mardi, janvier 16, 2018

Réforme du bac : Tout ça pour ça…. ?



Les auditions de la commission Mathiot concernant la réforme du bac sont quasi-terminées et le rapport devrait être rendu public, nous dit-on, à la fin du mois de janvier ou au début du mois de février.
Il sera temps alors de réagir à ses propositions et plus encore de voir ce que le Ministre en fera.
Mais, dans l'attente, la lecture des informations émanant de ces dernières auditions me fait, pour l'instant, m'interroger : “tout ça pour ça ?”.


Faisons le point sur les derniers éléments dont nous disposons :
- un “bouquet de “majeures” ressemblant furieusement aux anciennes séries. En fait de suppression annoncée des filières, on se retrouverait avec 9 filières reconstituées, ce qui se rapproche fortement du bac que certains ont connu dans les années 70-80-90 (A, B, C, D, D', E, F).
- Tout cela adossé à des classes regroupant les élèves suivant la même majeure, ou des majeures proches sans doute. On va continuer à avoir des classes de littéraires, de scientifiques et de sciences humaines... Et la hiérarchie des filières a encore de beaux jours devant elle...
- Compensation des disciplines avec un choix sur les coefficients alors que la logique du socle et des compétences va à l’encontre de la compensation entre les disciplines.
- Du flou sur les sections technologiques avec des voies qui restent bien séparées, même si l'architecture globale serait proche pour le bac général et le bac techno
- quatre épreuves terminales l'année de la Terminale, mais des épreuves intermédiaires qui ressemblent beaucoup aux épreuves anticipées de 1ère (en un peu moins lourd, certes) et ce dans toutes les disciplines
- On aurait, en effet, un abandon du Contrôle en cours de formation (CCF) jugé trop dangereux pour une succession d’épreuves qui vont faire de l’année de Terminale une sorte de marathon.
- avec le nouveau « grand oral », il n’y aurait potentiellement plus de travail de groupe et d'interdisciplinarité, qui était pourtant un des aspects positifs des TPE. La possible évolution pédagogique résultant du changement des épreuves terminales risque de s’éloigner.
- On a aussi un grand flou quant au lien avec le supérieur. Et beaucoup d'ambiguïtés sur le positionnement du bac comme diplôme de fin de scolarité au lycée ou comme instrument de sélection et de tri pour l’entrée à l’université. Car cette réforme est indissociable de celle de l’entrée dans l’enseignement supérieur qui reste marquée qu’on le veuille ou non par une gestion de la pénurie.

Le vieux lycée résiste !
Au final, (et dans l'attente du rapport final et d'éventuelles surprises) on se retrouve face à une double contradiction.
Prévue pour “simplifier” et “muscler” le bac, la réforme telle qu'on la voit aujourd'hui se dessiner) ressemble de plus en plus à un truc très complexe et avec du “gras” partout…
Dans une telle logique on se demande alors pourquoi réformer ? 

Il est vrai que la commission Mathiot doit répondre à une commande complexe : il y a à la fois une logique de communication politique de réponse à une promesse électorale et plus ou moins implicitement une recherche d’économies.
Et cette réforme se heurte à la force d’inertie du système et aux inquiétudes des enseignants du secondaire quant à leurs conditions de travail et pour lesquels l’identité professionnelle est fortement attachée aux disciplines. Le ministre devra tenir compte des inquiétudes et déjouer les tensions plutôt que d’aller vers l’affrontement.
Va t-on vers une simplification ? Va t-on vers plus d’efficacité ? Avec quels moyens  humains ? Quelle formation ? Cette réforme permet-elle de lutter contre les inégalités sociales ? Voilà les vraies questions auxquelles on espère que le rapport donnera des réponses.


PhW

lundi, janvier 01, 2018

Bloc-notes de l’année 2017



Depuis 2014, je propose une rétrospective de l’année écoulée sur mon blog consacré à l’actualité éducative. Pour de multiples raisons, j’ai cessé mes revues de presse hebdomadaires. Est-ce une pause ou un arrêt définitif ? je ne le sais pas encore. Mais il me semblait impossible de ne pas porter un regard sur l’ensemble de 2017. D’abord parce que l’année a été marquée par l’élection présidentielle et l’arrivée d’un nouveau ministre et d’une nouvelle politique. Un ministre qui parle plus à l'opinion qu'aux enseignants.


Les mots (et les maux) de 2017
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Pour débuter cette rétrospective, laissez moi vous présenter ce « nuage de mots » qui l’accompagne. A la fin de l’année 2017, je me suis livré à un petit « sondage » sans prétention, sur les réseaux sociaux (Facebook et Twitter). Le principe est simple. J’ai demandé à qui voulait bien répondre trois mots ou expressions pour résumer, selon eux, l’année éducative. Ce sont près de 150 réponses que j’ai recueillies et passées ensuite à la moulinette d’une application permettant de fabriquer ce type d’images. Bien sûr, elles ne sont pas "représentatives" (au sens des sondeurs) puisque ce sont des personnes qui me suivent sur les réseaux sociaux. Un « microcosme » dirait Jean-Michel Blanquer...

Quoi qu’il en soit, les mots qui reviennent le plus souvent sont assez significatifs d’un ressenti chez une partie des enseignants. Pour le dire rapidement, ce sont ceux qui sont favorables aux changements dans l’École mais qui ont été choqués par la remise en cause des réformes précédentes et la communication redoutable et adroite (à droite ?) du nouveau ministre destinée à complaire à l’opinion. Nul doute d’ailleurs que les mots seraient différents si on sondait l’opinion publique dans son ensemble et pas seulement les enseignants les plus progressistes et réformistes. Mais il serait utile que le ministre actuel entende malgré tout ce qui est exprimé ici... 


Grimace
Une des images que l’on retiendra de cette année est celle, captée par une caméra de télévision, de Najat Vallaud-Belkacem découvrant le nom de son successeur. La grimace est expressive et tient presque d’une prémonition.
Que retiendra t-on du passage de Najat Vallaud-Belkacem au Ministère de l’éducation nationale ? La réponse est difficile tant son successeur s’est employé à détricoter systématiquement ce qui avait été mis en place. Au delà de la personne, c’est la politique mise en place durant le quinquennat qu’il faut analyser. En 2012, la « jeunesse » et l’éducation avaient été mises au centre de la campagne de François Hollande. La « refondation de l’École » portée par Vincent Peillon tout d’abord puis brièvement par Benoît Hamon reposait au départ sur un semblant de consensus. Et la promesse de création de 60 000 postes avait obtenu un accueil favorable chez les enseignants. J’avais essayé en avril 2016 dans trois billets successifs de dresser le bilan de cette politique. 

Celle-ci s’est heurtée à la contrainte du temps et aux blocages de toutes sortes. D’abord avec l’enlisement dans la réforme des rythmes devenue un enjeu politique. L’élaboration des programmes a pris du retard. Et la conjonction des nouveaux programmes avec la réforme du collège mise en place en une seule et dernière année (2016) a donné un sentiment de précipitation néfaste. Mais l’erreur majeure a été la décision par le premier ministre Valls de publier le décret sur le collège le lendemain d’une grève importante, au détriment du dialogue social (encore possible). De plus, la réforme du collège a été ressentie par de nombreux enseignants comme une remise en cause de leurs disciplines. La revalorisation des enseignants du premier degré est, elle aussi, venue bien tardivement.
Avec le temps, la cohérence d’ensemble de la refondation s’est perdue et on y a vu seulement une succession de réformes.
Plus globalement,  l’action dans le domaine de l’éducation a pâti aussi d’un ressentiment plus général d’une bonne partie du corps enseignant à l’égard de la politique menée par le gouvernement.


