dimanche, novembre 01, 2015

Twitter et les enseignants : du gazouillis aux dégueulis...


Les enseignants sont de plus en plus nombreux sur Twitter et sur les réseaux sociaux d’une manière générale. Mais la manière dont ces réseaux évoluent, les comportements et les idées qui s’y expriment ont  de quoi inquiéter. La séquence autour de la réforme du Collège qui n’en finit pas a exacerbé l’agressivité et donne une image inquiétante de notre profession. Les tweets (gazouillis en anglais) donnent une musique de moins en moins agréable...
Ce billet de blog est d’abord un sincère coup de gueule et un appel à la raison. Même si je crains qu’il soit, comme les autres, interprété avec malveillance, fasse l’objet de moqueries et ne convainque que les convaincus…


Gazouillis…
Image extraite du clip de Stromae “Carmen”…
Je me suis inscrit sur Twitter en avril 2009.  J’ai du y publier plus de 16 000 tweets et j’ai plus de 7500 abonnés. Pourtant aujourd’hui, j’y vais à reculons. Je n’aime plus Twitter. Je n’aime pas ce que ce réseau social est devenu.
Pour l’essentiel, ce que je fais sur Twitter comme sur Facebook et d’autres réseaux sociaux, c’est de la “veille” sur les sujets liés à l’éducation. Je mets des liens vers les articles, les billets de blogs,  que je peux lire,  que je trouve intéressants et qui peuvent susciter le débat. Pour résumer cela en une formule qui s’applique aussi à l’action des Cahiers Pédagogiques depuis leur création, il s’agit de  « donner à penser, donner à agir ». Cela veut dire aussi que le questionnement fait partie intégrante de la démarche. Il ne s’agit pas de donner le dogme d’une chapelle mais de permettre à chacun de se faire son opinion.
Bien sûr, je me sers aussi des réseaux sociaux comme d’une tribune. Je relaie les publications des Cahiers Pédagogiques et j’informe de mes propres publications sur mon blog ou d’autres sites.
Ce que j’ai apprécié sur les réseaux sociaux c’est que la dimension de mutualisation et d’échanges y est forte.  Peut-être devrais-je écrire “était” tant les choses ont changé au cours de cette dernière année et notamment depuis l’annonce de la  réforme du collège. Même si les dérives de l’Internet existaient bien avant et étaient déjà bien repérées.


Gribouillis…
Image extraite du clip de Stromae “Carmen”
J’avais créé dès le milieu des  années 90 une dizaine de listes de discussion professionnelles sur de nombreux sujets (SES, ECJS, TPE, etc.). Et j’ai créé un blog dès 2004. Et déjà en 2008, j’écrivais un billet qui avait pour titre « Débat sur l’École : Pourquoi tant de haine ? ». A l’époque, j’évoquais surtout les débats sur les forums et dans les commentaires des premiers blogs consacrés à l’éducation. Et je dénonçais déjà l’anonymat  de celui qui, tout seul derrière son clavier, s’autorise à être agressif. En m’appuyant sur ce qu’on pouvait observer des listes de discussion, je constatais que «  L’ “avantage” d’Internet c’est qu’il n’est pas nécessaire d’être nombreux pour parvenir à imposer cette intimidation. Il suffit qu’une ou deux personnes mal intentionnées se donnent la réplique et se fassent écho en inondant les commentaires d’un blog ou les listes pour donner l’illusion du nombre et dissuader ceux qui voudraient intervenir mais qui n’ont pas le goût ni le temps de la polémique de le faire.» J’ai aussi exprimé ma stupéfaction devant les dérives verbales qu’on pouvait trouver sur le forum néoprofs (malgré les tentatives de modération), ce qui m’avait valu une rancune tenace de certains des protagonistes.
Les dérives ne sont donc pas nouvelles. Et elles ne sont pas non plus spécifiques au monde de l’éducation. Il y a eu déjà de nombreux articles sur le phénomène des “haters” (les “haineux” ou “haïsseurs”…) qui occupent les réseaux sociaux et les commentaires des articles en y déversant leur bile et souvent aussi leur racisme. L’internet est devenu laid…
Le media qu’est Twitter avec sa forme spécifique n’a fait que renforcer cette dimension. Comment débattre, argumenter, nuancer, en 140 caractères ? La forme est propice à la punchline et au comportement de sniper pour reprendre des termes anglo-saxons. Autrement dit, c’est plus facile de faire une vanne, un bon mot, d’interpeller et de flinguer que de chercher à discuter. En tout cas, ce format ne permet pas la nuance.


