dimanche, février 26, 2017

Bloc-Notes de de la semaine du 20 au 26 février 2017


- Vote enseignant – Part du catho – Mixité/égalité – Bilans - Butinages - .



Retour du bloc notes après une pause liée aux vacances (et à une surcharge de travail). L’actualité éducative a repris elle aussi, un peu de vigueur. On évoquera successivement la question du vote enseignant, l’éternelle question de l’enseignement privé, la mixité et le poids des stéréotypes de genre (autre sujet éternel). On verra que la période est propice aux bilans dans tous les domaines. Et on finira par quelques conseils de lecture.


Y a t-il un vote enseignant ?
Le dimanche 23 avril, ce sera le premier tour de l’élection présidentielle. Le deuxième tour aura lieu le 7 mai. Ça se rapproche…
Et dans cette période inédite et marquée par de nombreux rebondissements et beaucoup d’incertitudes, il est toujours difficile de prévoir l’issue du scrutin. On a bien vu que les sondages dans bien d’autres cas, avaient montré leurs limites. Pourtant, il peut être intéressant de se pencher, malgré tout, sur l’enquête menée par le CEVIPOF/CNRS sur le vote des fonctionnaires. D’abord parce qu’elle s’inscrit dans la durée et un suivi régulier (on en est à la 4ème étude) et parce que l’échantillon est relativement important et cohérent. En ce qui concerne l’éducation , l’étude a été menée auprès de 1 500 personnes du monde enseignant (1er et 2nd degré, supérieur, chefs d’établissements). Si François Fillon est globalement rejeté par les enseignants (14,7 % d’intentions de vote), Marine Le Pen obtiendrait tout de même un score de 7% d’intentions de vote des professeurs, ce qui fait dire à L’Obs que pour le Front National “les profs ne sont plus une citadelle imprenable. En 2012, seuls 3,5% des profs avaient voté pour le FN (à noter que ce vote atteint presque 50% chez les militaires et les policiers). Mais c’est Emmanuel Macron qui recueillerait 29 % des suffrages des enseignants au 1er tour de scrutin. Toutefois Benoît Hamon en récolterait 25% et Jean-Luc Mélenchon 16% des intentions de vote (-4 points par rapport à l’enquête précédente). Pour Luc Rouban, qui a dirigé cette enquête « si l’on demande aux enseignants de se positionner eux-mêmes, 63 % se disent proches des partis politiques de gauche. Ce positionnement est très fort par rapport aux autres professions». Dans une interview donnée au journal Le Monde , le chercheur estime toutefois que “On n’est pas loin du divorce entre le PS et les enseignants ”. Si 24 % des enseignants disent se sentir proches de ce parti aujourd’hui, c’était 35 % en 2012 et même 40 % en 2007. Pour Luc Rouban sans doute faut-il y voir le résultat de la déception suscitée par des politiques menées durant le quinquennat, notamment la réforme du collège. Le sentiment d’un déclin de l’institution scolaire auquel les recrutements ne remédient pas. On s’attendait, sur le terrain, à ce que la gauche s’empare davantage – ou mieux – des grandes questions d’intégration, de pauvreté, de mixité… La désillusion sur ce plan, ajoutée à la dégradation des conditions de travail, pèse face aux urnes.
Comment expliquer les intentions de vote pour Emmanuel Macron ? Pour Claude Lelièvre, sur son blog , le vote centriste n’est pas une nouveauté. Et il rappelle les performances du vote pour François Bayrou chez les enseignants. Le chercheur Luc Rouban doute, quant à lui, qu’il y ait “une réelle adhésion au modèle qu’il [ E. Macron] incarne. Il n’y a pas de glissement des enseignants vers un univers néolibéral. C’est plutôt une inclination par défaut. ”. Et il conclut “Emmanuel Macron, s’il est crédité d’une assez forte autorité institutionnelle, n’est pas, en termes d’image, jugé particulièrement positivement. Cela résume bien, à mes yeux, la situation actuelle : on reste dans une grande incertitude quant aux choix qui seront faits dans l’isoloir.
Quelques éléments d’analyse personnelle… En ce qui concerne l’éducation, lorsqu’on parvient à dépasser le maximalisme radical toujours présent et qu’on n’a pas la mémoire courte et qu’on se rappelle de la situation d’avant 2012, on peut penser que les enseignants seraient capables de faire la part des choses. Ils pourraient reconnaitre le bilan du quinquennat en ce qui concerne les postes, la revalorisation des professeurs des écoles, le plus de maitres que de classes, l’évolution des carrières, le rétablissement de la formation etc... Mais des erreurs de méthode ont été commises notamment dans l'insuffisance de dialogue avant les décisions, et la mise en œuvre de la réforme du collège à marche "rapide". Pour les rythmes scolaires, il y a encore de la rancœur et des doutes sur l’efficacité et des inquiétudes sur la disparité des situations. Même si côté éducation, le bilan peut apparaître positif aux yeux d’un certain nombre d’enseignants ou négatif pour d’autres, il est clair aussi que le vote ne se fera pas, et c’est bien logique, que sur ce seul aspect. Les enseignants comme le reste des français voient le bilan de l’ensemble du quinquennat dans tous les domaines. Et ils manifestent des inquiétudes sur la situation économique, se sont indignés (ou pas) de certaines décisions et expriment un désir de renouvèlement de la vie démocratique. Comme tous les Français. Et si le “vote enseignant” n’existait pas ?
