dimanche, avril 30, 2017

Bloc-Notes de la semaine du 24 au 30 avril 2017





- L’École bleu marine – l’École en marche – Appels- Perdir – Butinages – .



Un bloc notes essentiellement politique, mais pas que...
Et si, avant d’évoquer les appels à “faire barrage”, on commençait par (re)parler d’éducation dans cette campagne? On analysera successivement le programme de Marine Le Pen puis celui d’Emmanuel Macron.
Puis on consacrera un passage du bloc-notes aux appels au vote qui se sont multipliés aussi dans le monde de l’éducation. On évoquera également la situation des perdir avant de finir par quelques conseils de lecture.




L’École bleu marine
Commençons par le programme de Marine Le Pen. J’avais proposé il y a quelques semaines une analyse avec un billet de blog dans une série sur les programmes éducation des candidats. Pour approfondir, il faut aller aux sources. Il y a bien sûr les les “144 engagements de Marine le Pen. Mais ceux-ci ne dévoilent pas tout. Il faut aussi regarder du côté des propositions pour l’école du collectif Racine (le collectif dédié à l’École dans la galaxie Mariniste). On peut aussi visionner l’interview (vidéo) d’Alain Avello par SOS éducation. Celui-ci est le président du collectif Racine et le conseiller de la candidate. La vidéo fait une vingtaine de minutes mais c’est édifiant.
On pourra trouver une analyse assez détaillée des projets de Marine Le Pen pour l’éducation dans Libération. La journaliste Marie Piquemal a interviewé longuement Alain Avello et repris toutes les sources citées plus haut. On a aussi une analyse assez pointue dans un comparatif paru proposé par l’AFP où le même Avello est confronté à deux responsables du programme éducation de En Marche.
Le programme de Marine Le Pen, selon son conseiller, passe par la priorité aux fameux “fondamentaux”. En primaire 50% du temps d’enseignement devrait être consacré au français. Et cela suppose des réductions pour les autres matières et en particulier l’apprentissage d’une langue étrangère (au primaire). Il y a bien sûr aussi l’inévitable couplet sur le “rétablissement de l’autorité” par le recours à l’uniforme et un renforcement des sanctions. A. Avello évoque notamment l’éloignement des élèves perturbateurs de leur établissement d’origine, en les inscrivant dans des internats à «environ 80 kilomètres», avance-t-il. On trouve aussi une attaque contre la pédagogie : «Il faut centrer la formation sur les savoirs disciplinaires seulement, et ne plus enseigner la pédagogie. Cela est un non-sens qui fait perdre du temps à tout le monde, car la pédagogie n’est pas une science. C’est un art.» . Il évoque aussi la création d’une nouvelle discipline (qui remplacerait la philo en techno et l’EMC). Elle s’appellerait «civisme et droit», avec un Capes dédié, et un enseignement dispensé dès le primaire et jusqu’en terminale, avec trois heures hebdomadaires. Et un objectif : «Il faut donner aux élèves des raisons d’aimer la France, il faut que l’école remplisse son rôle d’"assimilatrice".». L’article de Libération évoque aussi la question de l’autonomie. Pour le FN, l’égalité des chances passe d’abord par le moins d’autonomie possible. Dans le viseur : la liberté pédagogique des enseignants. «Au titre de l’égalité, il faut que les contenus soient les mêmes partout.» affirme le conseiller éducation. Il cite l’apprentissage de la lecture en guise d’exemple. «La méthode syllabique doit être la norme dans toutes les classes de CP, même si à la marge, on pourrait laisser l’enseignant compléter en utilisant d’autres méthodes.». On évoque aussi la “revalorisation” du baccalauréat et la sélection à l’entrée du baccalauréat. Enfin, et surtout, il y a la fin du collège unique et l’orientation précoce dès quatorze ans.

Outre le programme, on peut signaler aussi l’appel de Jean-Paul Brighelli à voter pour Marine Le Pen. Rappelons qu’il était déjà conseiller éducation de “debout la France”, le parti de Nicolas Dupont-Aignan. Il y a donc une logique et un parcours que l’on pouvait pressentir depuis plusieurs années...


