samedi, février 06, 2016

Bloc-note de la semaine du 1er au 7 février 2016




- Gauche / Droite – Français/Français – État/Marseille – Grave/Circonflexe - 


— «Eh, pour ton bloc notes, tu vas parler de la réforme de l’orthographe ? T’as vu tout le monde en parle depuis une semaine ! »
— « D’abord ce n’est que depuis jeudi que tout s’est emballé. Et puis il y a bien d’autres choses plus importantes à dire sur l’École : la proposition d’abaisser l’âge de l’apprentissage à 14 ans par exemple ou bien l’enquête sur les jeunes et la religion. Ou encore l’état des écoles à Marseille
— « Mais quand même tu ne peux pas ne pas en parler ! c’est LE sujet n°1 dans les réseaux sociaux. Tous les journalistes font des papiers là dessus et même la Ministre a été obligée de se positionner »
— « Je sais bien... j’ai même refusé deux interventions à la télé parce que je trouvais que c’était un “faux buzz”. »
— « Justement ! tu pourrais au moins dire pourquoi, selon toi, c’est une polémique excessive. »
— « D’accord. Tu as raison. Et puis ça dit quand même des choses sur l’état du débat public et de l’École aujourd’hui. On en parlera à la fin et on ne parlera pas que de ça. Histoire de rappeler quand même que “hiérarchiser l’information” c’est important…


Gauche / Droite ?
Des députés (de la vraie droite) emmenés par Christian Estrosi ont présenté en début de semaine une proposition de loi pour réinstaurer l'apprentissage à 14 ans. Le groupe socialiste s'est dit dès le dépôt "fermement" opposé à ce texte en commission. Jusque là, rien que de très normal. Un positionnement qui rappelle que les clivages droite/gauche existent encore sur un certain nombre de sujets.
Mais ce même mardi, Manuel Valls réunissait à Matignon les dix-huit présidents de région de la métropole et de l'outre-mer. Et le président de la région Paca, a évidemment plaidé pour l'abaissement à 14 ans de l'âge de l'apprentissage. Selon un article du Figaro , la ministre de l'Éducation nationale se serait, selon un participant, montrée «très fermée» sur cette proposition. S'en est suivie une mise en garde cinglante du premier ministre, un «recadrage très sévère», selon un élu présent. S'adressant à tous les ministres et visant plus particulièrement N. Vallaud-Belkacem, M. Valls aurait lancé : “Nous n'avons pas fait venir les présidents de région pour dire “non”. Vous n'êtes pas là pour dire “non” à des personnes que j'ai invitées à Matignon pour faire des propositions”.
Finalement la position du gouvernement a été clarifiée. : Le retour à l’apprentissage à 14 ans “n’est pas la position du gouvernement et on voit les objections de fond à cette mesure”. La proposition de loi a finalement été rejetée jeudi soir par un vote à l’Assemblée. Fin de la polémique ?
Elle en dit long en tout cas sur la perte actuelle de repères idéologiques et la difficulté à identifier aujourd’hui ce que seraient des “marqueurs” de droite et des “marqueurs” de gauche. Car la position de la Ministre (de gauche) n’était pas “fermée” mais en effet très “ferme” sur une proposition qui est d'abord une régression et un renoncement. Tout le propos du collège unique depuis 40 ans est d'éviter la sélection précoce et de trouver des solutions pour permettre le "scolariser ensemble" et la lutte contre l'échec scolaire. Cette proposition de la droite fait exactement l'inverse. Rappelons que dans sa loi sur la refondation de l’école de 2013, Vincent Peillon avait fait abroger l’apprentissage à 14 ans, considérant que tous les élèves devaient au moins finir le collège pour acquérir le socle commun de connaissances, de compétences et de culture.
Ce qui est inquiétant dans ce débat occulté aujourd’hui par des accents circonflexes, c’est aussi que cette proposition puisse trouver de l’écho dans l’opinion et y compris chez les enseignants. On pourra entendre en effet de nombreux avis, y compris « à gôche » qui voient des vertus dans l’apprentissage dès 14 ans pour des enfants qui ne sont “pas faits pour les études” et qui se trouveront mieux à exercer des métiers manuels “qui doivent être revalorisés”. On fera remarquer que les gosses "pas doués pour les études", ou ayant une "intelligence manuelle, toute aussi noble que les autres" ne sont (quasiment) JAMAIS des enfants d'enseignants (ni de CSP +). Pourquoi ces enfants sont-ils majoritairement des enfants d'ouvriers ? Est-ce une question de “don” ? ou de déterminisme social ? L'École n'est-elle là que pour entériner les inégalités sociales ou peut-elle tenter d'y répondre ? Si l'école est un "carcan scolaire” est ce que la seule solution c'est de dire aux élèves “adaptez vous ou dégagez” ou il y a moyen de faire évoluer l'école ? Le débat ne devrait pas être sur l'âge auquel on oriente vers ce type de dispositif, mais sur les critères pour y rentrer. Pour quelques rares élèves orientés positivement, combien d'autres qui se voient imposer l'apprentissage non pas parce qu'ils ont le goût pour cela mais tout simplement parce qu'ils n'ont pas trouvé leur place à l'école et au collège et dont on se débarrasse ainsi ? Ça questionne le système éducatif tout entier qui préfère expulser ces élèves que d'affronter vraiment le traitement de la difficulté scolaire. Et il faut en effet féliciter les enseignants (et personnels éducatifs !) des lycées pros qui parviennent avec un grand nombre de ces gamins qui arrivent abimés et en colère à retisser du lien et à redonner de l'estime de soi. On pourrait alors convenir que la réponse de l'orientation précoce est une mauvaise réponse à la question de l'échec scolaire et d'une pédagogie peu efficace face à certaines difficultés.
Dans des temps de confusion sur les finalités de l’École et où l’“élitisme” est invoqué à tort et à travers pour justifier l’immobilisme, il est en effet difficile de trouver des repères de gauche dans la politique éducative.
La recherche de mixité sociale peut en être un de ces trop rares marqueurs. Mercredi dernier, la ministre réunissait, rue de Grenelle, une centaine d’élus locaux, chercheurs, recteurs, mais aussi les fédérations de parents d’élèves et les représentants de l’enseignement privé… pour relancer l’expérimentation de réforme de la carte scolaire annoncée dès janvier 2015 et officiellement lancée quelques jours avant les attentats du 13 Novembre. Comme le souligne Libération, politiquement, la réunion qui se tenait ce mercredi était décisive. En termes de calendrier, si le ministère veut que l’expérimentation se concrétise dès la rentrée 2016 – avant la présidentielle –, il faut accélérer maintenant et passer à l’expérimentation. Il s’agissait donc de convaincre les élus, souvent échaudés à l’idée de se mettre les parents d’élèves (de droite comme de gauche...) à dos, de ne pas s’arrêter aux bonnes intentions. 20 départements devraient expérimenter de nouvelles règles d’affectation dans les collèges.
Gauche ? Droite ? Dans le même temps, Nicolas Sarkozy fait la promotion de son livre “La France pour la vie dans lequel quelques pages sont consacrées à l’Éducation Nationale. Il préconise “ moins d’enseignants, mieux payés, mieux considérés, mieux formés et plus disponibles ”. Pour lui, il “ vaut mieux avoir 20 % d’enseignants en moins et les payer 20 % de plus ”. Il suggère également “ d’augmenter de 25 % le temps de présence des enseignants dans les lycées et collèges ”. Ces derniers auraient ainsi plus de “ temps libre pour aider et soutenir les élèves les plus en difficulté ”. Par ailleurs, il estime que “ La mainmise complète des syndicats sur le système achève de le paralyser ”.
Finalement, pour ceux qui auraient la mémoire courte, voilà un rappel utile. Gauche ? Droite ? Il y a encore quelques différences...