Cafouillis…
Dans le domaine de l’Éducation, les échanges très virulents ne sont donc pas neufs mais ils ont pris une tout autre ampleur et ont même changé de nature avec la réforme du collège.
Lorsque la réforme a été présentée le 8 mars dernier, cela s’est fait dans une quasi-indifférence. Mais très vite le ton a monté et le débat a pris une ampleur inédite dans la Presse et dans les réseaux sociaux. J’ai essayé de rendre compte de cette longue séquence avec mon bloc-notes hebdomadaire de l’actualité éducative. Plusieurs éléments ont contribué à échauffer les esprits. D’abord la réforme elle même a été perçue par un certain nombre d’enseignants comme une remise en cause de leurs conditions de travail et de leur identité professionnelle. C’est particulièrement le cas pour les enseignants de Lettres Classiques qui se sont sentis menacés ainsi que les professeurs de langues vivantes. Mais plus globalement, c’est l’interdisciplinarité qui a été vue comme une soustraction des heures propres à chaque discipline et donc une dégradation des conditions de travail.
Sur le plan du dialogue social, à la fermeté du ministère lors des négociations a répondu  un départ des discussions de certains syndicats. Mais c’est surtout la publication du décret d’application le lendemain de la manifestation du 19 mai qui a été vécue comme une provocation. Le sentiment de ne pas être entendu a été entretenu au cours de ce début d’année avec des sondages montrant une hostilité des enseignants et de l’opinion à cette réforme. Les Unes catastrophistes du “Figarianne” et de “Valeurs du Point actuel” n’ont fait qu’accentuer encore les clivages.


Zizanie…
Il y a aussi une variable syndicale qu’il faut évoquer. Tous les syndicats n’ont pas envisagé les réseaux sociaux de la même manière et surtout avec la même rapidité. Le SE-UNSA par exemple avait inscrit très tôt dans ses résolutions de congrès la nécessité de s’investir dans les réseaux sociaux (Le CRAP-Cahiers Pédagogiques a aussi pris très tôt ce tournant numérique). Mais avec #college2016 on a vu débouler de nouveaux acteurs et en particulier le SNES qui est arrivé en force sur Twitter. Et pas toujours en en respectant les codes jusque là en vigueur (mutualisation, partage de liens,...). La vielle rancune entre ces deux syndicats (SNES et SE-UNSA issus d’une scission) n’a rien arrangé et a conduit à une surenchère réciproque.
Dans cette guérilla, il y a aussi l’enjeu du nombre et de la représentativité. Le vote au CSE sur le collège a été adopté à la majorité mais les syndicats opposés à la réforme considèrent qu’ils représentent quant à eux la majorité des enseignants. Et l’effet de loupe de Twitter où les pro-réforme étaient nombreux a agacé les opposants qui ont voulu bien maladroitement montrer qu’ils étaient eux aussi nombreux sur ce réseau social.
On retrouve aussi dans ces attaques permanentes les vieilles rengaines sur les permanents syndicaux qui ne seraient plus sur le « terrain » et seraient “hors-sol”. Pour remettre en contexte cette vieille accusation, que j’ai moi même subie, il est surprenant de l’entendre chez des syndicalistes car la fonction même d’un corps intermédiaire comme le sont les syndicats (ou les mouvements pédagogiques) est de recueillir et d’agréger les informations qui remontent des adhérents. A priori un représentant syndical ne représente pas que lui même ! Cela en dit long sur la représentation que l’on peut avoir de ces corps intermédiaires. Par ailleurs, si certains syndicats peuvent se permettre de préserver quelques heures de cours pour leurs permanents c’est parce que leur nombre de décharges est important (elles sont distribuées en fonction des résultats aux élections paritaires). D’autres organisations avec moins d’heures peuvent faire d’autres choix.
L’aspect syndical est complété par des postures politiques. Dans un contexte général de morosité et de radicalisation des positions, à la lecture de certains messages on ne sait plus bien si l’objet de cette exaspération est la réforme du collège ou plus largement la politique du gouvernement. Les deux se confondent. Comme souvent en France, on se préoccupe moins de ce qui est dit ou proposé que de qui le dit ou le propose. Avec ce prisme partisan, il semble inconcevable pour certains que les militants pédagogiques puissent se réjouir que des idées pour lesquelles ils militent depuis longtemps puissent être reprises dans un projet gouvernemental sans que cela fasse d’eux des “suppôts” du gouvernement.
Ce qui est vraiment déplorable avec ces zizanies syndicales et politiques et la surenchère qui en découle c’est qu’elle a interdit la nuance. Des deux côtés. Une opposition mesurée ou un soutien critique semblent aujourd’hui interdites. Et c’est bien dommage…