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La part du catho
L’enseignement privé sous contrat et hors-contrat a beaucoup fait parler de lui cette semaine.
Pascal Balmand veut une plus grosse part de catho... Le secrétaire général de l'enseignement catholique (Sgec) s'apprête à remettre sur le tapis la sacro-sainte règle des "80-20" qui, depuis des années, régit la répartition des postes d'enseignants entre le public et le privé, nous dit le JDD.fr. Dans un document destiné aux candidats, il proposera de "reconsidérer" (et le terme est pesé) cette répartition "qui ne correspond plus à la réalité". Car si, depuis la loi Debré de 1959, les écoles privées sous contrat bénéficient bien de financements publics pour l'enseignement, le ratio est apparu en 1985, calqué sur la répartition des effectifs publics/privé de l'époque. Il a fini par être entériné en 1992 au terme de longues négociations. Depuis, personne n'a osé toucher à cet équilibre… jusqu'à aujourd'hui... Mais, selon le SGEC, “actuellement la demande pour le privé est beaucoup plus importante que les moyens dont nous disposons ”.
On évoquait dans un récent bloc-notes (fin janvier), une progression de la proportion d’enfants scolarisés dans le privé. La part du privé s'est élevée à 21,5%, contre 21,3% l'année précédente. Pour la seule classe de sixième, la proportion monte à 22,2%. Ce n’est donc pas un “exode” mais les responsables de l’enseignement catholique et les parents d’élèves du privé (Apel) s’appuient sur ces chiffres pour réclamer plus de moyens. “Certains nous reprochent de ne pas faire assez de mixité mais on ne nous donne pas la possibilité d'ouvrir en banlieue…, affirme la présidente de l'Apel dans le JDD.fr. Le sujet est en tout cas hautement inflammable... Et le risque de rallumer la guerre public/privé est réel. On se souvient encore que les dernières tentatives de modifier un équilibre fragile ont mis des milliers (voire des millions) de personnes dans la rue de part et d’autre.
Est-ce que les écoles hors-contrat vont aussi s’inviter dans la campagne ? Elles représentent évidemment des effectifs nettement moins importants (environ 56.000 enfants) mais leur progression est forte. Et leur visibilité médiatique aussi... France 2 a encore consacré un long reportage le mardi 21 février au réseau d'écoles "Espérance Banlieue". Ce n'est pas le premier et on peut craindre que ce ne soit pas le dernier. Mais le problème c'est surtout que ces reportages, ont peu de recul critique et négligent pas mal de choses pourtant importantes à dire sur ce type d'écoles traditionalistes, hors contrat et financées par des fondations d'entreprises. , on apprend que le fondateur de ces écoles, Éric Mestrallet, lancera un appel début mars, afin de "trouver des moyens, notamment publics, pour développer ces écoles". Selon lui, une cinquantaine de personnalités soutiendrait déjà cette démarche : Xavier Huillard, le PDG de Vinci, Mélissa Theuriau et Jamel Debbouze, Alexandre Jardin, Jean-Louis Borloo… Rappelons que dans le programme du candidat Fillon , on prévoit très explicitement de favoriser le développement de ce type d’école.
Si l’enseignement privé a été dans l’actualité cette semaine, c’est aussi avec une info qui a fait très vite le tour des réseaux sociaux. Sur Twitter, un élève nous apprend que son lycée privé a distribué le manuel “Pour réussir sa vie sentimentale qui explique, entre autres, que l'homosexualité «résulte surtout d'une évolution psychique marquée par l'influence excessive ou insuffisante du père ou de la mère dans l'enfance ; ou suite à des perversions d'adultes qui ont provoqué une attirance pour le même sexe, ou une répulsion pour l'autre sexe.». Sur une autre page, on peut lire : «Si tu as une tendance homo, tu es peut-être homo-sensible ou homophile, c’est à dire porté vers ton semblable (cela arrive à l’adolescence). Mais ne te définis pas par cette tendance, qui n’est pas irrémédiable et peut être surmontée.». Et l’auteur de ce texte ajoute : «N’active pas cette tendance en passant à l’acte. Sentir n’est pas consentir. […] L’engrenage peut être fatal, car nos actes confirment et développent nos tendances».
Selon l’élève contacté par BuzzFeed News,< la direction de l’établissement «n’était pas au courant de la distribution de ce manuel» qui s’est faite à l’initiative de la prof de catéchisme. Le chef d’établissement a publié samedi, un communiqué pour présenter ses excuses et annoncer le retrait du manuel au sein de l’établissement.
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Mixité-Égalité
Le Haut conseil à l'égalité entre les hommes et les femmes (HCE) a rendu son rapport le 22 février. Il a été assez largement commenté dans la presse.
Il constate que les outils disponibles de lutte contre les inégalités de genre sont insuffisamment connus et utilisés par les personnels de l'Éducation nationale. Il observe aussi que les Espé -ces écoles de formation des enseignants qui ont succédé aux IUFM- ne s'intéressent pas systématiquement au sujet, comme le prévoyait pourtant la loi de refondation de l'école. D’après le rapport, seule la moitié de ces écoles (12 sur 24) propose en effet un module sur le sujet. Par ailleurs, des chargés de mission «égalité filles-garçons» ont été installés. Mais sur 36, seuls 8 travaillent à plein-temps sur cette thématique qui, dans les faits, est reléguée au second plan, derrière la laïcité et la lutte contre les discriminations raciales.