“Français-Français”
L'école défiée par la religion c’est le titre qui barre la couverture de l’Obs de cette semaine. On y présente comme inédite et levant des tabous, une enquête de Sébastian Roché, Directeur de recherche au CNRS, Sciences Po Grenoble. Ce spécialiste de la délinquance vient de sortir une enquête qui a consisté à interroger 9.000 collégiens des Bouches-du-Rhône entre avril et juin 2015 sur la force du sentiment religieux des jeunes, sa dimension identitaire et ses conséquences sur l'adhésion aux valeurs de la société française. Dans cette étude, le sociologue montre que de plus en plus d'élèves opposeraient leurs convictions religieuses aux enseignements universels. Et les graphiques présentés ainsi que les exemples mettent tous l’accent (circonflexe ?) sur la religion musulmane.
Sur son blog, notre collègue Laurence De Cock s’interroge sur la méthodologie de l’enquête et sur le fait que “cette enquête inédite, ne cite que des exemples collègiens musulmans pour étayer l'hypothèse bien vendeuse de sa levée de tabous. ” et elle ajoute que “Les travaux sont nombreux, thèses, articles, qui interrogent les formes d'enseignement du fait religieux dans les manuels scolaires notamment, qui étudient les discriminations ou encore les effets des catégorisations culturelles en œuvre à l'école. A de très rares moments, le débat s'est apaisé sur ces questions qui sont, depuis plus de trente ans, au coeur des controverses scolaires, particulièrement dans l'enseignement de l'histoire et de l'éducation à la citoyenneté. […] Prétendre donc lever un tabou sur cette question est tout simplement grotesque et dit davantage de la fabrique de l'amnésie par le dispositif médiatique que de la réalité d'une politique scolaire […] . Il y a certains contextes politiques, comme celui que nous traversons actuellement, qui appellent prudence, responsabilité et retenue dans la quête de sensationnalisme et de profit.
Sur cette couverture de l’Obs, on trouve le portrait de la Ministre de l’Éducation Nationale. Najat Vallaud Belkacem est invitée à commenter cette enquête. Elle déclare “Non, le constat d’une plus grande religiosité chez les jeunes n’est pas nouveau. Et, au lendemain des attentats de janvier, en me rendant dans plusieurs établissements scolaires, j’avais constaté la prégnance du sentiment religieux parmi les élèves. J’avais été frappée de voir beaucoup d’entre eux discuter, juger, débattre des choses à travers ce prisme, toutes religions confondues. C’était moins le cas pour les générations précédentes. Dans une société qui se cherche, une partie de la jeunesse peut être davantage tentée de trouver des réponses dans la religion. A l’heure où ces identités peuvent être manipulées et radicalisées pour être montées les unes contre les autres, c’est très préoccupant.” Et plus loin elle ajoute que pour elle “c’est le résultat d’une crispation identitaire dans la société, mais aussi un phénomène social. Une crispation identitaire et un phénomène social... 
C’est ce que nous disent aussi deux documents parus cette semaine. Dans Rue89, Pierre Haski nous conseille un documentaire, diffusé mercredi dernier à 23h30 sur France 2 (série Infrarouge et disponible en Replay), qui interroge la question "identitaire" dans la société française et notamment en questionnant les plus jeunes. Un extrait est significatif . Les deux auteurs du documentaire, l’une juive, l’autre musulman, rompus à l’animation de dialogues à deux voix avec la France des banlieues et des stéréotypes, posent deux questions à une classe de lycéens en grande majorité « issus de l’immigration », comme on dit pudiquement : “ Qui est français ?”. Tout le monde lève la main. “ Qui se sent français ?” Une seule main se lève dans la classe, celle d’une jeune noire qui explique que, dans sa tête, elle est “ blanche”. Un autre répond que le Français, pour lui, c’est un blond aux yeux bleus propre sur lui.
”.

INFRAROUGE SPECIAL: Les Français c'est les... par france2

Toujours sur le même sujet, il faut lire dans Politis, le témoignage d’un professeur d’Histoire-Géographie en collège qui explique comment il procède avec ses élèves pour travailler sur le sentiment d'être français. Et il montre aussi avec justesse combien le projet de déchéance de nationalité complique son travail et d'une manière générale cette construction de l'identité. Au fait, le texte a pour titre “ On n’est pas des « Français-Français » monsieur ! 


Etat/Marseille
Dans une lettre conjointe, publiée vendredi matin dans la Provence , la ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, et celui de la Ville, Patrick Kanner, estiment que “la situation particulièrement préoccupante des conditions de scolarisation des élèves du premier degré dans les établissements marseillais nécessite une réponse rapide et cohérente qui sache à la fois traiter l’urgence et établir sereinement les conditions d’une amélioration durable”.
Rappelons que dans son édition de mardi, Libération faisait sa une sur l’état des écoles marseillaises, relayant la colère des parents et des enseignants (notamment une lettre ouverte d'une enseignante) contre la municipalité, seule compétente légalement dans la construction et l’entretien des locaux. La réaction première de la Mairie et de son maire, Jean-Claude Gaudin, a été de minimiser les problèmes et d’accuser Libération de «manipulation politicienne» . Le froid ? «c’est parce que les gens qui font le ménage aèrent» ou alors «Tous les jours, il y a des travaux dans nos écoles». Mais depuis la parution de l’article, les services de l’Education nationale ont reçu de nombreux témoignages de directeurs d’école, de tous les quartiers de Marseille, pointant les problèmes rencontrés, parfois graves, et venant s’ajouter à ceux déjà identifiés.
 Avec cette demande des deux ministres au Préfet, l'affaire prend un tour nouveau et relativement inédit. Car en effet, les écoles sont de la responsabilité matérielle des communes. Les choix des conseils municipaux sont de leur entière responsabilité. On sait que la ville de Marseille, comme d’autres en France, n’ont pas fait de ce sujet une priorité. On l’a vu aussi avec la gestion des rythmes scolaires. Avec ce bras de fer entre le représentant de l’État qu’est le préfet et la municipalité, on voit une tension entre la logique des lois de décentralisation et l’égalité républicaine.
En tout cas, depuis cette interpellation, le même journal Libération nous apprend le 6 février que plusieurs enseignants des écoles citées dans la presse ont rapporté que des petits travaux, réclamés depuis des mois, ont été faits cette semaine, alors qu'un conseil municipal se tient lundi...
Relayer les alertes citoyennes, faire un travail d’investigation et d’information, exercer un droit de suite, quand la presse ne se contente pas de fabriquer et reproduire des faux scoops, elle joue un rôle indispensable !

Grave ou circonflexe
Voici une bonne polémique comme la Frrrrâââânce éternelle en a le secret!
L'académie française (repaire de gauchistes comme chacun sait...) a voté il y a 25 ans en 1990 une "orthographe rectifiée". Le bulletin officiel spécial de l'Education nationale n°11 du 26 novembre dernier (celui où sont publiés les nouveaux programmes) rappelle (pages 23, 114 et 236) que “L’enseignement de l’orthographe a pour référence les rectifications orthographiques publiées par le Journal officiel de la République française le 6 décembre 1990.”. TF1 dans un texte sur son site (le 03/02/16) puis un reportage présente comme un scoop le fait que les manuels scolaires vont devoir enfin en tenir compte et porter un macaron portant la mention "Nouvelle orthographe". Il semblerait que des éditeurs de manuels, en mal de publicité et dans des stratégies de concurrence, aient communiqué sur ce fait comme le souligne Marie Estelle Pech dans Le Figaro du Vendredi 5 février : “Comment faire parler de soi à peu de frais lorsqu'on est un éditeur de manuel scolaire en quête de ventes? Promettre que la «réforme de l'orthographe» sera appliquée dès la prochaine rentrée dans tous les manuels de primaire…”.
En haut, extrait des programmes de 2008, en bas ceux de 2015
En fait, c'est en principe déjà le cas depuis 2008 (même si c’était plus discret et que tous les manuels ne le faisaient pas). Notons par ailleurs que le nouveau socle commun et les nouveaux programmes de 2014-2015 ont eux-mêmes été rédigés en respectant ces recommandations orthographiques (et les Cahiers Pédagogiques l’appliquent aussi depuis longtemps !). Donc, si on résume, il n’y a rien de neuf et d’original dans cette information, ce qui est présenté comme une “réforme” (le mot qui fait peur aujourd’hui) est la continuité d’un processus engagé depuis 25 ans ! Mais tout le monde (ou presque) s’est engouffré dans ce pseudo buzz qui combine tous les ingrédients des polémiques actuelles notamment dans l’éducation : immédiateté, non vérification des sources et copiage circulaire, nostalgie, déploration, sentiment d'expertise de tous...
Si cette polémique est le résultat d’une stratégie marketing et d’une logique médiatique, elle a aussi un soubassement politique et idéologique. Très vite, on a vu sur les réseaux sociaux des hommes politiques et des syndicats de droite s’indigner contre cette “réforme” (pourtant initiée par Maurice Druon !) et fustiger la “baisse du niveau”, le “nivèlement par le bas” et la politique égalitariste et laxiste de la Ministre (qui devait être elle même à l’école primaire en 1990) parce que l’on rectifie l’orthographe de 2000 mots et qu’on supprime quelques accents circonflexes. On retrouve des ingrédients déjà présents dans la composition de la polémique autour du latin : défense de la “Culture éternelle” forcément menacée, référence à l’élitisme républicain, déploration, attaque contre des experts jugés irresponsables et méconnaissant le terrain. Michel Lussault, président du Conseil Supérieur des Programmes interviewé par Sandrine Chesnel de L’Express y voit clairement une manipulation politique et déclare “Je suis très choqué de voir que des enseignants, des éducateurs, n'hésitent pas à falsifier la réalité en faisant un rapprochement qui n'a pas lieu d'être avec la réforme du collège. Chacun a le droit de critiquer l'action du ministère, mais cette critique ne peut pas reposer sur des mensonges éhontés. ”. Plus largement, cette polémique sert aussi de révélateur à tout un tas de rancœurs exprimées de manière de plus en violente et excessive. Et on a même l’impression que la Ministre semble désormais catalyser sur sa personne les haines qui étaient jusque là concentrées sur Christiane Taubira...
Le cabinet de la Ministre devant l’emballement a aussi été obligé de produire un communiqué. A moins que la manipulation politique et médiatique l’emporte, on peut espérer que le soufflé retombe aussi vite qu’il est monté. Heureusement, à côté des articles et reportages télévisés surfant sur la nostalgie on a vu très vite apparaitre (sans ^) des articles faisant un vrai travail d’investigation et de mise en contexte et dégonflant le buzz et les fausses rumeurs. Ainsi, c’est le cas, d’un article de la rubrique “Les Décodeurs sur le site du Monde ou encore une intervention sur Europe1 ou on parle de “ tempête dans un verre d’eau”. Plus surprenant, le titre de Marianne : Quand Twitter s’excite pour rien. Signalons aussi le texte de Louise Tourret sur Slate.fr ainsi qu’un billet du blog Charivari à l’école J'enseigne en nouvelle orthographe et... tout va bien. et pour finir on peut aller lire le texte plein d’humour et d’ironie de Johan Hufnagel dans Libération. Je vous le laisse découvrir, un pur régal.