Embrouillaminis…
Très vite, le réseau a alors été utilisé pour interpeller systématiquement ceux qui étaient favorables à la réforme qui ont (à tort à mon avis, vues les conditions propres à Twitter décrites plus haut) tenté de répondre.
Une interpellation vécue souvent comme du harcèlement d’autant plus qu’elle a rapidement été accompagnée de moqueries et de caricatures. Chacun s’est très vite senti insulté et “méprisé”. “pédagogistes fous” ou “jaunes” ont été utilisés d’un côté. Je pense, qu’à l’inverse, l’emploi de termes tels que “conservateurs” (même s’ils peut sembler anodin) et a fortiori de “réactionnaires” ont été vus comme des insultes et des caricatures. L’accent mis sur l’aspect hétéroclite des opposants a été vu aussi comme un amalgame insultant.
Comme dans les cours de récréation où on accuse “c’est lui qui a commencé…” et où on dit qu’“on arrêtera quand les autres arrêteront”, il est tentant de jouer les arbitres.
Image extraite du Clip de Stromae “Carmen”
Il est délicat pour moi de jouer ce rôle. Il m’est arrivé, moi aussi, quelquefois de tomber dans le piège de l’escalade verbale. Et même mon bloc-notes où j’analysais la situation avec le prisme de la revue de presse a été vécu comme une agression et la posture d’un “donneur de leçons”... Ma présence dans la presse a fait aussi de moi, à mon corps défendant, avec quelques autres une sorte d’incarnation de la réforme. L’homme qu’on aime détester...
Ce qui n’est pas toujours facile à vivre et qui m’a permis de me rendre compte à ma petite échelle de ce que peuvent subir les personnages publics soumis aux “haters” et à la rudesse de ce qui n’est plus alors un débat.