L’École en Marche
Le programme éducation d’Emmanuel Macron a été analysé avec la même attention. On peut signaler mon propre billet de blog ou celui de Jean-Michel Zakhartchouk . On trouvera aussi une autre analyse dans le Café Pédagogique et un résumé dans VousNousIls . Libération a procédé de la même manière que pour Marine Le Pen et décrypte, point par point, les mesures du programme du candidat d'En marche en matière d'éducation en interrogeant les porteurs de ce projet.
Comme l'indique l'article, il est difficile de connaitre les noms des responsables de l'équipe éducation d'Emmanuel Macron. Ceux-ci mettent en avant le fait qu'ils seraient "en poste" (et pas seulement "en marche" ...). L’article présente une personne : Fanny Anor, Prof d’histoire-géo en détachement qui était jusqu’à peu salariée de l’Institut Montaigne. Dans un autre article proposé par l’AFP sur le site du Point , une deuxième personne se dévoile. Il s’agit d’Anousheh Karvar, ex-trésorière de la CFDT et directrice du cabinet de Myriam El Khomri, présentée ici comme la responsable Education d'En Marche. Puisqu’on en est à parler des personnes, quelques noms circulent pour le poste de ministre. On évoque celui de Benoist Apparu ou de Philippe Meirieu (mais c’est une rumeur lancée par Brighelli). On peut se dire aussi que l’ancien Recteur (et dir’cab de Peillon), Pierre-Yves Duwoye qui déploie sa réflexion sur son blog pourrait être candidat. Et puisqu’on en est au petit jeu des pronostics, on pourrait aussi considérer que Laurent Bigorgne, qui dirige l’institut Montaigne pourrait être intéressé. Enfin, on notera une tribune de François de Rugy dans le Huffington Post qui développe les principaux axes de ce programme éducation.
Comment qualifier ce programme ? Jean-Michel Zakhartchouk parle de «promesses et zones d’ombre». Dans mon propre billet de blog le titre joue sur les mots (normal...) en parlant d’ «En marche, un pas en avant, un pas en arrière». Sur le site VousNousIls , le syndicat SNES-FSU regrette un “programme pas assez détaillé”, et quelques “méconnaissances du système éducatif”. François Jarraud dans le Café Pédagogique résume le programme en deux mots : «Autonomie et solidarité».
En ce qui concerne le 1er terme, Emmanuel Macron, parle alternativement de «donner l’initiative», de «plus d’autonomie» ou encore de «stimuler l’innovation» des acteurs de terrain. Cela signifie d’abord une plus grande latitude laissée aux établissements (et à leurs chefs) et un pilotage par l’évaluation. Mais pour Libération cela voudrait dire aussi le choix d’appliquer ou non les réformes en vigueur. A l’école, la réforme des rythmes scolaires ne sera plus obligatoire. Un décret, publiable dès cet été, doit redonner le choix aux communes, après concertation avec les écoles. Au collège, la réforme ne serait pas abrogée en tant que telle mais pour les 20% dégagés dans l’emploi du temps des élèves pour les enseignements interdisciplinaires (les fameux EPI), chaque établissement pourrait décider de ce qu’il en fait: continuer les EPI, ou remettre en place des parcours bilingues (deux langues vivantes dès la sixième), ou bien des enseignements de langues anciennes. La décision serait prise par le conseil d’administration de l’établissement. Au lycée, l’équipe Macron envisage aussi de laisser les équipes appliquer ou pas l’accompagnement personnalisé et les enseignements d’exploration, mis en place par la réforme Chatel de 2010. Ce qui est très inquiétant pour les SES, au passage...
Sur France Tv Info on revient sur l’autre aspect emblématique du programme. Pour lutter contre l'échec et les inégalités scolaires, Emmanuel Macron propose que les classes de CP et de CE1 des écoles en zone prioritaire soient limitées à 12 élèves. Le financement de la mesure, qui nécessiterait l'embauche de 4 000 à 5 000 nouveaux professeurs des écoles, est encore flou, mais passerait par l'économie de "centaines de millions d'euros" sur l'organisation du baccalauréat. Les syndicats d'enseignants sont séduits par cette promesse, mais ont encore des doutes sur sa faisabilité. Ils refusent notamment que son financement passe par l'augmentation des effectifs d'élèves ailleurs, ou par le sacrifice d'autres dispositifs éducatifs présents dans les zones prioritaires. Autre question pratique que pose cette mesure: les locaux. La construction et l’entretien des écoles sont du ressort des communes. Si certaines écoles ont des salles en rab, beaucoup sont étriquées. Dédoubler une classe suppose deux salles. «Nous avons préparé une enveloppe de 200 millions d’euros pour aider les communes, précise Fanny Anor pour Libération . Le temps des travaux, quand il n’y aura pas de solution, deux enseignants feront classe dans la même salle.»
Dans Ouest France on trouvera des précisions sur le baccalauréat qu’Emmanuel Macron veut simplifier en ne faisant que quatre épreuves terminale (le reste en Contrôle en Cours de Formation) alors que Marine Le Pen souhaite surtout renforcer la sélectivité de cet examen.
On trouvera aussi un comparatif dans Le Figaro-Étudiant et un autre sur BFMTv . Quoi qu’il en soit, on voit bien que dans les deux cas, comme VousNousIls nous le rappelle, les réformes mises en place par Najat Vallaud-Belkacem risquent d’être détricotées ou abrogées lors du prochain quinquennat.