 En ce qui concerne les nouveaux programmes élaborés l'année dernière et entrés en application depuis septembre 2016 à l'école primaire et au collège, le HCE observe «un effort pour éliminer les stéréotypes sexués», il regrette que «l'écriture inclusive» - ces règles visant à rendre neutre le langage du point de vue du genre- ne soit pas utilisée.
Le HCE s'intéresse aussi aux manuels scolaires, bien souvent pointés du doigt au cours du quinquennat, dans la perpétuation des stéréotypes. «Dans les manuels de lecture de CP, les femmes représentent 40% des personnages et 70% de ceux qui font la cuisine et le ménage, mais seulement 3% des personnages occupant un métier scientifique», rappelle le haut conseil. Dans Le Monde la chercheuse Isabelle Collet résume l’enjeu de ce rapport en une formule « Enseigner est un métier qui s’apprend ; enseigner de manière égalitaire s’apprend également. »
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Bilans
Si la période est marquée par la campagne présidentielle, c’est aussi logiquement l’heure des bilans. C’est celui de la refondation, de la formation et aussi plus largement celui de la Ministre qui est très présente dans la presse avant le silence de la réserve électorale.
On n’en a pas beaucoup parlé. Seuls deux articles le mentionnent (Capital et le Café Pédagogique ). Le 22 février, Yves Durand, député PS et président du comité de suivi de la loi de refondation de l’école (dite “loi Peillon”) , a présenté son rapport annuel de suivi de l’application de cette loi, le deuxième après une première édition l’an passé. En 2016, le rapport était déjà assez critique, il l’est de nouveau cette année en déplorant la “précipitation” dans laquelle s‘est faite la réforme du collège. A ce temps (trop) court du lancement de la réforme, le comité oppose le temps long de l'appropriation "seule susceptible d’engager un changement profond des pratiques". Il y a aussi des critiques, déjà formulées l’an dernier, à l’égard des deux principales instances créées par la refondation : le CSP et le CNESCO. Le magazine Capital se focalise sur la proposition de remplacer le Conseil Supérieur des programmes, jugé trop proche du pouvoir, par une “agence autonome des parcours scolaires et des formations” (inspirée de ce qui existe au Québec). “En son sein, explique Yves Durand, il pourrait y avoir des représentants du Medef, des associations de consommateurs, des associations représentatives de la société, des personnes qui ne sont pas forcément des experts de l’éducation. Il n’est, par exemple, pas aberrant de considérer que les employeurs aient leur mot à dire sur le type de compétences qui doivent être apprises aux jeunes générations. Je parle d’employeur, mais je pourrais aussi parler de syndicat, comme d’associations de défense de l’environnement. Ensuite, à partir des suggestions qui auront émergé, nous laisserons aux experts de l’éducation le soin de réaliser les programmes. Le plus important, c’est qu’il y ait un véritable aller-retour entre ce public non-spécialiste et les experts.
C’est aussi à un bilan que se livrent trois formateurs (Béatrice Mabilon-Bonfils, Alain Jaillet et Line Numa-Bocage) dans une tribune intitulée “Un scandale tranquille : des enseignants toujours aussi mal formés. Ils démontent (comme je l’ai déjà fait moi même à plusieurs reprises) les compromis boiteux sur lesquels repose la formation initiale dans les ESPÉ et aussi la charge de travail importante des enseignants débutants. Ils s’inquiètent aussi des perspectives liées aux échéances électorales qui risquent de détruire au lieu d’améliorer. Il concluent en évoquant l’état d’esprit des formateurs : “Sur le terrain tout le monde fait au mieux en redoutant une énième réforme qu'il faudra faire vivre et fonctionner mais dont plus personne ne sait au bout du compte à quoi cela mène. ” Une conclusion que je partage entièrement !
La Ministre de l’Éducation Nationale a suscité depuis son arrivée au Ministère de l’Éducation Nationale de très nombreuses réactions. Le journal 20minutes.fr lui a consacré sa Une de vendredi 24 février et se demande “Pourquoi Najat Vallaud-Belkacem déchaîne-t-elle les passions? ” avec à la clé une interview et les bonnes feuilles de bonnes feuilles de son livre « La vie a plus d’imagination que toi ». On avait eu aussi quelques temps auparavant un documentaire télévisé sur son parcours. Le timing est bien calculé et il y a donc clairement une stratégie de communication à l’œuvre. Il s’agit à la fois d’une valorisation du bilan mais aussi de la personne et du symbole qu’elle représente.
A l'occasion d’une interview avec un Youtubeur en même temps qu’elle déplorait que l’éducation soit absente du débat présidentiel, elle laissait aussi entendre qu'il faudrait composer avec elle ces prochaines années...
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Butinages
Il y aurait bien d’autres choses à dire dans cette actualité éducative qui a (comme c’est étrange) retrouvé de la vigueur avec la fin des vacances de la zone C. Nous finirons avec quelques lectures butinées au hasard des navigations sur le web...