Dégueulis…
Il y a quelques mois, cela m’a valu un “compte parodique” (je l’avais évoqué dans un de mes bloc-notes) où on se moquait de moi. Il s’agissait semble t-il d’une initiative individuelle. Ce compte a été fermé depuis. Mais, régulièrement, on peut voir des insultes ou des moqueries qui touchent des personnes qui publient sur Twitter : moqueries sur le nom ou sur ce qu’elles proposent,... Cela confine à une forme de mise au pilori.  A tel point qu’on peut se demander si avec de telles pratiques, il ne s’agit pas tout simplement de chercher à les faire taire…
L’argument de “l’humour” utilisé pour justifier ces pratiques trouve vite ses limites. Celui-ci s’applique d’abord à soi même. Ici on est plutôt dans l’ironie et le sarcasme. Et l’excuse du “c’était pour rire, t’as pas d’humour” évoque trop l’argument utilisé dans les bizutages, harcèlements et autres dérapages adolescents.
Car il faut bien le dire, tout cela rappelle ce qui se joue dans les cours de récréation et dans les réseaux sociaux entre jeunes. Sauf qu’ici on est avec des adultes supposés justement avoir, sinon un comportement exemplaire, du moins une action éducative auprès d’eux. Que penseraient nos élèves ? Quelle image donnons nous collectivement de la profession ?
Je sais bien que ce ne sont que des paroles mais pour des enseignants qui sont des gens du “verbe" et qui accordent de l'importance aux mots, toutes les barrières, toutes les auto-censures ont été franchies par certains.
Les mots sont importants. Lorsque certains (dont un ancien Recteur) parlent d’ « esprit de collaboration » à propos des “pro-réforme” et de “jaunes” pour qualifier ceux qui s’engageaient dans la formation, lorsque d’autres évoquent le “chômage” de telle ou telle catégorie d’enseignants, on se dit qu’on a perdu le sens des mots. De même, le fait d’être opposé à la réforme ne fait pas forcément de vous un "réactionnaire"..
Dernièrement on a vu aussi de nouveaux comportements apparaitre. Ainsi, lorsqu’une collègue a lancé une balise #EPIpartage afin de mutualiser des idées d’enseignements pratiques interdisciplinaires, cela a donné lieu à un niveau d’attaques jamais atteint jusque là avec un “humour” plus que douteux. “Mon corps me raconte une histoire” devient la biographie du pétomane... De même un enseignant a publié sur Twitter deux textes très critiques, l’un sur la collègue à l’origine d’#EPIpartage et l’autre à l’égard de Mila Saint Anne. Il utilise un procédé (déjà employé par Loys Bonod) de découpage systématique du texte et critique sur chaque point de phrase dans une intention extrêmement malveillante. Pour moi, qui ait déjà écrit que l’on devrait être capable de critiquer mutuellement nos travaux dans un esprit de “dispute” professionnelle, ces textes montrent exactement l’inverse de ce qu’il faudrait faire : on n’est pas dans le face à face et il n’y a aucune bienveillance et esprit constructif dans ces écrits.
Et ce qui est le plus inquiétant dans l'histoire c'est que cela va à l'encontre de la culture jusque là dominante dans les salles des profs. A savoir que par "esprit de corps" on ne remet pas en cause l'enseignement d'un(e) collègue. Critiquer était jusque là perçu comme étant de l'ordre de l'agression. Et cela était un dogme poussé jusqu'à l'extrême. A tel point que cela aboutissait quelquefois à défendre des situations très “limites” D'une manière générale, chez les enseignants et en particulier les plus conservateurs la “liberté pédagogique" est érigée en valeur voire en tabou. Mais cette liberté semble à géométrie variable car si elle est proclamée pour ceux qui ne veulent pas changer, elle est refusée à ceux qui innovent ou qui appliquent les textes !
Un mot aussi sur ce qui justifie ces débordements d'insultes et d'agressivité. “On” nous dit que c'est en réponse à une agression inverse de la part du ministère et de ses thuriféraires (les pédagos). Et que l'exaspération, la "colère", le "mépris" ressenti justifieraient tout.
Se sent méprisé, se sent injurié qui veut bien l’être. Aujourd’hui, dans un contexte de déclassement des enseignants et avec le sentiment de se sentir remis en question dans son identité, la crispation est forte. Et l’exaspération vient vite. Mais comme tout sentiment, l’agression, l’exaspération devraient être questionnées et relativisées. C’est aussi ce que l’on demande à nos élèves !
J'ai quelquefois utilisé l'expression d"'imaginaire prolétarien" qui agace beaucoup certains de mes lecteurs. Mais c'est malheureusement aussi cela qui me vient quand je lis certaines des  justifications dans les discours les plus “radicaux”. On semble, dans une sorte de scène fantasmée où des fonctionnaires de la classe moyenne “rejouent” la révolte des prolétaires face à un patronat qui opprime et des syndicats "jaunes” qui seraient à la botte de ce “patronat”. Et au nom de cette supposée oppression toutes les violences (verbales) seraient alors  acceptables ? De l’opposition normale à une réforme, on est passé à une sorte de délire intolérant...

Car ce qui est finalement le plus inquiétant pour le militant pédagogique que je suis, c’est la remise en cause très agressive des valeurs, des convictions et des pratiques qui sont les nôtres.
Les valeurs sont remises en cause. On a bien vu derrière le débat sur le collège que cela fait remonter à la surface des choses pas très claires. La critique de l'“égalitarisme”, il faudra qu'on m'explique mais si on gratte un peu ce que ça veut dire n'est pas très joli. Et dans bien des discours, l'élitisme n'est même plus affublé de l'adjectif "républicain"...
Il y a aussi la remise en cause des sciences de l'éducation et plus particulièrement du constructivisme. Il ne s'agit pas de dire que tout le monde était "converti" au constructivisme mais jusque là sa remise en cause était discrète et se situait surtout dans les pratiques mais peu au niveau du discours. Aujourd'hui, sur ce point aussi, des bornes sont franchies. Les méthodes actives, la démarche de projet, l'idée même que les élèves puissent être acteurs dans la construction du savoir tout cela est nié aujourd'hui dans les déclarations qu'on peut lire non seulement sur Twitter mais aussi sur des textes plus longs et plus structurés. C'est le retour des “fondamentaux”, de la défense du cours magistral, d'une pédagogie très linéaire et de la répétition comme principal moyen d'apprendre. Et cela n'est pas réservé à quelques “conservateurs” classiques mais se retrouve exprimé dans tout le spectre syndical. Non seulement on moque les “pédagogistes” car ils sont considérés comme des soutiens du ministère mais aussi et surtout parce qu'on considère que leurs pratiques et leurs théories sont “fumeuses”. Et cette intolérance va aujourd’hui au delà du débat d’idées pour se situer dans le registre de l’agression. Cela m'inquiète…


