dimanche, juin 25, 2017

Bloc-Notes de la semaine du 19 au 25 Juin 2017





- En musique – des fables et pas de téléphone – Le mois de Blanquer – Bac, bugs et couacs – Butinages - .


Le mois de juin c’est un peu le mois du ministre de l’éducation. Avec le marronnier du bac, on l’invite partout et souvent il en profite pour évoquer d’autres sujets. Cette année, avec le changement de gouvernement, le rythme des annonces s’est encore accéléré. Attention ça chauffe, on ne peut plus suivre ! Entre la rentrée en musique, la distribution des fables de La Fontaine et les casiers pour les portables, il y a de quoi faire. Sans compter les autres dossiers qui se poursuivent : les rythmes, les CP à 12 élèves, le collège... A tel point qu’on en arriverait presque à oublier le Bac avec ses bugs et ses couacs...



En musique
« Je vous l’annonce, on fera la rentrée en musique dans un maximum d’endroits dès cette année, en mobilisant les élèves de l’année précédente ou des orchestres extérieurs.» Dans une interview accordée début juin au quotidien Le Parisien le ministre de l'Éducation nationale avait annoncé sa volonté de développer l'enseignement de la musique dans les collèges.
Malgré cette annonce du début du mois de juin, la circulaire allant dans ce sens et qui a été envoyée aux Recteurs et aux inspecteurs le 20 juin a d’abord été prise pour un faux lorsqu’elle a commencé à circuler sur les réseaux sociaux. Pourtant elle est bien réelle. Il s’agit de s’appuyer sur les chorales et autres orchestres pour accueillir en musique les nouveaux élèves afin de «marquer de manière positive le début de l'année dans les écoles, les collèges et les lycées.».
Beaucoup d’acteurs de l’école se sont étonnés qu’une telle proposition arrive le 20 juin alors que les lycées n’ont plus d’élèves, comme aussi beaucoup de collèges et que seules les écoles primaires travaillent encore. Comment dans ces condition préparer efficacement une telle opération ?
Et si on prenait, malgré tout, cette rentrée en musique au sérieux ? c’est ce que propose Mara Goyet dans son blog du Monde. A bien des égards pour des pédagogues convaincus, on peut penser que ce serait une bonne idée. L'enjeu c'est de travailler sur le climat scolaire et le sentiment d'appartenance à une collectivité. Des projets comme ceux là peuvent y aider. Les rituels d'entrée que beaucoup d'entre nous pratiquent à l'échelle de leur classe, peuvent être élargis au niveau d'un établissement. Accueillir les nouveaux, partager un projet commun avec une dimension culturelle, travailler sur le sensible et l'artistique, on peut trouver des aspects positifs à cette" proposition"...
Sauf que ce n'est pas présenté comme une "proposition" mais que ça ressemble furieusement à une injonction ministérielle...! Ce qui a fait penser à un canular lorsque la lettre a circulé c'est que celle ci apparaissait tellement en contradiction avec les premières déclarations du ministre. Celui-ci parlait à l'époque d'en finir avec la verticalité, de laisser l'initiative aux établissements et aux équipes. Il déclarait qu'il n'y aurait pas de "réforme Blanquer" et qu'il en était fier... De même, il clamait son attachement aux expérimentations et à l'évaluation. Mais très vite les défauts de la gouvernance "à la française" qui fonctionne sur le fantasme qu'il suffit de dire pour faire et que ce qui est décidé en haut redescend impeccablement jusqu'au plus petit échelon (même le 20 juin !) a repris le dessus. On s'est aussi très vite empressé de "détricoter" les dispositifs précédents au nom d'une "autonomie" mal pensée et qui oublie la dimension du temps de l'appropriation et du travail collectif.
Finalement, cette "rentrée en musique" n'était pas un canular et aurait pu même être une bonne idée. En revanche ce qui est de plus en plus un canular, c'est de croire qu'on peut continuer à gouverner l'éducation nationale ainsi...


Un livre mais pas de téléphone
On est passé de Ctrl-Z à Ctrl-C et Ctrl-V...
Jean-Michel Blanquer fait maintenant du copier-coller.
Le Ministre a annoncé sur France 2 nous dit Le Parisien que les 150 000 élèves de CM2 allaient recevoir un exemplaire des Fables de la Fontaine. «C’est une incitation à la lecture. Avec la ministre de la Culture, on veut beaucoup travailler sur la question du livre. La lecture, c’est fondamental», a expliqué Jean-Michel Blanquer..
La distribution des fables de La Fontaine est en fait le retour de l'opération "Un livre pour les vacances", initiée en 2010 par Luc Chatel (et son Dgesco de l'époque, un certain JM Blanquer). On peut même faire un petit exercice en comparant le dispositif de 2017 avec la présentation de la circulaire de 2017 avec la description de l'opération de 2010 .
Des livres, mais pas de portable...
Les téléphones portables seront-ils interdits au collège, comme le candidat Emmanuel Macron s'y était engagé pendant la campagne présidentielle ? «Tout ce qui a été dit doit être accompli », a répondu, vendredi 23 juin, le ministre de l'Education nationale dans une interview sur France 2 . «Il y a un problème, il faut le regarder en face» a-t-il estimé, jugeant qu'il fallait «prendre des mesures pratiques». «Par exemple, a-t-il expliqué, en Conseil des ministres, il y a un casier. On y met son téléphone portable, et ensuite, on rentre en Conseil des ministres, de sorte qu'on n'est pas interrompu. Ce qui est possible en Conseil des ministres doit être possible en classe.».