Pour nous résumer, ce qui se passe depuis trois jours est le produit d'une double logique. D'abord une logique de marketing : certains éditeurs de manuels scolaires ont décidé de communiquer là dessus pour relancer un peu de publicité et surtout reconquérir des parts de marché en mettant en difficulté ceux qui ne voulaient pas appliquer ces recommandations. Ensuite une logique médiatique. TF1 a construit de A à Z le "buzz" autour de cette info en prospérant sur le terreau très fertile de la nostalgie et de la déploration ("tout fout le camp, ma bonne dame, même les accents circonflexes !”) et tous les journaux et les réseaux sociaux s’y sont engouffrés.
Débat classique dans l’éducation aux médias : si on peut rétorquer que dès l’instant où c’est en débat dans l’opinion il faut que la Presse en parle, on peut aussi considérer que les journalistes ont une responsabilité dans le choix de ce qu'ils mettent à l'agenda (ou pas...) et dans la hiérarchie de l'information…
On aurait pu se dispenser de tomber dans ce double piège et éviter de s’exciter sur le circonflexe pour mettre l’accent sur des difficultés plus aigües et des causes bien plus graves...

Bonne Lecture et bon weekend (sans tiret) !...



Philippe Watrelot

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samedi, janvier 30, 2016

Bloc-notes de la semaine du 26 au 31 janvier 2016





- Grève(s) – Bac pro – Polémique et rumeurs - Butinages -



Grève, Bacs pros, polémiques et rumeurs sont au menu de ce bloc notes. Mardi 26 janvier c’était jour de grève(s), et les sujets étaient multiples et pouvaient poser un problème de lisibilité des revendications. Cette semaine on fêtait aussi les 30 ans du bac pro et à cette occasion la Ministre a fait quelques annonces pour l’enseignement professionnel. Une ministre au coeur de la tourmente avec une polémique médiatique et des rumeurs autour du prochain remaniement gouvernemental.




Grève(s)
Mardi 26 janvier, c’était jour de grève... Dans la fonction publique à l’appel de plusieurs syndicats et dans l’Éducation Nationale. Pour cette dernière c’était avec des mots d’ordres multiples : pour les salaires (dans le primaire) et aussi contre la réforme du collège (dans le secondaire). D'après les chiffres du ministère de l'Education, environ 11% des enseignants, tous niveaux confondus, ont observé cet appel à la grève. La mobilisation est plus forte au collège (22,3% pour les professeurs de collège) qu'au primaire ou au lycée. Ces chiffres sont nettement inférieurs aux estimations des syndicats (33% dans le primaire, 50% dans les collèges).
Pour les salaires de la fonction publique, un article de L’Obs nous apprend que les représentants de la FSU, de la CFDT et de l’UNSA n’ont pas appelé à l’action, puisque le principe d’une revalorisation salariale avait déjà été accepté par le gouvernement en septembre dernier Mais cela n’a pas empêché des syndicats membres de la FSU (SNUipp, SNES,...) de se mobiliser pour les salaires. Dans le primaire, le principe d’une augmentation de l’ISAE (prime destinée aux professeurs des écoles) avait aussi été acté.
En ce qui concerne le collège, c'est la quatrième fois que l'intersyndicale appelle à la grève sur ce sujet, après mai, juin et septembre 2015. C'est lors de la première mobilisation que la participation avait été la plus forte (27,6% selon le ministère, deux fois plus selon les syndicats).
On retrouve dans les commentaires la sempiternelle querelle de chiffres entre les syndicats et le Ministère. Les uns calculent la proportion de grévistes à partir des personnes potentiellement présentes ce jour là et les autres à partir de l’ensemble du personnel. Il y aurait une manière de mettre tout le monde d’accord c’est de se baser sur le nombre de personnes à qui on a retiré un jour de travail sur leur fiche de paye. Mais alors , il faudrait attendre un mois !
Mais au delà des chiffres la vraie question est bien sûr celle de l’opinion des enseignants et de leur état d’esprit à l’égard de la réforme et plus globalement de la politique qui est menée. Comme l’écrit Mattéa Battaglia dans Le Monde Peut-on la mener à terme en se passant de la collaboration, de l’enthousiasme des premiers concernés ? ”. Au delà de la seule question des moyens, c’est tout l’enjeu des prochaines semaines et des formations qui continuent à se dérouler pour préparer la rentrée 2016

Bac Pro
Le Bac pro fête ses 30 ans nous disent le Ministère et de trop rares articles. Claude Lelièvre nous rappelle sur son blog Médiapart que c’est le 22 mai 1985, au cours de l’émission télévisée ''Parlons France'', que le Premier ministre Laurent Fabius annonçait que le gouvernement préparait “une loi-programme sur cinq ans pour l’enseignement technique”. Le premier ministre précisait que cette loi permettra la création de nouveaux établissements scolaires, les «lycées professionnels», et la mise en place d’un nouveau baccalauréat, le «baccalauréat professionnel». La loi-programme prévoyait également “ l’augmentation de 50 % du nombre des instituts universitaires de technologie (IUT) et la création de plusieurs universités de technologie”. Mais alors pourquoi commémorer la création des bacs pro en janvier ? Claude Lelièvre apporte la réponse : la décision avait été prise quatre mois plus tôt en janvier 1985.
Trente ans après, où en est-on ? Avec 700 000 élèves et près de 1700 lycées, la voie professionnelle fournit chaque année un bachelier sur trois. C'est aussi, comme le dit le Ministère, une "voie de réussite" : 80% de réussite au bac pro et 27% des bacheliers professionnels en emploi 3 mois après le bac.
Mais cet anniversaire était aussi et surtout l’occasion pour la ministre de faire des annonces . C’est le cas avec la mise en place de 500 nouvelles formations “dans les secteurs identifiés comme porteurs pour les jeunes” en s’appuyant sur l’étude de France Stratégie “Les métiers en 2022” ainsi que sur des études produites par les régions. Ces formations débuteront à la rentrée 2017, “le temps de procéder aux recrutements nécessaires d’enseignants spécialisés dans ces domaines”, selon le ministère. Autre annonce : dès la rentrée 2016, les élèves de seconde pro (1600 lycées) auront droit à une semaine de préparation avant leur premier stage en entreprise. Il s’agit à la fois de leur expliquer “ce que le monde de l’entreprise attend d’eux” et de les sensibiliser “ aux règles de santé et de sécurité indispensables”. Mais la principale annonce c'est la création d'une période d'essai en seconde professionnelle. “A partir de la rentrée 2016 les élèves auront la possibilité de changer d'orientation jusqu'aux vacances de la Toussaint”. En fait un nouveau tour d'orientation sur Affelnet aura lieu à ce moment et les conseils de classe pourront valider la demande de réorientation ce chaque jeune. Le Café Pédagogique rapporte que cette annonce a suscité des mouvements divers chez les proviseurs présents dans la salle lors de l’intervention de la ministre... Avec cette mesure dont la mise en œuvre risque d’être complexe, le ministère entend faire de l’enseignement professionnel “l’univers des possibles et non pas un corridor fermé”. Et un choix positif plutôt qu’un choix contraint.


Polémique et rumeurs
Même si cela ne concerne pas directement l’éducation, la semaine a été aussi marquée par le départ de Christiane Taubira du gouvernement. Mais cela n'empêchera pas François Hollande de procéder à un vrai remaniement vers le 8 février nous dit un article paru dans l’Obs. La journaliste Ghislaine Ottenheimer se livre au petit jeu des pronostics : “deuxième objectif de ce remaniement: rééquilibrer le gouvernement après le départ de Christiane Taubira. Il faut recréer une madone de la gauche. Najat Vallaud-Belkacem devrait donc être promue numéro 3 ou 4 du gouvernement. Avec un portefeuille élargi, regroupant toutes les thématiques de la jeunesse! Cela permettrait de fabriquer une icône qui symbolise la génération Hollande, le dynamisme de cette fin de quinquennat. Son couac médiatique sur Canal Plus a été pardonné en haut lieu! […] Mais tout cela n’est que conjoncture et rumeurs. C’est le Prince qui décide. Seul. Et souvent au dernier moment.”.
Toutefois, il faut signaler qu’il y a aussi la rumeur inverse qui circule. On annoncerait le départ de NVB pour qu’elle puisse s’investir plus à Villeurbanne dont elle vise le poste de députée. N’oublions pas, dans ce sens, le communiqué assez énigmatique il y a quelques jours où elle déclarait que la refondation est achevée...
Le texte de Ghislaine Ottenheimer fait allusion à un “couac médiatique sur Canal Plus”. Il faut dire que cette affaire a fait grand bruit au cours de la semaine. Rappelons les faits. Lors de l’émission “Le supplément” le dimanche midi sur Canal Plus, la Ministre qui était venue parler de l’action menée contre la radicalisation s’est trouvée placée à côté du président d’une association humanitaire islamique (dont un des membres est aujourd’hui emprisonné au Bangladesh où il venait en aide aux Rohingyas, une minorité musulmane opprimée). Idriss Sihamedi s’est présenté comme un “musulman normal” mais au cours de l’entretien on a appris qu’il refusait de serrer la main aux femmes ou de condamner l'État islamique. Invitée à réagir à cette séquence, Najat Vallaud-Belkacem décline dans un premier temps : "Non". Puis elle ajoute "Plus exactement, si je devais vraiment réagir, je dirais simplement qu'il faut distinguer à mon avis deux choses : la situation de Moussa (l'humanitaire emprisonné au Bangladesh, ndlr), qui en sa qualité de ressortissant français a droit à une aide et une protection qui, si j'ai bien compris, lui est apportée par l'ambassade, et puis pour le reste je crois que c'est une association qui porte une façon de voir les choses qui n'est pas la mienne, à laquelle je ne souscris pas et qui me met aussi mal à l'aise, honnêtement, sur votre plateau, et donc je n'ajouterai rien".
Cette réaction a été jugée insuffisante par plusieurs éditorialistes et commentateurs et jusqu’à l’Assemblée Nationale où la ministre a été interpellée par plusieurs députés de droite qui semblent avoir fait de N. Vallaud-Beljkacem la remplaçante de Christiane Taubira dans leur acharnement. A tel point que le mardi, elle était contrainte de se justifier dans une interview au Parisien . "L’interview a provoqué une espèce de sidération sur le plateau, explique Mme Vallaud-Belkacem, partagée par l’ensemble des participants et du public. Mon premier mouvement, quand on m’a demandé si je souhaitais poursuivre la discussion, a été de répondre « non » sèchement. Car je refuse de me prêter à ce petit jeu nauséabond consistant à inviter des gens infréquentables pour faire du buzz. J’étais indignée de la tribune qu’on venait de lui donner. Le reste de ma réponse a été un rejet en bloc des propos tenus". Puis à l’assemblée nationale lors des questions au gouvernement elle a rajouté "On ne débat pas contre les ennemis de la République, on les combat. On les combat !".
Dans une certaine opinion enseignante déjà à cran sur de nombreux sujets, cette position a suscité des réactions assez vives et très critiques et donné une occasion supplémentaire d’invectiver la Ministre. “Elle aurait du...” est la rengaine revenue dans plusieurs commentaires. Mais alors que tous ceux qui critiquent en disant "elle aurait du faire ceci ou cela" se demandent aussi ce que eux ils auraient VRAIMENT fait... Certes je ne suis pas Ministre et simple citoyen mais pour être passé quelquefois à la télévision et à la radio et aussi faire régulièrement des interventions publiques, je sais combien cet exercice est difficile. Il m'est arrivé d'être déstabilisé lors d'une émission et d'avoir l'esprit de l'escalier et de penser après coup à ce que j'aurais pu/du dire... On peut donc avoir de l’indulgence pour la personne (plus que la Ministre) et s’étonner aussi de constater que c'est Najat Vallaud-Belkacem qui prend les coups des éditorialistes et des réseaux sociaux et non le pseudo-humanitaire qui ne serre pas la main des femmes... On vit une époque formidable...