Bisounourseries…
J’ai utilisé des mots forts pour m’exprimer. En parlant de “dégueulis”, je succombe moi aussi à la provocation. Et je sais déjà que cela me vaudra en retour des attaques et des indignations où on criera au mépris et à l’insulte…
J’ai voulu dire que cette séquence sur le collège a révélé des tensions et des clivages qui sont très inquiétants. Je suis inquiet pour ma part d’une parole qui s’est libérée dans les réseaux sociaux et de sa violence implicite. Reste à savoir si elle peut se réduire et surtout si elle se limite à ce microcosme qu’est Twitter ou si elle peut se répandre dans les salles des profs.
Pour ma part, sur Twitter, j’essaye maintenant de m’astreindre à quelques règles. Je suis persuadé aujourd’hui que chercher à convaincre et même débattre en 140 caractères est une impasse. Les interpellations pratiquées par certains sur les articles que je signale ne servent à rien. Je connais leur désaccord et je les invite à publier des articles sur leurs blogs respectifs et à en signaler l’existence. Au départ, Twitter pour les enseignants servait à ça…
Je continuerai à me préserver en “bloquant” ceux qui m’interpellent de manière systématique et agressive.  Et tant pis si certains crient à la “censure”, comme je l’ai déjà écrit, je n’ai simplement pas envie d’interagir dans un tel climat.
J’espère aussi que les responsables syndicaux quels qu’ils soient vont comprendre que de tels agissements desservent plus qu’ils ne servent la cause qu’ils défendent. Et que l’image des enseignants n’a pas besoin de telles dérives.
Il faut prendre garde aussi à ne pas surestimer ce qui se passe sur les réseaux sociaux, il faut en effet se méfier de l’effet de lampadaire que Twitter génère alors que les journalistes et politiques sont très friands de cet espace. En intitulant mon texte ainsi je veux dire aussi que si le pire (le “dégueulis”) s’est développé, le meilleur continue à exister. Cela peut être encore un espace de partage d’informations et même de mutualisation.
Et surtout, (c’est le moment Bisounours…), je reste convaincu que, loin des discours, loin des clivages surjoués et entretenus, loin de cette atmosphère de guérilla permanente où l’on consacre beaucoup d’énergie à jouer les “GrainS de sable”, on peut trouver aussi dans les établissements de l’énergie positive pour élaborer ensemble, éventuellement critiquer de manière bienveillante et constructive. Et se donner collectivement du pouvoir d’agir.



Philippe Watrelot
Le 1er novembre 2015



Note : ce billet de blog est en chantier depuis une dizaine de jours. L’idée est bien antérieure à la parution de l’article de Christel Brigaudeau dans Le Parisien le 30 octobre intitulé Réforme des collèges : les profs s’étripent sur le Net”. La sortie de cet article m’a amené à retarder la publication de ce billet.



En complément : quelques liens




(Chapitre “marigot”)


Et puis, bien sûr, le formidable clip de la chanson “Carmen” de Stromae !

5 commentaires:

Jean-Charles Léon a dit…

Merci Philippe.
Avec toute mon affection et ma sympathie.

Bernard Collot a dit…

Depuis très longtemps, j'ai fait le même constat, mais il s'accentue depuis quelques années.
Il a un intérêt :-( : il fait émerger ce qu'est une pensée de masse, mais aussi que cette masse est de plus en plus fragile, se sent de plus en plus en danger avec des certitudes qui s'effritent et deviennent de plus en plus difficiles à croire. Ce d'autant que croît de façon exponentielle le nombre de celles et ceux qui démontrent la fatuité de ce à quoi ils se cramponnent.
A contrario, je dirais que c'est bon signe :-) :-) :-)

Didier Jodin a dit…

Merci de me citer.

