, comme le prévoyait pourtant la loi de refondation de l'école. D’après le rapport, seule la moitié de ces écoles (12 sur 24) propose en effet un module sur le sujet. Par ailleurs, des chargés de mission «égalité filles-garçons» ont été installés. Mais sur 36, seuls 8 travaillent à plein-temps sur cette thématique qui, dans les faits, est reléguée au second plan, derrière la laïcité et la lutte contre les discriminations raciales.
 En ce qui concerne les nouveaux programmes élaborés l'année dernière et entrés en application depuis septembre 2016 à l'école primaire et au collège, le HCE observe «un effort pour éliminer les stéréotypes sexués», il regrette que «l'écriture inclusive» - ces règles visant à rendre neutre le langage du point de vue du genre- ne soit pas utilisée.
Le HCE s'intéresse aussi aux manuels scolaires, bien souvent pointés du doigt au cours du quinquennat, dans la perpétuation des stéréotypes. «Dans les manuels de lecture de CP, les femmes représentent 40% des personnages et 70% de ceux qui font la cuisine et le ménage, mais seulement 3% des personnages occupant un métier scientifique», rappelle le haut conseil. Dans Le Monde la chercheuse Isabelle Collet résume l’enjeu de ce rapport en une formule « Enseigner est un métier qui s’apprend ; enseigner de manière égalitaire s’apprend également. »
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Bilans
Si la période est marquée par la campagne présidentielle, c’est aussi logiquement l’heure des bilans. C’est celui de la refondation, de la formation et aussi plus largement celui de la Ministre qui est très présente dans la presse avant le silence de la réserve électorale.
On n’en a pas beaucoup parlé. Seuls deux articles le mentionnent (Capital et le Café Pédagogique ). Le 22 février, Yves Durand, député PS et président du comité de suivi de la loi de refondation de l’école (dite “loi Peillon”) , a présenté son rapport annuel de suivi de l’application de cette loi, le deuxième après une première édition l’an passé. En 2016, le rapport était déjà assez critique, il l’est de nouveau cette année en déplorant la “précipitation” dans laquelle s‘est faite la réforme du collège. A ce temps (trop) court du lancement de la réforme, le comité oppose le temps long de l'appropriation "seule susceptible d’engager un changement profond des pratiques". Il y a aussi des critiques, déjà formulées l’an dernier, à l’égard des deux principales instances créées par la refondation : le CSP et le CNESCO. Le magazine Capital se focalise sur la proposition de remplacer le Conseil Supérieur des programmes, jugé trop proche du pouvoir, par une “agence autonome des parcours scolaires et des formations” (inspirée de ce qui existe au Québec). “En son sein, explique Yves Durand, il pourrait y avoir des représentants du Medef, des associations de consommateurs, des associations représentatives de la société, des personnes qui ne sont pas forcément des experts de l’éducation. Il n’est, par exemple, pas aberrant de considérer que les employeurs aient leur mot à dire sur le type de compétences qui doivent être apprises aux jeunes générations. Je parle d’employeur, mais je pourrais aussi parler de syndicat, comme d’associations de défense de l’environnement. Ensuite, à partir des suggestions qui auront émergé, nous laisserons aux experts de l’éducation le soin de réaliser les programmes. Le plus important, c’est qu’il y ait un véritable aller-retour entre ce public non-spécialiste et les experts.
C’est aussi à un bilan que se livrent trois formateurs (Béatrice Mabilon-Bonfils, Alain Jaillet et Line Numa-Bocage) dans une tribune intitulée “Un scandale tranquille : des enseignants toujours aussi mal formés. Ils démontent (comme je l’ai déjà fait moi même à plusieurs reprises) les compromis boiteux sur lesquels repose la formation initiale dans les ESPÉ et aussi la charge de travail importante des enseignants débutants. Ils s’inquiètent aussi des perspectives liées aux échéances électorales qui risquent de détruire au lieu d’améliorer. Il concluent en évoquant l’état d’esprit des formateurs : “Sur le terrain tout le monde fait au mieux en redoutant une énième réforme qu'il faudra faire vivre et fonctionner mais dont plus personne ne sait au bout du compte à quoi cela mène. ” Une conclusion que je partage entièrement !
La Ministre de l’Éducation Nationale a suscité depuis son arrivée au Ministère de l’Éducation Nationale de très nombreuses réactions. Le journal 20minutes.fr lui a consacré sa Une de vendredi 24 février et se demande “Pourquoi Najat Vallaud-Belkacem déchaîne-t-elle les passions? ” avec à la clé une interview et les bonnes feuilles de bonnes feuilles de son livre « La vie a plus d’imagination que toi ». On avait eu aussi quelques temps auparavant un documentaire télévisé sur son parcours. Le timing est bien calculé et il y a donc clairement une stratégie de communication à l’œuvre. Il s’agit à la fois d’une valorisation du bilan mais aussi de la personne et du symbole qu’elle représente.
A l'occasion d’une interview avec un Youtubeur en même temps qu’elle déplorait que l’éducation soit absente du débat présidentiel, elle laissait aussi entendre qu'il faudrait composer avec elle ces prochaines années...
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Butinages
Il y aurait bien d’autres choses à dire dans cette actualité éducative qui a (comme c’est étrange) retrouvé de la vigueur avec la fin des vacances de la zone C. Nous finirons avec quelques lectures butinées au hasard des navigations sur le web...