Butinages
Comme j’en ai pris l’habitude, on conclut cette revue de presse de la semaine par quelques suggestions de lectures repérées au cours de mes butinages sur la toile.
À l’occasion de la conférence organisée les 28 et 29 janvier par le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) sur l’intégration des enfants handicapés, le sociologue Serge Ebersold fait le point sur leur situation en France dans une interview à La Croix. Il utilise une formule très juste (reprise dans le titre) en parlant à propos du travail des enseignants pour l’inclusion de “Bricolage héroïque”. Tout est dit...
Dans le journal Libération du lundi 25 janvier , François Dubet revient une nouvelle fois sur le caractère profondément inégalitaire du système éducatif français : “Derrière un décor républicain et national homogène, l’offre scolaire reste profondément inégale. Le lycéen français coûte environ 30 % de plus que son camarade de l’OCDE, l’élève de l’école élémentaire environ 20 % de moins. Or, c’est à l’école élémentaire que se cristallisent les inégalités ; près de 20 % des élèves y sont en grande difficulté. Pourrons-nous choisir l’école élémentaire et le collège qui doit en être aujourd’hui le prolongement ? A l’heure où les parents choisissent l’établissement, la filière et les options qui leur semblent les meilleurs, comment garantir une qualité de l’école telle que personne n’ait intérêt à fuir les établissements populaires ? Il ne suffit pas de multiplier les «dispositifs» spéciaux dont nous sommes les champions, il faut s’assurer de la stabilité des équipes éducatives, reconnaître la difficulté des conditions de travail, revoir les modes d’affectation des enseignants. Une légende dorée entoure la nostalgie de l’école républicaine, mais on ne peut ignorer le poids d’une tradition scolaire profondément élitiste. Il s’agit non pas de refuser la formation d’élites scolaires dont les compétences sont utiles à tous, mais de rompre avec une culture commandée par la production des élites, obsédée par le tri des élèves en fonction d’une «voie royale» qui condamne la plupart d’entre eux à des orientations négatives et à un sentiment endémique d’échec et d’incompétence. Enfin, si nous voulons véritablement créer des communautés éducatives, nous avons besoin d’établissements capables d’éduquer les élèves, de leur donner une expérience réelle de la solidarité et de la tolérance, plutôt que d’affirmer des valeurs et des principes que, bien souvent, la vie scolaire dément sans même le savoir.”. La pédagogie, parait-il, est l’art de la répétition. Et Dubet fait donc de la pédagogie...
Plusieurs textes proposent aussi une réflexion sur le métier d’enseignant. On retiendra surtout un article dans The Conversation qui pose en titre la question “T’aimerais être prof, toi ? ”. La chercheuse Dominique Macaire (ESPÉ de Lorraine) rappele que selon une enquête de l’OCDE seuls 5 % des étudiants choisissent cette profession avec une légère préférence chez les filles : 3 % sont des garçons, 6 % des filles. Et elle énumère les raisons que l'on connait déjà pour expliquer le manque d'attractivité : rémunération, conditions de travail, bureaucratie,... Mais elle interroge aussi les conditions de la formation et la difficulté à faire évoluer les pédagogies. Les représentations du métier et de la discipline constituent des obstacles non négligeables. Et elle se demande aussi si, dans les politiques de changement, on a pas oublié la réalité des enseignants en cours de route...

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot


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dimanche, janvier 24, 2016

Bloc-notes de la semaine du 18 au 24 janvier 2016



- bilangues sans gains - excellence – motivés mais désabusés - .


L’annonce du maintien d’un grand nombre de classes bilangues faite en fin de semaine est le sujet principal du bloc notes. Rétropédalage ou volonté d’apaisement ? Cette décision est-elle si nouvelle que cela ? Voici quelques unes des questions que l’on pourra se poser. On réfléchira aussi aux enjeux de la mise en place des parcours d’excellence présentés en début de semaine. Et nous évoquerons aussi une enquête sur le moral des professeurs des écoles : motivés mais désabusés.



bilangues sans gain
Rétropédalage devant un lobbying intense ? Volonté de compromis et d‘apaisement ? Ce qui a agité l’actualité éducative de cette fin de semaine, ce sont les annonces de la Ministre concernant les langues et les informations confirmant que 70% des classes bilangues seraient maintenues. C’est Vendredi que la ministre a présenté la “carte des langues” dans une conférence de presse et une interview au quotidien régional Le Progrès . Les principales annonces concernent l’apprentissage de la première langue dès le cours préparatoire, la deuxième langue obligatoire dès la cinquième au collège et le développement de l’Allemand à tous les niveaux scolaires. Par ailleurs, l’enseignement des langues au primaire pourra être pris en charge par des professeurs de collège « sur la base du volontariat », ou par des étudiants français et étrangers, “qui seront accompagnés et dont les compétences seront certifiées” précise t-on. “Diversifier l’offre au primaire et assurer la continuité au collège des apprentissages sont les objectifs de la nouvelle stratégie d’apprentissage des langues, dans le cadre de la réforme du collège”, a-t-elle insisté lors d’une visite dans une école parisienne avec le ministre plénipotentiaire allemand chargé des Affaires culturelles, Olaf Scholz. Il faut se souvenir que Berlin avait exprimé ses inquiétudes au printemps dernier et que depuis le traité de l'Élysée en 1963, la France et l'Allemagne se sont engagées à soutenir la langue de l'autre, dans une stratégie de «donnant-donnant».
Par ailleurs, selon un communiqué de l’Association pour le développement de l’enseignement de l’allemand en France (ADEAF) qui a donné lieu à de nombreux articles avant même la conférence de presse, on apprenait que 73 % des classes bilangues seraient ainsi « maintenues » à la rentrée 2016. Mais avec des disparités importantes d’une académie à l’autre : 100 % le seraient à Paris alors que à Caen ou Lyon, une grande majorité devrait disparaître.
Les réactions dans la presse sont nombreuses et toutes insistent sur l’idée d’un “rétro-pédalage” avec un registre relavant de la confusion. Le Monde explore le champ lexical avec un article ayant pour titre “Réforme du collège : imbroglio autour de l’avenir des classes bilangues et un éditorial qui , lui, parle du “pataquès des classes bilangues… Dans le reste de la presse, Le Figaro évoque la drôle de résurrection des classes bilangues et pour Le ParisienNajat Vallaud Belkacem lâche du lest. Dans l’éditorial du Monde on peut lire “Najat Vallaud-Belkacem aura beau déployer toute son habileté, et elle n’en manque pas, elle pourra difficilement effacer le sentiment qu’elle a, pour l’essentiel, renoncé à une mesure qu’elle présentait il y a quelques mois comme emblématique de sa réforme. Elle pourra toujours plaider la sagesse et le pragmatisme. Elle n’en aura pas moins perdu sur les deux tableaux. Au mécontentement initial de ceux qui dénonçaient sa première décision s’ajoute désormais l’irritation de ceux qui déplorent les disparités géographiques du nouveau dispositif : alors que les collèges parisiens vont conserver toutes leurs sections bilangues, certaines académies les verront disparaître ou presque.”. Et le journal de conclure sur “cette impression de bricolage [qui] n’est pas propre au ministère de l’éducation nationale. ”.
Pourtant dans le même journal la ministre se défend de tout rétropédalage : « Comme je le dis depuis le début, il faut distinguer deux choses : les sections bilangues qui sont utilisées en guise de contournement [de la carte scolaire], auxquelles nous voulons mettre fin, et les bilangues de continuité – qui constituent 50 % de ces sections –, qui permettent à des élèves ayant étudié une langue autre que l’anglais au primaire de rattraper leur retard en anglais et de se trouver dans un dispositif avec deux langues vivantes en 6e. Ces bilangues de continuité, nous les maintenons et même nous les développons », a-t-elle déclaré. Autrement dit, les sections bilangues qui survivront ne devraient s’adresser qu’aux élèves ayant étudié l’allemand, l’italien, l’espagnol, le chinois au primaire, à la place de l’anglais. « Il n’existera pas de possibilité pour un élève qui a appris l’anglais au primaire d’accéder à deux langues dès la 6e ». Comme le soulignent les plus fidèles soutiens de la Ministre, “c'est déjà ce qu'elle déclarait le 5 avril 2015” (et semble t-il repris dans un communiqué du 10 avril ).
On peut donc dire qu’il y a cohérence du discours contrairement à ce que titrent les journaux. Mais il n’empêche que, de fait, cela pérennise les classes bilangues (dont l’esprit initial avait été dévoyé nous dit la Ministre) et qu’en incitant, comme à Paris, les professeurs d’allemand à aller faire cours en primaire cela permettra à terme de multiplier ce type de classe “ Bien sûr, il faudra un laps de temps pour que toutes les sections deviennent des bilangues de continuité”, concède même la ministre qui table sur trois ans.
Au final, il y a bien une concession qui est dictée par plusieurs impératifs (la situation des enseignants d’allemand et l’accord de l’Élysée de 63) et par une volonté de compromis face à l’inquiétude des enseignants et peut-être surtout des chefs d’établissements et de l’encadrement de l’EN, eux-mêmes. Malgré la communication ministérielle, l’impression qui domine dans la Presse et chez les syndicats est plutôt négative. Paradoxe : on vouait aux gémonies la mesure, on raille son assouplissement. L’autre paradoxe c'est que ces sections vont être aussi maintenues grâce à la part d'autonomie des collèges que les anti-réforme combattent... Mais il est vrai que la situation inégalitaire selon les académies n’arrange pas les choses et conduit les “anti-réformes” à trouver beaucoup de défauts à ce qu’ils considèrent comme une demi-mesure qui renforce les inégalités.
Du côté des “pro-réforme” (désolé je n’ai pas trouvé d’autres termes), le sentiment est plutôt mitigé. Si on peut admettre que le maintien des classes bilangues de “continuité” est cohérent, le sentiment qui domine est qu’avec ces tours de passe-passe dans les établissements « on va continuer à faire comme avant ». Le signal qui est donné est plutôt celui d’un système difficile à réformer. Et où des questions qui portent sur la finalité du système (élitisme, sélection, mixité, réussite de tous,...) n’ont pas vraiment été tranchées et donnent toujours lieu à des compromis bancals.
Alors qu’une nouvelle grève se profile le mardi 26 janvier prochain, ces annonces vont-elles changer la donne ? On peut en douter. Il est d’ailleurs significatif que le mouvement de mardi porte sur de nombreux sujets puisqu’il y a à la fois une protestation contre la réforme du collège pour certains et une revendication salariale et contre l’austérité pour d’autres (ou les mêmes). Le malaise est profond et dépasse de loin la seule question des langues et même du collège.