L’éducation dans la campagne 
L’éducation n’a pas été au cœur de la campagne présidentielle de 2017. Certes, tous les candidats avaient un volet « éducation » dans leurs programmes (je les ai analysés dans une série de billets) mais ce sujet n’a pas été déterminant y compris pour les enseignants. D’ailleurs, l’idée même de l’existence d’un « vote enseignant » est très discutable. Ce qui est également notable c’est que les clivages Droite/Gauche ne sont pas toujours opératoires dans les débats sur l’éducation. On a vu des positionnements très à gauche être très conservateurs sur le plan pédagogique...
Le seul domaine qui a semblé vraiment faire consensus entre tous les candidats, c’est la priorité au primaire qui était déjà affirmée dans la loi de refondation du quinquennat Hollande. En revanche, la question des postes a été un vrai sujet de débat. Il n’est pas inutile de rappeler qu’à l’époque Emmanuel Macron se situait dans le camp des nouvelles créations de postes puisque son programme prévoyait « 4000 à 5000 créations de postes » en plus d’une réorientation des postes déjà créés vers le primaire. Depuis, la loi de finances 2018 a été votée sans création de postes nouveaux.
La campagne électorale a donné lieu à quelques réels débats sur les finalités de l’éducation. Ainsi, François Fillon à droite (tout comme l’extrême droite) remettait  en cause de la scolarité à 16 ans et du socle commun avec l’apprentissage à partir de 14 ans et la fin du Collège unique.  Veut-on une école du tri ou une école de la réussite pour tous ? C’est en quelque sorte la question centrale qui était posée.
Chez l’un comme chez l’autre, on trouvait aussi un couplet sur les « pédagogistes prétentieux » (Fillon) et les « prétendues sciences de l’éducation » (Le Pen) et bien sûr le refrain sur la « restauration de l’autorité ». Marine Le Pen prônait également l’uniforme à l’école. D’une manière générale, le débat sur l’éducation n’a pas échappé à la tentation du populisme éducatif avec des mesures destinées à complaire à une opinion publique plutôt conservatrice. Tout cela s’accompagnant dans la presse d’un discours sur la recherche de boucs émissaires qui seraient la cause de tous les maux de l’École. La suite de l’année nous montrera que cette petite chanson nostalgique continuera à être chantée en chœur avec l’aide du nouveau ministre.


Ctrl-Z
Dans le sondage évoqué plus haut, c’est l’expression qui revient le plus fréquemment. Évidemment, il y a un biais puisque ce sont mes lecteurs et que j’ai contribué à la populariser !  Mais il n’est pas anodin que ce surnom ait été repris dans la presse (et même à l’étranger ! ) pour désigner le ministre. Car la première partie de son action a été consacrée à « détricoter » (autre terme très employé) l’action de celle qui l’a précédé.
Lorsqu’il a été nommé le 17 mai 2017, Jean-Michel Blanquer a été présenté comme un représentant de la « société civile ». Pourtant, ce n’est pas un inconnu, c’est en fait un représentant de la technostructure de l’Éducation Nationale de longue date. S’il n’a pas de mandat électif et n’est pas encarté, il n’en a pas moins participé à plusieurs cabinets ministériels de droite et été n°2 du ministère (Dgesco) sous le quinquennat Sarkozy. Et il était donné comme le possible ministre de l’Education de François Fillon (ou d’Alain Juppé). Son livre L’Ecole de demain (Odile Jacob 2016), ressemblait à une lettre de motivation ou en tout cas à un programme ministériel assumé. On pouvait y trouver des liens avec les travaux de l’institut Montaigne qui a fortement contribué à l’élaboration du programme éducation (et pas seulement) d’Emmanuel Macron. La composition de son cabinet est le reflet de ce parcours. On y trouve des membres des cabinets ministériels Darcos, Chatel ou Baroin ainsi qu’une personne issue du think tank précité.
Dès la passation de pouvoir il déclare : « Il n’y aura pas une énième loi ou une énième réforme. Il y aura tout simplement la volonté de s’attacher aux problèmes concrets » en donnant « la liberté aux acteurs et du pouvoir à nos professeurs, chefs d’établissements et à l’ensemble des acteurs de l’Education nationale ». Mais il va très vite s’employer à remettre en question plusieurs mesures emblématiques. A commencer par la réforme du collège où il « rétablit » (même si elle n’avaient pas disparu) les classes bilangues, le latin-grec et assouplit le dispositif des EPI. Et ensuite avec un décret sur les rythmes scolaires qui va aboutir au retour à la semaine de quatre jours dans les deux tiers des communes et à terme dans pratiquement toutes les collectivités locales. Ce sont deux signaux envoyés respectivement à une partie des enseignants et des parents hostiles à la réforme du collège et aux maires qui vont très vite se retrouver confrontés à une baisse de leurs moyens d’action.
Je l’ai souvent dit et écrit. Le temps de l’école n’est pas celui du politique. En matière d’éducation, on a surtout besoin de continuité de l’action. De plus, avec de tels revirements et concessions, on laisse entendre aux plus investis dans les réformes que leurs efforts ont été vains et au final, on favorise le cynisme et l’attentisme dans le corps enseignant.
Il faut signaler qu’on peut aussi étendre le Ctrl-z à d’autres terrains que le seul aspect éducatif. Les enseignants sont des fonctionnaires. Et ceux-ci ont appris successivement le (re)gel du point d’indice, le report du protocole « Parcours professionnels, carrières et rémunérations » (PPCR) et la réintroduction de la journée de carence. Ces reports sont bien plus mal vécus encore, que ceux dans le domaine strictement éducatif...