Les dernières données nationales permettant de suivre un échantillon représentatif des élèves de la 6e vers le baccalauréat révélaient, en 2005, que 87 % des enfants d’enseignants obtiennent ce diplôme, contre seulement 39 % des enfants d’ouvriers non qualifiés. Partant de ce constat, Joanie Cayouette-Remblière (livre du mois des Cahiers Pédagogiques )s’est proposé de suivre au plus près les parcours scolaires de deux cohortes d’élèves, de leur entrée au collège jusqu’à leur éventuel accès au baccalauréat. Les résultats de ce travail permettent de voir que, loin d’être données, ces inégalités se construisent, pas à pas, au sein du système scolaire. C’est ce que montre une excellentesynthèse proposée par l’INED .

Dans la revue du Crieur (co-éditée par Médiapart et La Découverte, on pourra lire « Céline Alvarez, le business pédagogique» écrit par Laurence De Cock. Notre collègue revient sur le phénomène médiatique et éditorial de l’année. L’enthousiasme suscité par son livre, Les lois naturelles de l'enfant, tient au caractère spectaculaire des résultats affichés, avec des taux de réussite très élevés, y compris de manière précoce et chez des enfants peu favorisés. Mais, si on regarde de plus près nous dit Laurence De Cock, tout est loin d’être aussi rose. La «méthode», très gourmande en matériel et en encadrement, se révèle intransposable dans un contexte scolaire plus large.

Marine Le Pen dans ses 144 engagements évoque à plusieurs reprises ses projets pour l’École. Nous les avons analysés dans un billet de blog récent. . Dans l’engagement 102, il est écrit « Faire de l’école un “asile inviolable où les querelles des hommes n’entrent pas (Jean Zay) donc en y imposant non seulement la laïcité, mais également la neutralité et la sécurité.. La fille de Jean Zay, Hélène Mouchard-Zay, dans un texte largement repris sur les réseaux sociaux s’est indignée de cette récupération de la pensée de son père. Dans Libération, on rappelle que ces mots figurent bien dans des circulaires de Jean Zay. Mais c’était à l’époque pour contrer l’influence de l’extrême droite !
Hélène Mouchard Zay, dans son texte, rappelle le contexte et les valeurs : «Jean Zay appelle les enseignants à la mobilisation pour la défense de la République et les valeurs qui la fondent. S’il refuse tout militantisme politique, idéologique ou religieux dans l’école, c’est au nom des valeurs qui fondent la République et que combat au contraire Marine le Pen : il veut une école qui apprenne à juger par soi-même et non à applaudir des hommes – ou des femmes – providentiel(le)s. Il veut une République ouverte, fraternelle, solidaire, qui n’exclut personne en raison de ses origines ou de sa religion, et dont le fondement est une école qui accueille tous les enfants, quels qu’ils soient, et qui tente de les ouvrir au monde.»

Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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jeudi, février 09, 2017

L'École de Marine Le Pen : une École injuste et inefficace

La lecture des « 144 engagements» de Marine Le Pen (après celle des propositions du “Collectif Racine” qui est le “think tank” de Marine le Pen pour l’École), laisse un sentiment étrange à plus d’un titre. 
D’abord, et c’est très dérangeant, parce que les propositions qui sont faites ont un air de familiarité tant elles ressemblent à certains discours tenus en “salle des profs”. Une enquête récente du CEVIPOF sur le vote des fonctionnaires montrait que les enseignants prêts à voter pour le Front National était près de 10% mais les idées ont à mon sens un écho bien plus large. 
Ensuite, au delà des enseignants, ce discours est celui qu’on entend dans une bonne partie de l’opinion publique. Un discours fait de référence nostalgique à une école mythifiée, de verticalité et de « restauration » de l’autorité. 
C’est donc, au sens plein du terme, un discours démagogique et populiste qui est donc difficile à contrer car il peut sembler séduisant. Il est toujours compliqué d’opposer au simplisme la nuance et la complexité. 
On peut cependant mettre l’accent sur deux dimensions des propositions de Marine Le Pen
-       Elle nous propose une école injuste qui va renforcer les inégalités et la sélection précoce
-       Elle nous propose une école inefficace qui ne correspond pas aux exigences du XXIe siècle et la société d’aujourd’hui. 