Excellence
Si l’on relie les deux évènements, on peut dire que l’heure est à l’envoi de signaux destinés à calmer l’opinion.
Lundi dernier, la Ministre de l'Education nationale a, en effet, annoncé dans un entretien au Monde l'inauguration de "parcours d'excellence" , en priorité pour les élèves des établissements en zone prioritaire renforcée (REP+). Najat Vallaud-Belkacem a précisé ces mesures dans un collège de Beuvrages (Nord) en compagnie de Pierre Mathiot, l'ancien directeur de l'IEP de Lille qui sera chargé de la mise en œuvre de ce nouveau dispositif.
Dans l’interview donnée au Monde elle précise le sens de cette action : “Le débat est brouillé : à chaque fois que la gauche met en chantier une nouvelle réforme éducative visant à la réussite de tous, nos détracteurs nous accusent de brader, de piétiner le « mérite ». Ils n’ont que ce mot à la bouche. Mais ils feignent de ne pas voir que notre système, aujourd’hui, est loin d’être fondé sur le seul mérite. Et surtout que ce mérite n’est pas indépendant – loin s’en faut – du capital social et culturel. Contrairement à ce qu’on veut me faire dire, je crois en l’élite, à condition qu’elle soit ouverte et renouvelée. A condition de mener la lutte contre le rétrécissement, l’appauvrissement de son vivier. Autrement dit, qu’on refuse l’élitisme dynastique, mâtiné de trop rares réussites d’enfants du peuple qui nous donnent bonne conscience mais ne changent rien aux dysfonctionnements de l’école. […] Qui dit méritocratie de gauche dit vigilance permanente à démocratiser l’accès à l’élite.
L'élitisme républicain est un mythe qui dure. J'aurais tendance à dire qu'il constitue le versant "de gauche" de la nostalgie de l'École (même s'il fonctionne aussi à droite). Et on peut comprendre que dans ce contexte pré (ou post...) électoral, Najat Vallaud Balekacem donne des gages à une frange conservatrice de l’électorat de gauche qui porte cet "élitisme républicain" en bandoulière et en même temps qu'elle fasse un vrai effort de (re)construction de l’égalité des chances avec ce dispositif. Certes le système éducatif a aussi pour fonction de sélectionner (mais pas précocement...) et si possible (!) de manière à ce que l'origine sociale ne joue pas dans la sélection (ce qui n'est pas le cas aujourd'hui). Mais est-ce la seule mission de l'école que de sélectionner une élite ? Car même si l'on rétablit un supposé "élitisme républicain", il n'en demeure pas moins qu'on reste, de fait dans un système élitiste, et qu'on oublie la question : "que fait-on de tous les autres ? Quel sort pour les "vaincus" du système ?"

motivés mais désabusés
Pour la deuxième année consécutive, l’institut Harris Interactive à la demande du SNUipp a interrogé les enseignants du primaire sur leur métier (Sondage en ligne effectué en décembre 2015 auprès de 5.555 enseignants du primaire). L’enquête a été publiée mardi. Leur jugement, s’il reste sombre, s’améliore: ils sont plus nombreux qu’il y a un an à se dire «motivés» et «fiers» d’exercer leur métier. Mais il portent un regard sévère sur leur conditions de travail : 58% se déclarent insatisfaits de leur situation professionnelle et 88% estiment que le métier s’est dégradé au cours des dernières années. Pour Sébastien Sihr, le secrétaire général de cette organisation, cela est du à “des demandes sociales de plus en plus complexes”, une large majorité de sondés confient éprouver du « stress » (76 %), de « l’impuissance » (71 %), de « la colère » (62 %).
La « refondation de l’école » semble convenir aux enseignants dans les buts recherchés. Cependant, concrètement, les Activités Pédagogiques complémentaires (APC) sont jugées peu utiles, fatigantes pour les enfants et chronophages pour eux-mêmes. Les enseignants interrogés regrettent surtout le manque de formation et de moyens pour appliquer correctement les réformes. Parmi les autres demandes récurrentes des professeurs des écoles, le salaire est toujours nettement en tête (69% des sondés) des priorités. D’autant plus, comme nous l’ont rappelé de récents articles (lire sur son blog l’analyse que Lucien Marboeuf fait de sa feuille de paye) que celui ci a même diminué. Il faut rappeler que les enseignants français (et en particulier ceux du Primaire) sont parmi les moins bien payés d'Europe comme nous le rappelle Laurent Jeanneau dans AlterEcoPlus
On a souvent insisté ici (pour rappeler aux politiques la nécessité d’en tenir compte) sur le sentiment de déclassement des enseignants ainsi que le constat que font beaucoup d’entre eux d’une dégradation de leurs conditions de travail. Il a aussi à reconsidérer les relations hiérarchiques au sein de cette structure qui reste très bureaucratique. Les trois-quarts des enseignants estiment que la relation avec leur ministère de tutelle n’est pas satisfaisante, tout comme celle avec les inspecteurs, dont la visite est jugée stressante. 90% des enseignants aimeraient une relation de confiance avec leur inspecteur, davantage dans le conseil et moins dans le jugement. Même s’il est particulièrement marqué dans l’Éducation Nationale, ce phénomène est assez général. Le baromètre de la confiance publié lui aussi cette semaine par le CEVIPOF montre la dégradation de la confiance dans les institutions et dans le personnel politique pour l'ensemble de la population.
Cette enquête nous rappelle aussi une constante souvent rencontrée : le décalage entre le sentiment personnel et la perception de son statut : on est personnellement heureux de son travail mais collectivement frustrés...

Bonne Lecture...

Philippe Watrelot


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dimanche, janvier 17, 2016

Bloc-Notes de la semaine du 11 au 17 janvier 2016



- Refondation - Revalorisation – Un enseignant sur 10 - 


Le bloc notes revient sur la publication mercredi 13 janvier du rapport du comité de suivi de la refondation qui en dresse un bilan sévère et insiste sur son manque de lisibilité. On évoque aussi la sempiternelle question de la revalorisation du salaire des enseignants et en particulier du primaire. Et pour finir cette chronique un peu morose, on s’inquiète des résultats d’une enquête sur le vote des fonctionnaires où on apprend qu’un enseignant sur 10 vote pour le Front National.