Jean-Michel « partout » Blanquer.
Au début de son ministère, à partir du mois de juin, je m’étais amusé à compter le nombre d’interviews dans la presse. À la mi septembre, on était déjà à plus de cinquante !
On reprochait à Najat Vallaud Belkacem de faire de la com’ mais avec Jean-Michel Blanquer on est passé à une autre échelle. Il s’agit d’une stratégie d’occupation du terrain médiatique de grande ampleur avec au moins trois interviews par semaine dans tous types de médias (y compris Causeur et Valeurs actuelles). Et le but est clair : il faut montrer qu’on est au travail (ce qui est légitime) et séduire l’opinion publique. Quitte à tomber dans des facilités de communication et annoncer des choses déjà existantes ou relancer des polémiques inutiles.
Successivement ou «en même temps » ( !), on a eu des annonces sur la laïcité, les chorales à l’École, l’évocation de l’uniforme, les fables de La Fontaine, le « récit national », le rétablissement du redoublement (qui existait toujours), l’interdiction du téléphone portable à l’école et au collège, la relance de la polémique moisie sur les méthodes de lecture où on a ressorti le vieil épouvantail de la méthode globale, des déclarations sur l’écriture inclusive et la grammaire, le « retour » de la dictée ... Il a aussi évoqué la nécessité à l'instruction civique  (comme si l’EMC n’existait pas). Il a également profité d’une énième polémique sur les programmes pour provoquer la démission du président du CSP... Et bien d’autres sujets encore, noyés dans le flot d’interventions médiatiques.
La technique est sensiblement toujours la même : une première déclaration tonitruante et clivante qui flatte l’opinion publique réceptive à ce discours sur l’école d’antan suivie ensuite de mesures beaucoup plus modestes et qui, au final ne changent pas grand chose. Mais on aura occupé le terrain...
« Jean Michel Blanquer bégaie » titre ironiquement Faiza Zerouala dans Mediapart. Libération le qualifie de « donneur de leçons ». Après lui avoir consacré une longue interview à la fin de l’été, L’Obs s’interroge : « Blanquer a-t-il sombré du côté obscur de la Force ? ». Mais si quelques journaux ne semblent pas ou plus sous le charme, on peut dire que Jean-Michel Blanquer bénéficie toujours d’une très bonne image dans l’opinion publique et chez les éditorialistes. Il semble « intouchable » résume Lucien Marboeuf dans une très bonne synthèse. En tout cas, on aurait tort de n’y voir que des contradictions ou de l’emphase médiatique. Il faut prendre M. Blanquer au sérieux.


Le coup d’après
Cette communication redoutable a en effet plusieurs fonctions Tout en déclarant qu’il ne fera pas de réformes, c’est bien à un changement profond du système que le ministre se livre ainsi qu’à un reformatage du discours sur l’école (très bien décrit par François Dubet). Ensuite parce que cette stratégie de communication que j’essayai d’analyser dans un  billet récent, est justement une "stratégie" élaborée par ce bon joueur d'échec qu'est J-M. Blanquer. Complaire à l'opinion publique est toujours important. Mais c'est aussi une étape essentielle avant  le « coup d’après » C’est-à-dire une deuxième phase de l'action plus dure et où il aura besoin de ce soutien face aux enseignants.
On peut penser que cela se fera dans le second degré. On le sait bien, le lycée coûte cher par rapport au primaire à l'inverse de ce qui se passe dans bon nombre d'autres pays. Les transformations structurelles qui risquent de se mettre en place peuvent se faire dans un contexte tendu et de possible "réveil" syndical. D'où l'importance du soutien de l'opinion publique.


Quel bilan ?
Au delà de l’écume médiatique, quel est le réel bilan du ministre après huit mois aux affaires ?  Hormis les assouplissements des réformes précédentes, cela se résume surtout pour l’instant à deux mesures : les CP à 12 et le dispositif « devoirs faits ».
Ce dernier est d’abord proposé dans les collèges avant d’être étendu au primaire l’année prochaine. Les premiers retours de ce qui n’a été mis en place qu’à la rentrée de la Toussaint sont plutôt encourageants. On constate que cette mesure peut faire évoluer aussi les pratiques pédagogiques des enseignants.
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La mise en place des classes de CP à 12 élèves pour les REP + (zones d’éducation prioritaire) semble une mesure assez efficace pour lutter contre les inégalités dès le début de la scolarité. C’est incontestablement une réussite. Mais on peut avoir quelques craintes sur l’extension comme cela était promis au reste du réseau et aux classes de CE1. Car cela risque de se faire au détriment des autres niveaux et dans des conditions matérielles pas toujours faciles.
La question du bilan doit en effet se doubler d’une autre question qui est celle des moyens. La lecture attentive de la loi de finances 2018 nous montre que ces réformes se feront à moyen constants et sur la base de redéploiements. Il n’y a pas de création de postes nettes dans le budget.  Dans ses multiples déclarations, J-M. Blanquer a dit d’ailleurs vouloir en finir avec la sacralisation des moyens pour passer à la transformation pédagogique.


Le bac et après 
La réforme du bac faisait partie des promesses de campagne d’Emmanuel Macron. Le programme indiquait : « Nous moderniserons le baccalauréat. Il y aura désormais 4 matières obligatoires à l’examen. Les autres seront validées par un contrôle continu. » Jean-Michel Blanquer s’est emparé de cette exigence et a chargé l’ancien directeur de l’IEP-Lille Pierre Mathiot d’une mission d’études sur ce sujet. Après de nombreuses auditions, celui-ci doit rendre un rapport en janvier 2018. Le ministre tranchera ensuite.
Très vite on a compris que la commission Mathiot allait s’intéresser aussi à ce qui se passe en amont, c’est-à-dire la structuration du lycée.
La structuration en « séries » (L, ES, S) serait donc en partie remise en question. On s’acheminerait alors vers un lycée « modulaire » où, après la classe de 2nde, les élèves choisiraient entre différents menus... Il reste alors à savoir comment se ferait ce choix et quelle serait l’aide à l’orientation et l’élaboration du projet personnel. Il y aurait en tout cas un défi à relever pour que ces choix ne soient pas discriminants socialement.
Cela suffirait-il pour remettre en question la hiérarchie des séries avec un Bac S qui permettait de « tout faire » ? On sait que les stratégies des familles sont fortes pour reconstituer contre vents et réformes les filières d’excellence...
Un autre enjeu est celui de la pédagogie. Notre système éducatif est ainsi fait que l’examen en aval détermine la pédagogie en amont. Les enseignants ont à cœur de  préparer leurs élèves à l’épreuve terminale. Changer les épreuves c’est donc aussi faire évoluer la pédagogie.
La réforme du bac s’inscrit aussi dans celle de l’accès à l’enseignement supérieur votée le 19 décembre 2017 à l’assemblée. « ParcourSup » remplace APB mais ne crée pas plus de places. On va continuer à gérer la pénurie et une sélection dont on n’ose pas prononcer le nom.
L’enjeu pour la réussite de cette réforme va être de faire la preuve qu’elle est destinée à améliorer le système et la pédagogie et pas pour faire des économies sur le dos des enseignants du secondaire.


Etat de grâce : stop ou encore ?
Jusqu’à maintenant, Jean-Michel Blanquer a semblé s’adresser plus à l’opinion publique qu’aux enseignants eux-mêmes. Doit-il se méfier d’eux ?
Un bon nombre semble toujours plutôt favorable à ce que fait le ministre. Dans le primaire, le retour à la semaine de quatre jours a été plutôt bien accueilli. De même, la remise en cause de la réforme du collège a pu séduire une partie de l’opinion enseignante.
La réforme du bac est cependant un gros morceau sur lequel le ministre pourrait bien avoir quelques difficultés. On se souvient que les précédentes tentatives de réforme avaient échoué par crainte de la réaction des lycéens qui refusaient le contrôle continu au nom de l’égalité et du refus d’un « bac à deux vitesses ». Ils étaient rejoints ou précédés par certains syndicats. Cette réforme pourrait être vue aussi par certains comme une remise en cause des disciplines et de leurs moyens. D’où l’importance pour M. Blanquer d’avoir le soutien de l’opinion pour faire passer cette réforme du Bac et du lycée.