Le mois de Blanquer
De toutes façons, le mois de juin c’est un peu le mois du ministre de l’Éducation. Il y a donc un effet de projecteur et Jean-Michel Blanquer se saisit de cette attention des médias à son encontre. Cela peut aussi donner le sentiment d’une sur-activité avec ces nouvelles déclarations alors que les autres dossiers se poursuivent.
Mais avant d’évoquer ces dossiers en cours, arrêtons nous sur le dernier portrait en date du Ministre. Celui-ci est en Une du Point avec ce titre «Blanquer : l’homme qui veut arrêter les bêtises»
Et le magazine, précise qu’il «rompt avec le pédagogisme qui a démoli l'école». Dans ce portrait très élogieux du magazine (où le nouveau ministre a tenu une chronique pendant ces dernières années) , on trouvera un paragraphe  qui ne manquera pas d’être commenté au regard des mesures précédentes (et futures ?) : «« Désengoncer ». Pour lui et pour l'école, Jean-Michel Blanquer a un idéal : une conception du pouvoir fondée sur le « pouvoir faire », selon son expression. Aux recteurs d'académie qu'il a accueillis au ministère peu de temps après s'y être installé, il a donné le ton : « Plus je vous donnerai de pouvoir, plus j'en aurai ! » Les esprits taquins ne manqueront pas de déceler dans cette formule une tentation hégémonique typiquement macronienne, les plus tendres y verront au contraire le souhait de « libérer les énergies ». « Il faut "désengoncer" pour créer, il faut que les professeurs n'aient pas le sentiment que l'école est une chape de plomb », scande pour sa part Blanquer. Le ministre se désole également de constater que « les élèves de France sont parmi ceux qui ont le moins confiance en eux-mêmes », ce qu'il considère comme une « sorte de thermomètre de la situation générale ». Quels moyens pour y remédier ? Un « cercle vertueux » fondé sur une confiance en cascade : « Ce que j'essaie d'enclencher, c'est que l'institution ait confiance en ses recteurs, ses inspecteurs, ses professeurs, et que les professeurs fassent confiance à l'institution, les chefs d'établissement à leurs professeurs, et qu'au bout de la chaîne les élèves aient confiance en eux-mêmes. Cela irradie la question du pouvoir. Cela commence par le cabinet, vous devez être une équipe respectueuse, que chacun soit humble, poli avec ceux avec qui il travaille. Je crois beaucoup à l'exemplarité, la façon d'être de la tête a un impact sur tout le reste. Et tout se conjugue dans les différents aspects, y compris pédagogiques : c'est-à-dire que mon objectif n'est pas de régler tout ce qui va se passer, comme du temps de Jules Ferry, quand tout le monde faisait la même dictée à la même heure, mais que tout le monde maîtrise l'orthographe. Mon but est que les chemins soient trouvés par le génie de chacun dans l'ensemble du système. » Bref, « créer l'école de la confiance pour une société de confiance, c'est la clé du bonheur » ! Cela commencera dès la rentrée prochaine. Convaincu que la musique joue un rôle majeur dans l'épanouissement intime mais aussi collectif, Blanquer, main dans la main avec la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, a sollicité les orchestres et les chorales pour une rentrée des classes en musique. Quant à la forme que doit prendre son propre pouvoir de ministre ? « Je crois à quelque chose de profond derrière l'idée de "en même temps" : dignifier la fonction tout en étant capable de contact et de simplicité. » Décidément macronien.».
Après ce dossier du Point, le Ministre pourra aussi mettre à son crédit ( ?) les déclarations d’Alain Finkielkraut qui se réjouissait sur France Inter le 22 juin : «Parmi les bonnes surprises, la nomination de JM Blanquer à l'éducation nationale».

Venons en maintenant aux dossiers en cours. On peut s’aider d’une dépêche AFP qui recense les principaux changements à la rentrée : CP à 12, réforme de la réforme du collège, semaine de quatre jours... Tout cela ne se passe pas sans heurts et difficultés.
Rappelons d’abord que l’arrêté sur le Collège est paru au Bulletin Officiel de l’Éducation Nationale . Mais les établissements risquent d’avoir du mal à ajuster leurs répartitions horaires et d’être confrontés à d’âpres négociations entre les différentes disciplines.
Aurélie Collas dans dans Le Monde rappelle que le passage à 12 élèves pour les classes de CP se fait à marche forcée et au détriment des « maîtres + ». Selon cet article, l’application, dès la rentrée, de cette promesse de campagne du candidat Macron tourne au casse-tête.
Quant aux rythmes scolaires, le décret n’est toujours pas paru alors que la rentrée approche et que des informations contradictoires jettent le trouble dans les communes. Sur le fond du débat, je signale deux textes. D’abord une interview de Claire Leconte dans La Montagne où la chronobiologiste plaide pour une semaine de six jours d’école. Et puis, un argumentaire très rigoureux d’un parent d’élève contre la semaine de quatre jours à lire dans Les Cahiers Pédagogiques