En gros, ce n'est pas gentil de critiquer, et je suis bête et méchant.

C'est me faire trop d'honneur : je ne mérite pas une telle référence.

Pour l'affiche postée par le collègue, il faut apprendre à lire une image.
Le pétomane, ce n'est pas lui, et la dame au premier plan ne représente pas la responsable de l'EPI.
L'ensemble - ce type de spectacle à l'époque - n'est que l'illustration de ce que peut bien signifier la phrase "Mon corps me raconte une histoire".

Plus généralement, comprenez que critiquer les pédagogies absurdes, ce n'est pas se livrer à des attaques ad personam, c'est tenter d'éviter aux élèves le désastre d'une décérébration.

Watrelot a dit…

M. Jodin,
Vous lisez ce que vous voulez bien lire. Je ne dis pas qu'il ne faut pas critiquer mais simplement qu'on ne peut pas faire n'importe quoi et n'importe comment.
Merci de me faire la leçon sur l'affiche.
Quant à votre dernière phrase, il n'est nullement besoin d'y répondre tant ce que vous assénez est une parfaite illustration de ce que pointe mon texte.
PhW

rené chiche a dit…

Cher collègue,

Vous écrivez : « J’ai utilisé des mots forts pour m’exprimer. En parlant de “dégueulis”, je succombe moi aussi à la provocation. Et je sais déjà que cela me vaudra en retour des attaques et des indignations où on criera au mépris et à l’insulte… »

Loin de moi cette intention. Je constate en effet que vous avez cédé sinon succombé à la tentation de provoquer, comme à sa façon Luc Cedelle en « retwittant » votre propos. Et je vous avoue que je partage en réalité de très nombreux aspects de votre jugement sur ce média, dont les limites sont loin de se borner à celles des 140 caractères. Et c’est un sujet qui mérite là encore d’autres réflexions que je n’esquisserais pas ici car je ne suis pas non plus convaincu que ce blog s’y prête davantage.

En revanche, vous écrivez quelque chose qui m’intéresse beaucoup dans la mesure où cela fait écho avec une position que j’ai en commun avec Denis Kambouchner, bien que votre formulation ne soit pas à cet égard sans équivoque : car vous dites aspirer à la dispute (au sens ancien) ; et je préfère parler de discussion. Mais nous sommes je l’espère d’accord sur un point : le débat n’instruit pas. Il est cependant légitime, dans sa sphère, et ne concerne que les polémistes qui veulent y prendre part. Il m’arrive d’ailleurs d’y prendre part, étant donné l’urgence où nous jettent les réformateurs qui se plaignent non sans mauvaise foi des réactions parfois violente que leur politique suscite. La raison en est pourtant simple et évidente : la discussion n’a pas lieu, et n’a pas de lieu. Autrement dit les sciences de l’éducation ne s’offrent pas à la discussion, et tout se passe comme si ceux qui les pratiquent préféraient le débat (polémique forcément, stérile forcément, violent forcément) à la discussion scientifique et rigoureuse sans laquelle une théorie qui cherche à s’y dérober ne peut être dite à bon droit « scientifique ».

J’ai parcouru un texte publié récemment dans vos Cahiers pédagogiques sur l’excellence de l’interdisciplinarité : il est de part en part polémique et fort peu rigoureux. Pourtant, le sujet appelle une vraie discussion. Mais les Cahiers seraient-ils prêts à l’accueillir ? Je vous pose cette question car, après en avoir feuilleté quelques pages, il ne m’a pas semblé que cette revue soit vraiment pluraliste et ouverte à la discussion proprement dite, contrairement à la revue Scholè pour ne citer qu’elle, dont les textes sont d’une autre écriture, mais qui a aussi ses défauts. Bref, tant que la discussion ne pourra avoir lieu, le débat se poursuivra, et les transformations réelles auxquelles l’école est soumise plutôt pour le pire que le meilleur se poursuivront sans être analysées et même correctement décrites.

René Chiche – Professeur de philosophie

 
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