Conservatisme ou progressisme ? De droite ou de gauche ? Ces questions reviennent souvent dans les débats sur la politique menée. Jean-Michel Blanquer se plaît à dire que l’éducation n’est ni de droite ni de gauche. On peut aussi voir la contradiction du ministre comme un atout avec à la fois un discours ancré sur le passé et en même temps l’intention affichée de réformer le système. Il est finalement  dans l’air du temps, conservateur et réformiste à la fois. Mais on pourrait aussi ironiser en remarquant qu’un œil dans le rétroviseur et un autre vers l’avant, c’est louche (et ça rend la conduite difficile)
« On ne sort de l'ambiguïté qu'à ses propres dépens » disait le Cardinal de Retz. L’année 2018 sera t-elle l’année où l’on sortira de la fascination pour déconstruire la machine communicationnelle ? C'est le travail de la presse de le faire et de donner à voir la réalité du terrain. C'est essentiel plutôt que d'en rester aux discours entre éditorialistes qui ne connaissent pas grand-chose à l'école. Confronter le discours au réel, aller au delà des affirmations péremptoires ("c'est la science") voilà le premier enjeu.
Mais il s’agira aussi pour tous ceux qu’on a traité de « pédagogistes » et qui sont avant tout des réformistes de trouver un espace dans ce jeu complexe entre une posture de critique systématique des propositions de Blanquer et un conservatisme de gauche tout aussi délétère. Comme nous y invite François Dubet dans un article majeur, 2018 pourrait  être l’occasion de reconstruire une alternative progressiste pour une école de la réussite de tous. C'est le voeu que je forme pour cette année !



Philippe Watrelot

lundi, décembre 11, 2017

Il faut prendre M. Blanquer au sérieux


Retour sur la stratégie de communication de Jean-Michel Blanquer et message aux enseignants.

On aurait tort de prendre les propos tenus par le Ministre dans l'émission "Le Grand Jury" du 10 décembre 2017  (et dans bien d'autres médias) comme un discours excessif et ignorant des réalités des enseignants. Dire qu'il se "ridiculise" n'est pas non plus très pertinent. 
La stratégie de Jean-Michel Blanquer est, au contraire, réfléchie et redoutablement efficace. 

Il considére que les critiques qui lui sont faites (par des personnes comme moi ou d'autres... ) sont l'expression d'un "microcosme". Et d'une certaine manière, il a raison. Sa communication ne vise pas de manière directe les enseignants. Et ceux qui s'indignent et réagissent sur les réseaux sociaux sont une infime minorité. On peut même penser que malgré quelques erreurs, ses propos séduisent une bonne partie des enseignants eux-mêmes. 

Il a l'opinion publique avec lui, c'est indéniable. Les sondages d'opinion le montrent. C'est un des ministres qui a su émerger de l'anonymat du gouvernement. Et il suffit de tendre l'oreille hors de notre "bulle informationnelle" des réseaux sociaux pour se rendre compte que sa notoriété est bonne. Il a l'image d'un "expert"qui sait de quoi il parle. Et ses propos eux-mêmes, qui relèvent pour une bonne part d'un "populisme éducatif", séduisent et résonnent auprès d'un électorat de classe moyenne et populaire qui a pu être déboussolé par la politique menée précédemment. 

Qu'importe alors qu'il enfonce des portes ouvertes, préconise des mesures infaisables ou invente des dispositifs qui existent déjà... Ça n'imprime pas auprès de l'opinion et des médias. 
Pourquoi ? D'abord parce que les questions éducatives (je l'ai déjà écrit dans d'autres textes) sont mal traitées dans les médias généralistes. Les journalistes éducation y sont rares et pas assez écoutés. Et puis, la nuance, la remise en contexte, la vérification, ce n'est pas "sexy" et ça prend du temps alors qu'il y a bien d'autres sujets à traiter... 
Et surtout parce que M. Blanquer fournit ce que l'opinion a envie d'entendre. Il joue sur le"biais de confirmation" avec un discours de restauration (de l'uniforme, de l'autorité, des méthodes de lecture) qui rentre parfaitement en résonance avec la vision nostalgique et de déploration qu'on trouve chez les 67 millions d'experts de l'école que sont les français...
Enfin, cette mise à l'agenda est aussi un moyen de détourner le regard de sujets plus importants.

Même si nous, nous savons, que les choses sont plus compliquées que cela, qu'il faut nuancer... Et aussi, parce que nous sommes sur le terrain et savons quels sont les manques et les besoins... Mais il est difficile de se faire entendre dans ces conditions face à un tel rouleau compresseur...

C'est l'enjeu de la période qui vient. Être capable de toucher l'opinion et de déconstruire les fausses évidences. Trouver l'antidote à l'intox et à la démagogie. Questionner l'argument de la "science" et opposer une expertise à une autre.
Mais je ne pense pas que ce soit en s'indignant et en faisant de l'humour facile (même si j'y succombe moi aussi...) qu'on y parviendra. Il faut vraiment construire une réponse à la mesure de l'enjeu de cette  nouvelle idéologie scolaire. 

Il faut prendre Monsieur Blanquer au sérieux.



dimanche, novembre 05, 2017

Une première biennale mais pas la dernière #BIEN17


#BIEN17 jour 4 dimanche 5 novembre (dans le TGV Poitiers-Paris)

Voilà, c’est fini...🎶 La première biennale internationale de l’éducation nouvelle s’est achevée par un discours de clôture combattif et volontiers provocateur de Philippe Meirieu.
Le terme de bilan serait excessif. Je propose quelques impressions à chaud de cet évènement qui rassemblait six mouvements se réclamant de l’éducation nouvelle. Avec deux questions en tête. D’abord celle de la diversité et de l’unité de ce mouvement. Et puis celle de savoir si cette éducation est toujours nouvelle.   



Diversité et unité de l’éducation nouvelle
Comme je l’ai déjà rappelé dans mon premier billet, j’ai pour particularité d’avoir été adhérent ou très proche de plusieurs organisations (Cemea, Crap et Fespi...). Mais je ne suis pas exceptionnel et j’ai pu constater dans les échanges durant cette rencontre qu’il y avait une certaine porosité entre nos mouvements. Un(e) militant(e) d’une organisation a pu, dans son parcours, croiser le chemin d’autres associations.
C’est peut-être la première chose que je voudrais retenir de cet évènement. On a su travailler ensemble même si ce n’est pas toujours simple. Je regrettais dans le billet qui introduisait cette série les logiques de « boutique ». Elles existent indéniablement, tout comme il y a des cultures propres à chaque organisation. Mais la biennale a été un point de rencontre qui a permis dans les ateliers et des moments informels de dépasser ces instincts grégaires (et compréhensibles).
Lorsque j’étais président du CRAP, j’ai beaucoup œuvré pour qu’on aille vers une mutualisation de nos moyens (humains, matériels,...) dans une logique d’économie d’échelle mais sans beaucoup de succès. On peut espérer qu’à l’image du comité de pilotage ou de l’équipe d’accueil, cette logique de mutualisation et de coopération soit relancée.
Alors, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ? Même si on a envie de ne retenir que les bons moments, en fait, cet évènement a été le révélateur de ce qui fait à la fois l’unité mais aussi la diversité et l'hétérogénéité de ces mouvements d’éducation nouvelle. Il y a de tout, du bon et du moins bon, ce qui me plaît et ce qui m’agace. Dans les 230 personnes présentes et dans les organisations participantes, on peut discerner des différences dans les centres d’intérêt, les postures, les histoires personnelles.
Ceux pour qui l’École est le lieu principal d’action, d’autres qui envisagent l’éducation dans le cadre du péri-scolaire ou des vacances... Ceux qui ont des certitudes et ceux qui ont des convictions mais pas de certitudes (devinez ceux que je préfère...), des dogmatiques et des pragmatiques, des sentencieux et d’autres qui doutent,  ceux qui ont de la méfiance pour les technologies et ceux qui voient le numérique comme un outil pédagogique parmi d’autres, ceux qui se méfient des neurosciences et ceux qui les voient comme une source d’information parmi d’autres,  ceux qui se situent dans une sorte de pureté radicale par rapport à la «marchandisation» et ceux qui la voient comme une réalité avec laquelle il faut composer, des “révolutionnaires” et des réformistes, des jeunes (beaucoup) et des vieux, des chevelus et des pas chevelus (devinez où je me situe !)...