Une école injuste 
La proposition 81 des “engagements présidentiels” reprend la proposition 15 du collectif Racine et préconise la « suppression progressive du Collège unique et l’autorisation de l’apprentissage à 14 ans». Après une 6ème indifférenciée, la 5èmedeviendrait un premier niveau de tri des élèves et une orientation vers la voie professionnelle et le retour à l’apprentissage à 14 ans. On retrouve d’ailleurs ici des idées déjà développées par certains des candidats à la primaire de la droite.  Et en particulier la sélection précoce dont toutes les enquêtes internationales montrent qu’elle est une impasse et que l’Allemagne a progressivement abandonné. Cette proposition est une régression considérable qui nous ramène 40 ans en arrière (avant le collège Haby)
Inévitablement, on a droit dans une bonne partie de l’opinion publique au couplet sur la nécessité d’offrir quelque chose aux enfants qui ne seraient pas “faits pour les études” et la valorisation de l’apprentissage et du travail manuel (l’ « intelligence de la main » de Bruno Lemaire). Le problème c’est de savoir qui est orienté vers ces sections. Ce ne sont JAMAIS les enfants des catégories sociales les plus favorisées... Derrière le “goût” pour les études ou le travail manuel, se cachent les inégalités sociales...
L’autre argument c’est celui de la sélection précoce. En instaurant un tri dès la 5ème, on ferme l’avenir des jeunes. Qui peut prédire comment un adolescent peut évoluer et progresser ? C’est une proposition qui officialise, non seulement le déterminisme social, mais une sorte de fatalisme naturaliste : il y aurait les enfants “doués” et ceux qui ne le seraient pas... et cela serait figé une fois pour toutes. C’est la négation de l’éducabilité et au final de la mission même de l’école. Non au tri sélectif (à l’école...) !
Une petite incise biographique : celui qui écrit ces lignes est fils d’ouvrier et a eu toujours beaucoup d’admiration pour le travail manuel et a failli être orienté à 14 ans en fin de troisième vers un CAP...
Le programme prévoit aussi, de fait, la fin du socle commun. Or, le socle commun c’est une ambition démocratique. Il s’agit d’offrir la même base de connaissances, de compétences et de culture à tous les jeunes jusqu’à 16 ans. Supprimer le socle c’est reconstruire l’école du XIXe et du début du XXe siècle qui était une école à deux vitesses. Une école des riches et une école des pauvres ?  
L’obsession sur les “fondamentaux” qu’on retrouve dans l’engagement 101 oublie que nous sommes un des pays où nous consacrons déjà le plus de temps à l’apprentissage de la langue. Or, elle veut la moitié du temps pour le français, comme si la maitrise de la langue ne s’apprenait pas aussi en faisant de l’histoire, des sciences, des arts. A l’heure où des rapports montrent l’urgence de développer très tôt le gout des sciences mais aussi de l’enseignement artistique, on veut torpiller ces enseignements, en imposant très tôt un cloisonnement disciplinaire. Cette école va donc priver de formation diversifiée les élèves qui ne peuvent attendre que de l’École une ouverture aux arts ou la pratique sportive par exemple. 
Évidemment on nous rétorquera que l’école que le Front National veut promouvoir est celle du “mérite” et pas celle de l’inégalité sociale (engagement 105). Pendant longtemps l’École a permis l’exfiltration des individus les plus méritants et donc permis une forme d’ascension sociale. Mais aujourd’hui cet ascenseur social est bloqué et on sait bien que le déterminisme social est très important. Un enfant d’ouvrier a six fois moins de chances d’obtenir un bac qu’un enfant d’enseignant. Et PISA a montré, à plusieurs reprises, que nous étions un des pays où l’origine sociale joue le plus dans la réussite scolaire. Et surtout quand bien même nous rétablirions le “mérite”, cette école (mythifiée) resterait construite pour la sélection et l’élite et ne se préoccuperait pas des “vaincus” du système. L’enjeu d’aujourd’hui n’est pas seulement la réussite de quelques uns (fussent-ils issus des milieux populaires) mais d’assurer au plus grand nombre la meilleure formation possible. Une école qui profite à tous ou une école qui profite à quelques uns... ?


Une école inefficace
Le projet est au sens propre du terme “réactionnaire” : il propose un retour en arrière et une remise en cause d’un certain nombre d’évolutions. On a déjà souligné aussi que les propositions du collectif Racine parlent surtout aux enseignants qui sont remis au “centre du système”. C’est une école faite pour les enseignants (certains...) pas pour les élèves et leurs familles (qui sont exclues de l’école). 
Elle nous propose, en tout cas,  une école inefficace, pas adaptée au monde d’aujourd’hui, ne formant ni à la pratique d’internet, ni à l’esprit critique, réduisant le civisme à l’obéissance aux règles (ce qui ne marchera pas) et jamais à l’engagement citoyen (solidarité, souci de l’environnement, entraide), à l’expression orale, au travail en équipe… 
Sur la formation des enseignants, la proposition 68 du collectif Racine préconisait de « Supprimer les ESPE et les remplacer par les “Ecoles Normales Régionales” qui délivreront une formation d’excellence centrée sur l’apprentissage disciplinaire, proscrivant les prétendues ”sciences de l’éducation”». (On n’est pas loin des “pédagogistes prétentieux” de François Fillon). La formation des enseignants est donc cantonnée aux contenus académiques. Aucune formation prévue à la gestion de la classe, aux pratiques pédagogiques... On ne sait pas ce que dit Marine Le Pen là dessus dans son projet. 
D’une manière plus générale tout le discours sur la restauration de l’autorité en classe (engagement 103) oublie la réalité de ce qui se passe dans toutes les familles (y compris celles qui votent Front National...) c’est à dire de la négociation entre générations, de la discussion, de la diversité, l’affirmation de l’identité adolescente. Pourquoi et comment l’École pourrait-elle être à rebours de l’évolution de la société ? 
L’École de Marine Le Pen c’est « écoute et tais-toi » 
La proposition de l’instauration d’un uniforme (engagement 103) est conçu pour faire le buzz et concentrer toutes les discussions là dessus (et masquer ce que j’évoquais plus haut). Rappelons que l’uniforme en France n’a jamais existé. La blouse a été utilisée mais plutôt pour des aspects pratiques. Et surtout, pour l’avoir vécu dans d’autres pays, un tel code vestimentaire n’efface en rien les inégalités sociales. 
Ce n’est pas avec des solutions simplistes qu’on peut résoudre des problèmes complexes
Ce n’est pas en se réfugiant dans une école mythifiée (et qui n’a en fait jamais existé) qu’on formera le citoyen du XXI siècle 

Philippe Watrelot

dimanche, février 05, 2017

Bloc-Notes de la semaine du 30 janvier au 5 février 2017



- Inégalités - Privé - Élections – Malaise enseignant - .