Bac, bugs et couacs
Depuis le début de cette session, pas un jour ne passe sans qu’une alerte soit lancée sur les réseaux sociaux, avant d’être confirmée… ou pas. Alerte à la « fuite », alerte aux sujets de secours, alerte aux questions qui s’échangent – et parfois même se monnaient – sur Twitter, alerte à la distribution de copies hasardeuse ou retardée, alerte à la question jugée inattendue ou mal posée… Le pire étant ce qui est arrivé aux élèves de STMG qui ont été obligés de repasser l’épreuve d’Espagnol LV1 car le sujet avait déjà été donné à la session de septembre 2016
Plusieurs articles, dans Le Monde ou sur BFMtv reviennent sur ces couacs à répétition. Sont-ils plus nombreux ? La direction générale de l’enseignement scolaire (Dgesco) a dénombré le recours à six sujets de secours pour les trois baccalauréats – général, technologique et professionnel – en 2017, contre onze durant la session 2016. Concernant les rectificatifs réalisés en cours d’épreuve par l’inspection générale – suite à une incompréhension ou à l’inexactitude d’un intitulé –, ce sont quinze ajustements qui ont dû avoir lieu, contre vingt-trois en 2016.

Mais en dehors de ces couacs, le débat se poursuit sur l’épreuve elle même. On pourra lire dans L’Obs un article qui tente de faire le point sur les arguments en faveur d'une évolution du bac. Pour les proviseurs du SNPDEN, qui donnaient une conférence de presse cette semaine, «le bac ne sert à rien» peut-on lire dans Les Échos . Le principal syndicat des chefs d'établissement réclame à sa place deux évaluations, dont un examen d'entrée dans le supérieur.

Le Figaro pose aussi la question de l’utilité du Brevet. On peut faire remarquer à cette occasion qu’il serait alors utile d’éviter les empilements dont l’éducation nationale a le secret. Il faudrait aussi qu’on s'interroge si ce qu'on évalue au DNB (le petit nom du brevet) est vraiment ce qu'il faut savoir à 15 ans. De ce point de vue, il existe un outil, qui s'appelle le Socle, mais curieusement, il n'est utilisé, pour le moment, que pour obliger les profs de collège à remplir des formulaires interminables (que personne ne lira). A quand un DNB qui serve vraiment à évaluer le Socle ?


Butinages
Finissons avec quelques conseils de lectures glanées au fil de la semaine.

Olivier Maulini dans Les Cahiers Pédagogiques propose une réflexion sur l’autonomie des établissements ; Sonne-t-elle le glas de l’unité nationale, ou au contraire celui d’une égalité de façade enfin démasquée ? Libère-t-elle d’un carcan archaïque, ou en organise-t-elle plutôt un autre, habilement managé, plus contraignant parce que plus rusé ? Olivier Maulini suit cette piste dans la situation française actuelle, à la fois conditionnée par son héritage jacobin et soumise au devoir de participation contemporain.

Ne vous laissez pas abuser par le titre survendu de cet article du Huffington Post qui parle de « cours d’attention» proposés à la rentrée... En fait, il s’agit d’un dispositif qui n’est pas obligatoire et dont le contenu est intéressant.
Ce programme s'appelle Atole pour "Attentif à l'école". Il a été mis en place par Jean-Philippe Lachaux, chercheur en neurosciences de l'attention au Centre de recherche de Lyon. « On amène d'abord les enfants à comprendre comment leur attention fonctionne de l'intérieur, explique le scientifique au HuffPost. C'est un phénomène biologique soumis à des lois. On leur apprend à reconnaître ce qui les distrait et à réagir pour se concentrer à nouveau. «Il faut concevoir Atole comme un nouvel outil dans la palette pédagogique du professeur, précise le chercheur. Pour que chacun ressente à quel point c'est agréable de n'avoir qu'une chose à faire, sans se poser de question.».

Finissons avec une nouvelle très inquiétante. On vient d’apprendre que la théorie de l’évolution ne serait plus enseignée dans le secondaire en Turquie. Dernièrement, le vice-premier ministre Numan Kurtulmus avait jugé que les travaux de Darwin étaient « vieux et mauvais » et qu’il n’était pas indispensable de les enseigner. C’est aujourd’hui le chef du comité sur les programmes scolaires au sein du ministère de l'Éducation turc qui considère la théorie comme "controversée et trop compliquée". Dès 2019, le darwinisme quittera donc les manuels du secondaire (collège et lycée) et ne sera abordé que dans l'enseignement supérieur. Le progrès est en marche...

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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