L’Education toujours nouvelle
Mais au delà de ces différences, il y a aussi des valeurs en partage. Une indignation devant les inégalités sociales et une conviction profonde qui est celle que l’éducation peut contribuer au progrès humain et que l’éducation doit être celle de tous par des pratiques de coopération. Toutes les personnes qui étaient rassemblées à Poitiers malgré les petites critiques que je formule ont pu débattre durant ces quatre jours dans une sorte de « solidarité critique » pour reprendre une expression du sociologue Bruno Latour cité par Philippe Meirieu. L’éducation nouvelle pose plus de question qu’elle ne fournit des réponses prêtes à l’emploi...
Rien de pire que le pédagogue qui dirait avoir, une fois pour toutes, LA solution ! La pédagogie, nous disait Philippe Meirieu dans sa conférence de clôture, refuse tout « applicationnisme » systématique et promeut toujours des débats pédagogiques inventifs

Un mini débat a couru durant cette biennale : faut-il changer le nom de cette éducation nouvelle alors que c’est sa dénomination depuis 150 ans ? On pourrait se dire que le fait de continuer à la qualifier de « nouvelle » après tout ce temps est une forme d’échec et devrait nous interroger.
Pour Philippe Meirieu citant Gaston Mialaret, ancien président du GFEN, l’éducation nouvelle sera toujours nouvelle car elle doit s’adapter sans cesse aux enjeux du monde contemporain et aux apports de la science. C’est cette adaptation et ce questionnement permanent qui en fait la « nouveauté » ou plutôt le renouvellement.
Le danger serait celui de se transformer en « musée » de la pédagogie où le dogmatisme et l’application de procédures figées l’emporteraient sur l’expérimentation et l’esprit de recherche.

Des convictions mais pas de certitudes...
Une éducation nouvelle toujours en mouvement pour le 21ème siècle.
A bientôt pour le deuxième biennale ? 

Philippe Watrelot
Le 5 novembre 2017


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Les billets consacrés à la Biennale internationale de l’éducation nouvelle
Billet n° 2 : Sciences et pédagogie
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Education Nouvelle, Innovation, Formation #BIEN17



#Bien17  Biennale de l’éducation nouvelle Jour 3 (samedi 4 novembre 2017)



Je propose un troisième billet reposant en partie sur mon intervention à la table ronde sur Éducation Nouvelle et Formation le samedi 4 novembre au matin et sur quelques réflexions sur l'innovation
Deux tables rondes étaient en effet proposées en parallèle. L’une était consacrée à l’innovation et l’autre portait donc sur la formation. On peut s’étonner qu’on m’ait demandé de participer à cette dernière alors que j’ai été président du Conseil National de l’Innovation et de la Réussite Éducative (Cniré) auquel de nombreux membres du Collectif des associations partenaires de l'École ont participé. Je me suis moi même étonné de ce choix des organisateurs... 
Toutefois, j’ai aussi pas mal réfléchi à cette question de la formation comme en témoignent de nombreux billets de blogs. Je vous livre donc mes réflexions sur ces deux sujets.


Innovation : mot piégé
Dans le rapport du Cniré et précédemment dans un article de blog intitulé «École et innovation : je t’aime moi non plus», j’alertais sur les usages et les dangers de cette notion d’innovation. Elle peut être un repoussoir pour bon nombre de collègues lorsqu’elle est vécue comme une injonction un peu vaine à la tonalité « manegeriale ». Elle peut,paradoxalement,  favoriser le conservatisme. Par ailleurs, l’image donnée par les médias est plutôt celle d’enseignants solitaires en lutte contre une administration castratrice ou bien encore d’initiatives privées vendues comme « innovantes ». Alors que les projets présentés durant cette biennale sont des projets collectifs qui s’appuient sur les marges de manœuvre permises (ou conquises) par le système éducatif public.
Incontestablement, pour un observateur naïf, la Biennale serait un rassemblement d’enseignants « innovants ». En tout cas, ça y ressemble. Et un bon nombre des participants, impliqués dans des micro-lycées, des écoles innovantes ou d’autres structures ne rejetteraient pas le terme et l’ont même inclus dans leur sigle. Par exemple la Fespi, un des organisateurs de cette biennale, est la Fédération des Etablissements Scolaires Publics Innovants. 
Toutefois, j’ai la la conviction que ce qui importe c’est plus la démarche de recherche que l’innovation en elle-même. Plutôt que de parler d’« enseignants innovants », il nous semble plus pertinent de parler d’enseignants ou de praticiens dans une démarche de recherche.
« Innover » n’est pas un but en soi mais une démarche au service de valeurs. Au lieu de cette injonction à innover, on devrait parler plutôt de droit à l’expérimentation. Expérimenter, chercher ensemble, s’évaluer, plutôt qu’à tout prix innover…
On pourrait aussi proposer une autre piste en proposant de redonner toute sa place au terme de « progrès » plutôt que d’innovation. Car, ce qui anime les personnes qui s’inscrivent dans ce courant de l’éducation toujours nouvelle après plus de 150 ans c’est plutôt de s’inscrire dans une perspective de progrès humain plutôt que d’innovation sans but ni perspective.
Nous voulons améliorer notre École pour qu’elle puisse travailler plus efficacement au service de la réussite de tous les élèves. C’est parce que la lutte contre les inégalités doit être la priorité absolue qu’il faut innover et construire une école plus efficace.


Formation et éducation nouvelle.
Dans cette démarche de diffusion des pratiques et des valeurs de l’éducation nouvelle, la formation est indispensable. La réflexivité, le travail en équipe, le partenariat, l’écriture professionnelle, le lien avec la recherche pourraient être plus présents dans la formation initiale. Mais la formation continue est encore plus importante.
Mais je voudrais insister surtout sur un aspect qui me semble essentiel et pas assez présent dans les ESPÉ aujourd’hui. C’est celui de la nécessaire pédagogie des moments de formation. C’est une conviction forte et partagée par nos mouvements.
On pourrait la  traduire par une proposition assez simple : on enseigne comme on a été formé et on devrait former comme on voudrait que les gens enseignent. La forme que doit prendre la formation est donc tout aussi importante que le fond. Rien ne sert de faire un cours magistral sur le travail de groupe ! Si l’on veut que le métier change, il ne faut pas seulement enseigner la pédagogie, il faut la faire vivre en ayant des dispositifs de formation qui mettent les stagiaires en situation d’activité. C’est parce qu’ils l’auront vécu dans leur formation qu’ils seront mieux convaincus de leur transférabilité dans leur propre enseignement. C’est ce qu’on résume en général en parlant de principe d’isomorphisme.
Qui formera les formateurs ? Car, au risque de me répéter et de me faire quelques ennemis chez mes collègues, j'ai le sentiment que ce principe est peu appliqué. Et cela pose la question de la formation des formateurs intervenant dans les ESPÉ et de la diversité de leurs parcours. Sur ce point, comme sur d’autres, l’expérience accumulée par les mouvements pédagogiques et les associations complémentaires pourrait être mieux utilisée. Il ne faudrait pas borner ceux ci à un rôle de supplétif comme cela se voit trop souvent aujourd’hui dans la formation.