Le bloc notes de cette semaine est très politique (et sans prédicat). On y évoque d’abord une nouvelle étude sur les inégalités avant de s’intéresser au développement des écoles privées (sous contrat et hors contrat). La proximité des élections nous conduit aussi à examiner les propositions et déclarations de plusieurs candidats. Et on termine avec un conseil de lecture qui est lui aussi, à sa manière, très politique.



Inégalités
Cette semaine, plusieurs publications nous rappellent qu’il y a mieux à faire que de s’écharper sur des règles de grammaire et que la question des inégalités devrait être au cœur des débats politiques (et pas seulement sur l’École, d’ailleurs).
Les destins scolaires sont déjà largement joués en sixième, nous disent Alternatives économiques ou encore La Croix en s’appuyant sur une récente étude de l’Insee.
Étudiant la situation en 2015 des élèves entrés en sixième en 2007, elle montre que 77 % des enfants les plus performants aux évaluations de 6e ont obtenu le baccalauréat sans redoubler et poursuivent des études supérieures. Inversement, seuls 14 % des collégiens les moins performants en 6e suivent des études supérieures. Près de la moitié d’entre eux n’est même plus scolarisée. Le fait d’arriver « en retard » au collège (à l’âge 12 ans ou plus) réduit de la même manière les chances de suivre des études huit ans après. L’origine sociale joue également : 68 % des enfants de cadres de la cohorte étudiée poursuivent des études supérieures, contre seulement 32 % des enfants d’ouvriers. De même, les écarts selon le sexe sont significatifs : une fille sur deux est inscrite dans l’enseignement supérieur, alors qu’il n’y a que quatre garçons sur dix dans cette situation. Les auteurs précisent néanmoins que le niveau des acquis en 6e est le plus fort déterminant : « Toutes choses égales par ailleurs, il joue plus sur le destin scolaire des jeunes que le sexe, l’origine sociale, le lieu de résidence, le type d’établissement, ou encore l’âge d’entrée en 6e ». Un constat qui confirme donc, s’il en était besoin, les grandes difficultés de l’école française à lutter contre les inégalités.
Denis Peiron dans La Croix essaye de passer du constat à l’analyse en interviewant le Délégué général du laboratoire d’idées Vers le haut. Pour Marc Vannesson, l’étude de l’Insee “ vient confirmer une situation regrettable : notre système scolaire n’est pas capable de s’adapter à la situation d’un jeune tant qu’il n’a pas totalement décroché. Une fois que l’élève est en rupture, on peut s’appuyer sur des dispositifs qui ont fait leurs preuves, notamment les micro-lycées, dont le nombre a augmenté ces dernières années. Mais auparavant, on conserve une logique de moule dans lequel tout le monde doit entrer, on ne parvient pas à faire du sur-mesure…
Plutôt que de s’enfermer dans des querelles somme toute stériles sur le fait de savoir si l’École augmente les inégalités ou si elle ne les augmente pas, il serait peut-être plus urgent de se demander si le système éducatif fait sa part dans la réduction des inégalités. Et de faire de cette question, le véritable enjeu de la campagne présidentielle.
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Privé
C’est l’AFP qui nous apprend que le ministère de l'Education nationale révélait dans une note en décembre. La proportion d'enfants scolarisés dans les écoles maternelles et élémentaires privées (sous et hors contrat) a augmenté à 13,7% cette année, contre 13,5% en 2015/2016. Quant au collège, les établissements publics ont perdu 9.900 élèves tandis que le privé en a accueilli 6.400 supplémentaires. La part du privé s'est élevée à 21,5%, contre 21,3% l'année précédente. Pour la seule classe de sixième, la proportion monte à 22,2%.
Comment analyser cette progression, certes minime, mais réelle ? Dans 20minutes.fr, on détaille “sept raisons qui expliquent l’afflux d’élèves dans l’enseignement privé”. Parmi les raisons, on trouve la volonté de contourner la carte scolaire, le refus de la réforme des rythmes et la peur de la réforme du collège. Comme le disait, un éditorial du Monde du 6 janvier, qui commentait déjà cette statistique : “Aux yeux de bon nombre de parents, les élèves y seraient mieux encadrés, mieux surveillés et moins touchés par les absences d’enseignants. Ils bénéficient, aussi, d’une logique sociale de l’entre-soi, puisqu’ils accueillent des classes d’élèves beaucoup plus homogènes et socialement favorisés. Contre ces stratégies familiales et sociales, la « refondation de l’école » est impuissante.
Claude Lelièvre sur son blog relativise les chiffres et les conclusions qu’on peut en tirer. Pour lui, les évolutions de répartition entre le public et le privé sont tout à fait limitées si on les replace dans un cadre général et dans le temps. “cela ne représente qu'une variation de 0,2% des ''parts'' du privé et du public (compte tenu des masses d'élèves concernées).. Drôle d' « exode ».” ironise t-il . Il note aussi, tout comme l’article de 20minutes.fr, qu’on n’hésite plus à faire des allers et retours entre le public et le privé. Il y a une sorte de zapping. Il y a chaque année une ''transhumance” d'environ 150000 élèves du privé vers le public, et du public vers le privé...