Refondation
Le comité de suivi chargé d'évaluer l'application de la loi Peillon de 2013 (présidé par le député Yves Durand) vient de rendre son rapport annuel au Parlement le mercredi 13 janvier. Ce comité est composé de quatre députés et de quatre sénateurs ainsi que de quatre personnalités désignées par le ministre de l’éducation.
La couverture du rapport
Le document de plus d’une centaine de pages a fait l’objet de nombreux commentaires dans la presse cette semaine. Pour la dépêche de l’AFPle rapport pointe la difficile mise en oeuvre de la loi de refondation de l'école”. Pour le site pédagogique Nous Vous ce rapport “ est sévère” et le Café Pédagogique , toujours va même jusqu’à parler de “pilotage mis au pilori”. Plus mesurés, Libération titre Peut mieux faire” et La Croix estime que la refondation bute sur le manque de moyens”.
Le problème majeur, souligne le rapport, est l'insuffisance de l'appropriation de la cohérence de la loi par les enseignants, par l'affadissement et la parcellisation de son application. De plus, le fait que la mise en œuvre des nouveaux programmes n'arrive que trois ans après la promulgation de la loi nuit à sa portée. ”. C’est donc à la fois un problème d’agenda qui est posé mais aussi de dilution des mesures et donc de manque de lisibilité. Sur le calendrier, j’ai à plusieurs reprises dans mes chroniques, montré qu’on avait au moins perdu un an et demi dans la mise en œuvre de la réforme aussi bien pour la loi, initialement prévue pour décembre 2012 et votée en juin 2013, que pour le travail sur les programmes. Quant à la lutte contre les inégalités et la priorité au primaire, ces finalités ont été diluées par la réforme des rythmes (qui ne relevait pas de la loi) et par des créations de postes en grande partie absorbées par une forte démographie non anticipée et sont "peu visibles pour les enseignants comme dans l'opinion". En ce qui concerne la formation des enseignants, "la mise en œuvre [est] encore au milieu du gué". La culture des universités est en contradiction avec les attentes et conduit à une “cassure entre disciplinaire et pratique". La place du concours en fin de M1 "contredit la logique" de la réforme. Le comité demande de revoir "le séquençage des contenus de la formation au sein d'un créneau L3 - M2" et de redéfinir la notion de tronc commun et d'expliciter le profil de l'enseignant. Enfin le rapport pointe aussi "des positionnements concurrents" entre le CSP, l'administration centrale du ministère et l'Inspection. Concernant le Conseil national d'évaluation du système scolaire (Cnesco), le rapport estime qu'il traite "de sujets d'actualité et de thèmes de recherche le plus souvent en dehors de (sa) mission".
Ce qui traverse tout ce bilan, c’est une réflexion sur “la difficulté française à réformer l’école”. Dans la conclusion, les auteurs du rapport s’élèvent contre l’idée que la réforme prend du temps : “on retrouve souvent, au détour des discours, l’argument de l’éducation comme relevant du temps long, assimilant ainsi temps de l’éducation et temps de la réforme, point de vue qui paraît pourtant pouvoir être réfuté comme le fait l’OCDE, en prenant l’exemple de pays (le Portugal, la Pologne) qui ont, en moins de cinq ans, répondu au choc PISA qui les avait mis en bas de l’échelle de la maitrise des compétences. ”. Et ils posent aussi la question de la gouvernance et de la conduite du changement trop marquée par la bureaucratie et le jacobinisme : “Loin de la logique historique de la décentralisation, on se heurte à une certaine tendance de l’administration centrale à vouloir maitriser totalement la mise en œuvre de la réforme, au point de rendre difficile la mise en place de nouvelles instances créées par la loi, pourtant indépendantes (CSP), ou de les laisser se détourner de l’objectif que leur a fixé cette même loi (CNESCO). De même, on sent une constante hésitation quant à la part d’appréciation et d’initiative à laisser au terrain. ”.
Le constat est sévère mais juste, me semble t-il. Sans (trop) verser dans une auto-satisfaction mal venue, je constate que cela rejoint un certain nombre d’analyses déjà formulées dans ce bloc notes et dans des billets de blog . C’est le cas pour un texte de janvier 2013 intitulé “Refondation : erreurs et blocages ou encore les nombreux textes que j’ai pu consacrer à la réforme de la formation . Catherine Chabrun de l’ICEM-Pédagogie Freinet fait d’ailleurs elle aussi sur son blog une analyse comparable. Elle s’indigne également de l’affirmation que la "refondation" serait terminée. Selon elle, elle est loin d'être achevée puisqu'elle a à peine commencé !
Sur le site du Ministère
Depuis début 2016, dans les communiqués ou les interviews de journalistes, la ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem se félicite de toutes les mesures et réformes accomplies. La « refondation » serait aboutie, la grande aventure lancée par Vincent Peillon en 2012 serait arrivée à bon port. ” constate notre amie. C’est ce qu’affirme pourtant Najat Vallaud-Belkacem, qui, dans un communiqué du 5 janvier 2016, se “réjouit” de la publication des quatre derniers textes réglementaires d’application de cette loi. Ces textes concernent la synthèse des acquis scolaires de l’élève à la fin de l’école maternelle , l’évaluation des élèves de l’école au collège, le livret scolaire ainsi que le nouveau diplôme national du brevet. Pour le ministère : “Toutes les mesures prévues et qui contribuent à la réussite de tous les élèves, seront donc pleinement opérationnelles à la rentrée scolaire 2016. ”. Certes, mais on peut convenir qu’une loi, aussi ambitieuse soit-elle, ne suffit pas pour qu’on puisse parler de “réforme” et encore moins de refondation. C’est le cas dans de nombreux domaines en France mais particulièrement dans le domaine de l’éducation : il y a un écart important entre le prescrit et le réel. Et puis, ce n’est pas par hasard qu’aujourd’hui on parle plus de “réforme” que de “refondation”... c’est aussi la preuve qu’avec le temps les ambitions de départ ont été confrontées aux compromis et aux renoncements... Alors, même si la ministre proclame que la refondation est sur la bonne voie, il n’est pas sûr que ne ce soit pas sur une voie de garage...

Revalorisation
Ce bilan de la refondation peut-il déstabiliser la ministre et le gouvernement ? Ce serait exagéré de le dire. Mais en revanche, il est certain que ce thème sera un des éléments importants du bilan du président de la République qui avait basé une bonne partie de sa campagne de 2012 sur la priorité à l’École et à la jeunesse. En particulier, à l'époque, la promesse de (re)création des 60 000 postes a pu ramener vers le vote socialiste une bonne partie des enseignants. Mais comme on l’a évoqué plus haut, le bilan de la refondation montre que celle-ci manque encore de lisibilité. La réalité des créations de postes est difficile à percevoir parce qu’un bon nombre de ceux-ci concerne les enseignants en formation. On peut peut-être espérer que les annonces de dotations horaires dans les collèges pour l’année prochaine fassent quand même évoluer les idées. Contrairement à ce que prédisaient les Cassandre opposants à la réforme, elles sont en hausse et montrent que la mise en place des nouveaux dispositifs ne se fait pas dans la pénurie.
Un argument de moins pour la prochaine grève des enseignants, prévue le mardi 26 janvier 2016 ? Pas sûr car comme souvent la grève prévue mélange plusieurs mots d’ordre. Alors que certains syndicats du second degré appellent spécifiquement à la grève contre la réforme du collège, d’autres (Le SNUipp notamment) appellent pour le même jour à une mobilisation pour la revalorisation des salaires. Par ailleurs un autre préavis de grève a été déposé pour cette même date par trois syndicats de fonctionnaires -CGT, FO et Solidaires- sur le même motif. Rien n’est simple tout se complique...Là aussi on peut parler de manque de lisibilité... !
Sur la question des salaires, la ministre de l'Education nationale a déclaré mercredi sur France Inter qu'elle avait conscience du faible niveau de salaire des enseignants, et qu'elle espérait pouvoir proposer "rapidement" des revalorisations. Des déclarations qui arrivent à point nommé dans ce contexte pré-électoral.
Il faut dire, comme le rappelle le site ActuaLitté que le salaire des enseignants poursuit son décrochage à l’appui de deux facteurs importants. Tout d’abord, par rapport à l’inflation, le salaire des profs stagne, le point d’indice, qui sert de base au calcul du traitement des fonctionnaires, est gelé depuis 2010. Or, entre juillet 2010 et juillet 2015, la hausse des prix a été de l’ordre de 5,8 %. Ainsi, les enseignants ont perdu 5,8 % de pouvoir d’achat en cinq ans. Ensuite,poursuit le site d’informations sur l’éducation, les réformes des retraites ont mis en place, à partir de 2010 avec Sarkozy et en 2012 avec Hollande, une hausse progressive du taux de retenue pour pension civile afin d’arriver en 2020 à un niveau de cotisation égal à celui des salariés du privé, soit 11 %. En 2012, ce taux était de 8,39 % du salaire brut. En 2015, il est passé à 9,54 % et, depuis le 1er janvier 2016, on est à 9,94 %. Le décrochage salarial continue de se creuser. Mais au delà de la fin du gel du point d’indice, pour les enseignants du primaire moins payés que leurs collègues de lycée et collège, il importe d’augmenter l’ISAE pour ajuster leur salaire à celui des enseignants du secondaire.
Outre la dimension électorale qu’il ne faut pas négliger c’est aussi un enjeu pour l’attractivité du métier d’enseignant et l’acceptation des réformes.