En tout cas, pour finir sur une note personnelle et un hommage, je dois dire que c’est toute l’éducation informelle et formelle que j’ai reçue dans les différents mouvements pédagogiques et associations dans lesquels j’ai milité qui a construit une bonne partie de ma compétence de formateur. Et au delà, qui m’a construit en tant qu’homme...

Philippe Watrelot
 3 et 4 novembre 2017

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Les billets consacrés à la Biennale internationale de l’éducation nouvelle
Billet n° 2 : Sciences et pédagogie
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vendredi, novembre 03, 2017

Sciences et pédagogie #BIEN17


Biennale de l’éducation nouvelle Jour 2 (vendredi 3 novembre 2017)

Après une première journée marquée par la conférence d’ouverture d’Edwy Plenel et une première vague d’ateliers, la journée de vendredi a commencé par une conférence de Claude Lelièvre qui avait pour thème : “Au regard de l’histoire en quoi l’éducation nouvelle est elle toujours d’actualité ? ”. On peut résumer la thèse qu’il a défendu ainsi. Pour lui, l’Education Nouvelle n’est pas en rupture avec l’école qu’ont voulue les fondateurs de l’école de la 3ème république. L’éducation nouvelle va simplement plus loin dans une « République inachevée » (cf. Plenel). Il a, comme à son habitude, utilisé de nombreuses citations pour étayer son propos. Et il est vrai que certaines avaient une résonnance très actuelle !
Mais je voudrais surtout centrer ce deuxième billet sur un des points que j’évoquais dès hier dans mon premier texte. Il s’agit du rapport de la pédagogie à la science et en particulier dans le contexte actuel de développement des neurosciences, de son usage (ou mésusage) dans les débats et les injonctions ministérielles.

Un atelier (auquel j’ai participé) était particulièrement consacré à ce thème mais on retrouvait aussi cette problématique abordée dans d’autres discussions comme par exemple celle sur les rapports entre la recherche et la pédagogie ou encore celle sur l’accompagnement scientifique des innovations et expérimentations.


Les neurosciences : entre engouement et défiance ?
Les Cahiers Pédagogiques avaient consacré en février 2016 un dossier à ce thème. Les coordonnateurs du dossier, Nicole Bouin et Jean-Michel Zakhartchouk, dans l’avant propos, disaient vouloir se situer entre «défiance absolue ou engouement sans réserve» 
La question qu’ils posaient était aussi celle de savoir comment les neurosciences peuvent éclairer (et faire évoluer) notre pratique dans nos classes et nos établissements. C’est une des questions qui s’est posée dans l’atelier de cette biennale.
J’avais participé il y a quelques semaines à une journée d’études très intéressante organisée par la FCPE. On m’avait demandé de jouer le rôle de « grand témoin » dans un évènement consacré aux neurosciences. J’avais beaucoup apprécié cet exercice et eu le sentiment d’y apprendre beaucoup de choses. J’en avais retiré la conviction que les recherches actuelles confirmaient un bon nombre d’intuitions des pédagogues.
Dessin de Jack Koch paru dans le n° 527 des Cahiers Pédagogiques
Je n’ai pas la prétention, dans ce court billet, de faire le tour de la question. Mais on peut rapidement évoquer quelques pistes. Dans un des articles de vulgarisation les plus célèbres, Stanislas Dehaene présente « Quatre piliers de l’apprentissage » selon les neurosciences : l’attention, l’engagement actif, le retour d’information et la consolidation. On retrouve des pratiques déjà présentes dans les classes mais qui sont confirmées par ces recherches.
L’attention nous renvoie à toutes les pratiques récentes autour de la concentration (voire la méditation) que l’on peut avoir en classe pour permettre aux élèves de canaliser leur attention.
L’engagement actif énonce, au final, quelque chose qu’on retrouve au coeur de l’éducation nouvelle. L’enfant sera d’autant plus actif et engagé quand il aura envie de faire l’action. Cette envie est déclenchée quand l’activité lui plaît, qu’elle importe pour lui, qu’il y voit un intérêt personnel… et non pas parce qu’il y est contraint par un intervenant extérieur.
Recevoir un retour d’information immédiat sur l’action en cours est constitutif de l’apprentissage. Plus le retour est proche dans le temps de l’erreur, plus l’action corrective sera efficace et intégrée de manière pérenne. Les erreurs sont positives et sources d’apprentissage. Le retour d’information insiste donc sur la nécessité d’une évaluation au service des apprentissages ainsi que sur l’importance du renforcement positif.
Selon Dehaene, le point culminant d’un apprentissage est le « transfert de l’explicite vers l’implicite » : c’est l’automatisation des connaissances et procédures. Cette automatisation passe par la répétition et l’entrainement. Elle permet de libérer de l’espace dans le cortex préfrontal afin d’absorber de nouveaux apprentissages. Il est donc essentiel de répéter une connaissance nouvellement acquise.
Par ailleurs, les intervenants à la journée sur les neurosciences évoquée plus haut insistaient sur la plasticité cérébrale. Loin d’un déterminisme ravageur (« tout est joué à ?? ans») , ils nous disaient que le cerveau est extrêmement adaptable et qu’on peut apprendre à tout âge. “Tous capables” comme disent nos camarades du GFEN... On peut évoquer aussi le postulat d’éducabilité cher à Philippe Meirieu.