Les dernières données nationales permettant de suivre un échantillon représentatif des élèves de la 6e vers le baccalauréat révélaient, en 2005, que 87 % des enfants d’enseignants obtiennent ce diplôme, contre seulement 39 % des enfants d’ouvriers non qualifiés. Partant de ce constat, Joanie Cayouette-Remblière (livre du mois des Cahiers Pédagogiques )s’est proposé de suivre au plus près les parcours scolaires de deux cohortes d’élèves, de leur entrée au collège jusqu’à leur éventuel accès au baccalauréat. Les résultats de ce travail permettent de voir que, loin d’être données, ces inégalités se construisent, pas à pas, au sein du système scolaire. C’est ce que montre une excellentesynthèse proposée par l’INED .

Dans la revue du Crieur (co-éditée par Médiapart et La Découverte, on pourra lire « Céline Alvarez, le business pédagogique» écrit par Laurence De Cock. Notre collègue revient sur le phénomène médiatique et éditorial de l’année. L’enthousiasme suscité par son livre, Les lois naturelles de l'enfant, tient au caractère spectaculaire des résultats affichés, avec des taux de réussite très élevés, y compris de manière précoce et chez des enfants peu favorisés. Mais, si on regarde de plus près nous dit Laurence De Cock, tout est loin d’être aussi rose. La «méthode», très gourmande en matériel et en encadrement, se révèle intransposable dans un contexte scolaire plus large.

Marine Le Pen dans ses 144 engagements évoque à plusieurs reprises ses projets pour l’École. Nous les avons analysés dans un billet de blog récent. . Dans l’engagement 102, il est écrit « Faire de l’école un “asile inviolable où les querelles des hommes n’entrent pas (Jean Zay) donc en y imposant non seulement la laïcité, mais également la neutralité et la sécurité.. La fille de Jean Zay, Hélène Mouchard-Zay, dans un texte largement repris sur les réseaux sociaux s’est indignée de cette récupération de la pensée de son père. Dans Libération, on rappelle que ces mots figurent bien dans des circulaires de Jean Zay. Mais c’était à l’époque pour contrer l’influence de l’extrême droite !
Hélène Mouchard Zay, dans son texte, rappelle le contexte et les valeurs : «Jean Zay appelle les enseignants à la mobilisation pour la défense de la République et les valeurs qui la fondent. S’il refuse tout militantisme politique, idéologique ou religieux dans l’école, c’est au nom des valeurs qui fondent la République et que combat au contraire Marine le Pen : il veut une école qui apprenne à juger par soi-même et non à applaudir des hommes – ou des femmes – providentiel(le)s. Il veut une République ouverte, fraternelle, solidaire, qui n’exclut personne en raison de ses origines ou de sa religion, et dont le fondement est une école qui accueille tous les enfants, quels qu’ils soient, et qui tente de les ouvrir au monde.»

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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