Ces chiffres sont aussi le prétexte à une querelle politique. Chez Les Républicains, on s’appuie sur ces chiffres présentés comme un “exode” pour faire le procès de la politique actuelle de Najat Vallaud Belkacem. Mais l’argument peut aussi se retourner car les contempteurs de cette politique sont aussi les promoteurs du développement du privé. Comme le rappelle Claude Lelièvre, dans son livre « Faire » paru chez Albin Michel en octobre 2015, François Fillon écrivait : «Si l'enseignement privé donne de bons résultats, nous n'avons aucune raison de vouloir nous en passer et nous devrions même desserrer les carcans qui en limitent la portée. Depuis un quart de siècle, la part des établissements privés sous contrat est limitée à 20%. Il faut se poser la question de savoir s'il convient de revenir sur cette contrainte […]. Je n'ai pas sur ce point de doctrine établie. Je soumets cette question à une réflexion qui prendra le temps qu'il faudra ». Ce que n’a pas manqué de relever la Ministre de l’Éducation accusant François Fillon de vouloir “instaurer un grand marché concurrentiel de l'éducation dans lequel ce seront toujours les familles qui ont les moyens de payer qui s'en sortiront le mieux”.
Il n’y a pas que le privé sous-contrat qui se développe mais aussi le privé hors contrat. Et on sait que de nombreuses dérives extrémistes (voir ce reportage sur France2) ou sectaires existent. Alors que le conseil constitutionnel, saisi par plus de 120 députés et sénateurs LR, outre l’interdiction de la fessée, a aussi retoqué les mesures de contrôle renforcé des écoles hors-contrat pour cause de “cavalier législatif”, la nécessité d’un contrôle demeure. Le Figaro titre sur “le grand chantier de la réforme du hors-contrat ” et la Ministre a déclaré qu’elle ferait tout pour que les contrôles soient malgré tout renforcés.
Toujours au chapitre du développement des écoles hors-contrat, on peut signaler cette semaine, un reportage sur l’“école démocratique” dans Le Parisien et une vidéo dans le même journal. Le mouvement s'inspire de l'expérience pédagogique libertaire menée en Angleterre, à Summerhill, dans les années 1920, et dont les expérimentations ont nourri des débats enflammés en France au début des années 1970. Une partie des écoles démocratiques, comme celle de Paris, se réclament aussi de la Sudbury Valley School, fondée aux Etats-Unis en 1969. Mais ce mouvement suscite aussi beaucoup de méfiances . Le principe est simple et fondé sur la non-directivité : un lieu accueillant proposant plusieurs espaces : de repos, de travail, un atelier et un jardin. Les élèves ? Des enfants de 3 à 19 ans et des facilitateurs d’apprentissages pour les entourer. L’enfant fait ce qu’il veut, on ne le force pas à apprendre, il va s’éveiller à travers différentes activités et par cela, acquérir des savoirs et des savoir-faire (construire une cabane, apprendre la géométrie). Pour Philippe Meirieu, interviewé par Le Parisienles enfants ont besoin de cadres ”. S'il comprend les raisons qui poussent les familles à se détourner d'une Education nationale “vécue comme une machine incapable de s'intéresser au développement de l'enfant”, il se dit inquiet du développement de ce type d’écoles. “Il est illusoire de penser que l'enfant apprend seul, précise t-il, Ce système ne peut marcher que pour ceux qui bénéficient par ailleurs d'une très bonne éducation... et qui n'ont finalement pas besoin d'école pour réussir. Mais pour tous les autres, qui grandissent dans des environnements moins favorisés, un cadre sécurisant est tout à fait nécessaire ”.
Je rajouterais qu’il ne suffit pas d’apprendre, il faut aussi prendre conscience qu’on a appris et mettre des mots sur cet apprentissage et cela passe forcément par l’action des enseignants. Le spontanéisme est un mythe.
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Élections
Cette rubrique risque fort de devenir récurrente au cours des prochains mois. La multiplication des déclarations et les précisions sur les programmes vont en alimenter la chronique.
Que vont voter les profs ? C’est la question que se pose l’émission Carte d’électeurs” sur RFI . On y fait le constat d’une fragmentation du vote, toujours majoritairement à gauche, mais avec une méfiance à l’égard du Parti Socialiste. C’est un peu le même constat qui est fait dans Le Point qui revient sur la fameuse étude du Cevipof menée avant les résultats de la primaire de la gauche sur les fonctionnaires à l'élection présidentielle de 2017. Dans cette enquête, le candidat socialiste, quel qu'il soit, obtiendrait moitié moins de suffrages de la part des professeurs des écoles que ceux recueillis par François Hollande en 2012, soit près de 20 %. Le principal bénéficiaire de ce report de voix serait Jean-Luc Mélenchon, qui doublerait son score de 2012 en passant de 11 % à 20 % des suffrages des instituteurs. Une radicalisation à gauche, mais pas seulement : Marine Le Pen recueillerait quant à elle 8 % de ces suffrages, soit le double de ce qu'elle avait obtenu en 2012. L'étude constate également un « fort appel d'air au centre, avec François Bayrou à 13 % et Emmanuel Macron à 14 % ». Mais ce que nous apprend cette période c’est l’incertitude et les sondages montrent leurs limites. Qui peut prédire ce qui va se passer dans les mois qui viennent ? Le scénario de cette présidentielle est digne de Game of Thrones ! (valar morghulis comme ils disent...)