Quels rapports entre la science et la pédagogie ?
Je citais, dans un billet précédent, la définition de l’Éducation Nouvelle de 1921 qui finit par ces mots : « Le but de l’éducation et ses méthodes doivent donc être constamment révisés, à mesure que la science et l’expérience accroissent notre connaissance de l’enfant, de l’homme et de la société »
Prendre en compte les apports de la science fait donc partie des principes de la pédagogie et de l’éducation nouvelle.  De son côté, Jean-Michel Blanquer affirme, lui aussi vouloir « avancer à la lumière des sciences ». On pourrait donc se réjouir de cette convergence. Alors pourquoi ça coince ?
Car en effet, si la tonalité de l’atelier n’était pas à la défiance évoquée plus haut, on y entendait quand même un peu de méfiance...
Celle-ci tient peut être au fait qu’il y a un mésusage des neurosciences. Elle sont souvent présentées aujourd’hui dans les médias et les discours publics comme une sorte de vérité révélée et une prescription de ce que devrait être la pédagogie dictée par la science.
Et avec cette “mode” et cette pression forte, il est normal que les enseignants se méfient.
Dans un entretien complémentaire du dossier des Cahiers Pédagogiques cité plus haut, les coordonnateurs alertaient d’ailleur sur cette dérive : « On a besoin des sciences non pour dicter notre pratique, mais pour l’éclairer un peu plus. »
Le danger serait en effet celui d’une forme de « scientisme » où la science ne serait plus contestable et l’objet de controverses. La pédagogie n’est pas une science mais un savoir pratique. Mais il ne faudrait pas qu’elle devienne un métier d’exécution où un « bureau des méthodes » dicterait dans une logique taylorienne de travail prescrit, les « bonnes pratiques ».
De plus, il ne faut pas oublier que d’autres sciences nous sont utiles. Les neurosciences nous fournissent des apports éclairants et relativement nouveaux mais elles ne sont qu’une discipline qui étudie notre métier sous un angle, forcément partiel. Mais peuvent-elles, à elles seules, expliquer la complexité de notre travail et de l’acte d’apprendre ? L’élève n’est pas qu’un cerveau mais il est un individu social et qui apprend dans l’interaction. On notera d’ailleurs que certains travaux récents des neuroscientifiques s’intéressent aux vertus de la coopération dans les mécanismes de l’apprentissage.
L’un des risques de la mode des neurosciences est aussi de ne voir l’apprentissage et ses difficultés que sous le seul angle individuel. Et d’ignorer les conditions sociales de l’apprentissage. Neurologie et sociologie sont dans le même bateau, il ne faudrait pas que l’un des deux coule...
« Avancer à la lumière des sciences », l’Éducation Nouvelle en est convaincue depuis toujours mais à la condition que ce soient toutes les sciences et dans un dialogue fécond et mutuel entre les praticiens et les chercheurs, chacun se nourrissant des apports de l’autre.

Philippe Watrelot
Vendredi 3 novembre 2017


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Les billets consacrés à la Biennale internationale de l’éducation nouvelle
Billet n° 2 : Sciences et pédagogie
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jeudi, novembre 02, 2017

Vous avez dit “éducation nouvelle” ? #BIEN17


Du 2 au 5 novembre se tient à Poitiers la première biennale internationale de l’éducation nouvelle organisée par six mouvements et associations pédagogiques (CEMEA, Crap-Cahiers Pédagogiques, Fespi, ICEM-Pédagogie Freinet, FI-CEMEA et GFEN). Je vais évidemment participer à cet évènement qui va rassembler près de 250 personnes.
C’est pour moi une évidence tant cela correspond à mon histoire personnelle. J’ai milité aux Cemea pendant une vingtaine d’années (dès l’âge de 18 ans) et je suis devenu ensuite adhérent du CRAP-Cahiers Pédagogiques. Pendant ma présidence de cette association, j’ai contribué à entretenir et construire des réseaux avec les autres mouvements pédagogiques et associations complémentaires de l’école pour renforcer ce qui nous rassemble au delà des logiques d’appareils. C’est donc un courant de pensée qui se réunit à Poitiers et aussi un peu une famille qui se retrouve.
Je vais essayer durant ces quelques jours, dans la mesure du possible, de rendre compte des débats. Les tweets, pollués par les haineux et limités par les contraintes techniques ne me semblent pas le bon moyen de faire partager les travaux et mes réflexions. C’est donc le bon vieux format du billet de blog que je vais utiliser.
Avant même le début de ces rencontres, commençons par revenir sur cette expression curieuse d’«éducation nouvelle», son histoire, son présent et les défis à relever...


Une éducation pas si nouvelle.
Avec vous vu le très beau documentaire “Révolution école” ? Ce film de Joanna Grudzinska, basé sur de nombreuses archives inédites, retrace l’histoire de la  Ligue internationale de l’Éducation nouvelle durant l’entre deux-guerres.  Ces rassemblements internationaux rassemblent à l’époque des pédagogues et des pédagogies toujours bien connues aujourd’hui, Montessori, Steiner, Freinet, A.S. Neill (Sumerhill), Janusz Korczak...
Cliquez pour agrandir...
Ces personnes ne sont pas forcément toutes d’accord entre elles. On voit même apparaitre rapidement des débats qui sont toujours vifs aujourd’hui. Mais ils s'accordent dès 1921 sur une définition qu’il est utile de rappeler : « L’éducation nouvelle consiste à favoriser le développement aussi complet que possible des aptitudes de chaque personne, à la fois comme individu et comme membre d’une société régie par la solidarité. L’éducation est inséparable de l’évolution sociale; elle constitue une des formes qui la déterminent. Le but de l’éducation et ses méthodes doivent donc être constamment révisés, à mesure que la science et l’expérience accroissent notre connaissance de l’enfant, de l’homme et de la société . »
En fait, cette réflexion sur l’éducation commence dès la fin du 19ème siècle mais elle trouve une acuité plus importante après le traumatisme de la Première guerre mondiale (ce que montre très bien le documentaire “Révolution école”). C’est bien un projet politique qui s’exprime autour des idées d’émancipation, de coopération et de solidarité.
« L’éducation nouvelle prépare, chez l’enfant non seulement le futur citoyen capable de remplir ses devoirs envers ses proches et l’humanité dans son ensemble, mais aussi l’être humain conscient de sa dignité d’homme. » (principe du groupe français d’éducation nouvelle)
C’est aussi l’idée forte que chaque individu est éducable et capable si on lui en donne les moyens. Ce que résume très bien le premier des « principes qui guident notre action » formulé en 1957 par Gisèle de Failly, l’une des fondatrices des CEMEA : «Tout être humain peut se développer et même se transformer au cours de sa vie. Il en a le désir et les possibilités. » On retrouve aussi la même idée dans le slogan du GFEN « Tous capables » ou dans le postulat d’éducabilité formulé par Philippe Meirieu. Cela semble aujourd’hui une évidence ? Pas si sûr, à l’heure où le fatalisme social et l’idéologie des dons ou du mérite individuel fait un retour en force.
“Agir” c’était l’autocollant que j’avais mis à l’arrière de ma première voiture alors que j’étais animateur de centre de vacances et formateur (à l’époque on disait encore instructeur) aux CEMEA. C’était un des slogans de ce mouvement et j’en aimais la polysémie. D’abord évidemment parce que je me définis comme un militant ou un « activiste » en tout cas quelqu’un qui ne se résigne pas à un état de fait et qui cherche à faire advenir une situation meilleure. Mais aussi parce que l’activité est au cœur de la pédagogie nouvelle. L’enfant est un être social et il apprend par la coopération et la confrontation à des situations et des expériences personnelles et collectives. L’enjeu pour l’enseignant, l’éducateur, c’est de créer un « milieu », des dispositifs qui permettent de construire ces apprentissages. Faire apprendre plutôt que « transmettre ». Aujourd’hui encore, cela ne va pas de soi. La passivité, l’inculcation, l’ « école assise » pour reprendre une vieille expression, revêtent de nouveaux atours mais continuent à être la règle dans bon nombre de classes. 
Une autre caractéristique essentielle de l’éducation nouvelle c’est l’idée que l’éducation est globale. On envisage l’enfant dans toutes ses dimensions et pas seulement l’élève. L’éducation ne peut être seulement « scolaro-centrée ». C’est la raison pour laquelle, les associations complémentaires de l’école sont une partie importante de ce réseau et de ce courant de pensée. C’est pour cela que les centres de vacances et de loisirs, les activités péri-scolaires ou culturelles ont été investis par les militants de l’éducation nouvelle.