Appels
Les appels à faire barrage à Marine Le Pen se multiplient dans l’éducation et l’enseignement supérieur nous dit Le Monde . Sur le site des Cahiers Pédagogiques on pourra trouver le communiqué du CRAP-Cahiers Pédagogiques, bien sûr, mais aussi celui du Collectif des associations partenaires de l’École (CAPE) ainsi que de l’ESPER qui représente quarante-cinq organisations agissant dans le champ de l’éducation (mutuelles, associations, coopératives et syndicats). . Certaines des associations, rassemblées dans ces collectifs, ont également produit des communiqués spécifiques. C’est le cas des Francas , de l’AFEV , de la FCPE et de sûrement bien d’autres qui me pardonneront de ne pas avoir vu leurs communiqués.
Les syndicats, eux aussi s’expriment clairement et appellent à voter contre Marine Le Pen. On pourra lire les communiqués et prises de position de l’UNSA , la CFDT , du SNUipp-FSU , du SNES-FSU . Des présidents d’université se sont aussi prononcés clairement contre le FN. C’est le cas de Yves Jean, le président de l’université de Poitiers qui a envoyé un courriel aux 26 000 étudiants et 3000 personnels de l'Université de Poitiers pour défendre «les valeurs et traditions universitaires au sein desquelles la tolérance occupe une place essentielle». Frédéric Dardel,le président de Paris V a fait de même. « En vous adressant ce message très personnel et inhabituel pour moi, j’abuse de mes prérogatives de Président », écrit-il dans ce mail à destination de toute l'université René Descartes à Paris. Selon lui, «l’enjeu pour l’existence même de l’esprit universitaire est tel que je suis obligé de franchir cette limite». Il insiste sur un point : «aujourd'hui, avec plus de sept millions de suffrages récoltés au premier tour et des conditions de report de voix et d’abstention tout à fait incertaines, je suis inquiet, je suis même très inquiet.»
Cette inquiétude, on la retrouve aussi chez Gérard Aschiéri, ancien responsable de la FSU et aujourd’hui membre du CESE. D’abord publiée sur son compte Facebook, cette prise de position est devenue une tribune sur le site d’Alternatives Économiques. Il appelle chacun à “réfléchir à ses responsabilités ”. Il rappelle, s’il en était besoin, l’enjeu. “Dans notre système d’aujourd’hui l’abstention, le vote nul ou blanc ne sont pas neutres : ils favorisent nécessairement un camp et le risque est réel que ce camp soit celui du FN. Je lis ici et là des militants engagés qui disent qu’ils ne s’imaginent pas mettre un tel bulletin dans l’urne. Je peux les entendre, mais je leur demande simplement s’ils peuvent s’imaginer se réveiller le 8 mai avec une France où Marine Le Pen serait présidente.” et il conclut par ces mots : “Les choix de chacun sont libres, mais cette liberté oblige en même temps chacun à réfléchir à ses responsabilités.
On peut aussi le dire autrement avec cette citation : « Quelle conscience de gauche peut accepter de compter sur le voisin pour sauvegarder l'essentiel parce que l'effort lui paraît indigne de soi ? » (Cherchez l'auteur, et la date...)