Vous avez entendu parler de François Fillon ? C’est (pour l’instant) le candidat de la Droite. Le 2 février dernier lors d’un déplacement à Charleville-Mézières, il s’en est de nouveau pris à l’École en déclarant : “L’École était le creuset de la République, elle en est désormais le caveau ”. Lui, c’est un “caveau de famille” qu’il est en train de se creuser...
Samedi, à Lyon, Marine Le Pen a dévoilé son projet présidentiel avec 144 engagements . Parmi ceux-ci, quelques uns concernent l’École en particulier les engagements 101 à 107. On peut y lire beaucoup de généralités avec des mots qui ne font pas peur (“mérite” et “méritocratie”,“transmission”, “égalité des chances”,...) et peu de propositions concrètes sinon la suppression de certaines mesures actuelles. C'est le propre d'un discours démagogique. Et c'est finalement cette banalité qui est le plus inquiétant car ce discours on a déjà l'impression de l'avoir entendu mille fois en salle des profs...
Toutefois, un engagement mérite toute notre attention, c’est le n°81 qui propose la suppression du collège unique et le retour près de 60 ans en arrière avec la sélection précoce à 14 ans… On retrouve d’ailleurs ici des idées déjà développées par certains des candidats à la primaire de la droite. Cette proposition peut séduire une bonne partie de l’opinion publique convaincue de la nécessité d’offrir quelque chose aux enfants qui ne seraient pas “faits pour les études” et de l’importance de la valorisation de l’apprentissage et du travail manuel (l’ « intelligence de la main » de Bruno Lemaire). Le problème c’est de savoir qui est orienté vers ces sections. Ce ne sont JAMAIS les enfants des catégories sociales les plus favorisées... Derrière le “goût” pour les études ou le travail manuel, se cachent les inégalités sociales...Et puis, il y a la sélection précoce. En instaurant un tri dès la 5ème, on ferme l’avenir des jeunes. Qui peut prédire comment un adolescent peut évoluer et progresser ? C’est une proposition qui officialise, non seulement le déterminisme social, mais une sorte de fatalisme naturaliste : il y aurait les enfants “doués” et ceux qui ne le seraient pas... et cela serait figé une fois pour toutes. C’est la négation de l’éducabilité et au final de la mission même de l’école. Non au tri sélectif (à l’école...) ! L'école de Marine Le Pen c'est une école injuste et inefficace !
Les meetings se sont succédés à Lyon en cette fin de semaine. Peu de choses sur l’École dans le meeting d’Emmanuel Macron, il avait surtout évoqué ce thème dans son meeting de Lille, samedi 14 janvier.
En revanche , une partie importante sur l'école dans le(s) meeting(s) de JL Mélenchon dimanche après-midi, avec plusieurs propositions : école obligatoire et gratuite de 3 à 18 ans, une refonte de la carte scolaire, création d’une “allocation d'autonomie d'études”, recrutement de 60 000 profs...
On ne nous dit pas si la technique de l’hologramme peut pallier aux classes surchargées et aux limites des politiques de recrutement... !
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Métier : professeur
Le livre d'Anne Barrère Au coeur des malaises enseignants, (Armand Colin, 2017), s'annonce comme un livre essentiel qui permet de remettre en perspective et de tenir à distance un certain nombre d'idées faciles : les “bonnes pratiques”, la “résistance au changement” et le mythe du changement par les réformes. Elle évoquait déjà tout cela dans une interview à La Lettre de l’Éducation en aout 2016 mais la lecture du livre permet de préciser ses analyses.
On pourra en lire une recension et une interview dans le Café Pédagogique et une interview réalisée par Luc Cédelle pour le site de l’Ajéduc (association des journalistes éducation). Le titre de cette interview résume assez bien un des constats faits par Anne Barrère : “La culture envahissante de l’évaluation contribue à démoraliser les enseignants”. Elle évoque aussi pour les rejeter l’obsession des “bonnes pratiques”. On pourra rapprocher cette réflexion de celle du récent article de Louise Tourret qui s’attaque au mythe du “super-prof” dans Slate.fr .
Une autre piste intéressante lancée par Anne Barrère se trouve dans son interview au Café Pédagogique : “Mon idée c’est que s’il faut remettre du collectif dans le métier ça ne se fera pas par en haut en essayant de créer du consensus sur la réforme. Ca se fera en invitant les enseignants à échanger sur ces épreuves. Ils retrouveront alors les contours du métier collectivement alors qu’aujourd’hui ils le vivent dans la solitude. L’épreuve est un outil pour retrouver du collectif.


Bonne Lecture...



Philippe Watrelot

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