Des idées vivantes et menacées
Les mouvements d'éducation nouvelle ont donc une histoire. Mais ils ont aussi un présent. Mais le fait même que le qualificatif « nouveau » soit toujours utilisé pose question et montre bien que leurs valeurs restent précaires . Dans ces temps troublés où les repères habituels ne sont plus toujours pertinents, où le populisme éducatif se développe et où la « réforme » est vue comme une menace et la remise en cause d’un certain nombre d’acquis, les risques sont nombreux pour l’éducation nouvelle.

Le premier risque est de se transformer en une sorte de musée de la pédagogie ou de « réserve d’indiens ». C’est un réel danger qui est renforcé par les attaques contre les « pédagos ». On risque alors dans les mouvements pédagogiques de cultiver une sorte de repli et d’entre-soi rassurant pour se protéger. La pureté cultivée en circuit fermé conduit au complexe de l’assiégé et du « juste » avec parfois une forme d’arrogance. L’enjeu c’est celui de l’ouverture et de l’engagement dans le monde, dans la société. Le système éducatif a besoin des militants de l’éducation nouvelle partout où il est question de lutter contre l’échec scolaire, l’évaluation et la sélection précoces, l’activité sans but ni sens...  
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Comme le dit  le slogan du CRAP « changer l’école pour changer la société, changer la société pour changer l’école » on ne peut envisager l’un sans l’autre. Ce que dit aussi cette citation de Celestin Freinet : « Nous ne comprendrions pas que des camarades fassent de la pédagogie nouvelle sans se soucier des parties décisives qui se jouent à la porte de l’école ; mais nous ne comprenons pas davantage les éducateurs qui se passionnent, activement ou plus souvent passivement, hélas ! pour l’action militante, et restent dans leur classe de paisibles conservateurs, craignant la vie et l’élan, redoutant l’apparent désordre de la construction et de l’effort.» (Célestin Freinet, L’Éducateur prolétarien n° 1, oct. 1936)

L’autre danger est paradoxalement celui de l’établissement. Comme je l’ai déjà souligné dans des billets précédents, il y a vis-à-vis de la pédagogie « nouvelle », une sorte d’inversion des valeurs. Ce discours “pédago” qui était un discours de rébellion du temps de Freinet (obligé de quitter l’EN pour mener à bien son projet)  est devenu aujourd’hui un discours “officiel”. On peut considérer qu’il ne s’agit que d’une vulgate mal digérée et plaquée sur une structure qui reste bureaucratique et rigide mais il est clair que les mots et les concepts qui étaient ceux de l’éducation nouvelle sont aujourd’hui aussi ceux du ministère, de l’inspection, de l’OCDE… Et donc le pédagogue n’apparait plus comme le “rebelle” mais, aux yeux de certains, au contraire comme l’allié objectif du pouvoir.
Cela a pour effet que le conservateur peut se tailler à bon compte un costume de rebelle face à l’institution. Et cela fait malheureusement sens pour des enseignants qui ont toujours vécu leur métier comme un métier indépendant et individualiste et avec beaucoup de méfiance à l’égard de la hiérarchie.
L’enjeu c’est de conserver (ou de retrouver) cet esprit d’innovation et de rébellion tout en agissant aussi pour transformer l’école, ici et maintenant. La radicalité révolutionnaire peut aussi conduire à un splendide isolement évoqué plus haut.

Enfin, l’éducation nouvelle s’incarne aujourd’hui dans des mouvements et associations qui comme toutes les structures sont confrontés au manque de moyens, à des problèmes de subventions, de vente de leurs « produits », d’emplois etc. En d’autres termes, les problèmes de « boutique » et les logiques économiques peuvent l’emporter sur la nécessité du débat d’idées et la réflexion sur les pratiques. Pour avoir été président d’association, je peux témoigner que ce risque est grand que l’urgence l’emporte sur l’essentiel.
Il s’agit de se doter des moyens de l’autonomie financière (et donc aussi politique) pour éviter de tomber dans la course aux subventions et à une recherche de ressources chacun pour sa propre “boutique” qui fasse oublier la réflexion collective. A cet égard, il faut saluer cette initiative de créer une biennale qui montre que la réflexion pédagogique est bien vivante.



Des défis pour demain
Les mouvements d'éducation nouvelle ont donc une histoire. Ils ont un présent. Il faut aussi écrire leur avenir.
Gisèle de Failly, déjà citée, écrivait : « Les fondateurs de l'éducation nouvelle ont eu, dès l'origine, ce souci de souligner que leurs réflexions, les idées auxquelles ils aboutissaient étaient valables fondamentalement, mais qu'elles étaient non seulement susceptibles de progresser et de s'enrichir, mais qu'il était indispensable et inévitable qu'elles se transforment ».
La réflexion pédagogique ne peut se complaire dans le passé même si celui-ci est une boussole indispensable. Il lui faut tenir compte des évolutions actuelles.
Il ne s’agit pas ici pour moi, de préjuger de ce qui se dira durant cette biennale. Mais il me semble qu’il faut aujourd’hui répondre à un certain nombre de défis qui ne se posaient pas dans les mêmes termes il y a cent ans...

En premier lieu c’est la question de la lutte contre les inégalités qu’il faut sinon re-questionner du moins reformuler. C’est ce que nous invite à faire François Dubet dans un texte récent, qui me semble  un bon point de départ à la réflexion. Alors que le ministre actuel ne cesse d’évoquer pour le critiquer, l’ « égalitarisme » et semble privilégier une approche individuelle des inégalités au détriment de la prise en compte des inégalités sociales, il est important que nos mouvements se reconstituent une réflexion sur cette question.

Les neurosciences semblent être devenues aujourd’hui la nouvelle panacée et l’horizon indispensable de l’ « efficacité » pédagogique. L’éducation nouvelle s’est toujours appuyée sur les travaux de la recherche. D’ailleurs il est intéressant de constater que bon nombre de concepts mis en avant par les recherches récentes ne font que confirmer les intuitions des grands pédagogues. Comment intégrer ces nouveaux apports sans tomber dans le scientisme et en laissant le dernier mot aux praticiens pour mettre en œuvre une pédagogie qui n’oublie pas les autres sciences mais aussi les valeurs

J’ai beaucoup agi et écrit autour de la question de l’innovation. Je ne vais pas ici y revenir longuement. Mais cet aspect doit être lui aussi redéfini alors que le terme devient un repoussoir pour une bonne partie de l’opinion enseignante. Et cela, nous renvoie aussi à la définition du périmètre de cette innovation. Ce qui semble se développer aujourd’hui c’est tout un secteur privé qui prospère sur les lacunes et les difficultés du secteur public à se réformer. Cette question n’est pas neuve. Il faut rappeler que dès l’origine, une partie de l’éducation nouvelle s’est faite dans des écoles privées. Il faut donc clarifier nos positions sur la marchandisation de l’école sans anathèmes mais avec fermeté redire notre attachement à une école publique qui évolue au service de tous...


Philippe Watrelot

Le jeudi 2 novembre 2017

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Billet n° 2 : Sciences et pédagogie
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