Un enseignant sur 10
La dernière enquête menée par le CEVIPOF (Sciences-Po) sur le vote des fonctionnaires nous interpelle. On en trouve une présentation très complète par Luc Rouban dans The Conversation. Il montre, comme l'indique le titre, la percée du Front National dans la Fonction Publique. On y souligne surtout l’importance du vote FN chez les policiers et militaires. Annoncé au départ comme de 52% il s’agit en fait, après rectification, de 56% de votes. Ce qui est déjà très inquiétant.
Mais intéressons nous aussi aux enseignants : “Dans sa totalité, le vote FN y passe de 3,8 % en 2012 à 9,4 % en 2015 – une évolution moyenne qui est également celle des professeurs des écoles et des professeurs du second degré. Même si les proportions sont faibles, elles témoignent d’une pénétration réelle du FN chez les électeurs de droite au sein de la forteresse électorale de la gauche.
 Ces enseignants avaient voté en 2012 pour François Bayrou à hauteur de 15 % et pour Nicolas Sarkozy à concurrence de 27 %. Au total, 12 % seulement avaient voté pour les candidats de gauche, dont 9 % pour François Hollande. 41 % avaient déjà voté pour Marine Le Pen. On peut percevoir dans cet exemple, qui peut être généralisé aux autres catégories professionnelles, la porosité entre le vote Les Républicains (LR) et le vote FN. Le succès électoral du parti de Marine Le Pen est clairement alimenté par les voix qui se portaient sur les candidats LR ou UDI en 2012.”. Si on rentre dans le détail de l’enquête selon les degrés d’enseignement, les votes sont de 9,8% chez les instituteurs et professeurs des écoles, 9,2% chez les professeurs du second degré et 8,4% chez ceux du supérieur.
Évidemment, le Front National par le biais du Collectif Racine se félicite des résultats de cette enquête…
Claude Lelièvre s’inquiète quant à lui sur son blog de ces résultats. Certes, rappelle l’historien, le vote FN est resté bien plus faible dans le ''monde enseignant'' que dans l'ensemble de la population française, mais il n'est plus ''marginal''. Pour mémoire, un sondage effectué par CAC-Cisco ( pour Liaisons sociales et la FSU) à la sortie des urnes du premier tour des présidentielles de 2007, avait déjà donné cependant 7% des suffrages d'enseignants à Jean-Marie Le Pen. Selon Luc Rouban, on mesure ici l'ampleur du malaise qui traverse les trois fonctions publiques. Pour lui, ce vote n’est pas seulement lié au contexte créé par le terrorisme. Il “montre aussi à quel point les fonctionnaires ne croient pas - ou plus - aux réformes managériales et sont inquiets pour l'avenir du service public.”. Et le chercheur du CEVIPOF ajoute, en lien avec ce que nous évoquions plus haut, que “Le gel du point d’indice et la réduction régulière des effectifs, notamment dans la FPE, ont créé des tensions fortes à l’égard d’un gouvernement de gauche dont les fonctionnaires attendaient beaucoup après 2012 alors même que la crise économique puis les attentats terroristes ont démontré la faiblesse des moyens d’action de l’État. Par ailleurs, dans une grande mesure, la contestation sociale s’investit désormais moins dans l’action syndicale, comme en témoigne le faible taux de participation aux élections professionnelles de décembre 2014, que dans le choix électoral. Enfin, une grande partie des fonctionnaires souffrent du décalage entre les discours sur la République et la laïcité et les pratiques du terrain où les demandes communautaires se multiplient ”.


Bonne Lecture...



Philippe Watrelot


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dimanche, janvier 10, 2016

Bloc-notes de la semaine du 4 au 10 janvier 2016





- Un an après… - Laïcité(s) – Islamophobie ? – Trajectoires et origines - .



Le premier bloc notes de l’année n’échappe pas à la tonalité générale de la semaine. Mais au delà des commémorations on essaie surtout de faire le bilan des mesures prises et annoncées en janvier 2015. La question de la laïcité est aussi au cœur de cette réflexion ainsi que la réflexion sur l’intégration On finira d’ailleurs cette revue de presse par une passionnante étude de l’Insee et de l’Ined sur l’intégration des immigrés.





Un an après…
Un an après… c’est le mot clé de l’actualité de ce début d’année 2016. Tout le monde se souvient de ce qu’il faisait au moment où il a appris la nouvelle de l’attentat qui a frappé Charlie Hebdo et de ceux qui ont suivi. Et on se souvient aussi de cette grande manifestation du 11 janvier. L’actualité de cette semaine est marque par la commémoration de tous ces moments.
L’École ne fait pas exception dans cette vague d’hommages. Le site du Ministère propose plusieurs supports pour se souvenir. On notera surtout la chanson "Un automne à Paris" sur un poème de l’écrivain et académicien Amin Maalouf dont la musique a été composée par le trompettiste Ibrahim Maalouf (son neveu). Une version chantée est diffusée avec Louane comme interprète. Une version instrumentale sera aussi proposée pour que les élèves puissent écrire leurs paroles. Les enseignants qui souhaitent travailler avec leurs classes autour des commémorations trouveront aussi un ensemble de ressources pédagogiques sur le nouveau portail "Valeurs de la République" mis en ligne par le réseau Canopé.
Un an après… c’est aussi le leitmotiv des articles consacrés à l’éducation. Les attentats de janvier, on s’en souvient avaient déclenché non seulement une polémique assez néfaste sur les incidents lors des commémorations mais aussi une réflexion un peu plus intéressante sur les finalités de l’École. Le jeudi 22 janvier 2015, Najat Vallaud Belkacem, du perron de Matignon, annonçait Onze mesures pour une grande mobilisation de l'École pour les valeurs de la République. Ce sont ces annonces dont on fait aujourd’hui le bilan. Tous vos journaux s’y livrent. C’est le cas dans 20minutes.fr ou de Marie-Christine Corbier dans Les Échos. Sandrine Chesnel dans L’Express se demande elle aussi si “les mesures annoncées sont-elles appliquées? ”. Un long article de Mediapart dresse lui aussi un bilan de l’action de la ministre et parle même d’“activisme ministériel”. Dans Le Monde , les journalistes s’intéressent à la manière dont les enseignants ont pris en compte cela dans leurs pratiques. Louise Tourret sur Slate.fr fait elle aussi un bilan et considère que l’École a changé avec ces évènements : “Ni tout à fait une autre, ni tout à fait la même, un peu meilleure peut-être. ” et elle précise “Comme si l’Éducation nationale avait finalement compris que les discours officiels ne pouvaient pas se contenter de postures, de phrases incantatoires et de jouer sur la nostalgie de l’école de Jules Ferry. Que la laïcité et la liberté d’expression ne s’assénaient pas mais qu’elles devaient faire l’objet d’une pédagogie explicite et continue et qu’il fallait permettre aux élèves de débattre pour les faire réfléchir. Qu’il ne s’agissait pas seulement d’enseigner mais, forcément, dans le même mouvement d’éduquer.
Le Figaro fait lui aussi un bilan et présente "les onze mesures inappliquées de Najat Vallaud-Belkacem". . La Ministre et son cabinet n'ont pas vraiment apprécié cet article et l’ont fait savoir dans un communiqué . L’article affirmait que, un après, “les onze mesures brandies par Najat Vallaud-Belkacem restent incantatoires ou bien abstraites.”. Cela vaut à la journaliste une réponse où le ministère détaille les mesures prises depuis un an et rappelle que “cette liste, non-exhaustive, illustre une mobilisation sans précédent depuis des décennies de l’institution scolaire pour la transmission des valeurs républicaines, que seule une cécité délibérée ou une recherche de polémique pourrait ignorer.” C'est une réaction relativement inédite. Généralement, on "laisse dire" les journalistes sans trop réagir du moins officiellement. Ici, la réponse est très vive et même polémique lorsqu'on parle de “cécité délibérée” Ce qui, cela dit, n'est pas totalement faux pour le Figaro qui mène une campagne de longue haleine sur l'éducation et contre la réforme du collège. Mais on peut s’interroger sur la stratégie des communicants de la Ministre. Mettre l’accent sur un article (qui plus est réservé aux abonnés) est le meilleur moyen de générer un “effet Streisand ” c’est-à-dire renforcer l’attention sur un texte qui n’en aurait pas eu autant sans cela.
D’autant plus que si le bilan des mesures est loin d’être entièrement négatif il mérite en effet d’être nuancé. Ce que ne manquent pas de faire tous les autres articles cités.
Cela illustre surtout une tendance à l’œuvre dans le monde politique en général et dans la politique éducative en particulier : on y privilégie la communication sur l’information. C’est aussi le produit d’une époque marquée par de biens piètres débats où on raisonne de plus en plus “camp contre camp”. Une parole officielle et volontariste proche quelquefois du discours performatif s’oppose à un dénigrement systématique et conduit à ce genre de crispations. Et dans ce contexte il n’y a pas toujours de place pour un soutien critique. On peut le déplorer.