Perdir
Les perdir ont beaucoup à dire...
Les “perdir” dans le jargon administratif de l’EN, ce sont les personnels de direction. Sentiment de baisse continue du niveau des élèves, relations tendues avec les parents, saturation face aux injonctions venues du sommet... Dans les collèges et lycées, jamais le moral des personnels de direction de l'Éducation nationale n'a été aussi bas, si l'on en croit les premiers résultats d'une enquête menée par Georges Fotinos et dont on peut trouver des éléments sur VousNousIls et Le Figaro . Cet ancien chargé de mission de l'inspection générale, a fait de cette question sa spécialité, depuis une première enquête en 2003 sur ce sujet soigneusement laissé de côté par l'Éducation nationale. Il a présenté ce 25 avril des données comparables sur 15 ans.
Parmi les perdir, selon cette enquête menée sur un panel de 3000 principaux de collège et proviseurs de lycée 14,4% seraient au stade de burn-out clinique, nécessitant des soins et pas seulement une modification de leurs conditions de travail.


Butinages
Pour finir, comme d’habitude, quelques lectures butinées au cours de ma veille sur Internet.

Je vous conseille d’aller lire les 15 mesures pour réformer le collège proposées par des collégiens dans un atelier animé par Mara Goyet et présentées sur le blog “Alchimie du Collège” . Vous serez impressionnés par la pertinence de certaines de ces propositions.

Dans Le Monde du 28 avril, une interview du sociologue Olivier Galland mérite d’être lue. Il délivre son analyse sur les attitudes politiques des jeunes à l’entrée de la vie professionnelle. Mais il parle aussi du système éducatif en ces termes : «Concernant l’école, on le sait, les destins scolaires se jouent très tôt. D’où l’importance de mettre l’accent sur le primaire, sous-doté, et les apprentissages fondamentaux. La scolarisation précoce peut également être une piste. On doit porter plus d’attention à la qualité de l’enseignement. La réussite des élèves en dépend : c’est une évidence mais on ne s’en est pas assez préoccupé. La formation pédagogique a été trop longtemps laissée à l’abandon en France. L’affectation des professeurs, centralisée et liée à l’ancienneté, est un non-sens. »
Et il poursuit« Par ailleurs, l’enseignement en France est encore très académique, peu adapté aux jeunes de milieux sociaux avec des déficits culturels. Il ne s’agit pas de leur fournir un enseignement au rabais mais un peu plus en prise avec la société réelle. Enfin, une plus grande individualisation renforcerait la transmission des connaissances. Les jeunes n’entrent pas avec la même égalité des chances dans le système scolaire or l’école ne les réduit absolument pas. Mais cela rentre en contradiction avec le modèle égalitariste à la française. La centralisation et la bureaucratisation de l’éducation nationale sont peu adaptées à ces défis. Sans compter des syndicats enseignants souvent opposés aux réformes, comme on a pu le voir avec celle initiée par Najat Vallaud-Belkacem. La culture française reste très élitiste. L’école française sait très bien sélectionner les meilleurs. En revanche, faire réussir le plus grand nombre n’est malheureusement pas une obsession politique. »

Finissons avec un peu d’autopromotion. Il y a une semaine est paru le Hors-Série numérique n° 46 des Cahiers Pédagogiques intitulé « Antidotes ». Ce dossier gratuit rassemble 25 textes publiés sur le site de la revue pour déconstruire et combattre les mensonges et idées reçues sur l’École. Ceux ci ne sont pas présents que durant les périodes électorales !
Je vous encourage donc vivement à télécharger et conserver ce numéro où vous retrouverez des textes écrits par : Florence Castincaud - Catherine Chabrun - Grégory Chambat - Sylvain Connac - Jacques Crinon - Bernard Desclaux - Michel Develay - François Dubet - Marie Duru-Bellat - Hervé Hamon- Roger-François Gauthier- Michel Guillou - Claude Lelièvre - Françoise Lorcerie - Philippe Meirieu - Yannick Mevel - Pierre Merle - Liliana Moyano - Patrick Rayou - Yves Reuter - Bruno Robbes - Philippe Watrelot - Jean-Michel Zakhartchouk. Et en prime, une introduction intitulée 67 millions de spécialistes de l’École.

Bonne lecture et Bon vote ! (il n’y aura pas de bloc-notes le week-end prochain)



Philippe Watrelot

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