Laïcité(s)
Parmi les éléments de bilan, la question de la laïcité a une place à part. On trouvera dans la presse de la semaine écoulée plusieurs textes intéressants et qui mettent cette question très sensible en perspective.
C’est le cas avec une interview de Nicolas Cadène, rapporteur général de l'Observatoire de la laïcité dans l’Express . L’institution qu’il anime est une instance consultative rattachée au Premier ministre qui a pour objectif de veiller au respect du principe de laïcité en France. S’il se réjouit que ce thème de la laïcité soit une valeur mise en avant aujourd’hui, il déplore aussi la teneur du débat : “Le problème, c'est qu'aujourd'hui le mot "laïcité" est devenu un mot "fourre-tout", une réponse systématique à tous les maux de la société. Or le mot "laïcité" ne se suffit pas à lui seul. Pour faire vivre ce principe, il faut qu'un certain nombre de conditions soient réunies, comme la mixité sociale, et la lutte contre toutes les discriminations. Jean Jaurès le disait déjà en 1904: "La République doit être laïque et sociale, elle restera laïque si elle sait rester sociale". ” Et il évoque plusieurs interprétations restrictives et biaisées de la laïcité que ce soit en termes vestimentaire dans l’espace public ou dans les cantines. Un avis partagé par Marc Horwitz, interviewé par 20minutes. Pour le fondateur d’Egalité Laïcité Europe et l’auteur d’un “Dictionnaire de la laïcité” “un grand travail de formation des enseignants reste à faire” autour de cette notion”.
Alors que des personnalités publiques en promeuvent une approche très fermée, comment redonner du sens à cette valeur et éviter d’en faire un mot “fourre-tout” pour reprendre l’expression de N. Cadène ? Pour la ministre interrogée jeudi lors d’un déplacement dans un collège , la notion de laïcité “avait été dévoyée dans le débat public et instrumentalisée politiquement contre l'islam. Du coup, certains élèves, de confession musulmane, vivaient la laïcité comme une agression. […] Il fallait outiller les enseignants ” à ce sujet. Au sein de l'Education nationale, quelque 1.500 formateurs laïcité ont transmis leur savoir “à des dizaines de milliers d'enseignants depuis le printemps”, selon la ministre. Un total de 300.000 professeurs seront formés d'ici la fin de l'année. On retrouve là le discours très volontariste évoqué plus haut et l’activisme ministériel. Mais pour Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp qui s’exprime dans 20minutes.fr : “on est au milieu du gué. Car si beaucoup de cadres intermédiaires de l’Education nationale ont été formés, la majorité des enseignants ne l’ont pas encore été. Ils doivent toujours de se débrouiller seuls pour apprendre aux élèves la différence entre le croire et le savoir et mener des débats avec eux sur le sujet , explique-t-il. Un article du site EducPros fait le point sur la formation initiale des enseignants sur ce sujet. Depuis cette année, un “référent laïcité” a été nommé dans chaque École supérieure du professorat et de l’éducation (ESPÉ). Si la volonté des Espé de mettre les valeurs républicaines en avant dans la formation des futurs professeurs est réelle – d'autant plus que depuis 2015, pour être reçus aux concours des métiers de l'enseignement, les candidats sont censés démontrer sinon leurs capacités à les transmettre ou du moins la connaissance de ces valeurs – c'est au niveau de la mise en pratique que les choses se compliquent. Les cours sur ce sujet entrent en concurrence avec d’autres thème du tronc commun de formation et au total il reste souvent peu de temps pour cet enseignement. Et surtout, ce sont souvent des formations qui restent très abstraites et où on prêche ( !) la “bonne parole déplore un formateur interviewé par EducPros. Toutefois, certaines Espé, proposent un enseignement qui mêle cours magistraux, "pour les connaissances", et analyses de cas concrets. C’est dans cette voie qu’il faut poursuivre et inscrire ces formations dans la durée.
En dehors de la formation, il y a aussi la mise à disposition de ressources. En principe des livrets laïcité ont aussi été élaborés pour guider les enseignants. Des référents laïcité auxquels les équipes pédagogiques peuvent faire appel en cas de problème ont aussi été nommés dans les rectorats. “Il y a eu moins d’échos sur des incidents liés au non-respect du principe de laïcité cette année. Cela montre que ces interlocuteurs ont sans doute été utiles pour résoudre certains problèmes” , estime Jean Baubérot sociologue et spécialiste de ces questions.
Il n’en reste pas moins que la question reste ultra sensible et trop souvent instrumentalisée à des fins politiques. Lorsque Marc Horwitz, déjà cité, définit la laïcité comme “le fondement du vivre ensemble, tout simplement. Elle signifie accepter l’autre – tel qu’il est, dans toute sa diversité, sans discriminations, on est loin de certaines définitions et de certains usages . Pour rester dans le domaine de l’École avec l’exemple du débat biaisé sur les cantines scolaires et les menus de substitution, le message qui est entendu par toute une partie de la population française c'est "musulman, tu n'es pas chez toi ici...". Et on peut craindre que cela ne crée en retour un terrain propice au développement de discours radicaux…

Islamophobie ?
L’école de la République est-elle islamophobe ?” c’est justement la question provocante posée par Béatrice Mabilon-Bonfils dans The Conversation . Pour elle, aujourd’hui, “une laïcité conquérante, se cherche et se trouve de nouvelles frontières, à moins que l’enjeu ne soit, derrière les objectifs affichés (émancipation de la femme, avancée de la rationalité, lutte contre ledit « communautarisme »…) de réduire le plus possible la visibilité des minorités au sein de l’espace public, tout en donnant des gages aux mouvements d’extrême droite en progression électorale.” Et elle va plus loi en affirmant que “sous couvert d’universalisme et de laïcité, une logique d’assimilation met au pas les différences culturelles, sociales et politiques portées par les jeunes issus de l’immigration et c’est sous l’angle d’un problème posé par l’islam en France que l’on s’interroge, et non sous l’angle d’une incapacité de la République française à penser les mutations du vivre ensemble. Et l’école participe de cette construction collective ”.
Béatrice Mabilon-Bonfils est auteure avec François Durpaire de “Fatima moins bien notée que Marianne” dont Le Monde propose une recension. Il s’agit d’un essai sur le traitement différencié fait aux élèves musulmans à différents moments de leur scolarité (évaluation, sanction, orientation, …). Ils évoquent aussi la ségrégation au sein des établissements et la représentation de l’islam dans les manuels. Contactée par Le Monde, l’association Savoir livre, qui regroupe six éditeurs scolaires, rappelle que les manuels sont une “mise en œuvre des programmes scolaires dans la classe.Pour d’autres spécialistes, ce n’est pas tant la présence de clichés dans les manuels qui est problématique que les impasses des programmes d’histoire, alimentant, de fait, une certaine vision de l’islam vu sous un angle essentiellement conflictuel et négatif.
On est dans ce sujet sur une position très étroite. La question qui est posée par ces deux auteurs avec cette question provocatrice est celle de l'altérité. Pour le dire autrement, c’est ce qui nous renvoie à la notion de tolérance et de reconnaissance de la diversité culturelle (le contraire de l'ethnocentrisme). Or, bien souvent ce qui prévaut en France c'est plutôt une logique de l'assimilation par crainte inverse du communautarisme. Une assimilation qui nierait la diversité et sommerait les individus à une norme culturelle unique. Il y a un usage ethniciste de la laicité qu’on retrouve particulièrement instrumentalisé chez le Front National. Mais il y a un danger inverse qui serait celui du relativisme culturel poussé à l’extrême qui conduirait à oublier qu’il y a des valeurs universelles (respect de la personne humaine, statut de la femme,…) et justifierait alors une forme de communautarisme. On est sur le fil du rasoir avec une voie médiane qui inclut et intègre les individus et une altérité qui n'est pas incompatible avec un universalisme fondé sur l'autonomie, l'émancipation et la raison. C’est tout le pari de l’École de demain et au delà de l’ensemble de la société.

Trajectoires et origines
Comme j’en ai pris l’habitude, je voudrais signaler des lectures glanées au cours de la semaine pour nourrir la réflexion.
Celle que j’ai choisi de privilégier nous raccroche d’ailleurs aux sujets précédents. Il s’agit de l'enquête fleuve de l'Ined et de l'Insee, «Trajectoires et origines» (TeO) . Menée par plus d’une vingtaine de chercheurs, cette étude analyse les parcours de 8 300 immigrés issus de sept vagues d’entrées successives. Ils les ont comparées à celles de 8 200 de leurs descendants et à des Français sans ascendance étrangère. Cette enquête passionnante sur l’intégration démonte un certain nombre d’idées reçues. C’est aussi un document rare dans le paysage de la recherche en France où les statistiques ethniques ne sont autorisées que par dérogation.
Elle a été l’objet de nombreux articles dans la presse de cette semaine. On en trouve par exemple un bon résumé dans Le Monde mais aussi dans Libération ou encore Le Figaro ou La Croix . Beaucoup de commentaires pointent en s’appuyant sur les conclusions de cette étude sur l’intégration “à sens unique” des immigrés en France. Même s'ils adhèrent massivement à leur nouveau pays, les personnes d'origines étrangère se heurtent souvent à un “déni de francité”avec la persistance de discriminations multiples souligne cette étude au spectre très large (emploi, religion, famille, éducation...).
Pour tout ce qui est socioculturel (famille, langue...) on assiste plutôt à un progrès d’une génération sur l’autre, mais sur les aspects socioéconomiques où il y a des barrières, comme l’école ou l’emploi, on est plutôt dans le sens d’une dégradation ” note le chercheur Cris Beauchemin.
Dans le domaine de l’éducation qui nous intéresse, le phénomène touche surtout les garçons : “plusieurs indicateurs montrent que les fils de migrants occupent des situations inférieures à celles des migrants eux-mêmes”, alors que pour les filles c’est l’inverse, note l’étude, qui pointe le rôle pivot de l’école. Dans les “minorités visibles”, un tiers des garçons sortent sans diplôme du secondaire. Si 59 % des garçons de la population majoritaire sont bacheliers, seuls 48 % des enfants d’immigrés réussissent ce diplôme – 26 % seulement pour les parents originaires de Turquie, 40 % pour l’Afrique sahélienne ou 41 % pour l’Algérie. Les garçons se retrouvent alors “en situation très désavantagée sur le marché du travail”, souligne Cris Beauchemin. Sans avancer d’explication, les chercheurs s’interrogent sur un “fonctionnement discriminatoire de l’institution scolaire à l’encontre des garçons sur le fondement de leur origine”.
Plus que jamais la construction d’une École plus juste et inclusive est à l’ordre du jour.

Bonne Lecture...



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